Skholè

Le blog de Titem, entre Europe et Canada.
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Pour en finir avec « l’épicurisme »

Titem | 6 mai 2013

 » In Hamburg » Dirk said, « I know a tavern that is called ‘The Epicurean Delight.’ So good wine and ale are part of his good life? »
 » I’ve been waiting for that question – it was certain to appear. Many mistakenly use his name to indicate good food or wine. Were he to know this, Epicurus would be astonished. I believe that this curious error stems from his strict materialism. He believed that there is no afterlife and that since this life life is all there is, we should strive for earthly happiness. But do not make the error of concluding that Epicurus suggests we should spend our lives wallowing in sensual or lustful activities. Absolutely not – he lived and advocated an almost ascetic life. I repeat: he believed we could best maximize pleasure by minimizing pain. Of his major conclusions was that the fear of death was a major source of pain, and he spent much of his life seeking philosophical methods to lessen the fear of death. »

The Spinoza Problem. A Novel, de Irvin D. Yalom, éd. Basic Books, p. 77.

“Le mot le plus galvaudé à la tv c’est ‘épicurien’. Épicure n’a jamais enseigné la consommation comme voie vers la plénitude” -Boucar Diouf

— Catherine Perrin (@RC_ML) 19 février 2013

 

« Je vibre de plaisir corporel quand je vis de pain et d’eau, et je crache sur les plaisirs luxueux, non en tant que tels, mais à cause des inconvénients qui les suivent. »

Citation attribuée à Épicure.

On peut le constater tous les jours, dans le monde francophone comme anglophone… Déjà il y a cinq ans : 

Image de prévisualisation YouTube

Vu récemment dans une librairie de Montréal :

Epicurious cookbook

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Épicure, Irvin Yalom, Langue française, Philosophie, Spinoza
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Leur grande faute morale : ne pas avoir pensé aux enfants

Titem | 23 avril 2013

Vous ne pouvez y avoir échappé : l’Assemblée Nationale a définitivement adopté le projet de loi portant sur « le mariage des couples de personnes de même sexe », par 331 voix contre 225 (Pour rappel, en 1e lecture, il y avait eu 329 voix pour, 229 contre). La France est devenue ainsi le 14e pays dans le monde à ouvrir le mariage pour les couples homosexuels.

Liberté Égalité Fraternité LGBT

Mais que retiendrons-nous de ces années de combats, pour ou contre, de ces mois de débats dans les médias et ces centaines d’heures au Parlement (cf. cette infographie du Monde), souvent très animés, trop souvent violents ? Nous ne voudrions garder que les moments positifs, forts et émouvants, les témoignages trop peu écoutés d’enfants élevés au sein de familles homoparentales (comme Pablo), la force de conviction de la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, l’émotion de certaines des parlementaires, comme Véronique Massonneau.

L’heure est aux réjouissances, car d’ici quelques semaines, les premiers couples de même sexe pourront officialiser leur union devant la société et bénéficier des mêmes droits, transmettre leur patrimoine. Surtout, à la filiation affective et sociale qui les reliait déjà à leurs enfants avant la loi s’ajoutera une filiation juridique protectrice.

Mais on se souviendra aussi des débordements. Il y en eut de toute nature, de la part d’acteurs différents. Cependant, au-delà de ma sympathie pour le mouvement en faveur de l’égalité des droits, on ne peut décemment pas mettre sur le même plan des agressions commises contre des personnes en raison de ce qu’elles sont (comme à Paris, Nice, Lille ou sur Twitter…) ou celles qui les défendent (Erwann Binet, Claude Bartolone, Caroline Fourest), les menaces contre ceux qui n’ont eu de cesse que de souffler sur les braises et d’annoncer « le sang » ou la « guerre civile » (« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », écrivait Bossuet) ou l’encadrement parfois vigoureux de manifestants pacifiques dans leur comportement (dans leurs propos, c’est moins certain), soit qu’ils n’avaient pas déclaré leur rassemblement ou avaient eu la mauvaise idée de défiler à trop grande proximité d’éléments radicaux.

Les larmes ne peuvent nettoyer toutes les obscénités et les blessures

Sans préjuger de la santé de chacun, ces adultes sauront s’en remettre, même si pour certains, la douleur est grande. Mais il est un aspect de la responsabilité de tous les opposants à ce projet de loi sur lequel il est difficile de polémiquer, sinon par mauvaise foi ou négation de la réalité : les enfants et les adolescents. Ceux qui ont bien sûr un papa et une maman, mais qui sont également élevés par deux papas et deux mamans et dont on leur a assuré que ce cadre familial constituerait un trouble pour leur futur. Ces adolescents, homos ou supposés tels, qui ont subi encore plus fortement en raison de l’hystérie des débats, des violences verbales ou physiques, y compris parfois de la part de leurs amis voire de leur famille, qui les a emmené lors de ces manifestations ou mis à la porte. Bon nombre d’opposants au projet de loi n’ont pas pensé à eux, ont volontairement fermé les yeux sur leur existence, n’ont pas eu conscience que leurs actions aggravaient les difficultés qu’ils rencontrent : c’est leur grande faute morale.

« Chacun de nous est particulier et c’est la force de notre société », commentait avec autant de sobriété que d’émotion un de mes amis face à cette annonce. J’y ajoutais quand cette société est rassemblée et fraternelle. Car il faut savoir pardonner, se rassembler, pour construire l’avenir. Mais que cela peut être difficile, surtout vu les dernières semaines ! Les larmes de joie pour cette égalité conquise de haute lutte, dans le respect des valeurs républicaines, et leurs larmes d’amertume d’avoir perdu cette bataille morale et idéologique, ne sauront nettoyer toutes les obscénités et les blessures causées à ces enfants qu’ils prétendaient défendre. Mais – et la Ministre de la justice l’a admirablement rappelé suite au vote – il a ainsi été rappelé que la place et la valeur de chacun était reconnue dans la société. C’est là que se situe le prochain défi à relever. Il sera alors toujours temps pour les opposants d’hier de nous rejoindre.

http://www.dailymotion.com/video/xz94vn

Ailleurs sur la toile : Olivier d’Évian, l’édito de Causette. 

