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Le blog de Titem, entre Europe et Canada.
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Le concours Eurovision pour les nuls… et les extra européens !

Titem | 17 mai 2013

Le 58e Concours Eurovision de la Chanson se tiendra ce samedi, à 21h GMT à Malmö, en Suède. L’émission est retransmise sur Internet ici.

J’avais déjà parlé des enjeux, notamment géopolitiques et identitaires, de cet événement dans un article publié par le webzine Le Taurillon. Voici un guide à l’usage des canadiens, des autres extra-européens ou même des curieux qui aimeraient en savoir plus sur le fonctionnement sur ce grand rendez-vous musical.

À noter, le Goethe-Institut de Montréal diffusera le concours dans ses locaux. Vous êtes prêts ? Que le spectacle commence !

Qu’est-ce que l’Eurovision ?

Vous connaissez (et regardez) la Star Académie ou La Voix ? Vous aimez les concerts avec des effets pyrotechniques, les vidéos, les chorégraphies et les costumes sophistiqués ? Alors ajoutez un zeste de diversité culturelle et géographique, et vous obtenez l’Eurovision !

Eurovision_Song_Contest_2013_logoCette émission de télévision est l’un des plus grands événements télédiffusés dans le monde, réunissant des dizaines de millions de téléspectateurs originaires de plusieurs dizaines de pays : de l’Europe bien sûr, du Maghreb et Moyen-Orient, mais également… d’Australie, qui s’enthousiasme aussi pour l’Eurovision ! Et comme chaque événement diffusé en eurovision, il est ponctué par un indicatif musical : quelques notes du Te Deum de Marc-Antoine Charpentier.

Il s’agit d’un concours de chant paneuropéen organisé depuis 1956 ; la Suisse l’avait alors emporté grâce à sa chanteuse Lys Assia.

Dépendamment des pays, le concours est plus ou moins populaire. En France, il est de bon ton de décrier le Concours – on est mauvais perdants – alors qu’ailleurs, notamment en Europe du Nord, c’est une véritable institution qui réunit familles et amis autour du petit écran.

J’ai créé sur Spotify une liste regroupant l’ensemble des gagnants du Concours Eurovision depuis ces débuts.

On peut également retrouver leurs prestations dans cette vidéo Youtube ci-dessous.

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Combien de pays y participent ? Est-ce limité à l’Union européenne ?

Cette année, 39 pays participent au concours, c’est donc bien plus que l’Union européenne et ses 28 membres (au 1er juillet avec l’entrée de la Croatie). Tout pays ayant au moins un organisme actif au sein de l’Union européenne de radio-télévision a la possibilité de se présenter au concours. En théorie, il pourrait y avoir 56 pays, même si pour des raisons parfois économiques, géopolitiques (retrait de l’Arménie en 2012) ou en protestation contre les règles (la Turquie cette année).

Malgré la distance, les pays du Caucase, du Maghreb et du Proche-Orient étant membres actifs de l’UER, ils sont donc autorisés à concourir. Israël est ainsi un participant régulier, déjà vainqueur à trois reprises (1978. 1979, 1999).

Quel type de musique y entend-t-on ?

L’Eurovision est un miroir des tendances musicales du moment ! Par conséquent, il est régulièrement critiqué pour être une vitrine de la musique commerciale. On y entend surtout des ballades folk ou pop, du rock, ponctuellement des musiques plus traditionnelles ou lyriques. Depuis quelques années, le rap, le dubstep, les musiques électroniques ont fait leur apparition. L’Italie s’est aussi risquée en 2011 à proposer du jazz, avec une certaine réussite : Raphael Gualazzi est arrivé second !

Mais la plus grosse et décoiffante sensation eut lieu en 2006 avec la (première) victoire de la Finlande qui avait envoyé cette année-là un groupe de monster metal, Lordi !

Comment fonctionne le concours ?

Depuis 2005 et en raison du nombre croissant de pays participants, des demi-finales ont été ajoutées, organisées le mardi et le jeudi précédent le concours, pour désigner les 25/26 pays admis à concourir lors de la grande finale du concours de l’Eurovision.

Certains pays sont exemptés des demi-finales : les cinq pays contribuant le plus financièrement à l’Union européenne de radiodiffusion (Allemagne, Espagne, France, Italie, Royaume-Uni) ainsi que le pays ayant remporté la précédente édition, qui est également le pays organisateur. Cette année, il s’agit de la Suède (victoire de Loreen).

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Lorsque chacun des participants a assuré sa performance, une fenêtre de vote quinze minutes s’ouvre, pendant laquelle les spectateurs sont invités à téléphoner ou envoyer des sms pour soutenir leur artiste préféré. Depuis cette année, le vote est possible via une application iPhone. Un téléspectateur ne peut (évidemment) pas voter pour son propre pays.

Comment sont comptabilisés les points ?

Chaque pays participant attribue des points à ses dix artistes/pays préférés, par ordre croissant : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 puis 8, 10 et enfin les fameux « douze points / twelve points » au pays plébiscité.

Le vote du public est pondéré de moitié par un vote réalisé par un jury national professionnel, ce qui a tendance à minimiser les effets géographiques et culturels… au grand dam des pays avec une forte diaspora ! La révélation du partage des votes entre jury et public est d’ailleurs souvent l’occasion de constater combien les goûts peuvent être différents entre les deux corps électeurs : la France, classée dernière du public avec un zéro pointé, avait reçu 85 points et la 13e place du jury. Pour autant, ils s’accordent le plus souvent sur le nom du gagnant.

Mais alors, le pays qui a le plus de connexion avec ses voisins gagne forcément !

C’est une critique couramment avancée, celle de l’émergence d’une « Eurovision des pays de l’Est ». L’alliance stratégique réciproque entre Chypre et la Grèce, ou le Danemark et la Suède est une constante des concours Eurovision.

À bien regarder les derniers vainqueurs, il faudrait plutôt faire partie de l’Europe du Nord pour avoir de meilleures chances de l’emporter. Par ailleurs, le tableau des scores montre que pour remporter le concours Eurovision, un pays peut rarement se contenter de ne récolter que les 12 points de sa diaspora ou de ses voisins : il lui faut le plus souvent recueillir un maximum de points de l’ensemble des pays participants ! Tous les pays, sauf l’Italie, avait donné au moins trois points à la gagnante de l’année dernière.

Les artistes qui y participent sont-ils connus ?

La plupart le sont d’abord et avant tout dans leur propre pays. Ces dernières années, beaucoup des candidats sélectionnés ont d’abord participé à une émission nationale de télé-crochet comme la Star Académie ou la Voix (c’est le cas de la candidate française de 2013, Amandine Bourgeois, gagnante de la Nouvelle Star) ou au cours d’une émission spéciale.

Mais il arrive aussi que des pays envoient des stars : cette année, les artistes les plus connus sont Cascada, pour l’Allemagne, et Bonnie Tyler, pour le Royaume-Uni.

Notons que l’artiste sélectionné n’a pas besoin d’être de la nationalité du pays qu’il représente. Ainsi – et cela peut intéresser nos amis canadiens – Natasha Saint-Pier a représenté la France en 2001 et Céline Dion a remporté l’Eurovision en 1988 pour… la Suisse ! Parmi les autres « grands » gagnants, on peut citer ABBA (1974), Johnny Logan, dit Mr Eurovision (1980, 1987 et 1992 comme compositeur) ou Toto Cutugno (1990).

