Les chefs d’Etats de l’Union Europénne proposent une Europe sans ambition

Titem | 20 novembre 2009

Herman Van Rompuy et Catherine AshtonJe n’ai pas encore eu l’occasion de m’exprimer ici sur l’élection par les citoyens européens la nomination par les chefs d’États de l’Union européenne des personnes aux hauts postes de l’Union européenne. Tout comme le Mouvement européen, association dont je suis membre, j’avais souhaitée “une désignation transparente et motivée”. Peine perdue. Le pire dans cette histoire, c’est qu’une fois encore, l’Europe est la victime bien malgré elle d’une farce dont elle reste l’impuissante spectatrice. Victime des négociations téléphoniques ou autour de la machine à café, dans la plus complète obscurité et au mépris des citoyens. Mais après tout, ces derniers, de même que les médias, se sont peu mobilisés lors des élections européennes, alors à quoi bon demander leur avis ?

Dès le départ, je me surprenais que le nombre de billets consacrés à ce sujet dans l’euroblogosphère soit inversement proportionnel au silence des médias et au désintérêt des citoyens. La nomination de Herman Von Rompuy à la tête du Conseil de l’Union européenne et de Catherine Ashton comme Ministre des Affaires Étrangères de l’UE s’est faite dans l’indifférence quasi-générale, hormis pour les personnes intéressées par la chose européenne et qui dénoncent unanimement le manque d’ambition de l’Union européenne.

Qui peut en effet se réjouir d’un tel résultat ? Ceux qui appelaient à laisser davantage de place aux femmes dans les instances européennes ? C’est réussi : une femme sera à la tête de la diplomatie européenne. Mais elle n’a aucune expérience en ce domaine et pire, elle est britannique alors même que le Royaume-Uni qui ne veut pas d’une politique étrangère commune et n’a pas ménagé ses efforts pour limiter le plus possible les compétences du Haut-Représentant aux Affaires Etrangères de l’UE Ministre des Affaires Étrangères de l’Union européenne.

Il n’y a guère que les nonistes, les eurosceptiques et les nationalistes qui peuvent se réjouir d’un tel résultat. Ils veulent l’Europe des nations, une Europe qui respectent la souveraineté des États-membres ? Mais c’est l’Europe actuelle ! L’Europe intergouvernementale et diplocratique ! Monstrueuse Bruxelles ? Absurde ! Comme le dit Bernard Guetta dans sa chronique matinale Géopolitique sur France Inter :

Comme prévu, les dirigeants des pays membres n’ont pas voulu d’hommes ou de femmes qui auraient eu suffisamment de poids pour affirmer l’Union contre les États qui la composent. Comme toujours, ils ont voulu garder la main, freiner toute dynamique fédérale, empêcher que l’ensemble ne prenne le pas sur ses parties car leur hantise à tous, de gauche ou de droite, du nord, de l’est ou du sud, est que leurs États finissent par moins compter que l’Union et que des dirigeants européens échappent à leur contrôle et relativisent leur pouvoir.

Les chefs d’États de l’Union européenne ne cessent d’en appeler à un monde multipolaire, de saluer l’émergence de nouvelles puissances comme la Chine, l’Inde, le Brésil, ces derniers font tout pour empêcher l’Europe de tenir le rang qui doit être le sien dans un monde de plus en plus interdépendant. Ils sont les responsables de cette Europe petits bras, de cette Europe weak power, des compromis limités au plus petit dénominateur commun. Et bien sûr ils ne manqueront pas une nouvelle fois de faire incomber leurs échecs sur l’Union européenne et de lui extorquer ses futures réussites. Même si l’on ne peut préjuger de la façon dont ils exécuteront leur mandat, je ne me fais guère d’illusion, comme le fait par ailleurs malicieusement remarquer Martin Vidberg.

President de l'Europe - Actu en Patates

President de l'Europe - Actu en Patates

Rompuy, Ashton, Barroso… Voilà la sexy troïka censée nous représenter dans le Monde. Seule satisfaction : ces nominations, compte tenu du caractère effacé des personnages, ne risquent pas de remettre en cause le fragile équilibre institutionnel, face à un José-Manuel Barroso sans charisme. Dommage, car on aurait pu au contraire rêver d’avoir 3 personnes brillantes à la tête des principaux postes de l’Union européenne, des personnes charismatiques et porteuses de réelles ambitions pour l’Union européenne.