Crédit image : Pierrick Prévert.

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Chronique européenne 4 : le plan d’aide européen à Chypre

Titem | 20 mars 2013

Pour ma quatrième chronique à Canal M, la radio de Vues et Voix, il a été question d’un sujet d’actualité encore brûlant : le plan d’aide européen à Chypre (à écouter ici). Un thème européen qui m’intéresse d’autant plus que j’ai vécu quatre mois à Chypre, plus particulièrement à Egkomi, en banlieue de Nicosie, la dernière capitale divisée d’Europe. C’était au printemps 2008, juste après l’élection à la présidence du néo-communiste Dimitris Christofias, dont on espérait qu’il trouverait enfin une solution à la partition de l’île. Las, nous sommes en 2013, nombreux sont encore les points de désaccord. Et pour l’élection qui a vu la victoire du candidat de la droite Nicos Anastasiades, le principal sujet était, pour une fois, la crise économique et financière.

Statue de Makarios III à Nicosie

Statue de Makarios III à Nicosie – Titem

Je ne reviens pas sur les détails du plan d’aide qui avait été conclu samedi entre les autorités européennes (chefs d’État européen et BCE) ainsi que le FMI. Tout juste me bornerais-je à considérer qu’il ne m’apparaît pas absurde de demander à ceux qui ont profité de la générosité du système bancaire chypriote de contribuer à sa sauvegarde. Cela vaut mieux, surtout s’il avait été clair dès le départ que les petits épargnants seraient épargnés. Pour pasticher Winston Churchill à propos de la démocratie, c’est sans doute la pire des solutions à l’exception de tous les autres. Opter pour une solution « à la grecque », avec l’octroi d’aides substantielles qui oblige le pays, incapable de rembourser, à imposer une cure d’austérité qui mine l’économie du pays comme le niveau de vie des citoyens, paraît exclu. Il faut tout de même garder à l’esprit que le risque que cela constitue un précédent inquiétant n’est pas nul, mais que le cas de Chypre et son secteur bancaire huit fois supérieur à son PIB dont sans doute la moitié provenant de la Russie, demeure particulier. Même le Cyprus Mail semble douter de « l’héroïsme » des députés chypriotes.

Lors de ma chronique, j’ai évoqué le fait que Chypre s’est tourné vers la Russie, l’un de ses principaux partenaires économiques et qu’une aide financière pourrait être conclue en échange de l’exploitation des gisements pétrogaziers au large de Chypre… Même si la Turquie, qui contrôle le tiers nord de l’île, ne manquera pas de mettre en avant ses revendications. Un correspondant du Wall Street Journal à Moscou évoque cette autre hypothèse intéressante : la Russie lorgnerait plutôt sur les infrastructures des télécoms (relativement développées) et énergétiques (en grand besoin de modernisation).

Comme les autorités européennes l’ont rappelé, la balle est dans le camp de la République de Chypre, qui avait demandé cette aide de 17 milliards d’euros, soit le montant de son PIB. Ce qui me désolé, c’est qu’une nouvelle fois, par leur impéritie, volontaire ou non, ou leur double langage, des chefs d’États européens, on a manqué précipiter l’Europe dans une nouvelle crise. Nicos Anastasiades n’est Président que depuis un mois, mais il n’a pas tardé à agir comme d’autres l’ont fait avant lui. Ainsi, accompagné de son ministre des finances, Michael Sarris et après avoir assuré leurs homologues qu’ils désiraient que tous les détenteurs d’un compte à Chypre s’acquittent de la taxe, ceci afin de ne pas heurter et discriminer les clients étrangers (russes au premier chef), il est revenu dans son pays en soulignant leurs efforts pour modérer les conséquences du « chantage » qui leur a été imposé.

Encore une fois, l’Europe est une coupable toute désignée pour des chefs d’État incapables d’assumer chez eux des décisions qu’ils ont prises dans un autre cadre institutionnel. Et cela, à l’heure où il est beaucoup question de démocratie et de légitimité en Europe dans cette période de crise économique et de défiance citoyenne, c’est bel et bien la pire des positions qui pouvait être tenue.

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Mes prédictions pour les élections US 2012

Titem | 4 novembre 2012

Il y a quatre ans, alors étudiant à l’Institut Politiques de Rennes, je m’étais prêté au jeu des prédictions pour les élections présidentielles américaines. Avec 325 grands électeurs pour Obama, j’avais alors largement sous-estimé sa victoire.

Cette année encore, je retente un chiffre, cette fois avec une carte personnalisable de CNN et j’annonce une victoire d’Obama avec 303 grands électeurs, soit bien moins qu’en 2008.

prédiction élections USA 2012

De nombreux médias annoncent que le résultat national sera serré, mais que dans les États-clés, Obama mène légèrement, laissant croire que peut-être le candidat républicain aurait ses chances. On peut ne pas croire aux sondages et pourtant, ceux-ci, lorsqu’ils ne sont pas pris isolément, mais bien compilés sur une période longue et de la part de plusieurs instituts, permettent, je le crois, de dessiner une physionomie assez précise de la future carte électorale. Dans cette exercice, le site fivethirtyeight, du statisticien Nate Silver, auquel le journal Le Monde a consacré un article, n’a jamais cessé de donner Obama gagnant, même en dépit de sa chute consécutive à son premier débat complètement raté.

Alors certes, je ne prends pas de grands risques avec ma prédiction. Mais tout de même, l’absence de surprise ne serait-elle pas une surprise en soi, dans cette élection passionnée et pleine de rebondissement ?

