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Notre mode de vie doit-il décider ou non de notre mérite à être soigné ?

Titem | 29 juillet 2009

Gary ReinbachCela se passe au Royaume-Uni : Gary Reinbach n’a que 22 ans et il est mort d’une cirrhose de foie. Les journalistes l’ont photographié sur son lit d’hôpital (sensationnalisme, émotion…), le malade a cette couleur jaune cuivre caractéristique des cirrhotiques, le regard fixe. Il était alors dans l’attente d’une greffe, il est décédé depuis.

La cirrhose est une maladie qui touche le foie, dont les cellules (hépatocytes) sont détruites ; l’alcool est l’une des principales causes de la maladie. Or notre jeune Gary était un des avatars de ce phénomène alcoolique appelé binge-drinking et qui consiste à ingurgiter de l’alcool pour rechercher l’ivresse en très peu de temps. Cela permet d’ouvrir des débats sur la jeunesse désoeuvrée et fait rire les étudiants lors de leurs soirées d’inté, de désinté… Sauf que Gary Reinbach a commencé à boire dès le divorce de ses parents, à 11 ans. Dès l’âge de 13 ans, il se saoulait à la vodka tous les jours.

Lorsqu’il se rend compte de ses erreurs, il est presque déjà trop tard. Il s’inscrit aux alcooliques anonymes, puis doit être hospitalisé. Les médecins diagnostiquent la cirrhose et prévoient qu’une greffe serait bien plus efficace qu’un traitement. Mais cette greffe ne peut être effectuée qu’à une seule condition, compte tenu du manque de dons d’organe, Gary Reinbach doit être sobre depuis six mois et doit s’engager à ne plus sombrer de nouveau dans l’alcoolisme. Ne remplissant pas les conditions, Gary Reinbach meurt faute d’avoir été soigné.

L’article de l’Express (sur lequel je base cette note) détaille les réactions de certains internautes britanniques. Fallait-il lui laisser une seconde chance ou au contraire la donner à d’autres malades plus “méritants” ? Après tout, quelques années plus tôt, le footballer George Best, bien qu’ayant bénéficié d’une greffe du foie, avait continué à boire.

C’est sur ce dernier point que je veux m’arrêter. Je ne prétends pas ici émettre un avis savant, juste faire part de mon interrogation. On sait que les dons d’organes sont rares et que malheureusement, entre deux patients malades, on préférera opérer les cas les plus urgents, ceux qui ont le plus de chances de survie et/ou les plus jeunes. Qu’entre deux patients, l’un qui a usé et abusé de sa santé (un fumeur impénitent) et un malade fumeur passif atteint d’un cancer du poumon, le coeur voire la raison pencherait pour sauver et greffer le fumeur passif qui n’est en rien responsable de sa maladie.

Je trouve néanmoins cette perspective pour le moins hasardeuse, sinon dangereuse. A l’heure où l’on parle de plus en plus de responsabilité individuelle, de dossier médical personnalisé, le traitement dépendra-t-il de notre bon ou mauvais comportement ? Jusqu’à quel point peut-on reprocher à un patient de ne pas prendre suffisamment soin de sa santé ? Petite mise en situation…

- Vous avez des problèmes cardiaques qui risquent d’aboutir rapidement à un arrêt si l’on ne soigne pas cela rapidement. Une greffe pourrait vous sauver la vie malheureusement je vois que vous avez consommé trop de vin et de cacahuètes, aussi vous n’êtes pas prioritaire.

- Oui mais je faisais du sport régulièrement docteur !

- Deux séances hebdomadaires d’une heure de vélo c’est insuffisant monsieur, je regrette. Revenez plus tard.

Dans un contexte de déficit croissant de nos systèmes de sécurité sociale, ne va-t-on soigner que certaines personnes, plus méritantes que d’autres ? Ne pas soigner les cancers de la peau des adeptes des cabines auto-bronzantes ? Pour l’instant, cela se passe au Royaume-Uni, et l’on se gargarise d’avoir un système de protection sociale parmi les plus performants au Monde. Pour combien de temps ?

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Royaume-Uni, Santé, Santé/Médecine, Sécurité Sociale, Société
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Le jugement de Cambyse, tableau de Gérard David

Titem | 24 juillet 2009

Je pense que c’est l’année dernière, suite à une excursion menée à Famagouste, recherchant sur Internet des informations sur le martyre de Marco-Antonio Bragadin, dernier gouverneur vénitien de Chypre que je suis tombé par hasard sur ce tableau. Retranchée dans les murailles de Famagouste, son armée de 6000 hommes résista pendant plus d’un an aux troupes de sultan ottoman composés de 200.000 hommes avant de plier sous les bombardements et le manque de ravitaillement consécutif au blocus exercé par la puissance ottomane. Marco-Antonio Bragadino fut torturé pendant des jours avant d’expirer écorché entre deux colonnes aujourd’hui encore visibles près de la cathédrale de Famagouste, devenue mosquée – comme Sainte-Sophie d’Istanbul, cela semble une habitude ottomane de s’approprier les édifices religieux chrétiens.

Cathédrale Saint-Nicolas - Mosquée Lala Mustafa Pacha de Famagouste

Cathédrale Saint-Nicolas / Mosquée Mustafa Lala Pacha de Famagouste [Flickr: Titem]

La peau de Marco-Antonio Bragadino fut remplie de paille, le sinistre trophée porté en triomphe dans la ville. Elle sera volée en 1580 de l’arsenal de Constantinople par un esclave vénitien, Gerolamo Polidori, et rapportée à Venise où elle est d’abord conservée dans l’église Saint-Grégoire, puis à San Giovanni e Paolo où elle se trouve encore aujourd’hui. Auparavant, la résistance héroïque de Bragadin incita la Sainte-Ligue à s’organiser contre l’Empire ottoman, qu’elle vainquit lors de la bataille navale de Lepante, en 1571.

