Persepolis, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (2007)
Titem | 14 septembre 2007Téhéran 1978 : Marjane, huit ans, songe à l’avenir et se rêve en prophète sauvant le monde. Choyée par des parents modernes et cultivés, particulièrement liée à sa grand-mère, elle suit avec exaltation les évènements qui vont mener à la révolution et provoquer la chute du régime du Chah.
Avec l’instauration de la République islamique débute le temps des “commissaires de la révolution” qui contrôlent tenues et comportements. Marjane qui doit porter le voile, se rêve désormais en révolutionnaire.
Bientôt, la guerre contre l’Irak entraîne bombardements, privations, et disparitions de proches. La répression intérieure devient chaque jour plus sévère.
Dans un contexte de plus en plus pénible, sa langue bien pendue et ses positions rebelles deviennent problématiques. Ses parents décident alors de l’envoyer en Autriche pour la protéger.
A Vienne, Marjane vit à quatorze ans sa deuxième révolution : l’adolescence, la liberté, les vertiges de l’amour mais aussi l’exil, la solitude et la différence.
Film d’animation français, historique et autobiographique de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
2007 ; 1h35
Avec les voix de Chiara Mastroianni (Marjane adolescente), Catherine Deneuve (la mère), Danielle Darrieux (la grand-mère)…
Prix du Jury au Festival de Cannes 2007
Elle a connu une révolution et une guerre, meurtrières. Elle a connu “l’exil” loin des siens qui meurent. De sa vie mouvementée, Marjane Satrapi, adolescente rebelle issue d’une famille de démocrates a fait 4 bandes dessinéesqu’elle met aujourd’hui en images. Non pas celles d’un film américain avec des vedettes pour faire un film de bon sentiment et sur la culpabilité américaine – projet qu’elle a refusé – mais un film d’animation, servi en revanche par de grandes voix. Des dessins épurés, réalistes, comme pour mieux toucher à l’universalité… On en oublie presque que la jeune Marjane est issue d’une famille plutôt aisée. Cela ne l’a pas empêché de vivre le malaise de toute personne bousculée d’une culture à une autre, loin de ses racines.
Les dessins épurés permettent de toucher plus directement le spectateur. Attendris par la séparation entre la jeune Marjane et sa famille. Consternés par les horreurs de la guerre. Révoltés par la répression du shah ou de la république islamique et de leurs soldats de plomb. Séduits par la poésie toute orientale de la narration, comme la pluie de jasmin qui tombe du soutien-gorge de la grand-mère pour que ses seins sentent bons. Amusés par la répartie de la jeune fille en toute situation, comme lorsque les pasdaran, ces docteurs de la loi, la réprimande parce qu’une fille qui court dans la rue, ça fait bouger les fesses de manière impudique.
Un film profondément humain, dans sa nature la plus folle ou la plus tendre. Petit regret : l’histoire de l’Iran et la complexe montée des tensions est résumée en quelques scènes marquantes, sans plus.
Les tensions actuelles nous invitent à rester vigilants. Ainsi Libération rapporte cette réaction d’une organisation dépendant du ministère iranien de la Culture : « Cette année, le Festival de Cannes a sélectionné un film sur l’Iran qui présente un tableau irréel des conséquences et des réussites de la révolution islamique ». Le Monde rapporte aussi qu’un homme a été lapidé pour “adultère” – en fait, il s’était séparé de son épouse et vivait avec une autre femme, qui elle-même avait quitté son mari -. Et cela, ça n’a rien d’un tableau irréel des droits de l’homme en Iran.







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