N’oublions pas que ces élections seront également l’occasion, pour les citoyens américains, dépendamment de leurs États, de voter pour leurs représentants à la Chambre ou au Sénat, pour leurs gouverneurs mais encore d’autres responsables (sheriffs…) et enfin se prononcer sur un certain nombre de sujets de société. Alors qu’en France, la question de l’ouverture au mariage et à la parentalité aux couples de même sexe est pleinement d’actualité (avez-vous remarqué que ceux qui réclament le plus « un débat » sont ceux qui ne cessent pas de s’exprimer et qualifient de refus de débattre leur défaite idéologique annoncée ?) on suivra avec d’autant plus d’intérêt les résultats sur ce sujet dans le Maine, le Maryland, l’État de Washington.

Et pour ma part, je rêve du jour où les Européens pourront autant se passionner pour les élections européennes qu’ils le font pour les élections américaines, avec un dépouillement État par État pour que se remplisse progressivement l’hémicycle du Parlement européen et détermine ainsi le futur Président de la Commission européenne.

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Photo du mois – Août 2012 – Oh my God ! – Épitre pour les couples de même sexe

Titem | 15 août 2012

Nous sommes le 15 août et le thème de La Photo du Mois est particulièrement bien choisi en ce jour de l’Assomption puisque Cynthia nous a proposé de publier, à midi heure de Paris, une photo sur l’expression « Oh my God ! »

Sans plus tarder, voici la mienne. Suivra une explication, en réaction à « La Prière du 15 août » et alors que je crains un débat particulièrement nauséabond sur le mariage des personnes de même sexe (sur ce point, la une de Minute qui a lancé les hostilités).

Photo du Mois - Août 2012 - Oh my God - couple gai

Ecce homines !  Cette photographie a été prise lors de la Marche des Fiertés GLBT de Montréal, l’année dernière (Pourquoi « fierté » ? Lire le billet d’Embruns) ; je pensais alors l’utiliser pour illustrer un billet sur le mariage des couples de même sexe, voilà qui est fait. Car les personnes défilant « avec des plumes dans le cul », comme on le lit trop souvent dans les commentaires de certains internautes qui se croient au bistro du coin, se comptent sur les doigts d’une main. Pour peu qu’on s’y rende, plutôt que de se fier aux reportages des journaux télévisés tentés par le sensationnalisme, on verra des personnes en couple ou avec leurs amis, parfois torse nu pour les garçons mais le plus souvent habillés de couleur ou déguisés, des parents d’enfants gais ou des parents gais et leurs enfants.

L’un des jeunes hommes est d’origine africaine, l’autre d’origine cubaine, les deux se sont rencontrés à Montréal où ils peuvent vivre leur amour sans être jugés, voire exclus, ni par leur famille, ni par leurs pairs, ni par la société. Ils étaient accompagnés d’un ami syrien qui, comme eux, voulaient célébrer la diversité ou en solidarité avec leurs semblables, malgré les intimidations. Ce dernier faisait très attention à ne pas être dans le champ d’une caméra ou d’un appareil photo : si ses parents se rendaient compte qu’il était présent à la Marche : ils l’auraient renié. En couple depuis plusieurs années, ils pourront même se marier (c’est légal au Canada depuis 2005, la même année que l’Espagne et depuis, ces pays existent toujours) et élever des enfants, juridiquement protégés. L’égalité des droits, rien de plus, rien de moins, c’est ce que réclament les GLBT alors qu’ailleurs dans le monde, 70 pays considèrent encore l’homosexualité comme un crime, passible (« légalement ») de la peine de mort dans six d’entre eux, sans parler des autres discriminations qui subsistent ailleurs.

Je ne doute pas que je compte, parmi les personnes qui me lisent régulièrement et vous autres photoblogueurs du mois, des personnes ouvertes sur le Monde et à la différence. Mais telle n’est pas, malheureusement, toujours le cas au sein de la société. Aussi, la réaction de certaines personnes, soit par crainte de ce qu’ils ne connaissent pas, soit mus par un faux-semblant d’égalité (on parle d’une communauté historiquement discriminée), un sentiment de malaise voire de haine, pourrait être « Oh my God ! » en voyant un couple d’hommes, ou de femmes, se tenir par la main, les épaules, la hanche, ou s’embrasser.

Le fait que nous célébrions cette semaine, à Montréal, la Fierté GLBT n’est qu’un hasard du calendrier. Non, si j’ai précisément choisi de publier cette photo là aujourd’hui, c’est d’abord en raison de la Prière du 15 août, envoyée à tous les évêques de France par Monseigneur André Vingt-Trois, Cardinal de Paris, pour qu’ils la lisent à leurs fidèles. Envoie-t-on un message aux Syriens, torturés, massacrés par leur sanguinaire chef d’État, Bachar Al-Assad et ses sbires ? Prie-t-on pour soutenir les Chrétiens (et les autres croyants) martyrisés pour leur foi dans le monde ? Y est-il question des malades, de ceux qui souffrent ? Nullement.

Il est certes question des « familles », des « enfants et [d]es jeunes », mais en ces termes :

  • Que l’engagement des époux l’un envers l’autre et envers leurs enfants soit un signe de la fidélité de l’amour.
  • Qu’ils [les enfants et les jeunes] cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère.

Les termes ont été soigneusement choisis pour ne pas brusquer, il s’agit de ne pas être accusé d’homophobie. Mais personne n’est dupe, le mal est fait : l’Église tient des propos blessants et poursuit son attitude condescendante envers les GLBT : « condamner le péché, pas le pêcheur », « ce sont des personnes immatures et narcissiques« , c’est « juste une phase« … Parmi les nombreux enseignements du Christ, il y a celui-ci, que j’aime beaucoup :

Jn 3:17

Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

Le Cardinal André Vingt-Trois choisit ses priorités, alors que le nouveau gouvernement socialiste s’apprête à respecter son engagement n°31 de campagne : accorder le droit aux couples de même sexe de se marier (par piété, ne dites pas « mariage gay » ou alors dans un titre ou un (hash)tag). D’autres responsables de l’Église l’ont très bien compris ainsi et ont pris moins de pincettes dont le Primat des Gaules, Mgr Barbarin, qui évoque une « rupture de civilisation« . Et je ne parle même pas des fondamentalistes de Civitas.