J’en reviens à ce tableau… L’historien grec Hérodote rapporte qu’au VIe siècle avant J-C, le roi perse Cambyse II, qui fut également Pharaon d’Egypte, souverain particulièrement cruel et assez imaginatif en matière de supplice, condamna le juge Sisamnès à être écorché vif pour prévarication – à savoir qu’il avait accepté une somme d’argent pour rendre une sentence inique. Après quoi, le roi fit découper des lambeaux de la peau du supplicié qui servirent à recouvrir le siège sur lequel devrait s’installer le nouveau juge, Otanès, le propre fils de Sisamnès, lui rappelant ainsi sur quoi il était assis lorsqu’il devrait rendre justice.

Le jugement de Cambyse

Le peintre flamand Gérard David peint à la toute fin du XVe siècle un diptyque illustrant cette histoire, commandé pour être suspendu dans la salle des échevins de l’hôtel de ville de Bruges, comme pour rappeler aux magistrats la probité avec laquelle ils doivent accomplir leur tâche. Le volet droit, la scène de l’écorchement du juge Sisamnès, est particulièrement réaliste et terrible, elle serait insoutenable autrement que sur la toile. Le tableau est pour autant sobre, qu’il s’agisse du filet de sang qui s’échappe des plaies ouvertes, du visage des passants qui observent la scène d’un air curieux comme le feraient les disciples de La leçon d’anatomie du Docteur Tulp peinte par Rembrandt, ou celui crispé mais digne du condamné. Jean-Claude Bourdais, sur son site, décrit assez bien le tableau et les impressions qu’il a ressenti en le contemplant de ses propres yeux.

Aussi belles soient les merveilles de l’homme, je serai toujours prodigieusement effrayé par l’imagination et la propension qu’il a à faire (le) mal.

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Antiquité, Art, Chypre, Culture, Culture et Histoire, Eglise, Empire Ottoman, Empire perse, Famagouste, Peinture, Peinture flamande, Renaissance, Violence
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De quoi a-t-on peur ? De la grippe ?

Titem | 2 mai 2009
Crédit photo : ZYG_ZAG [Flickr]

Crédit photo : ZYG_ZAG (Flickr)

Grippe porcine, grippe mexicaine, nouvelle grippe, grippe A, H1N1… On ne peut plus allumer la radio ou la télévision sans entendre parler de cette épidémie. Hier, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, annonçait la découverte des deux premiers cas français avérés, ainsi qu’un “cas très fortement suspect qui risque de se révéler très probablement positif”. C’est ce qui s’appelle avoir le sens de la précision… ou la langue de bois. Cette annonce est presque un soulagement pour notre pays : nous ne sommes pas exclus de la marche du Monde (et de la psychose générale). La grippe ne se sera pas arrêtée à nos frontières comme le nuage de Tchernobyl.

Détail trivial : jeudi soir je me suis rendu au gala de fin d’année de mon école (Sciences Po Rennes), qui avait pour thème “bal masqué”. J’avais parié que certains ne manqueraient pas d’humour et viendraient avec un masque FFP2 – celui dit “en bec de canard”, le seul qui puisse vous protéger contre ce virus de la grippe, soit dit en passant. Je n’ai pas eu tort.

D’ailleurs je pense qu’effectivement il vaut mieux en rire. Certains en sont morts, me direz-vous. C’est exact. Mais combien par rapport au nombre de cas détectés ? Après avoir annoncé des taux de mortalité exorbitants, les autorités scientifiques et médicales ont revu leurs chiffres à la baisse (ici, en anglais). C’est une grippe, c’est une maladie qui épuise, qui peut être mortelle, mais reste bien souvent bénigne.

Mais là, on parle de cette grippe car, fait assez rare, la maladie est une combinaison de plusieurs souches de virus touchant trois espèces : l’homme, l’oiseau et le cochon. Ces souches se sont combinées chez le cochon (duquel nous sommes assez proches génétiquement) en un virus à cause duquel l’homme est susceptible de développer cette nouvelle grippe. Mais il existe des médicaments pour s’en prémunir et dans quelques mois, un vaccin sera mis sur le marché.

Parler de grippe porcine est un abus de langage, puisque c’est d’abord l’homme qui contamine ses semblables, par ses éternuements. D’où la nécessité de se laver les mains fréquemment, d’utiliser des mouchoirs, voire des masques dans les lieux confinés et/ou très fréquentés (avions, musées, écoles…). Cela signifie également que, la maladie se transmettant par voie respiratoire, on peut consommer du porc sans risque.

De quoi a-t-on peur ?

On se souvient de la véritable psychose qui s’était emparée du pays lorsque l’on a parlé de la grippe aviaire : 500.000 morts annonçait-on ! Au final, peut-être 3 malheureux oiseaux furent du nombre des victimes. J’y trouve là quelques similitudes, même si ici, des hommes et des femmes ont été touchées. Et je ne parle pas ici des paranoïaques des ondes qui souffrent d’horribles maux de têtes rien qu’en voyant une éolienne ou une antenne téléphonique.