En quelle langue chantent les artistes ?

Cette règle a changé à plusieurs reprises au fil des éditions et est l’une des plus discutées. Actuellement, un artiste peut chanter dans n’importe quelle langue, y compris régionale voire purement imaginaire, plusieurs pays se sentant désavantagés en raison de la « complexité » de leur langue. De fait, la plupart des artistes chantent en anglais.  certains introduisent un couplet en anglais dans leur chanson interprétée dans leur langue natale, d’autres (comme l’Espagne, la France, l’Italie, la Serbie…) se font presque un devoir de chanter dans leur(s) langue(s).

L’anglais est la langue qui a le plus apporté de victoires (25) devant le Français (14). Il faut remonter à 2007 pour trouver la victoire d’une chanson non-anglophone : Molitva, chantée par Marija Šerifović. Il s’agissait alors de la première participation du pays.

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Une règle ? Il y a d’autres règles ?

Oui, parmi lesquelles :

  • La chanson ne peut dépasser trois minutes.
  • Il ne peut y avoir plus de six personnes (choristes ou danseurs) sur scène.
  • Les artistes ne peuvent être âgés de moins de 16 ans, et ce quelques années après que la victoire de la jeune Belge Sandra Kim ait provoqué une affluence d’ados chanteurs. Il existe néanmoins un concours Eurovision de la chanson junior, nettement moins suivi et auquel participent moins de pays, mais fonctionnement sur un principe similaire.

Quels sont les candidats à suivre pour cette année ?

Outre les performances des stars Bonnie Tyler (Royaume-Uni) et Cascada (Allemagne), il faudra suivre la candidate danoise, Emmelie de Forest, grande favorite des bookmakers et des fans cette année : sa chanson, Only Teardrops.

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Autre moment attendu : le passage de la candidate finlandaise Krista Siegfrieds qui termine sa chanson Marry me en embrassant sa choriste ; il s’agit du premier baiser « lesbien » présenté à l’Eurovision et ce n’est pas sans susciter des réactions négatives dans certains pays d’Europe où les droits des personnes LGBT sont peu respectés.

Votre serviteur étant particulièrement déçu de l’élimination en demi-finale d’Israël et de Saint-Marin (écoutez-les tout de même !), il encouragera malgré tout cette année encore un « petit » pays, en l’occurrence Malte, représenté par Gianluca Bezzina, qui chantera Tomorrow.

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Au rayon des performances des performances improbables, on peut compter sur un vampire contre-ténor roumain ou un géant portant la chanteuse ukrainienne. Un extrait de chacune des 39 chansons présentées pour cette 58e édition est visible dans cette vidéo :

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Ailleurs sur la toile : deux articles du Point : L’Eurovision, ce grand soap opera et l’Eurovision, une affaire de mauvais goûts ; un article de Stephen Spillane (en anglais).

Écouter sur Spotify toutes les chansons gagnantes de l’Eurovision.

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Mon Festival International de Jazz de Montréal 2011 (1)

Titem | 6 juillet 2011

Résultats du baccalauréat, Tour de France, Festivals de musique… Ceux restés dans l’Hexagone ont sans doute remarqué ce petit goût de vacances : l’ambiance se détend, la chaleur invite à profiter du soleil pour prendre un verre en terrasse ou pique-niquer. Et bien à Montréal, c’est la même chose ! Après les Francopholies où j’avais fait un petit tour, j’attendais avec beaucoup d’impatience de pouvoir profiter du Festival International de Jazz de Montréal, autre facette du Montréal estival. Moqueur Poli m’avait tellement parlé de l’atmosphère chaleureuse de ce festival où la ville vibre au rythme de la musique d’artistes venus du monde entier. Montréal est décidément la ville de toutes les cultures qui rendent néanmoins cette ville unique.

L’émission de France 2 Télématin y consacrait un reportage. Le Festival passe effectivement pour l’un des plus célèbres et fréquentés du Monde. Un inconvénient diront certains (mais en est-ce vraiment un ?) lors de ce Festival de Jazz, on ne joue justement pas que du jazz… Mais également du blues, du swing et d’autres musiques du monde.

Cette année, c’était le 32e Festival et plusieurs centaines de concerts étaient organisés, dont deux tiers de gratuits proposés sur des scènes extérieures. Je ne les ai bien sûr pas tous vus, mais avec la quinzaine de concerts à laquelle j’ai assisté, j’ai tout de même découvert ainsi de nombreux artistes que je vous propose de mieux connaître également : cela vous permettra peut-être d’alimenter votre lecteur MP3 de nouveaux sons à savourer sans modération sur la plage.

J’ai d’abord fait le tour des installations du Festival, pour me rendre compte qu’étaient présents les radios Espace Musique et FIP, avec respectivement les animateurs Stanley Péan (également écrivain et blogueur) et Luc Frelon (en photo, qui entourent le patron de FIP, Julien Delli Fiori), pour une émission commune, Quand le Jazz est là.

Des artistes venaient s’y produire en direct, accompagnés de musiciens locaux – là, c’est le contrebassiste montréalais Michel Donato qui était invité.

Règle n°1 dans un Festival : si ce que vous écoutez vous plait moyennement, promenez-vous ailleurs, on ne sait jamais, vous pourriez faire d’heureuses découvertes. Résultat : je suis tombé sur Group Doueh, un groupe de musique sarahouie. Doueh est le surnom du leader du groupe, le guitariste Bamaar Salmou dont la virtuosité l’ont fait comparer à Jimi Hendrix, duquel il s’inspirait durant sa jeunesse. Il joue également du tinidit, instrument traditionnel à quatre cordes et cela en famille, puisque sont également présents sur scène son épouse au chant et son fils au clavier ! Leur musique est au carrefour des chants traditionnels et de sonorités rocks. Si peu de personnes devaient connaître ce groupe avant de les voir, ils ont en tout cas eu franc succès en faisant danser le public présent en nombre sur leur musique hypnotique.

A écouter : Zayna Jumma, extrait de l’album éponyme.

Un peu plus classique (quoique) : le musicien montréalais Richard Gagnon choisissait de se présenter au Festival de Jazz avec sa formation de 5 autres trombones : Trombone Actions, après avoir joué pour les plus grands noms du jazz montrélais. Et loin d’être une fanfare cacophonique, cet ensemble fait une place d’honneur à cet instrument mythique des jazz band pour en révéler toutes ces subtilités. Le résultat était une musique enlevante, un swing des plus entraînants et un vrai plaisir d’écoute.

Plusieurs morceaux sont à l’écoute sur cette page du site de l’artiste.

Le groupe Bomata est lui aussi une incitation au voyage ; leur jazz est au carrefour du Monde comme si leurs instruments se mettaient à parler en langues étrangères et où chacun parviendrait à se comprendre. On retrouve ainsi des tonalités méditerranéennes grâce notamment à la panoplie d’instruments de leur percussionniste Ziya Tabassian, des accents klemzer de leur contrebassiste Jean-Félix Mailloux (également compositeur) d’un tour des Balkans avec le clarinette Guillaume Bourque.

Plusieurs extraits de leur album sont écoutables et téléchargeables ici.