Sur le premier point de la prière, ce n’est pas pourtant pas un hasard si un think tank proche conservateurs britanniques, de même que l’actuel premier ministre David Cameron, envisagent favorablement l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Remarquez que je choisis aussi mes mots : ouverture, non changement et encore moins rupture. Et pour cause, ces conservateurs en sont venus au même point qui avait permis aux associations GLBT néerlandaises de convaincre quelques uns des partis de droite à soutenir cette avancée : le mariage est une institution qui promeut l’engagement et la fidélité. On ne se marie pas pour faire des enfants (plus de la moitié des naissances a lieu hors mariage) : on se marie pour s’engager l’un envers l’autre. Et clairement, non au-delà du symbole, le PACS, factuellement, ne donne pas les mêmes droits que le mariage. Il est en ce sens regrettable qu’un tiers des couples hétéros (contre un dixième des couples homos) divorce au bout de quelques années.

La partie la plus bruyante de l’Église, prompte à se sentir brimée dans sa liberté de parole, semble (ou feint) de l’ignorer : aux premiers siècles de leur histoire, des communautés chrétiennes organisaient des cérémonies d’affrèrement, au cours desquelles l’union de deux hommes ou de deux femmes était bénie. Il en est notamment question dans l’oeuvre de l’universitaire John Boswell.

Prenons le second point. L’argument « Droit de l’enfant VS Désir d’enfant » m’a toujours effaré : j’espère bien que mes parents m’ont désiré, c’est le contraire qui serait inquiétant ! Là encore, l’égalité devant le mariage permet d’offrir un cadre juridique pour protéger les enfants des aléas de la vie. Mais elle ne protège pas, malheureusement, de la folie humaine, comme ce fondamentaliste chrétien qui suggère d’enlever les enfants élevés au sein de ménages homoparentaux. L’UMP (rapport du groupe « famille » pages 24 et 25) , comme certains catholiques conservateurs, sont là encore dans le déni quand ils affirment qu’aucune étude ne vient étayer que ces enfants se portent aussi bien que ceux élevés au sein de familles nucléaires. On dit de Saint-Thomas qu’il ne croyait que ce qu’il voyait (Jean, 20:24-29) : quand on met les préjugés et les apparences de côté, grâce à un minimum de recherche, les réponses apparaissent (ici et ici, en anglais).

Certains catholiques ont tendance à se parer de toutes les vertus et mettre le Christ à leurs côtés. Mais dans le Nouveau Testament, on voit le Christ aux côtés des miséreux, des malades, des exclus plutôt qu’avec les Pharisiens. Je ne doute pas qu’il serait aujourd’hui, par exemple, du côté de ces jeunes exclus par leurs propres familles parce qu’ils aiment une personne du même sexe qu’eux. Ces mêmes familles qui se diront opposées à l’égalité des droits au nom des « valeurs familiales ».

Heureusement tous les Français (cf. ce dernier sondage IFOP), et parmi eux les catholiques ne pensent pas comme cette hiérarchie qui heurte profondément les enseignements du Nouveau Testament : Mgr Gaillot (« Marie est prise en otage, alors que ce droit est une avancée de la société, pas une menace contre la famille traditionnelle »), les Chrétiens de l’association David et Jonathan, d’autres prêtres et croyants encore, s’exprimant sur la toile… Des gens comme moi.

 

Partagez l’étonnement (ou les croyances !) des autres blogueurs qui ont participé ce mois-ci : Cindy Chou, Ava, Champagne, Lauriane, Où trouver à Montréal ?, Tambour Major, Renepaulhenry, Cynthia, Akaieric, David et Mélanie, Dr CaSo, CaramelMou , Guillaume, Sébastien, Alexanne, Mamysoren, Petite Marie, Berliniquais, Dan, Gilsoub, Kob, Vanilla, Carole In England, Nataru, Un jour une rencontre, Maïder, Cricriyom from Paris, Louiki, Violette, Karrijini, Dreamteam, Viviane, Jean Wilmotte, Agrippine, Elapstic, Cessna, oui !, Anne Laure T, Chris et Nanou, Céliano, Krn, E, Alban, Frédéric, Les voyages de Seth et Lise, Isabelle, Galinette, Nathalie, André(eric)Fernandes, Le Mag à lire, Melting Pot, LaFamilleD , Leviacarmina, Lhise, Narayan, Mistinguett, Olivier, Caprices de filles, Flo, Filamots, Une niçoise, Ori, Stéphie&lesCacahuètes, Dorydee, Les voyages de Lucy, Zaromcha, Pilisi, Kyoko, Les petits supplices !, magda627, Cekoline, L’Azimutée, Arwen, Lucile et Rod, Kyn, Loutron glouton, Emma, Hibiscus, Oryann, The Mouse, Lesegarten, J’adore j’adhère, La Messine, Sephiraph, Nicky, Gizeh, Blogoth67, 100driiine, La Fille de l’Air, Laurent Nicolas, Fanfan Raccoon, Sinuaisons, Cara, Véro Beramelo, florianL, Louisianne, Batilou, Annick, Cherrybee, La Papote, Super Lisa, Mgie les bons tuyaux, Alexinparis, Darkslam, Lavandine, Manola, La Parigina, Clara, Xoliv’, Anne-Cécile, Skipi, LaGodiche, Tam, A&G, Anne, La Flaneuse, Xavier Mohr, Stephane08, Cocosophie, Alice Wonderland, Carnets d’images, Lost in London, Céline in Paris, Escapade en Tunisie, Bestofava, Cathy, Caro, François le Niçois, jen et dam, Carnet d’une Réunionnaise, Lyonelk, Testinaute.