Les médias ne font pas autant de tapage sur le SIDA qui ravage le continent africain (sauf quand un pape tient des propos mensongers sur l’efficacité du préservatif) ou sur le paludisme, véritable scandale sanitaire : de simples moustiquaires sauveraient des dizaines de milliers de vies chaque année !

J’aurais même tendance à croire que si l’on en parle tellement et si nos gouvernants sont autant sur le qui-vive, c’est pour éviter de parler de la crise, et en particulier de montrer la difficulté qu’ils ont à la maîtriser. Une maladie, ça se circonscrit. Un malade, on peut l’isoler et le soigner. Mais une crise économique et financière, doublée d’un malaise sociale ?

Je reste assez surpris par la peur qui se propage encore plus vite que ce virus, je ne la comprends pas bien, pour toutes les raisons que j’ai invoquées ci-dessus. Je crains bien davantage la situation au Pakistan, et le risque de voir les Talibans s’emparer de ce pays détenteur de l’arme atomique. Je me méfie des gesticulations nucléaires nord-coréennes pour tester Barack Obama. J’ai de l’appréhension pour les élections iraniennes, qui suivront de quelques mois l’élection récente d’un Parlement “faucon” en Israël. Je suis très inquiet quant à l’avenir de notre planète en raison des gaz à effet de serre et du réchauffement climatique ; nous agissons trop peu et trop lentement. Voilà de véritables sujets déterminants qui mériteraient bien davantage que nous nous en préoccupions.

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Grippe, Médias, Mexique, Paludisme, Politique, Relations Internationales, Santé/Médecine, Sciences Po Rennes, SIDA
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Passer son Grand Oral à Sciences Po Rennes sur François Mitterrand

Titem | 26 mars 2009

Cela va maintenant faire une semaine que je l’ai passé. C’est une épreuve à laquelle on pense pourtant des semaines, des mois, voire des années à l’avance pour certains, tant elle est crainte, vénérée… A sa simple évocation, on ressent ce mélange d’excitation mêlée de stress. Le Grand Oral, ou “Grand O” pour les intimes. Ce n’est plus une épreuve absolument déterminante pour l’obtention de notre diplôme de fin d’année à Sciences Po. Depuis la masterisation, elle se déroule, à l’Institut d’Etudes Politiques de Rennes, au deuxième semestre de la 4ème année. Elle a beau avoir perdu son caractère décisif, il n’en demeure pas moins que le “Grand O” constitue toujours une sorte de rituel de passage, un symbole qui marque de son empreinte chaque étudiant.

30 minutes. 10 minutes de passage sur un des deux sujets que vous aurez pioché au hasard. 20 minutes d’entretien, au cours desquelles le jury, composé de 3 professeurs, revient sur votre exposé et essaye de pousser plus loin votre réflexion. Pas un cassage en règle nous dit-on, et pourtant, les fantasmes vont bon train, de même que les critiques sur les inégalités de traitement entre les sections. Il faudra pourtant bien y passer. L’objectif étant de mesurer notre capacité à conduire une réflexion, l’étayer d’arguments et d’exemples, en faisant preuve d’une certaine aisance. Ni Questions Pour un Champion, ni concours d’éloquence. Mais on ne doute pas de l’exigence de l’exercice avant de l’avoir soi-même vécu.

Fraîchement entré à Sciences Po Rennes, je m’imaginais seul dans l’amphithéâtre Erasme, assurément trop grand pour moi, seul, en face d’un jury de 3 personnes peu amènes qui tournaient le dos à un public parsemé, parmi lesquels on pouvait voir quelques professeurs bienveillants, des amis qui vous soutiennent, et d’autres curieux.

Au début de l’année, les pronostics allaient bon train sur “les pires sujets du Grand Oral”. La sortie de mon professeur d’anglais sur l’art abstrait m’avait fait grimacer “Vous en rigolez, mais dites-vous que cela peu faire l’objet d’un sujet de Grand Oral”. Ça ou l’art étrusque, les fleurs, le blues ou encore la sociologie durkheimienne… Sur quoi valait-il mieux tomber ?

Les épreuves auraient en réalité lieu dans les salles de conférence de méthode. Je ne vais pas dire que j’étais déçu, au contraire. Les premières personnes à passer ont partagé les sujets sur lesquels ils ont eu à s’exprimer. Rien de terrifiant, ils relevaient de sujets “classiques” de culture générale. Certains pourtant était clairement orientés “droit”, ou plus difficiles à problématiser.

En définitive, je rêvais bien sûr d’un sujet sur lequel j’avais des positions claires, afin de pouvoir exposer mon opinion parfaitement argumentée. Ou alors un sujet bien historique. Quelques heures avant, la moindre expression, la moindre actualité me faisait réagir : et si ça tombait sur ça ?

Statue François Mitterrand LilleFinalement, j’eus le choix entre les biens publics mondiaux et François Mitterrand. J’ai pris le second. Une heure de préparation. Passage. François Mitterrand. Sa vie, son œuvre, son style. Que reste-t-il aujourd’hui du Président de la République qui eut le plus long mandat en France ? L’homme du programme commun de la gauche. Mitterrand le Prince, celui qui abolit la peine de mort… mais aussi le mystère qui entoure cet homme et qui sans doute a contribué à forger le mythe François Mitterrand, avec sa part d’ombre. J’évacuais volontairement toute la question de sa politique étrangère pour être interrogé à ce sujet en entretien. Ça n’a pas manqué… Je réponds aux questions que l’on me pose. Sur l’Allemagne, sur la guerre du Golfe, les banlieues, ses relations avec la gauche… Mais pas toutes les questions. Je préfère ne pas spéculer sur ses relations avec Israël ou l’extrême-gauche, que je connais mal. Et là, intérieurement, je regrette de ne pas mieux me souvenir des cours de prépa sur François Mitterrand, ou des cours de politique étrangère de la France. Mais on ne peut pas tout retenir malheureusement. Et puis j’avais deux possibilités parmi 220 sujets.

