La statue de Makarios III bientôt déplacée, comme un mythe qui s’effrite…
Titem | 31 mai 2008
C’est l’un des monuments les plus connus de Nicosie. Du moins, pour ce qu’une ville et un pays de taille modeste peuvent compter comme “monuments”. Il s’agit de la massive statue en bronze haute de 10 mètres, sculptée par Nikos Kotziamanis de 1984 à 1987, qui représente l’archevêque et primat de l’Eglise orthodoxe de Chypre, Makarios III, également père de l’indépendance chypriote et président de la République de 1960 à 1977. Parlons d’abord un peu de lui.
Rue, avenue, statue Makarios… Les Chypriotes semblent être reconnaissants à l’homme d’avoir tenu tête aux Britanniques pour obtenir l’indépendance du pays et l’avoir accompagné dans ses premières annés. Mais sa présidence fut également marquée par la partition du pays, dans les conditions que j’ai déjà expliquées. C’est un peu la part d’ombre de l’homme, mais l’histoire, peut-être gênante pour les Chypriotes, montre que Makarios a eu sa part de responsabilité dans cette tragédie.
C’est pendant l’entre-deux-guerres que les Chypriotes grecs commencent à revendiquer ce qu’ils appelaient l’enosis, autrement dit, le rattachement à la Grèce. Makarios III en est l’un des leaders, de même que le colonel George Grivas, leader de l’EOKA, l’Organisation Nationale des Combattants Chypriotes, qui mène des actions anti-britanniques.
Après des années de discussions conclues par les accords de Zürich et de Londres en 1959 et 1960, Chypre obtient son indépendance, mais pas l’enosis. Dans les années qui suivent, le pays connaît une instabilité politique : chacune des communautés oppose un veto aux propositions de l’autre. En novembre 1963, le Président de la République, Makarios III, propose une révision constitutionnelle en 13 points, remettant en cause le poids de la communauté turque dans les décisions. Un mois plus tard, c’est le début des affrontements communautaires.
Makarios III a eu une position ambiguë envers l’enosis, la jugeant “souhaitable”, tandis que des activistes d’extrême-droite la réclamaient effectivement. Un rattachement innacceptable pour les Turcs, qui de leur côté mettaient en avant la partition de l’île. Le coup d’Etat contre Makarios III fomenté par le régime des colonels en Grèce et l’extrême-droite chypriote grecque déclenche l’invasion de la partie nord de Chypre par la Turquie.
Il n’y a donc pas les gentils Grecs et les méchants Turcs d’un côté : chaque communauté a sa part de responsabilité dans ce conflit qui fut, faut-il le rappeller, meurtrier.
Et la statue me direz vous ? Les riverains estiment qu’elle gâche la vue. La statue sera donc retirée et installée dans le monastère de Kikkos. Une autre statue, grandeur nature, devrait la remplacer.
Ce n’est pas un déboulonnage comme ceux des statues de Lénine ou de Franco, mais c’est comme si, au moment où se tiennent d’importantes discussions pour l’avenir des communautés, l’héritage de Makarios III était devenu trop lourd à porter.















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