Quelques remarques sur les enfants délinquants
Titem | 1 décembre 2008En ce moment je n’ai eu malheureusement ni beaucoup de temps à consacrer à ce blog ni beaucoup d’idées à vous partager. Mais je tenais tout de même à publier ici quelques extraits intéressants d’un article du Président du tribunal pour enfants de Bobigny, Jean-Pierre Rosenczveig, à propos de la polémique sur le rapport Varinard sur la refondation de la justice pour les mineurs.Ce dernier estime que dans ce débat très sensible où deux tendances n’en finiront jamais de s’opposer, il peut tout de même être possible de s’accorder sur l’essentiel. Pour autant, un débat loyal n’est possible que si l’on se base sur des faits incontestables. Or selon lui, ce n’est pas le cas, la réalité est souvent tronquée ou travestie.
Quelques éléments selon lui :
On affirme que 204.000 mineurs sont mis en cause pour des faits graves. Or, parmi ces “mises en cause”, on ne retranche pas celles qui sont infondées, celles qui seront classés sans suite où celle où l’accusé sera relaxé.
Il n’apparaît pas honnête d’utiliser un discours alarmiste sur l’augmentation de la délinquance juvénile pour justifier d’une réforme telle qu’annoncée actuellement. La délinquance des moins de 13 ans ne représente que 0,3 % des condamnés en 2006, 3,9 % pour les 13-16 ans. De même on prétend que la délinquance des mineurs s’accroit ; or après être passée de 14 % en 1980 à 21 % des actes condamnés en 2002, la proportion a diminué à 18 % en 2006. Ajoutons que jamais l’on ne prend en compte les évolutions démographiques.
La défiance à l’égard des juges sinon des magistrats devient maladive et dangereuse dans une démocratie. La médecine, si elle peut soigner n’empêche pas au final la mort pour chacun ; pour autant on ne met pas en cause les médecins. On est dans des schémas idéologiques qui aveuglent au point de confiner à l’irrationnel et au mensonge.
Quelques questions qu’il pose :
- En quoi le système judiciaire a-t-il échoué réellement à traiter les cas de jeunes délinquants ? Il ne serait pas désagréable ni inutile de mettre en exergue ses réussites.
- En quoi les enfants d’aujourd’hui seraient-ils plus matures que ceux d’hier ? Si tel est le cas, avançons la majorité civile à 16 ans.
- Il serait utile de pointer en quoi les responsabilités de la justice ne sont pas les seules en cause dans la réponse institutionnelle. Les réponses à l’insécurité passent par une meilleure efficience policière. La justice n’est pas en cause quand ses décisions ne sont pas exécutées faute de moyens éducatifs.
- On ne répondra pas à l’insécurité causée par les plus jeunes si dans le même temps où l’on lutte contre la réitération des faits commis par une jeune personne, on ne s’attache pas à veiller à ce que de nouveaux jeunes ne deviennent pas délinquants. Où est cette politique de prévention ?
- Il faut s’interroger sur les possibilités d’insérer quelqu’un dans la société par une éducation dans la contrainte carcérale. La contention peut contribuer à punir, à mettre à l’écart, mais sans aller jusqu’à dire qu’elle est nulle, sa portée éducative reste très limitée.
Pour ma part, il me semble que l’on oublie par ailleurs que la violence juvénile a toujours existé. Mais qui se souvient encore aujourd’hui des maisons de correction, de la prison de la Petite Roquette, des “Apaches“, ces jeunes qui, au début du XXe siècle, semaient la terreur dans la capitale et faisaient la une des journaux ? Plus loin encore, au XVe siècle, on a mesuré à Dijon une très forte recrudescence des viols commis sur des jeunes filles, par des jeunes gens qui ne pouvaient théoriquement ni avoir de relations sexuelles avant le mariage ni se payer les services de prostituées, pourtant nombreuses. On pourrait y voir, toutes choses égales par ailleurs, les prolégomènes de nos agressions sexuelles contemporaines, où les “tournantes” sont concomitantes de l’offre toujours plus massive de la pornographie en ligne.
L’histoire nous montre qu’il existe une certaine continuité de ce phénomène de la délinquance qu’on agite comme un épouvantail, comme si on le découvrait. Il ne s’agit pas de dire ici que cette délinquance n’a rien de préoccupante, mais au contraire de se garder de tout sensationnalisme avec des exemples grossiers et marginaux, de garder la tête froide. Rappelons toutefois la différence entre la délinquance, quantifiable, et le sentiment d’insécurité, nourri par les représentations véhiculées notamment par les médias, et qui peut être en décalage avec la réalité. Aujourd’hui, il y a d’autres formes de violence plus importantes que d’autres, comme les agressions sur voie publique ou les violences en réunion. Que fait-on pour lutter contre ces phénomènes qui montre bien un malaise de notre société, où certains individus échappent à la socialisation ?








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