Dernière question. Mitterrand a-t-il été le personnage d’œuvres littéraires ou cinématographiques. Oui, le Promeneur du Champ de Mars. Qui l’a réalisé ?… Je ne m’en souviens plus. “C’est un réalisateur d’origine arménienne”. (Ah, donc ça finit en -ian… je vais éviter de le dire ça). “Vous savez donc comment son nom finit”. Comme si elle avait lu dans mes pensées. Mais ça ne me revient pas. Tant pis, vous aviez au moins le nom du film.

Je les remercie, je rassemble mes affaires. “Robert Guédiguian ?” les interrogè-je. Le nom est lâché. J’ignore de quelle partie de mon cerveau il provient, mais il est apparu soudainement. “Ah ben vous voyez, ça vous est revenu”. Nous sourions de cette réponse insolite. La mémoire est vraiment capricieuse !

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Ecole, Etats d'esprit, François Mitterrand, Sciences Po, Sciences Po Rennes, Titem
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Récit d’une journée de grève au soleil à Rennes vécue par un passant

Titem | 19 mars 2009

IEP de Rennes bloquéCe matin, je reçois un courriel : une amie me propose d’aller manger avec une autre amie au restaurant universitaire de la fac de Droit. Ça tombe bien, il avait été une nouvelle fois décidé hier en assemblée générale que notre école, l’IEP de Rennes, serait bloquée. Les professeurs en grève ce jour-là n’assurent pas leurs cours. Qu’à cela ne tienne, il fait beau, c’est l’occasion de prendre l’air et de sortir la tête de ses bouquins et son ordi ! Avant de partir, je télécharge les podcasts du jour. Ceux de France Inter, d’habitude rarement en retard, ne se mettent pas à jour. Et pour cause : la programmation régulière est suspendue en raison de la grève.

Je m’y rends à pied : les transports en commun sont fortement perturbés de 10h à 15h30 environ. J’arrive devant le restaurant universitaire de la Fac de Droit : celui-ci est fermé en raison de la grève. Si l’on veut manger, il faudra trouver autre chose. Les boulangeries et les petites supérettes sont prises d’assaut.

Place Sainte Anne. Quand elle n’est pas squattée par des marginaux alcoolisés et entourés de leurs chiens, quand le ciel d’étain s’ouvre, il est fort agréable de se poser pour manger une crêpe ou prendre un verre. Les terrasses en soleil sont toutes occupées, celles à l’ombre sont délaissées. A la sortie de cet hiver gris et froid, voilà que les corps commencent à se dénuder, la peau recherche les rayons du soleil.

Faute de place, nous choisissons finalement un petit bistrot sur la place des Lices. A côté de nous passent régulièrement des petits groupes qui portent fanion, badges et autocollants. Sans doute qu’en cette journée de grève, où l’activité économique marche au ralenti, les gens profitent de cette journée plus calme pour manger à l’extérieur. Le temps clément aidant, ce sont finalement les restaurateurs qui en profitent. Une amie me répète ce qu’elle a entendu : à Paris, des salons de beauté ont même prévu de faire des tarifs spéciaux pour cette journée de grève !

Je décide ensuite de passer aux Champs Libres. Je prends le métro. Avantage : il est automatique, le trafic est donc normal. Lorsque je sors à l’arrêt Charles de Gaulle, je vois devant le nouveau Gaumont un rassemblement assez important de militants : les banderoles sont déployées, slogans revendicatifs ou couleurs syndicales. Des poteaux portent des cartons où l’on incite à prolonger le mouvement au-delà de la grève.

Les Champs Libres sont fermés. A l’intérieur, les hôtesses d’accueil attendent sagement à leur poste. J’appelle. On me répond que le bâtiment est fermé : c’est une précaution pour éviter des débordements. Ils réouvriront normalement une fois le mouvement dispersé. Ils auraient pu mettre une affiche…

Un groupe défile derrière une grande banderole des travailleurs syndicaux. Un jeune homme chante – faux – une chanson où il dénonce notamment “les bourgeois”. A croire qu’il ne ferait pas bon réussir sa vie (et pas besoin d’avoir une Rolex pour ça). Une fillette, à qui je ne donne pas 5 ans, porte une lourde pancarte anti-sarkozyste. Elle a un autocollant promouvant un parti écologiste sur le bras droit. Elle suit le pas vif de ses parents et la poussette de leur enfant sur lequel des autocollants syndicaux ont été posés. A peine un an, et déjà une voiture tunée. Je me méfie de ces parents qui utilisent leurs enfants dans des contestations, mais quand on a personne pour les garder…

Plus loin, FO se tient serrée et cantonne l’Internationale avec conviction : “du passé, faisons table rase…”. Cela ne me surprend plus, même si aujourd’hui, j’ai, comme beaucoup, le sentiment que le dysfonctionnement est réel, et qu’il appelle à des changements profonds, mais pas forcément à une “révolution”.