Finissons avec la jolie pianiste Laila Biali. Certains lui prêtent un petit air de ressemblance avec Céline Dion, mais elle fait bien partie de cette génération de pianistes nord-américaines pleines de talents et de charme. Venue de Vancouver, elle a notamment été remarquée par Sting et Suzanne Vega et son album est nominé aux Juno dans la catégorie Album jazz vocal de l’année. Un vrai moment de plaisir, avec notamment une belle reprise de la chanson Let Go de Frou Frou.

N’hésitez pas à faire un tour sur son Myspace pour mieux connaître sa musique et apprécier également sa voix claire et chaleureuse.

Et vous, avez-vous aimé ces concerts ou en avez-vous vu d’autres ?

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La fantaisie jazzy de Raphaël Gualazzi

Titem | 20 juin 2011

Cet article a également été publié dans le webzine des Jeunes Européens, Le Taurillon.

L’Italie nous avait déjà donné le jazzman Paolo Conte et Raphaël Gualazzi pourrait bien avoir une carrière aussi brillante que son compatriote. Acclamé par la critique lors du Festival de San Remo et de l’Eurovision cette année, où il voulait montrer que le jazz avait toute sa place dans un concours populaire et a tenu à se concentrer sur la musique plutôt que la mise en scène, le natif d’Urbino a sorti son 2e album Reality and Fantasy, au début de l’année, six ans après le précédent. Le titre qui donne son nom a l’album a même fait l’objet d’un remix, présent sur la compilation Hotel Costes.

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La formation classique acquise par Raphaël Gualazzi pendant huit ans au Conservatoire Rossini de Pesaro ont donné à Raphael Gualazzi une grande maîtrise de son instrument, lui autorisant toutes les fantaisies et les acrobaties, lui qui excelle dans le stride piano, où les mains du musicien font de « grands pas » sur le clavier. Résultat : un classique comme le Caravan de Duke Ellington devient un étourdissant moment de dextérité et de plaisir d’écoute.

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Mais la musique de Raphael Gualazzi n’est pas que technique et intensité. Celui qui joue de sa voix comme de son instrument, pouvant être grave et éraillée ou aiguë peut également faire preuve de beaucoup de finesse et ainsi toucher au plus profond de chacun. Le jazz est ici revisité avec des influences plus modernes pour le divertissement de chacun.

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Avec Reality and Fantasy, Raphaël Gualazzi vient rappeler que l’Italie demeure une terre de culture, inspirée et dynamique.

L’artiste sera en tournée cet été, présent dans de nombreux festivals en Italie et en France. Il se produira notamment au Festival Django Reinhardt de Samois-sur-Seine le 25 juin, à Nantes de 2 juillet, au Festival d’été Rhinojazz de Saint-Etienne le 29 juillet et le 30 au Festival Jazz en Liberté d’Andernos-les-Bains ainsi qu’au Festival Jazz en Touraine le 14 septembre.

Site officiel de Raphaël Gualazzi : http://www.raphaelgualazzi.com

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Alina Orlova : l’envoûtement venu de Lituanie

Titem | 18 juin 2011

Cet article a également été publié dans le webzine des Jeunes Européens, Le Taurillon.

A l’occasion de la Fête de la musique, le Taurillon vous propose ainsi de découvrir des artistes de talent qui méritent, selon nous, d’être davantage connus du grand public. Si pour vous la Lituanie n’évoque qu’un lointain pays froid et folklorique ou quelques performances sportives voici l’occasion de porter un regard différent grâce à son ambassadrice musicale à la voix envoûtante et aux mélodies poétiques : Alina Orlova.

L’artiste, qui fêtera ses 23 ans à la fin du mois, est originaire de Visaginas, petite ville située à l’est du pays, à proximité de la frontière biélorusse et qui abrite l’une des plus grandes centrales nucléaires d’Europe.

Après le succès de « Laikinis Šuo Dingo », grâce au bouche à oreille, elle vient de sortir son 2e album, Mutabor, qui désigne en russe une formule magique. Et dès les premières notes de l’album, la magie opère grâce à cette voix unique, agile et mutine, avec ce phrasé semble-t-il proche des chanteuses traditionnelles scandinaves et baltes.

Mélange de poésie à l’imaginaire enfantin et de pop baroque un peu sombre, la musique d’Alina Orlova est portée par la candeur fragile de l’artiste et néanmoins une chaleur rassurante. Nul besoin de comprendre les paroles pour être transporté immédiatement dans son univers.

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Car en effet, si certaines de ces chansons sont en anglais, la jolie rousse a le mérite de chanter surtout dans ses langues maternelles : le lituanien et le russe.

Auteure-compositeure et interprète, Alina Orlova, peintre reconnue, a choisi de se lancer dans la musique pour le plus grand bonheur de nos oreilles. C’est peut-être son expérience de peintre qui lui permet d’imprimer des couleurs si particulières à sa musique, oscillant toujours entre l’ombre et la lumière, le froid et le chaud, avec des accents slaves, comme dans cette chanson.

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Le prodige de la magicienne Alina Orlova, avec ces albums poétiques, est de Russie et Lituanie tout en faisant une entrée remarquée à l’Ouest, comme un pont entre deux rives, manifestant à sa manière la réalité du rêve européen, de l’Atlantique à l’Oural.

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Alina Orlova participera notamment aux Nuits de Fourvière à Lyon le 22 juillet.

Myspace d’Alina Orlova : www.myspace.com/alinaorlova

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Eurovision 2011 : victoire surprise de l’Azerbaïdjan

Titem | 22 mai 2011

Cet article a également été publié dans le webzine des Jeunes Européens, Le Taurillon, et fait suite à mes deux précédents articles : Eurovision 2011 : une compétition disputée mais ouverte ainsi que L’Eurovision n’est pas qu’un spectacle kitsch et décalé.

C’est la consternation depuis ce week-end : il était annoncé comme le favori des pronostics et il n’aura suffit que de quelques minutes pour que celui-ci voie s’échapper une victoire qui était promise. Il, ce n’est pas seulement DSK, c’est également le représentant français à l’Eurovision 2011, Amaury Vassili. Après vous avoir parlé de l’apport de cette compétition à l’identité européenne, petit retour sur cette compétition qui a lieu ce samedi, et en musique.

Ma soirée de samedi a renforcé dans ma conviction que l’Eurovision est prise bien plus au sérieux ailleurs en Europe qu’en France, même si près de 5 millions de téléspectateurs ont regardé la compétition, une meilleure audience que la finale de la Coupe de France de football. Un ami allemand rêvait d’une deuxième victoire consécutive de sa compatriote Lena Meyer-Landrut, première artiste à défendre son titre, tandis qu’une autre amie suédoise semblait confiante dans la victoire de Eric Saade. Chacun se prête aux jeux des pronostics, mais le résultat voit finalement la victoire surprise de l’Azerbaïdjan, pour sa 4e participation et dont la présence à cette compétition musicale s’explique par son appartenance à l’Union européenne de radio-télévision.

Le concours fut aussi ouvert et serré qu’il avait été annoncé. Avec le système de vote mixte (50 % jury, 50 % public), introduit pour limiter les alliances géographiques, des concurrents sérieux ont été éliminés dès le stade des demi-finales : c’est notamment le cas de l’israélienne Dana International, première transsexuelle à remporter la compétition en 1998 avec Diva. De même la Turquie, pourtant coutumière des bonnes places grâce aux votes de sa diaspora, est passée à la trappe, tout comme 4 pays des Balkans habitués à s’attribuer mutuellement des points : l’Albanie, la Bulgarie, la Croatie et la Macédoine.