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Responsabilité et karma

Titem | 11 juin 2012

Connaissant quelques problèmes techniques avec mon iPhone grâce auquel je peux écouter des émissions en baladodiffusion, je décidais d’ouvrir par curiosité la radio, (SRC 1e chaîne, pour être précis). Je regrette de ne pas mieux connaître la radio québécoise, je dois dire que je n’ai pour le moment pas accroché aux émissions que j’ai écoutées, qui manquaient à mon sens de dynamisme. Notez par ailleurs que le format très pratique des petites chroniques ou capsules de trois minutes environ (comme sur France Inter ou RTL) comme on les connaît en France, semble ne pas être de mise ici.

Je tombe donc sur une émission, Médium Large. Une chroniqueuse, Anne-France Goldwater, que je n’allais pas tarder à connaître, allait « laver à l’eau chaude » l’actualité. On n’allait pas être déçu. Critiquant la posture victimaire du député de Mercier Amir Khadir, elle en vient à parler de sa fille, elle-même arrêtée.

Après avoir doctement tenté d’expliquer que la présomtion d’innoncence n’existe pas vraiment – de la part d’une avocate, on croit rêver – là voilà qui déclare que l’« on n’est pas pleinement responsable quand on a 19 ans ». Que l’on soit d’accord ou non avec le conflit social, ce propos condescendant, qui s’ajoute à ceux tenus par d’autres personnalités ces dernières semaines, montre bien tout le malentendu entre une génération qui demande à ne pas payer toutes les erreurs qui ont été commises par la précédente qui a su pleinement profiter des fruits de la croissance.

Le meilleur était à venir. À propos d’Hugo Chavez et de sa maladie, Anne-France Goldwater, apparemment habituée des propos outranciers, déclare, sans doute en direct, à l’antenne de Radio Canada (à écouter ici à partir de la neuvième minute) :

Ah comme je suis contente ! Celui qui se trouve dans l’eau chaude cette semaine, c’est Hugo Chavez. Le karma est en train déjà de le punir avec son cancer.

Et ce sans susciter aucun commentaire de modération de la part de la journaliste. Pour le tact et la sympathie à l’égard des personnes victimes de cancer ou leurs proches, on repassera.

Tenir de tels propos en direct à la radio montre que si pour certains on n’est pas pleinement responsable quand on a 19 ans, d’autres arrivés à l’âge adulte ne le sont pas plus.

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Sauvez l’Europe… des eurosceptiques !

Titem | 27 juillet 2011

Jean Quatremer, le correspondant de Libération à Bruxelles, a écrit un lumineux billet sur la méthode communautaire (dite également « fédéralisme »), qui vient mettre à bas bien des malentendus sur ce sujet. Non, il ne s’agit pas de constituer un « super-État », un « empire », mais de faire en sorte que les institutions européennes puissent exercer leurs compétences, propres ou partagées, indépendamment des Etats, à la majorité et non à l’unanimité, source de blocage.

C’est davantage de responsabilité (j’en parlais précédemment), laquelle va de pair avec la démocratie, qui permettra de sortir de la crise par le haut, et non le repli vers des solutions nationales, quoiqu’en disent les eurosceptiques. Cela sera difficile, mais cela doit permettre d’être plus réactif et d’échapper aux aléas électoraux des chefs d’Etats.

Sur quelle planète vit Nigel Farage ?

Source : Euro Realist Newsletter

Comme par exemple Nigel Farage, connu pour ses coups de gueule au Parlement européen et dont j’ai déjà évoqué la malhonnêteté intellectuelle dans un autre billet. Lui qui en effet critique le manque de démocratie dans l’Union a pourtant bien été démocratiquement élu au suffrage universel et ne manque pas de s’exprimer… En réalité il ne souhaite pas que l’exécutif européen soit démocratiquement élu par les électeurs européens, comme je vous le montrerai un peu plus bas.

Que dit-il ? L’Europe de bureaucrates est en crise, virons le Parlement européen et la Commission européenne qui ne servent à rien et résolvons nos problèmes en démocraties matures au sein d’un Conseil dont le fonctionnement serait proche de l’OTAN.

C’est à lui que j’ai envie de demander « mais sur quelle planète vivez-vous ? » Ce qu’il nous propose, c’est un vague G27 qui s’accorderait a minima mais sans administration en mesure de contrôler et de mettre en pratique les décisions prises, parfaitement inefficace et non démocratique, puisque la responsabilité politique ne s’exercerait que devant les électeurs nationaux.

Or, c’est justement cette Europe qui est à la manœuvre, celle des « gouvernements matures » incapables de répondre rapidement et clairement à la crise, où les grands pays imposent leurs choix aux plus modestes. Croire qu’il suffit de coordonner les politiques économiques et budgétaires relève de la plus grande naïveté. Il peut d’autant plus considérer que l’OTAN fonctionne que son pays, le Royaume-Uni, n’a pas joué un franc jeu avec la France.

Nicolas Dupont-Aignan : l’illusion nostalgique du franc.

Prenez ensuite Nicolas Dupont-Aignan. Après une vidéo totalement démagogique où il indiquait que l’euro avait multiplié les prix par 6 – même certains de ces partisans ont ressenti un malaise – il revient pour nous enjoindre de sauver l’Europe plutôt que l’euro. S’il faut bien sauver l’Europe de quelque chose ou de quelqu’un, c’est bien de lui-même et des autres eurosceptiques qui, par biais idéologique, seraient prêts à préférer une aggravation de la crise, pourvu que l’on fasse échec au projet européen !