La révolte, elle, est pourtant bien là. Sur le Boulevard de la Liberté, les manifestants sont nombreux, la circulation est bloquée. Les voitures n’essaient même pas de passer, je les comprends. Lorsqu’il y a une semaine, un petit groupe d’une centaine de lycéens bloquaient les quais et que j’ai voulu passer, l’un d’entre eux s’est positionné devant ma voiture et, voyant que je n’avais pas l’intention de rebrousser chemin (il est suffisamment compliqué de circuler dans Rennes comme cela), il avait tenté de briser mon rétroviseur.

Là, c’est le Crédit Agricole qui a été pris pour cible : une vitre est partie en éclat, de la peinture a été jetée sur le fronton. “Des casseurs” me répond le directeur deHSBC après manif.jpg la banque qui vient constater les dégâts. Je reprends l’écoute de mes podcasts. “Dois-je vous rappeler que cette année, le Crédit Agricole a distribué plus de 95 % de ces bénéfices à ses actionnaires ! Cela représente 1 milliard d’euros !“. Ceux qui ont fait ça le savaient-ils, exprimant ainsi leur colère, ou se sont-ils attaqués au symbole de la banque ? L’une ou l’autre raison ne justifie pas l’acte. Plus loin, c’est HSBC qui a, à son tour, été victime de dégradations.

Sans doute, la colère est légitime. Ce n’est pas seulement une manifestation contre la crise, mais aussi contre un système où l’on craint pour son avenir. Depuis que nous sommes petits, on nous dit qu’il nous faut faire de bonnes études pour pouvoir jouir d’un emploi stable et d’une bonne situation. Aujourd’hui, certains diplômés ne trouvent même pas d’emplois. Nos parents doivent surveiller leurs comptes, ils ont fait des efforts et doivent encore subir les conséquences de la mauvaise gestion de dirigeants qui ont déstabilisé durablement l’économie, mais continuent de recevoir des primes. Ce constat doit sans doute être nuancé, mais ne retire rien sur le fond : le malaise est palpable. Heureusement, il paraît que se retrouver entre amis ou avec son/sa conjoint(e) est un moyen de s’échapper de la crise. Les médias ne peuvent occulter l’actualité, mais un peu de soleil et de bonnes nouvelles serait bienvenus !

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Journée Portes Ouvertes à Sciences Po Rennes

Titem | 28 février 2009
Cloître IEP Rennes.jpg

Crédit photo : Carnifex

L’Institut d’Etudes Politiques de Rennes (consulter ici la plaquette de l’établissement) ouvrait ses portes ce samedi aux lycéens ainsi qu’aux étudiants – et leurs parents ! – désirant poursuivre leurs études dans cette institution. L’occasion leur était donnée de visiter les locaux, de s’informer sur les modalités d’accès et la formation délivrée, de rencontrer élèves et professeurs. C’est ainsi que nous autres élèves de l’IEP furent invités à participer à cette journée afin de représenter notre école et répondre aux interrogations de nos visiteurs, venus nombreux ce jour-là (près de 750 personnes).

J’ai immédiatement accepté de jouer le jeu. Je n’avais pas encore eu l’occasion de le faire les années précédentes. J’avais toujours eu pour le moment la place de l’étudiant qui venait se renseigner sur une filière et ses débouchés. Je voulais cette fois me glisser dans un autre rôle et aller à la rencontre de ces lycéens pour leur parler de mon vécu, mais pas seulement. Il s’agissait aussi de répondre à leurs interrogations, celles-là qui me traversèrent lorsqu’il y a presque cinq ans maintenant, j’envisageais de tenter les concours des IEP.

A l’époque, mes camarades et moi devions effectuer le tour de France des IEP, passer les concours un par un en attendant, dans l’anxiété, les résultats de ceux que nous avions passés précédemment. A chaque fois, il nous fallait débourser les frais d’inscription, payer les billets de train, les frais d’hôtellerie et de restauration. Aujourd’hui, un concours commun peut ouvrir la porte à six IEP différents, (Aix-en-Provence, Lille, Lyon, Rennes, Strasbourg, Toulouse) ; chacun ayant ses caractéristiques propres.

Et effectivement, je retrouvais dans leurs questions les préoccupations que je nourrissais moi-même à l’époque. Cela se déroule souvent ainsi : d’abord les questions anxieuses : comment se passe le concours ? Est-il difficile ? Comment s’y préparer ? Et en cas d’échec, que faire d’autre pour mieux s’y préparer l’année suivante ? Il s’agit de répondre aux inquiétudes. Avec des connaissances, du travail, de la réflexion, mais aussi un peu de chance, il est possible d’y arriver, avec ou sans prépa. En ce qui me concerne, je suis passé, après mes premiers échecs, par une année de préparation aux concours des Instituts d’Etudes Politiques à l’Université Catholique de Lille. L’important c’est d’essayer, ne serait-ce que pour savoir comment se déroule un concours, avant d’en tenter d’autres ultérieurement. Ce qui est vrai pour le concours d’entrée dans un IEP est de plus en plus vrai pour d’autres échéances scolaires ou professionnelles : se préparer en vue de réussir.

Puis ce sont les questions encourageantes, celles que l’on pose afin de s’assurer que c’est vraiment cela que l’on veut faire et que l’expérience qui nous attend, notamment lors de l’année à l’étranger, est à nulle autre pareille. Comment se déroulent les cours ? Comment se passe l’année à l’étranger ? Où êtes-vous allé, qu’avez-vous fait là-bas ? Et d’expliquer que si Sciences Po offrent une formation pluridisciplinaire recherchée par les entreprises (la polyvalence est en effet devenue une vertu sur le marché professionnel actuel) il est également important d’y exprimer son individualité au travers de nos expériences diverses, nos voyages, nos appartenances associatives, par exemple.