Exit également les provocateurs du groupe révolutionnaire portugais Homens de la Luta, qui avait choisi de s’entourer de choristes grimés en stéréotypes de la société portugaise, au point qu’une partie de la presse les a surnommés les Village People du Portugal.

Le vote géographique a pourtant été encore d’actualité cette année : la Grèce recevant une nouvelle fois les fameux « twelve points » de Chypre, Moldavie et Roumanie s’échangeant également 12 points. Et cette alliance stratégique de fait a également été le cas pour l’Europe de l’Ouest : l’Espagne a reçu la moitié de ses 50 points grâce à la France et au Portugal, et l’Italie récoltant également le score maximum de l’Albanie, de l’Espagne et de Saint-Marin. Pour autant, ce vote géographique, s’il est important, n’est pas déterminant dans la victoire : l’Azerbaïdjan n’a reçu que trois « 12 points ». Un pays ne peut espérer gagner sans le soutien d’un maximum de pays – et en effet, les trois premiers sont eux qui ont reçu des points de presque tous les pays participants. Il sera toutefois intéressant de voir, dans quelques jours, la publication des votes séparés du public et du jury, lesquels pourraient révéler de fortes disparités, comme l’année dernière.

[Mise à jour du 30 mai 2011, 18h : Et c'est effectivement le cas !

  • L'Italie doit essentiellement sa 2e place qu'au jury, qui a classé Raphael Gualazzi premier, loin devant le 2e en nombre de points, l'Azerbaïdjan. Mais le public n'a placé le concurrent italien qu'en 11e position.
  • La Suède aurait peut-être pu remporter l'Eurovision si le jury l'avait mieux classée : Eric Saade avait reçu quasiment autant de points du public que le duo gagnant Ell & Nikki, mais était 9e pour le jury.
  • La Grèce mais surtout la Russie, peuvent remercier également le public. Le concurrent russe, Alexey Vorobyov, donné dernier par le jury, arrivera au final 16e grâce à la 7e place accordée par le public.]

Ell & Nikki ont ainsi remporté la compétition avec leur ballade doucette, Running Scared, sur le plus petit score pour un gagnant depuis l’introduction des demi-finales en 2008, avec 221 points. Etonnamment, les Australiens, qui pouvaient regarder l’Eurovision et voter pour leur chanson favorite, les ont classés… derniers !

La prochaine compétition devrait ainsi avoir lieu dans la capitale de l’Azerbaïdjan, Bakou. Une aubaine pour ce pays qui souhaite développer davantage son industrie du tourisme. Mais aussi un mètre-étalon des relations géopolitiques entre les pays du Caucase : si l’Eurovision est un moyen pour les Européens d’exprimer leur identité européenne, elle n’empêche pas les querelles entre États. L’Azerbaïdjan a ainsi été condamné pour avoir déréglé, en 2009, son signal télé au moment du passage du candidat arménien, alors que Bakou est en conflit avec Erevan quant à la revendication territoriale du Haut-Karabagh, que cette dernière contrôle militairement.

http://www.dailymotion.com/video/xipl8d

Le chanteur lyrique français Amaury Vassili, qui a interprété en corse Sognu, annoncé comme favori aura déçu tant par sa prestation (mal coiffé, habillé d’un gilet faisant penser à Napoléon et chantant d’une voix mal posée au début) que par sa place (15e) ou son manque de fair-play.

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Cette édition 2011 de l’Eurovision aura notamment été marquée par le retour de l’Italie, pays qui n’avait plus participé depuis 1997. En tant que gros contributeur à l’Union-Européenne de Radiotélévision, elle a été dispensée, comme tout comme les autres pays du « Big 5 » (Allemagne, Espagne, France, Royaume-Uni) et le pays hôte (l’Allemagne cette année) de passer par le stade des demi-finales.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Italie a réussi son come-back avec une très belle 2e place pour le pianiste de jazz Raphael Gualazzi et son Madness of Love, qui s’est satisfait d’avoir redonné de la popularité à ce style musical à l’Eurovision (voir les interviews des 3 premiers ainsi que de la gagnante de la précédente édition). L’autre perle de la compétition, de ces chansons avec de bonnes qualités musicales mais habituellement sous-notées à l’Eurovision, Love in Rewind de la star bosniaque Dino Merlin, termine néanmoins à la 6e place.

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Dans la bataille des belles gueules, c’est le Suédois Eric Saade, donné parmi les favoris du concours, qui a eu le dernier mot face, avec une chanson très pop et une performance fracassante : Popular. Il donne ainsi sa meilleure place à Stockholm depuis la victoire de Charlotte Nilsson en 1999. Le boys band britannique Blue marque son retour sur scène avec une 11e place.

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La gagnante de l’année dernière n’aura pas réussi son pari d’entrer dans la légende aux côtés de Johnny Logan, « Mister Eurovision », seul concurrent à avoir remporté trois fois la compétition pour l’Irlande, deux en tant que chanteur, en 1980 et 1987, une en tant que parolier, en 1992. Avec une performance plus assurée et sensuelle (manquant du coup de cette spontanéité qui avait tant séduit ?) l’Allemande Lena Meyer-Landrut décroche une honorable 10e place avec Taken by a Stranger.

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Au rayon des performances kitsch, sans lesquelles l’Eurovision ne serait pas l’Eurovision, les jumeaux irlandais de Jedward et leur très Lady-Gagaesque Lipstick auront tenu toutes leurs promesses : cheveux en pointe d’obus, tenues rouges criardes et gesticulations, ils sont finalement arrivés 8e. Les Moldaves de Zdob şi Zdub, affublés de chapeaux de nains de jardins, finissent eux 12e avec So Lucky.

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Les sosies n’auront pas eu grand succès cette année : la Céline Dion hongroise, Kati Wolf, n’arrive que 22e et la Katty Perry estonienne, Getter Jaani, a une surprenante 24e place.

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Eurovision 2011 : une compétition disputée mais ouverte

Titem | 13 mai 2011

La finale du 54e concours Eurovision se tient ce samedi à l’Esprit Arena de Düsseldorf sera la plus disputée de l’histoire de la compétition, avec 43 pays concurrents. Si l’on en croit les bookmakers britanniques, on pourrait assister à la première victoire de la France depuis 1977, mais la concurrence sera rude. Petite revue des candidats favoris cette année avec en bonus, quelques vidéos de prestations des précédentes éditions.

L’Eurovision 2011 sera notamment marqué par le retour de l’Italie, pays qui n’avait plus participé depuis 1997, déçu de ses performances. En tant que gros contributeur à l’Union-Européenne de Radiotélévision, elle sera dispensé, comme tout comme les autres pays du « Big 5 » (Allemagne, Espagne, France, Royaume-Uni) de passer par le stade des demi-finales (le règlement prévoit que c’est également le cas du pays hôte, vainqueur de l’édition précédente, qui cette année est l’Allemagne).