Ses idées : il est mensonger de faire croire que l’euro n’a pas de responsabilité dans la crise de la dette et de porter l’accusation sur la mauvaise gestion des gouvernements. C’est pourtant bel et bien le cas : le Royaume-Uni n’est pas dans l’euro et doit affronter les mêmes problèmes. Par ailleurs, les États-membres se sont toujours arrangés pour ne pas enclencher les mécanismes de sanction en cas de non respect du pacte de stabilité budgétaire.

Il dénonce encore « l’application d’un taux d’intérêt unique à des économies aux taux d’inflation différents » et la politique consistant à mener une politique économique unique pour mettre fin aux déséquilibres, et prône ainsi la sortie de l’euro. L’économiste américain Paul Krugman avait montré dès 1993 que l’intensification des échanges au sein d’une zone monétaire accentue les spécialisations régionales, basées sur l’avantage. Accentue, car elles existaient avant, mais avait-on alors plusieurs francs, deutsche marks ou pesetas ?

Quelles solutions alors ? Sortir de l’euro ne ferait qu’aggraver la crise et la panique des marchés financiers. Rien ne garantit que l’on retrouve ainsi de la compétitivité – comment expliquer autrement que les exportations françaises diminuent, alors que celles de ses partenaires européens augmentent ? Ce qu’il faut, c’est renforcer la gouvernance économique, augmenter les transferts de solidarité entre les régions européennes pour diminuer les chocs asymétriques. Il est vrai que c’est hautement plus ambitieux que le repli sur soi, même si l’entêtement des États-membres à refuser toute augmentation du budget européen pour accompagner le renforcement des compétences européennes grève cette ambition. Même si ce qui en définitive doit sauver l’Europe, c’est un regain d’intérêt de la part des citoyens européens.

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Sommet de la zone euro : solidarité, intégration… responsabilité ?

Titem | 21 juillet 2011

Cela fait trois semaines que je souhaite publier un article sur la crise de la dette publique, sans être satisfait du résultat. J’avais fini par y arriver hier soir, mais voilà que l’actualité et notamment l’accord des chefs d’Etat de la zone euro me pousse à revoir mon analyse. Notez que je parle bien de crise budgétaire, et non de « crise de l’euro », car d’autres pays très endettés et qui n’ont pas l’euro pour monnaie, au premier chef desquels le Royaume-Uni et les États-Unis, subissent cette même crise.

Mr George PAPANDREOU, Greek Prime Minister, Mr Herman VAN ROMPUY, President of the European Council, Mr Jose Manuel BARROSO, President of the European Commission at the final press conferenceSource "Le Conseil de l'Union européenne"

Bien que demeurant à Montréal, je reste attentif à l’actualité européenne, pour une fois très présente dans les médias. Cette actualité avait de quoi désoler le plus convaincu des europhiles. Peut-on dire que les décisions seront suffisantes ? Sans doute pas, je regrette notamment que la solution des eurobonds semble avoir été écartée de même que la taxe bancaire. De plus, beaucoup reste à faire pour retrouver de la croissance, mais l’on peut au moins espérer que les conditions plus souples avancées pour la Grèce permettront d’écarter durablement tout risque de défaut (même si on laisse la voie ouverte vers un défaut partiel).

Je ne saurais dire ce qui a été le plus désolant ces derniers jours: l’incapacité de nos dirigeants à s’entendre sur les décisions qui conviennent d’être mises rapidement en œuvre ou la désagréable impression de manque de responsabilité laissée aux citoyens européens.

Car c’est bien l’indécision qui met à mal l’Europe. Même aux États-Unis, certains observateurs (ni les plus libéraux ni les moins conservateurs) commencent clairement à regretter l’absence d’une gouvernance économique commune alors que 17 Etats partagent la même monnaie. L’attentisme d’Angela Merkel (ici) a été fort critiqué, y compris en Allemagne par son mentor Helmut Kohl, et Barack Obama a dû une nouvelle fois décrocher son téléphone pour tenter de la convaincre.

Lors de cette crise s’affrontent par tribunes interposées europhiles, voire fédéralistes et eurosceptiques. Je ne tiens pas à compter les points entre les deux camps, mais je reste néanmoins circonspect face aux arguments spécieux de certains eurosceptiques, qui cachent mal leur intérêt cynique pour la faillite de la monnaie unique et du projet européen et guettent la crise avant autant d’enthousiasme qu’un indien faisant la danse de la pluie pour implorer le ciel (et les Dieux de la finance), de faire tomber l’orage sur la zone euro. Sauf que si l’orage éclate, les éclairs frapperont tout le monde, et nul n’a en réalité à ce que la crise s’aggrave.

L’option fédéraliste, taxée de « douce chimère », n’a pourtant jamais été autant d’actualité. Il ne s’agit pas de passer du jour au lendemain au « tout fédéralisme », mais bien de se doter d’outils adéquats et d’une intégration plus resserrée, ce vers quoi l’on se dirige progressivement : le Fonds Européen de stabilité financière se rapproche d’un Fonds Monétaire Européen, avec la possibilité de racheter de la dette sur le marché secondaire ou l’accord de lignes de crédit. Malgré tout, si l’on se rapproche d’une solution plus fédérale, la gestion continue d’être intergouvernementale (la décision revient aux Etats-membres, en espérant qu’aucun ne donne son veto) alors même que cette méthode a jusqu’à présent montré son insuffisance.

Des dirigeants enfin responsables ?

Responsables, nos dirigeants l’ont sans doute été en parvenant à faire des compromis… mais que de coûteuses tergiversations pour parvenir à ce résultat ! En serait-on arrivé là si l’on avait dit dès le départ que l’Union ne laisserait pas tomber la Grèce ? Au moins aujourd’hui, les outils, notamment s’agissant de la maîtrise budgétaire, sont mis en place.