Ce qui m’a plus ou moins surpris, c’est que ce sont surtout les parents qui posent des questions. Ce sont eux qui s’inquiètent les premiers, sans doute. S’ils viennent sans leurs parents, les élèves ont un tout autre comportement. J’ai été encore plus frappé de lire parfois le désintérêt total de l’élève, et au contraire l’enthousiasme du parent, comme si c’était ce dernier qui, à travers son enfant, passait le concours. Et je trouve qu’il n’y a rien de pire à cela.

Je profite également pour dire ici à tous les aspirants aux concours de Sciences Politiques – qu’ils n’hésitent pas à me contacter – de se méfier de tous les “classements” diffusés ci et là dans les magazines ou les forums Internet : chaque IEP a ses qualités et ses défauts, ses formations reconnues et ses points faibles. Le choix d’un IEP dépend d’abord des formations que l’on y dispense, mais également de nos préférences géographiques, du cadre de l’établissement.

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La fin d’une quête de 15 ans ou le destin de Lavoisier

Titem | 13 février 2009

Titre un peu pompeux sans doute, c’est pourtant bien cette pensée-là qui m’a traversé lorsque, il y a quelques semaines, je trouvais enfin la réponse à une (vaine) question que je me posais depuis bien des années. A tout autre que moi cela pourrait paraître bien anodin, et pourtant cette histoire pourrait bien vous intéresser…

J’avais à peine 7 ans et je ne loupais aucun des épisodes de la série d’Albert Barillé “Il était une fois… les découvreurs”, diffusée sur Canal Plus. Je les avais enregistrés et me repassait la cassette en boucle en rentrant de l’école. C’est ainsi que naquit chez moi cette passion pour l’histoire qui ne cesserait de grandir, même si je renonçais finalement à une carrière de professeur d’histoire.

Portrait de Monsieur de Lavoisier et sa femme par Jacques-Louis DavidMais parmi les épisodes, il en est un qui me marqua plus que les autres, celui consacré au père de la chimie moderne : Antoine-Laurent de Lavoisier. C’est lui qui découvrit la composition de l’eau (hydrogène et oxygène). Lui encore qui fut à la base du système métrique tel que nous le connaissons. Son immense talent et son destin tragique m’ont sans doute touché, et je devais en garder un dégoût de l’injustice. Mais que pouvais-je comprendre à cet âge-là ? Qu’est-ce qu’un fermier général, ce pour quoi il fut guillotiné le 8 mai 1794 ? Et pourquoi la Révolution avait-elle mis à mort un savant qui aurait pu être utile à la France, quoiqu’en dit dans sa célèbre sentence le président du tribunal qui le condamna, Coffinhal : “La République n’a besoin ni de chimistes, ni de savants ; il faut que la justice suive son cours”.

Dans l’épisode, on voyait des hommes habillés comme à l’époque monter dans une charrette qui allait les conduire à la mort. On les appelait un par un : Lavoisier était le 4ème. Et puis il y eut cette question qui me traversa. Était-il vraiment le 4ème ? Les noms que l’on entendait étaient-ils vraiment ceux des fermiers généraux qui furent exécutés en même temps que Lavoisier ? Étaient-ils eux aussi des savants, des hommes connus ?

Je demandais à des personnes douées en histoire, sans succès. Je voulais aller au Panthéon car il me semblait inconcevable qu’un homme comme Lavoisier n’y fut pas inhumé. Quand je demandais à un gardien du Panthéon si mon héros s’y trouvait, je fus déçu d’entendre que non, et même outré quand il me demanda s’il était de Paris. “Il y est né et il y est mort”. Plus tard encore j’eus accès à l’encyclopédie Universalis, et bien plus tard j’empruntais la biographie de Lavoisier à la bibliothèque de l’IEP de Rennes où je ne trouvais pas de réponse à mes questions.

Ce n’est que plus tard que je compris…

Je compris que les fermiers généraux étaient responsables de la collecte des impôts, que cette charge leur conférait une fortune immense qui suscitait bien des rancœurs. C’est grâce à cela que Lavoisier put acquérir un matériel de haute précision pour mener ses recherches. C’est aussi ce qui causa sa perte : ses collègues et lui furent accusés de détournement de fonds publics au profit de l’étranger. Sans preuve.

Je compris que le corps de Lavoisier, après son exécution, avait été jeté dans une fosse commune du cimetière de la Madeleine et que les corps des cimetières  parisiens de l’époque furent transférés dans les catacombes de Paris.

J’appris que la légende raconte que Lavoisier, attendant son exécution, lisait un livre et que quand vint son tour, marqua sa page, comme s’il espérait pouvoir reprendre sa lecture.

C’est en décembre 2008, à New-York, au Metropolitan Museum of Art, que je tombais en admiration devant le tableau de Jacques-Louis David représentant Lavoisier et son épouse, Marie-Anne Paulze. J’apprécie par ailleurs beaucoup la peinture de cette époque, et je ne pensais absolument pas trouver ce portrait ce jour-là, à cet endroit là.

Enfin, il y a quelques temps, alors que je surfais sur Internet, j’eus l’idée de chercher la liste de ces fameux fermiers généraux. J’avais déjà tenté ma chance il y a deux ans, sans succès. Et après quelques minutes, je tombais sur une version numérisée d’un livre d’Edouard Grimaux, sobrement appelé Lavoisier publié en 1888. Et là, page 304, en note de bas de page “les vingt-huit condamnés étaient : …”.