Le concours s’annonce très ouvert : avec l’introduction d’un système de vote mixte (50 % jury, 50 % public) qui limite les alliances géographiques, des concurrents sérieux ont été éliminés dès le stade des demi-finales. C’est notamment le cas de l’israélienne Dana International, célèbre pour avoir été la première transsexuelle israélienne à remporter la compétition en 1998 avec Diva, éliminée suite à sa prestation moyenne. De même la Turquie, pourtant habituée des bonnes places grâce aux votes de sa diaspora, est passée à la trappe, tout comme 4 pays des Balkans habitués à s’attribuer mutuellement des points : l’Albanie, la Bulgarie, la Croatie et la Macédoine. Exit également les provocateurs du groupe révolutionnaire portugais Homens de la Luta (écoutez cette chronique d’Euranet à leur sujet), qui avait choisi de s’entourer de choristes grimés en stéréotypes de la société portugaise, au point qu’une partie de la presse les a surnommés les Village People du Portugal.

L’Allemande Lena Meyer-Landrut est la première artiste à décider de défendre son titre l’année suivante ; elle revient cette année avec Taken by a stranger (clip ci-dessous). Si elle n’est pas donnée favorite par les bookmakers, elle compte néanmoins sur le capital sympathie qu’elle a gagné l’année dernière par sa fraîcheur et sa spontanéité. Si toutefois elle remportait de nouveau la compétition, elle rentrerait dans la légende aux côtés de l’Australien Johnny Logan, « Mister Eurovision », seul concurrent à avoir remporté trois fois la compétition pour l’Irlande, deux en tant que chanteur, en 1980 et 1987, une en tant que parolier, en 1992.

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Une fois n’est pas coutume, c’est la France et le chanteur lyrique corse Amaury Vassili, qui interprétera Sognu, qui sont annoncés comme favoris, au grand dam du blog Ecrans de Libération. Ce donnerait au moins l’occasion de montrer que l’on n’est pas bon qu’en hand-ball. De quoi donner le coup de pouce à cette compétition boudée par les Français ? Mais à mon avis, si nous parviendrons à décrocher une bonne place, ça ne sera pas encore cette année que l’on gagnera.

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En effet, ne crions pas trop vite victoire, car les jumeaux irlandais de Jedward et leur très Lady-Gagaesque Lipstick vont détonner dans la compétition : costumes rouge criard à paillettes, chorégraphie robotique : une prestation kitsch assumée qui pourrait faire mouche, d’autant que l’Irlande détient encore à ce jour le plus grand nombre de victoires à l’Eurovision.

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C’est encore du côté des Îles Britanniques que pourrait se trouver les futurs gagnants, et notamment les garçons du groupe Blue et leur chanson I can. Ces derniers n’ont pas hésité à s’afficher nus dans les magazines. Une chanson qui aurait très bien pu gagner il y a 15 ans, au temps où les boys bands faisaient encore hurler les jeunes filles (aujourd’hui elles ont Justin Bieber), mais sait-on jamais.

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Les chanteurs sont décidément à l’honneur des bookmakers cette année : le suédois Eric Saade et les Danois de A Friend in London, dont les chansons pops et la mise en scène pourrait bien séduire les téléspectateurs.

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Personnellement, je retiens également la prestation entraînante du pianiste de jazz italien Raphael Gualazzi, récent participant d’un autre grand concours de chansons, le festival de San Remo.

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Il faudra également compter sur Rockefeller Street de l’estonienne Getter Jaani, qui a un petit air de ressemblance avec Katy Perry.

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En espérant que cette année, Laurent Boyer et Catherine Lara, les commentateurs pour la France, ne gâcheront pas la fête en se laissant aller à des commentaires chauvins et désobligeants auxquels nous ont habitué leurs prédécesseurs.

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Quelques performances mémorables dans l’histoire de l’Eurovision…

… qui vous permettront de mesurer l’évolution des styles capillaires et vestimentaires, la disparition des orchestres… et le relâchement dans l’ambiance dans cette compétition autrefois un peu guindée.

En 1974 un groupe suédois fait son apparition et remporte la compétition : ABBA connaîtra par la suite un succès planétaire. On peut dire que Waterloo aura marqué l’histoire (musicale) de l’Europe et fut l’étincelle qui déclencha le fort engouement de la Suède pour cette compétition.

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Séquence émotion avec la dernière victoire française : Marie Myriam, dans sa robe jaune, chante « L’oiseau et l’enfant » en 1977.

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Notons qu’il est tout à fait possible pour un pays de faire appel à des ressortissants étrangers pour les représenter : c’est ainsi qu’en 1988, une certaine Céline Dion allait remporter l’Eurovision pour la Suisse avec sa chanson Ne partez pas sans moi, tandis que Lara Fabian, pour le Luxembourg, arrivait en 4e position avec Croire.

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Les mauvaises langues disent que la France ne veut pas gagner car le concours est trop cher à organiser. C’est ainsi que l’on a fait appel à Serge Gainsbourg, qui avait déjà remporté la compétition en écrivant les paroles de la chanson « Poupée de cire, poupée de son » pour France Gall (qui concourait pour le Luxembourg en 1965). Son défi : proposer une chanson suffisamment bonne sans remporter la compétition. Joëlle Ursull et White and Black Blues arrivent deuxième ex aequo, derrière l’italien Toto Cutugno.

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Devenue un symbole dans son pays et pour la communauté LGBT, grande fan de l’Eurovision, Dana International remporte la compétition en 1998 avec Diva. Sa particularité : elle est la première transsexuelle à gagner l’Eurovision !

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« Au moins eux, on est sûr qu’ils ne gagneront pas », affirmait avec aplomb Michel Drucker lorsqu’il commenta l’Eurovision en 2006. Eux même affirmaient  être à l’Eurovision « comme des mangeurs de viande dans un café végétarien« . Et pourtant cette année, ce sont bien les Finlandais du groupe métal Lordi, maquillés en monstres, qui gagnent cette année-là, au grand dam de l’église de Grèce (la compétition avait lieu à Athènes) qui avait tenté d’interdire leur prestation qu’ils jugeaient « sataniques ».

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En 2007, l’Ukraine est représentée par le transformiste Verka Serduchka, qui fera avec Dancing Lasha Tumbai une performance des plus kitschs et décalées : costume argent à paillette, chapeau improbable, tape sur les fesses des danseuses… Les autorités ukrainiennes craignent d’être ridiculisées, la Russie grince des dents, croyant entendre, derrière le nom de la chanson, « Russia goodbye ». La même année, la Serbe Marija Šerifović donne la victoire à son pays pour sa première participation avec Molitva, ce qui signifie prière, la morale est sauve. C’est à ce jour la seule chanson non-anglophone à remporter la compétition depuis la réintroduction de la règle de liberté de la langue en 1999. Les Serbes ont pu ressentir cette victoire du public comme un retour en grâce de leur pays.

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Manque d’inspiration ou kitsch parfaitement assumé ? Justin, une marionnette ayant les traits d’une dinde, représente l’Irlande et ne passe pas le stade des demi-finales, dans l’une des performances les plus ridicules à ce jour.

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En 2009, le norvégien Alexander Rybak séduit l’Europe entière avec son visage poupon et son violon : il détient à ce jour le plus grand nombre de points dans la compétition : 387. Sa chanson, Fairytale, risque de vous rester longtemps dans la tête et que je réécoute parfois le coeur léger.