Mais responsables devant qui, c’est là que le bât blesse. Ecartons immédiatement l’argument grossier d’une Union européenne non démocratique, tenu par des nationalistes eurosceptiques comme Nigel Farage qui, en réalité, ne veulent pas d’une Europe démocratique et d’une Commission qui sortirait du résultat des élections européennes et non des discussions de couloir des chefs d’Etat.

Ce sont les chefs d’Etat qui sont à la manœuvre depuis des mois, l’Europe qui peine à prendre des décisions, c’est eux ; chacun poursuivant leur intérêt propre, soumis aux échéances électorales, à la pression de leurs institutions nationales voire régionales, sans oublier ceux qui n’ont plus beaucoup de légitimité. C’est l’échec de la méthode intergouvernementale. Et il ne faut pas compter sur les fantômes qu’ils ont choisis pour représenter l’Europe (José Manuel Barroso, Herman van Rompuy), pour faire preuve d’initiative.

Ses chefs d’Etats ne sont responsables que devant leur propre électorat, leurs décisions seront peut-être débattues dans les parlements nationaux et européens, mais pas avalisées. Or le surcroît d’intégration qui se met en place dans l’Union ne peut pas faire l’impasse sur un surcroît de responsabilité des institutions communautaires devant les citoyens européens et leurs représentants : cela passe donc par un renforcement de la Commission européenne, procédant réellement du résultat des élections européennes et non des négociations des chefs d’Etats.

Mais la démocratie n’en sortirait pas grandie si les citoyens européens ne devaient pas prêter beaucoup d’attention à ces débats sur la gouvernance (point sur lequel réagit également Fabien Cazenave) alors que d’importantes échéances sont annoncées avec les négociations du budget européen et élections de 2014, seront décisives.

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Pour le 14 juillet, des chars citoyens plutôt que des chars d’assaut !

Titem | 14 juillet 2011

© SEBASTIEN KUPERBERGPour ce 14 juillet à Montréal, j’avais prévu de vous parler de ce que cela fait d’être Français et de vivre à Montréal, comme je vous avais parlé de mon 14 juillet à Nicosie, célébré à l’ambassade de France. Mais l’actualité me donne l’occasion de rappeler un point de vue sur la fête nationale que j’avais exprimé au début du mois.

Les mois passent, j’aurais bientôt vécu au total deux années à l’étranger. Comment j’appréhende le fait d’être Français loin de la France ? A dire vrai, ma nationalité ne me paraît être rien d’autre qu’un lien juridique avec mon pays de naissance et celui d’une majorité de mes aïeux. S’agissant de la culture française, les points de vue à son sujet sont divers et pour ma part, j’apprécie également la culture d’autres pays. Et l’histoire de notre pays est certes riche, avec ses moments de gloire et ses aspects plus sombres, mais elle reste fondamentalement liée à l’histoire de ses régions et des autres royaumes/nations européennes. Bref ici, je me définis pas toujours d’abord comme « Français », mais « du Nord de la France » et souvent « breton d’adoption », parce que cette région est chère à mon coeur.

Mais pourtant, ce lien juridique est fondamental, car il reconnaît que nous sommes TOUS français, malgré les polémiques, que l’on soit né ou que l’on vive en métropole, en outremer ou ailleurs dans le Monde, que l’on soit binational ou naturalisé, ou, j’emploie l’expression bien que ses ressorts intellectuels me choquent, « de souche ou issus de l’immigration ».

Réinventer le 14 Juillet pour célébrer le vivre-ensemble

Qu’ai-je vu, lors des défilés de la Fête nationale du Québec ou du Canada Day à Montreal ? Des gens de toutes origines et de toutes cultures qui célèbrent leur fierté et leur joie d’appartenir à une même communauté qui les a accueillis à bras ouverts et dont ils contribuent à la richesse. En France, ces dernières années, on laisse entendre que tous les Français ne se vaudraient pas, ne correspondraient pas à une « identité française » que l’on cherche à définir et l’on organise des « apéritifs saucisson-pinard » pour en exclure certains. On parle également de supprimer la binationalité (une absurdité). Et l’on fait défiler des chars et nos légions. Je n’ai rien contre, cela reste un symbole national important, mais non essentiel. A Ottawa, les Forces Canadiennes participent bien à la fête (notamment au lever de drapeau), présentent leurs effectifs et leurs armes.

Le 14 juillet est d’abord le jour de la fête nationale et ce jour appartient à tous, c’est pourquoi je crois qu’il serait bon que participent à ce défilé des chars citoyens où les Français, venant de toutes les régions de France et du Monde, de toutes les cultures, exprimeraient la solidarité nationale, le désir du vivre-ensemble, célébreraient le drapeau tricolore. C’est déjà le cas dans quelques villes de France et l’initiative mériterait d’être étendue. Je ne peux ainsi qu’approuver les propos de la candidate d’Europe-Ecologie-Les Verts, Eva Joly, qui a exprimé son rêve :

que nous puissions remplacer ce défilé (militaire) par un défilé citoyen où nous verrions les enfants des écoles, où nous verrions les étudiants, où nous verrions aussi les seniors défiler dans le bonheur d’être ensemble, de fêter les valeurs qui nous réunissent.

… et me désoler à l’inverse d’une réaction aussi stupide et primaire que celle de Lionel Tardy, qui lui conseille de retourner en Norvège, mais au fond tellement symptomatique de cette partie de la droite qui considère que certains sont plus Français ou des meilleurs Français. Or, Eva Joly est peut-être franco-norvégienne, mais elle est française, point barre. Que les choses soient claires : l’intégration, cela marche dans les deux sens : on s’intègre, mais encore faut-il que l’on désire intégrer. Et beaucoup reste à faire pour dépasser les préjugés, comme le rappelait le blogueur Virgile.