La liste.

Liste fermiers généraux exécutés en même temps que Lavoisier.jpgListe fermiers généraux exécutés en même temps que Lavoisier - 2.jpg

Je me doutais aujourd’hui qu’il ne s’agissait pas de personnes connues. Cette liste n’a sans doute aucune importance si ce n’est pour les historiens, les passionnés… ou les descendants des victimes. Mais pour moi, outre les réponses historiques et l’amour pour cette science, c’est la réponse à un enfant qui devait découvrir plus tard l’absurdité des choses et l’injustice qui nous entoure.

Le lendemain, le scientifique Louis Lagrange dira à propos de Lavoisier : “il ne leur a fallu qu’un moment pour faire tomber cette tête et cent années peut-être ne suffiront pas pour en reproduire une semblable”.

Albert Barillé Maestro.jpg… Ironie du sort : c’est en cherchant des images d’Il était une fois… Les découvreurs pour illustrer cette note que j’apprends que l’homme qui fut à l’origine de cette série et de tant d’autres, Albert Barillé, est décédé il y a deux jours. Maestro est mort, vive Maestro… et merci !

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Une nuit américaine à attendre la victoire d’Obama

Titem | 5 novembre 2008

Nuit blanche à l’appartement avec des amis pour assister à la victoire de celui qui devient le 44e Président des États-Unis, et le premier afro-américain élu à ce poste. La soirée avait commencé à la Maison Américaine de Rennes, qui ouvrait ses portes pour nous offrir la possibilité de regarder le regarder une partie de la soirée électorale dans sa salle de conférence. Malheureusement à 23h15, alors même qu’aucun résultat n’était encore sorti, extinction des feux ! Il fallait partir, non sans avoir au préalable obtenu quelques badges en faveur de Barack Obama… ou John McCain.

J’ai vraiment envie de suivre l’élection américaine jusqu’à ce que les résultats soient connus, d’autant que je n’ai pas cours le lendemain. Je propose à mes amis de me rejoindre dans mon appartement pour poursuivre cette soirée électorale.

Les premiers résultats ne sont pas vraiment positifs pour Obama et le voient défait dans de nombreux États où il devait absolument s’imposer, ces fameux “swinging states” ou États-clefs. On s’inquiète, mais pas de panique : il s’agit peut-être d’un dépouillement d’un comté plutôt en faveur des universités. La suite nous confirme cette impression. Barack Obama est vite crédité par CNN d’une confortable avance sur John McCain, emportant comme prévu les États de la Nouvelle Angleterre, avant-même que les dépouillements ne démarrent. Il en va de même pour les États du Sud et le sénateur de l’Arizona.

Dans les swinging states, c’est beaucoup plus serré. Les choses évoluent de minutes en minutes, l’écart se creuse puis se resserre, on passe devant son adversaire qui nous repasse devant… On essaye de postuler l’évolution des résultats des votes en fonction du profil socioéconomique des comtés qu’il reste à dépouiller. Finalement, CNN prédit grâce aux sondages sortis des urnes et aux premiers résultats la victoire du sénateur de l’Illinois dans l’Ohio, en Pennsylvanie, en Floride… Un seul suffisait, les jeux sont quasi faits. Les bureaux de vote sur la côte Pacifique ne sont toujours pas fermés, mais la quasi-certitude de l’attribution de leurs grands électeurs garantit la victoire de Barack Obama. Nous commençons à bâiller, à être un peu fatigués, mais l’on continue de vibrer au rythme de la tombée des résultats des élections.

A 4h30, une journaliste de CNN rapporte que des conseillers de John McCain lui ont déclaré que pour eux, il n’y avait plus d’espoir, qu’il était mathématiquement impossible que le camp républicain rattrape son retard. A 5h05, les choses se confirment : Barack Obama est considéré comme le gagnant de cette élection.

John McCain prononce un discours dans lequel il concède sa défaite, peu après avoir appelé son adversaire démocrate pour le féliciter. Le héros de la guerre du Vietnam est visiblement très ému. “Le peuple américain a parlé et a parlé clairement”, commence-t-il. On retrouve le John McCain respectueux, faisant taire les huées quand il prononce le nom d’Obama. Son discours de rassemblement peut étonner en France compte tenu de la violence des attaques survenues lors de la campagne ou de la forte différence idéologique des deux camps. Mais c’est un très beau discours d’un homme honnête, digne.

On n’attend plus que le discours de Barack Obama, un discours pour l’histoire. Un discours pour le changement ? On veut le croire, tant l’homme suscite de l’espoir. Mais le discours, s’il est lui aussi rassembleur, n’est pas transcendant. C’est comme s’il était dépassé par l’ampleur de l’événement.

Bientôt, ce sont mes projections qui sont dépassés. A l’heure actuelle, ce sont 338 grands électeurs qui sont attribués à  Barack Obama. Cette nuit blanche est maintenant finie, chacun va pouvoir se coucher avec la certitude qu’une nouvelle page de l’histoire, symbolique, est en train de s’écrire, mais devra également se garder de tout excès d’enthousiasme : changement dans les votes, oui, mais il n’est pas certain que le changement politique soit à la hauteur des espérances soulevées.