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A l’Eurovision, il n’est pas question que d’amour dans les chansons, cela peut également servir de tremplin pour des messages politiques, dans le respect de certaines règles. En 2009, les chanteuses israéliennes Noa et Mira Awad font appel à la raison : There must be another way. A noter que la Géorgie, en marge du conflit avec la Russie, avait choisie de se retirer de la compétition en 2008, refusant de changer les paroles de sa chanson dont le titre est on ne peut plus clair : We don’t want to put in.

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Ailleurs sur la toile :

Best and worst of Eurovision 2011, de Dave Keating sur CaféBabel.

Le site de l’Eurovision : http://www.eurovision.tv

Abonnez-vous également au fil twitter #eurovision pour suivre en direct les commentaires des internautes !

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Les Novembre du XXe siècle ; mémoires distinctes et partagées ; responsabilités communes. Conférence d’Ingo Kolboom [Archive]

Titem | 13 novembre 2009

La lecture de cet article de CaféBabel, « 9/11, Le jour où l’Allemagne croise son destin« , m’a rappelé à mon bon souvenir l’une des conférences les plus intéressantes à laquelle j’ai pu assister. C’était en novembre 2006, j’étais alors étudiant en 2e année à Sciences Po Rennes. Je poste ici le compte-rendu de la conférence que j’avais publié sur mon ancien blog, et dont les analyses me semblent toujours pertinentes et intéressantes, à l’heure où nous célébrons le 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin.

Professeur spécialisé dans les questions de relations franco-germaniques et germano-québecquoises, Ingo Kolboom nous a offert une conférence de très haute qualité intellectuelle, l’humour et le goût de la langue française en plus. Accompagnant des élèves de l’université de Dresde, où il enseigne, il a confié son plaisir de venir tenir cette conférence devant des jeunes, qui représentent l’avenir. Les jeunes et l’avenir, qui innerveront toujours ses propos sur le sujet dont je vous livre un compte-rendu :

« Les Novembre du XXe siècle : mémoires distinctes et partagées ; responsabilités communes.

Hasard du calendrier, son séjour en Bretagne, jumelée avec la Saxe, concorde avec deux dates très spécifiques, considérées comme des « lieux de mémoire » selon l’expression de Pierre Nora : les 9 et 11 novembre. Novembre : le « miz du » des bretons.

Le 9 Novembre est souvent perçu comme une date allemande : celle du chute du Mur. Mais le 9 Novembre 1989 représente plus encore : la chute d’un régime ouvrant la voie à l’unité allemande. Un jour de fête, et de retrouvailles démocratiques pour un peuple entier, divisé en deux États. Mais l’euphorie est de courte durée. Les déçus de la réunification font entendre leurs voix (n)/ostalgiques. Les chansons laissent place à des « balbutiements de miséricorde » : la peur d’une Allemagne trop grande, trop efficace, s’efface au profit d’une vision de l’Allemagne malade.

Les lendemains déchantent : ce 9 novembre qui aurait dû devenir une fête nationale ne l’est pas devenu. Car d’autres soirs de novembre ont jeté de longues ombres sur les retrouvailles de 1989…

Le 9 novembre 1938, à l’appel de Joseph Goebbels, les Nazis mettent le feu à 2700 synagogues, tuent 400 Juifs allemands et en déportent 30.000 autres. C’est la Nuit de Cristal, signe avant-coureur de ce qui sera l’Holocauste. Ingo Kolboom se perçoit, comme d’autres de sa génération, comme un enfant de Goethe et d’Auschwitz.

Le 9 novembre 1918, le Kaiser Wilhelm II abdique. Scheiderer proclame la 1ère République sur le balcon du Reichstag, alors que le pays est en pleine débâcle politique et militaire.

5 années plus tard, les militants du NSDAP veulent venger l’affront de la République de Weimar. Avec une bande armée, Hitler tente le « putsch de la brasserie » à Munich. Un événement sanglant, célébré en grandes pompes et sur un culte de la mort dès 1933. Hitler attribuera la plus haute distinction aux « héros » du 9 novembre 1923 : l’ordre du sang.

Mais en 1989, le mois noir a acquis une autre lueur, par la chute d’une Bastille qui encadrait un Etat, au cours d’une révolution pacifique, sans guillotine. Ces 9 novembre ne sont-ils que « un jour de destin allemand » ?

La réponse est clairement négative : ces événements ont un dimension européenne, dont la France fait partie intégrante. Car la jeune République de Weimar fut « un malheureux enfant bâtard d’un malheureux traité inspiré par la revanche », revanche forte dans les esprits de la France du Tigre Clemenceau, et qui porta les germes qui inspirèrent plus tard la révolte allemande. Les Nazis ne cessèrent pas d’accuser la République de Weimar d’être coupable de haute trahison aux yeux du peuple allemand.

Voilà pourquoi le 9 novembre ne fut pas une entière fête de retrouvailles. Elle marque néanmoins le retour, selon l’expression de l’écrivain français d’origine tchèque Milan Kundera le retour de « l’Europe kidnappée ». Car la RDA ne faisait pas que revenir à l’Allemagne et à la démocratie, mais également à l’Europe, et aux régions, par la création de nouveaux Länder.

Il existe d’autres 9 novembre, connus en France, et que les Allemands n’ont aucune raison de ne pas connaître. Le 9 novembre 1970 marque en effet la mort de Charles de Gaulle dans sa maison de la Boisserie à Colombey-les-deux-églises ; son lieu de retraite, où seul le chancelier Konrad Adenauer y fut reçu en entretien privé, et y coucha, en septembre 1958.

Charles de Gaulle a œuvré pour la réconciliation franco-allemande, ce que témoigne notamment la signature du traité de l’Élysée en janvier 1963. Adenauer. De Gaulle. Deux caractères opposés qui s’engagent pour une politique commune, raisonnable, dans l’idée de Paul Valéry : « Les bonnes arrières-pensées font les bons traités ». L’amitié sans gesticulations émouvantes des deux hommes posait les jalons des couples franco-allemands.

Anecdote moins connue : Konrad Adenauer fut élu membre associé étranger de l’Académie des Sciences Politiques et Morales de l’Institut de France. Il siéga au fauteuil n°12, futur siège de Leopold Sendar Senghor, à partir… du 9 novembre 1964 !

Le 11 novembre, alors que les fous du Rhin donneront le coup d’envoi du carnaval en Allemagne, les Français se recueilleront sur les tombes de leur 1,3 millions de soldats « morts pour la France » (« D’Hor Bugale Maro Evit Ar Bro« ) : la Saxe et la Bretagne ont également ceci en commun, qu’ils ont payé un tribut plus lourd que les autres. Le 11 novembre représente pour la France sinistrée une date de commémoration.

Là encore, cette histoire ne concerne pas uniquement la France, mais aussi l’Allemagne, et plus largement l’Europe. Le 11 novembre 1914, suite au miracle de la Marne et l’échec du plan Schlieffen, la Première Guerre Mondiale s’enfonce dans la guerre de tranchées. On transforme la France en gigantesque champ de batailles, de boue, d’obus et de sang.

Le 11 novembre 1942, la Wehrmacht occupe la zone libre de la France. La France, hantée par le STO et le souvenir de Vichy, se ressaisit dans le consensus national porté par De Gaulle : la France libre et résistante. Mais la France a fini par se pencher, de manière plus objective mais pas moins douloureuse sur son passé.