Je souhaite donc à tous les Français un excellent 14 juillet ou un « Happy Bastille Day » comme on dit de ce côté de l’Atlantique et je vous laisse sur cet autre propos du fondateur de Rue89 Pierre Haski.

… c’est juste que dans la France actuelle, ce symbole d’unité nationale autour de son armée me semble non seulement désuet, mais, surtout, ce n’est pas de ce côté que le bât blesse dans la société française. Les Français n’ont pas (contrairement à Sarkozy) de problème avec leur armée, comme l’ont répété à satiété les généraux interviewés sur toutes les chaînes de télé -ils en ont un avec la cohésion sociale, avec le modèle de société républicain construit depuis un siècle, dont chacun sent aujourd’hui qu’il craque, qu’il prend l’eau, sans savoir s’il est mortellement atteint, et surtout, ce qui va suivre.

La vraie modernité ne serait-elle pas de réinventer un 14 Juillet qui, chaque année, serait la réaffirmation de la solidarité de la nation, une solidarité dont on sait bien qu’elle ne passe pas par une riposte militaire mais sociale.

Ailleurs sur la toile :

  • Défilé militaire : ne serait-ce pas mieux le 11 novembre que le 14 juillet ? Une intéressante suggestion de Fabien Cazenave, qui propose le 14 juillet pour fêter la France, le 11 Novembre pour fêter l’armée… Sans oublier le 9 l’Europe !

  • Le Tumblr de Gondorsky.
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Droits LGBT : le flop 5 des pays d’Europe

Titem | 24 juin 2011

Cet article a également été publié dans le webzine européen CaféBabel.

Ils battent le pavé pour revendiquer le respect de leurs droits et le droit au respect, qu’ils soient gay ou lesbiennes, bi, trans ou encore tout simplement gay-friendly. De mai à août, les Gay Pride mobilisent en musique et en couleur plusieurs centaines de milliers de citoyens. L’occasion pour CaféBabel de faire le point sur le droit des minorités sexuelles en Europe. Sur les tops et les flops. Deuxième jet, le flop 5 de l’Europe, réalisé à partir du classement dressé par l’ONG ILGA-Europe (International Lesbian and Gay Association) à l’occasion de la journée internationale pour la lutte contre l’homophobie (IDAHO).

1)      L’Ukraine, la révolution rose n’a pas encore eu lieu.

Ce n’est pas le pays auquel on pense spontanément lorsqu’il s’agit de violence à l’égard des LGBT, mais les discriminations légales y demeurent les plus nombreuses parmi les pays d’Europe : Gay Pride interdites, aucune sécurité juridique pour les couples de même sexe, ILGA-Europe dénonce également des violations de la liberté d’association. Pour compléter le tableau noir, les transgenres ne sont reconnus juridiquement que s’ils ont subi une stérilisation et divorcé – au cas où ils seraient mariés.

2)      La Moldavie, autre lanterne rouge.

Ce pays, qui est l’un des moins développés d’Europe, est également l’un de ceux où les droits des LGBT sont les plus absents. Après avoir été autorisées en 2002, les Gay Pride y sont interdites, au motif que cela ne serait pas compatible avec les valeurs catholiques de ce pays orthodoxe.

3)      La Biélorussie : « mener une vie normale ».

Retrouver la dernière dictature d’Europe dans ce classement n’est malheureusement pas une surprise, tant les violations des droits humains y sont nombreuses. Les manifestations sont interdites (les contestations de la réélection au score stalinien d’Alexandre Loukachenko en décembre 2010 se sont terminées dans la violence), alors les Gay Pride… Celle de mai 2010 se solda par des arrestations et des amendes.

Le Président Loukachenko a également fait parler de lui au début de l’année en affirmant aux medias d’avoir assené « les yeux dans les yeux » au ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle, ouvertement homosexuel, qu’il lui fallait mener « une vie normale ».

Les associations de défense des droits des homosexuels existent néanmoins, mais la vie sociale est clandestine, les descentes de policiers étant nombreuses.

4)      La Russie défie la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Même si la Russie reconnaît légalement l’existence des personnes transgenres sans leur imposer d’infamantes opérations chirurgicales, elle ne brille guère en ce qui concerne le droit des homosexuels à fonder une famille et la lutte contre la discrimination des minorités sexuelles. Condamnée à deux reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme pour entrave à la liberté de manifestation en raison de l’interdiction d’organiser des Gay Pride à Moscou, celle organisée cette année s’est terminée dans la violence, des militants des droits, comme le Président du comité IDAHO Louis-George Tin, venus soutenir les revendications des associations russes témoignant que des groupuscules néo-fascistes ont prêté main forte à la police.

5)      La Turquie : des Gay Pride mais des discriminations.

Le crime d’honneur commis à l’encontre de l’étudiant Ahmet Yildiz, de même que la radiation de Halil Ibrahim Dinçdag des listes d’arbitres de football, en raison de leur homosexualité, ont marqué les esprits en Turquie. Bien que les Gay Pride soient autorisées – Istanbul organisera sa 19e manifestation, le droit des associations LGBT n’est pas toujours respecté. L’une d’elles, Kaos Lambda, faillit être interdite par le gouverneur d’Istanbul après avoir été perquisitionnée par la police.

Vivre son homosexualité peut s’avérer particulièrement dangereux et le harcèlement policier y est courant, comme en témoigne un rapport de Human Rights Watch. La communauté reste discrète, même si un restaurateur a pu ouvrir un établissement il y a deux ans. La réélection du parti musulman-conservateur du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan ne devrait pas changer la situation pour les années à venir.

Même s’il ne reste aujourd’hui plus aucun pays en Europe considérant que l’homosexualité est une maladie ou interdisant complètement les relations homosexuelles, certains pays ont encore beaucoup de chemin à faire dans la voie de l’égalité des droits pour les personnes LGBT, notamment en raison du poids des conservatismes religieux voire de l’héritage communiste.

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