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Le temps passe comme une étoile filante (Les Cowboys Fringants)

Titem | 12 octobre 2008

Dimanche, déjà la fin du week-end, passé si vite. Alors que je me trouve assis à mon bureau en train de lire, mon ordinateur choisit de me jouer cette musique…

On se dit que l’bon temps passe finalement… comme une étoile filante

Image de prévisualisation YouTube

C’est un peu l’état d’esprit de chaque week-end, mais plus particulièrement celui-ci. Il est des jours comme ça. Toute musique que j’apprécie me fait automatiquement penser à une scène de ma vie ; je la rattache à un moment, une période, une personne, une œuvre… Les Cowboys Fringants me font immanquablement penser à la région d’où ils originent (comme on dit chez nos cousins) : le Québec. Là où j’ai appris à mieux les connaître, car ils ne sont pas des inconnus en France. Là aussi où j’ai vécu pendant six mois.

Quand j’écoutais cette toune là-bas, dans mon appartement sur le Plateau, ou sur la route qui me conduisait à mon stage, je me disais qu’il me fallait en profiter. Je resongeais à tout le chemin parcouru pour en arriver là, et je me disais que oui, le temps passe comme une étoile filante.

Et de voir ce clip, avec le seuil des maisons si typiques de Montréal, je repense au fait qu’il y a un an déjà, je me trouvais là-bas. J’y suis toujours attaché, que ce soit par les souvenirs, les personnes que j’y ai croisées, ou celles qui, à leur tour, s’y trouvent actuellement. Profites-en Marco (même si je me doute que ce n’est pas le genre de musique que tu écoutes), et tous les autres qui se trouvent actuellement  en expatriation, car en année à l’étranger, où l’on se sent comme hors du temps, le temps passe… comme une étoile filante.

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Non, je ne creuserai pas le trou de la sécurité sociale !

Titem | 10 octobre 2008

La quatrième année d’études à l’IEP de Rennes nous offre la possibilité de choisir sept “cours électifs”, parmi un éventail de vingt différents. Parmi ceux-ci, j’ai choisi de suivre un cours de “Protection Sociale”. Cela n’est pas directement lié à mon avenir professionnel, car je n’envisage pas, comme d’autres de mes camarades, de devenir directeur d’hôpital ou de caisse d’allocations familiales. Mais cet enseignement me permet de connaître mieux le système de santé français, la structure du système d’assurance maladie, les modalités de remboursement… entre autres choses. Au moins maintenant, lorsque je me rendrais à la SMEBA, je comprendrais parfaitement le pourquoi du comment.

Il se trouve que depuis au moins deux semaines, je ne suis pas au meilleur de ma forme. J’alterne fièvre, sensations de froid, courbatures, maux de ventre, rhume, mal de gorge… Et je ne suis pas le seul dans l’amphithéâtre à être dans ce cas. Alors que dans les années précédentes, j’avais tendance à échapper aux microbes ambiants, j’ai l’impression que ce semestre, c’est comme si mon organisme avait décidé de rattraper le temps perdu, je ne loupe aucun symptôme et ne manque pas de les partager à d’autres !

Et depuis tout ce temps, j’entends mes proches me dire d’aller chez le médecin. Déjà, et c’est triste de le constater, mes horaires de travail universitaire m’en empêchent. Et quand j’ai du temps libre, j’essaye de l’utiliser pour me reposer, nettoyer mon appartement, faire diverses courses… “Va chez le médecin plutôt que de traîner cela pendant des semaines”. Pourquoi faire ? M’entendre dire que j’ai un rhume ? Que je suis simplement fatigué ?

Ce matin en cours, notre professeur, M. Demilly, présentait ce constat : les Français sont champions d’Europe de la consommation de médicaments, en particulier d’anti-cholestérols, antidépresseurs, somnifères et autres anxiolytiques. Au point que certains spécialistes parlent d’une “gestion pharmacologique du mal-être”. Cela fait réfléchir en effet : nous consommons 2500 millions de boîtes par an, pour un montant de 20,2 milliards d’euros : c’est à peu près 40 % de plus que les Anglais, 80 % de plus que les Allemands ! Là où un médecin suédois prescrira en moyenne 0,8 médicament, un médecin français en prescrira 4,5 ! 40 % des consultations aboutissent à une prescription de médicaments aux Pays-Bas ; 4 consultations sur 5 en France. Ne dit-on d’ailleurs pas qu’un médecin qui ne prescrit pas de médicaments est un mauvais médecin, surtout s’il ne prescrit pas d’antibiotiques ?

Les Français en revanche ne sont pas adeptes de l’automédication. “Cela pourrait être dangereux”. Souvenez-vous de cette  ancienne publicité où l’on voyait un homme mettre sa main dans une immense boîte en verre avec des pilules de toutes les couleurs, pris en faute comme un enfant dans un pot de confiture (de framboises de préférence alors). Ou celle  plus récente pour une assurance où une femme enceinte choisit un médicament qui pourrait s’avérer dangereuse pour son fœtus, alors qu’il s’agit d’une solution buvable pour son mari.

Et bien non, pour mon petit rhume de rien du tout, même s’il est persistant, je ne consulterai  pas un médecin et ainsi n’alimenterai le trou de la sécurité sociale. Au pire, j’irai demander un médicament au pharmacien, mais je ne rentrerai certainement pas chez moi avec un sachet en papier recyclable plein de drogues. Pour rappel, si le déficit de l’assurance-maladie devrait s’élever à 6,4 milliards d’euros en 2007, la dette cumulée, elle, – chiffre que les médias ne donnent jamais – atteint la somme vertigineuse de 100 milliards d’euros.

Gaston Ouvrard – Je ne suis pas bien portant (1934)

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