Les 11 novembre sont donc apparemment un jour de destin français. Les vestiges de novembre ont façonné nos mémoires, respectives et distinctes, mais inséparablement liés dans un même destin. Il fallut beaucoup de temps à la France et à l’Allemagne pour se réconcilier. Ceci fut néanmoins réalisé grâce à la sagesse politique, et le sens des responsabilités.

Aujourd’hui les jeunes sont libérés de ce passé. Il fallut 50 ans pour produire un manuel d’histoire franco-allemand, une banalité intelligente. Car la réconciliation ne prit pas 50 ans : mais bien un siècle, la fin d’un siècle abhorré dont la chute du mur de Berlin a porté l’estocade aux incertitudes allemandes, et porté le retour de l’Europe kidnappée.

Europe brisée, Europe martyrisée… Europe libérée. Il s’agit maintenant de partager nos mémoires, souffrantes et joyeuses, afin de pouvoir façonner nos responsabilités communes. A nous d’arroser cette fleur de la réconciliation née de la souffrance : tel est le message des novembre du XXe siècle.

La boucle est bouclée : le poids de la mémoire débute par l’euphorie belliqueuse d’un bel été de 1914, et s’achève par l’euphorie d’un printemps des peuples en novembre, ce mois noir. Mais l’euphorie est fortement tempérée. Pour autant, il n’est pas permis de nous enfermer dans un pessimisme de circonstances : le 9 novembre 2006 est inaugurée la nouvelle synagogue de Munich.

Nos efforts distincts autant que communs pour les retrouvailles franco-allemandes sont utiles. Mais l’oeuvre n’est pas achevée. Rien n’est jamais acquis, mais il ne faut pas abandonner l’ouvrage commun : il faut imaginer Sisyphe heureux.

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Ce que la commémoration des 20 ans de la chute du Mur de Berlin nous enseigne

Titem | 9 novembre 2009

Chute du mur de Berlin wiki Lear 21Témoignages, reportages et documentaires, films : les médias se mobilisent largement à l’occasion des 20 ans de la chute du Mur de Berlin. Et contrairement à certains (sur Twitter ou Authueil sur son blog, par exemple), je m’en réjouis. Trop jeune, je n’ai aucun souvenir de cet événement. Militant européen, je souhaitais vivement qu’on le célèbre. Radio France devient aujourd’hui Radio France Berlin et consacre l’ensemble de ces programmes à l’Allemagne, Berlin, la RDA, le mur. A Rennes comme dans d’autres villes, un mur symbolique sera construit sur la Place de la Mairie et sera détruit à 19h (voir aussi ce rassemblement annoncé sur Facebook). La chute du Mur de Berlin a suscité dans toute l’Europe centrale et orientale un espoir de paix, de démocratie, et de prospérité.

C’est une formule un peu usée maintenant, mais force est de constater que « le mur est toujours dans les têtes ». Lorsque j’interviens dans les collèges et lycées pour parler de la construction européenne, il se trouve toujours un élève pour poser des questions sur la RDA ou le Rideau de fer. Et eux n’ont pas connu cette époque.

Ce retour médiatique sur la chute du Mur de Berlin a eu cela de bénéfique qu’il a pu revenir sur certaines idées reçues, des deux côtés du Mur. Personnellement, j’ai appris beaucoup de choses. Le Mur de Berlin ne fut qu’une étape, pas même le commencement ni encore la fin du communisme. Il y eut l’ouverture des frontières en Hongrie, le pique-nique de Sopron pendant lequel des centaines d’allemands de l’est traversèrent la frontière pour passer à l’ouest par l’Autriche, les manifestations de Leipzig un mois avant la chute du Mur. Et puis il fallut encore attendre 2 ans pour que s’effondre enfin l’URSS, libérant ainsi les anciennes Républiques Socialistes Soviétiques.

Les langues se délient. Alors que la réunification n’a pas permis de soulever des débats sur l’histoire de la RDA et la mémoire de ses habitants (lire à ce sujet l’article de Thomas Brussig du magazine Cicéro sur Presseurop), ces derniers parlent de leur ressenti, leur vécu, 20 ans après. L’ostalgie va plus loin que le retour des produits et symboles de la RDA, le souvenir d’une époque où l’éducation, la santé et la culture étaient gratuites. Il ne s’agit pas non plus de nier la réalité de cette société marquée par la censure de la presse, la délation et le contrôle social exercé par la Stasi, dont j’ai visité les prisons à Bautzen, en Saxe. Il faut aussi se rappeler, sans juger autrui, ce que cet événement a signifié pour des millions de gens :  depuis leur enfance, ils baignaient dans un idéal (certes communiste) de solidarité. Un idéal qui s’effondre brusquement. Se réveiller le lendemain avec le sentiment de perdre tous ses repères un par un, y compris les choses les plus anodines. Imaginons nous réveiller dans une société où les marques disparaissent du jour au lendemain ! Être né dans un pays qui n’existe plus.

La réunification de l’Allemagne, de même que la chute de l’URSS a eu pour conséquence la libéralisation de l’économie, la privatisation des entreprises autrefois chapeautées par l’État. Des centaines de milliers de personnes ont perdu leur emploi, du jour au lendemain.  Ces entreprises, associations, agences, recevaient autrefois leurs ordres de l’État, donc du parti unique. Lorsque celui-ci tombe en décrépitude, c’est tout le mécanisme de décision qui s’enraye. Les personnes les plus dotées en ressources personnelles et/ou financières, proches du pouvoir ancien, ont pu profiter de cette situation de chaos pour faire des affaires, d’où les inégalités. Inversement, la classe populaire et ouvrière a difficilement éprouvé la réunification. Ils sont la génération sacrifiée. Le chômage est aujourd’hui encore endémique dans certaines régions d’Europe et d’Allemagne.

Mais malgré tout, il serait abusif de ne pas reconnaître toutes les avancées de ces 20 dernières années. Je trouve cela même comique d’accuser le libéralisme d’être à la base des maux de l’Europe de l’est depuis 1989, comme le fait le journaliste de L’Humanité Claude Cabanne. Il y avait les étals vides, les Trabants qu’il fallait commander 12 ans avant de pouvoir espérer la conduire, les routes défoncées, les façades décrépites, les industries polluantes et peu rentables. Et qui peut prétendre que la situation n’aurait pas été pire en RDA, si celle-ci avait sombré en même temps que l’URSS ? L’économie de marché a remplacé l’économie dirigée, c’est le meilleur système économique à l’exception de tous les autres, pour pasticher Churchill.

Il faudra certainement encore une génération pour combler les derniers fossés dans les cœurs et les paysages. Mais les reliques de l’Europe nationaliste, revancharde et belliqueuse, sont maintenant enterrées. La page de la Guerre Froide est tournée. Aujourd’hui, l’Europe est réunifiée, nous pouvons nous y déplacer librement, l’Europe de l’est rattrape progressivement les autres pays de l’Union à laquelle ils appartiennent depuis 2004 ou 2007. Et c’est cela le principal enseignement de la chute du Mur de Berlin. Je peux comprendre que certains trouvent que l’on en fasse trop : il est vrai que les médias nous ont assez peu habitués à parler autant d’Europe. Pourtant j’ose espérer que l’occasion se représente encore, car ce ne sont pas les sujets intéressants pour notre avenir commun qui manquent.