Ailleurs sur la toile :

La revue n°11  “Europe in blogs” à propos de ces nominations sur le blog de l’eurobloggueur Julien Frisch

Herman Van Rompuy nommé président du Conseil européen… pourquoi ?, article de Fabien Cazenave dans le Taurillon.

L’interview de Thierry Chopin, directeur des études de la Fondation Robert Schuman sur le site Euractiv.eu

Habemus Presidentem, sur le blog d’Olivier de Montréal

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4 Responses to “Les chefs d’Etats de l’Union Europénne proposent une Europe sans ambition”

  1. Cédric dit :

    Vois le bon côté des choses, pour ceux qui ne l’auraient pas remarqué avant, c’est l’occasion de constater à quel point le Conseil est médiocre et inutile au bon fonctionnement de l’UE! Heureusement, il reste le Parlement et je suis assez confiant sur sa montée en puissance dans les prochaines années.

  2. Titem dit :

    Je suis assez pessimiste quant à la capacité des citoyens européens à comprendre les enjeux d’une telle nomination. Ils risquent de n’avoir vu qu’une nouvelle nomination, faite “dans leur dos”. Mais au bout d’un moment, il est aussi du devoir du citoyen de prendre ses responsabilités, de s’intéresser à la chose publique, de débattre et de voter. S’il souhaite vraiment être entendu au niveau européen, qu’il participe aux élections européennes afin que le Parlement ait le poids qu’il mérite !

  3. Titem, on ne peut pas reprocher aux Européens leur manque d’implication quand:
    - personne ne leur explique à quoi sert ce parlement, comment il fonctionne, qui le compose
    - on n’en parle jamais au quotidien
    - il n’y a pas de campagne
    - s’il y a une campagne, elle est nationale
    - personne ne comprend l’enjeu. Même la nomination de Barroso était ficelée d’avance.
    - on fait comprendre à l’opinion que de se présenter pour cette élection, c’est une sanction (cf Dati)
    - les partis qui se présentent en France n’ont rien à voir avec les partis qui siègent. Où étaient les candidats du parti populaire européen?
    - les têtes de listes s’empressent de démissionner une fois élue…

    Je suis un fervent partisan d’une Europe fédérale depuis bien des années. Je crois que ça m’a pris vers 1985 ou 1986. Ca n’a pas toujours été facile de défendre cette position, notamment lors du référendum sur le traité de Maastricht, à ma fac de Versailles ou la plupart de mes copains ne voulaient pas entendre parler du moindre transfert de souveraineté et encore moins de monnaie unique. Mais là, je trouve qu’il faut vraiment être motivé. Je commence à perdre un peu la foi.
    J’espère que Van Rompuy se révèlera être le Delors des années 2010.

  4. Titem dit :

    Je pense que chacun doit prendre ses responsabilités. Les médias ont leur responsabilité, eux qui préfèrent traiter des sujets simples et sensationnalistes, plutôt que des sujets qui mériteraient davantage de temps et d’explication. Les partis politiques ont leur responsabilité.

    Mais les citoyens aussi sont responsables, ils ne doivent pas attendre que l’information leur tombe toute prête dans la bouche, et d’accomplir leur devoir de citoyen, de s’informer correctement pour exprimer leur vote. Je t’avoue que moi aussi, j’ai parfois du mal à trouver de la motivation quand je vois le désintérêt et le manque d’information des citoyens. Mais il y a toujours les écoles et c’est je pense là qu’il faut travailler au quotidien.

    Sinon, heureusement que le cas des députés absents ou démissionnaires sont plutôt rares, il y a aussi des députés compétents qui font correctement leur travail au sein des commissions et du Parlement européen. Quant à Van Rompuy nouveau Delors… Je ne le crois pas, d’autant qu’ils n’ont pas la même fonction. Mais un Barroso avec plus d’ambition et de force de caractère face aux Etats, oui, ce serait nécessaire pour l’Union européenne.

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