Ailleurs sur la toile :
- Les souvenirs d’Olivier de Montréal, parti en RDA et en Pologne en 1985.
- Personne n’a rien compris à la chute du Mur, par Gilbert Casasus sur Marianne 2.
- Géopolitique des murs : entre illusions et impuissance, par MoqueurPoli sur Perspectives Géopolitiques.
- Dossier spécial du site d’information Toute l’Europe sur les 20 ans de la chute du Mur de Berlin.
- Le site de la Commission européenne consacré aux 20 ans de la chute du Rideau de fer.

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Le jugement de Cambyse, tableau de Gérard David

Titem | 24 juillet 2009

Je pense que c’est l’année dernière, suite à une excursion menée à Famagouste, recherchant sur Internet des informations sur le martyre de Marco-Antonio Bragadin, dernier gouverneur vénitien de Chypre que je suis tombé par hasard sur ce tableau. Retranchée dans les murailles de Famagouste, son armée de 6000 hommes résista pendant plus d’un an aux troupes de sultan ottoman composés de 200.000 hommes avant de plier sous les bombardements et le manque de ravitaillement consécutif au blocus exercé par la puissance ottomane. Marco-Antonio Bragadino fut torturé pendant des jours avant d’expirer écorché entre deux colonnes aujourd’hui encore visibles près de la cathédrale de Famagouste, devenue mosquée – comme Sainte-Sophie d’Istanbul, cela semble une habitude ottomane de s’approprier les édifices religieux chrétiens.

Cathédrale Saint-Nicolas - Mosquée Lala Mustafa Pacha de Famagouste

Cathédrale Saint-Nicolas / Mosquée Mustafa Lala Pacha de Famagouste [Flickr: Titem]

La peau de Marco-Antonio Bragadino fut remplie de paille, le sinistre trophée porté en triomphe dans la ville. Elle sera volée en 1580 de l’arsenal de Constantinople par un esclave vénitien, Gerolamo Polidori, et rapportée à Venise où elle est d’abord conservée dans l’église Saint-Grégoire, puis à San Giovanni e Paolo où elle se trouve encore aujourd’hui. Auparavant, la résistance héroïque de Bragadin incita la Sainte-Ligue à s’organiser contre l’Empire ottoman, qu’elle vainquit lors de la bataille navale de Lepante, en 1571.

J’en reviens à ce tableau… L’historien grec Hérodote rapporte qu’au VIe siècle avant J-C, le roi perse Cambyse II, qui fut également Pharaon d’Egypte, souverain particulièrement cruel et assez imaginatif en matière de supplice, condamna le juge Sisamnès à être écorché vif pour prévarication – à savoir qu’il avait accepté une somme d’argent pour rendre une sentence inique. Après quoi, le roi fit découper des lambeaux de la peau du supplicié qui servirent à recouvrir le siège sur lequel devrait s’installer le nouveau juge, Otanès, le propre fils de Sisamnès, lui rappelant ainsi sur quoi il était assis lorsqu’il devrait rendre justice.

Le jugement de Cambyse

Le peintre flamand Gérard David peint à la toute fin du XVe siècle un diptyque illustrant cette histoire, commandé pour être suspendu dans la salle des échevins de l’hôtel de ville de Bruges, comme pour rappeler aux magistrats la probité avec laquelle ils doivent accomplir leur tâche. Le volet droit, la scène de l’écorchement du juge Sisamnès, est particulièrement réaliste et terrible, elle serait insoutenable autrement que sur la toile. Le tableau est pour autant sobre, qu’il s’agisse du filet de sang qui s’échappe des plaies ouvertes, du visage des passants qui observent la scène d’un air curieux comme le feraient les disciples de La leçon d’anatomie du Docteur Tulp peinte par Rembrandt, ou celui crispé mais digne du condamné. Jean-Claude Bourdais, sur son site, décrit assez bien le tableau et les impressions qu’il a ressenti en le contemplant de ses propres yeux.

Aussi belles soient les merveilles de l’homme, je serai toujours prodigieusement effrayé par l’imagination et la propension qu’il a à faire (le) mal.

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Revue d’Internet : sites, blogs (1) 15/03/09 au 21/03/09

Titem | 22 mars 2009

Cela faisait quelques temps que je pensais à partager les articles et podcasts qui m’ont paru les plus intéressants. Voilà qui est chose faite :

  • Bientôt des bombes atomiques russes à Cuba ? Article de Vincent Vauvert sur son blog Affaires étrangères. La Russie songe à un remake de l’affaire des missiles de Cuba, pour arriver en position de force dans leurs négociations avec les États-Unis d’Obama (le nouveau Kennedy ?). Sur le même sujet, lire également Le coup de bluff militaire de Medvedev, article de Pierre Rousselin sur son blog Géopolitique.

  • Pour Londres, c’est Barroso for ever ; Article de Jean Quatremer sur son blog Coulisses de Bruxelles. L’actuel Président de la Commission Européenne a toutes les qualités requises d’après Londres, pour renouveler son mandat.

  • L’affaire AIG ; Article de Guillaume Klossa sur son Blog d’un Européen. Les Etats-Unis critiquent aussi le fait qu’AIG est honoré ses engagements auprès des banques européennes… Sans quoi on aurait pu pourtant assister à une crise systémique. Et d’appeller à davantage de coopération.

  • CIA: le rapport secret de la Croix-Rouge sur la torture ; Article de Vincent Vauvert sur son blog Affaires étrangères. Pour la Croix Rouge, aucun doute possible : la CIA pratiquait la torture. Or la loi internationale punit ces actes… donc ses auteurs ?

  • Les trans sont-ils des malades ? Article d’Agnès Giard sur son blog Les 400 culs. Comment la France gère-t-elle médicalement et juridiquement les transsexuels (1 naissance sur 10000) ? Dans les commentaires de cette note qui dévoile une réalité gênante (on ne sait pas « qui » sont ces gens, donc ce sont des malades), la bêtise le dispute à la haine…

  • Le PSE renonce à s’opposer à Barroso ; Article de Jean Quatremer sur son blog Coulisses de Bruxelles. Divisé, le PSE laisse la voie libre à l’ancien premier ministre portugais, qui « l’emporter(a) par accumulation de lâchetés ».

  • Pas de préservatifs pour l’Afrique ? ; Article de Eurotopics sur le Webzine CaféBabel. Revue de presse européenne des propos choquants et mensongers du Pape sur le préservatif qui aggraverait la propagation du SIDA.

  • Comment on a réécrit «la Chanson de Roland»… Article de Louis-George Tin sur son blog Observatoire de l’hétérosexualité. Ou comment (et surtout pourquoi !) pendant des années, les lettrés se sont focalisés sur la relation entre Roland et Aude, oubliant celle qui liait le neveu de Charlemagne à Olivier.

  • Les féministes, pionnières de la critique de l’hétérosexualité ; Article de Louis-George Tin sur son blog Observatoire de l’hétérosexualité. Revue de quelques livres de penseurs féminines de l’hétérocentrisme (dit encore hétéronormativité ou hétérosexualité obligatoire) et de sa critique.

  • Assez de « compassionnel » en politique étrangère. Article de Pierre Rousselin sur son blog Géopolitique. Coup du gueule de l’éditorialiste du Figaro contre cette politique de l’émotion. Il conclue ainsi : « Une vraie diplomatie, discrète et patiente, peut parfois obtenir d’avantage qu’une réaction instinctive, même pavée des meilleures intentions du monde.« 

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