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Le blog de Titem, entre Europe et Canada.
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Le kabbaliste de Prague, de Marek Halter

Titem | 19 août 2011

La Kabbale affirme qu’un homme pur peut, ainsi que Dieu, engendrer la vie par la seule grâce du verbe… A la fin du XVIe siècle, dans le ghetto de Prague, le rabbin MaHaRal, le plus grand kabbaliste de tous les temps, façonne un être de boue à la force illimitée qui doit apporter la sécurité à son peuple : le Golem.

Alors que je ne le connaissais que de nom, j’ai découvert les talents de conteur de Marek Halter lors d’une émission de 2000 ans d’histoire (maintenant remplacée par La marche de l’histoire) où il évoquait les fêtes juives. Ce passeur de mémoire tente d’entretenir ce qu’il reste de la culture juive, ses mythes, ses figures et que deux millénaires d’antisémitisme, dont la Shoah constitue unsummum dans l’horreur, n’auront pas totalement détruit.

L’histoire se déroule au siècle des étoiles et des mandragores, des grandes découvertes et des guerres de religion, le XVIe siècle, que je crois être l’un des plus déterminants dans l’histoire de l’humanité. On suit les aventures plus ou moins imaginaires d’un personnage ayant réellement existé, David Gans, « une oie parmi les aigles », un homme rempli de sagesse et à la soif insatiable de connaissances, qui fréquente et admire les esprits les plus éclairés de son temps. Parmi ces savants, le rabbin MaHaRal, son maître, adepte de la Kabbale, dont la puissance de l’esprit va se manifester de manière prodigieuse, par la création d’un Golem, destiné à protéger les Juifs du ghetto de Prague. Car malheureusement à cette époque troublée, Chrétiens et Réformés s’entendaient sur une chose : les Juifs étaient la cause de leurs malheurs.

Avec le Golem, le MaHaRal se fait démiurge et comme Dieu avec Adam, il façonne une créature à partir de boue (celle de la Vlatva, plus connue sous le nom de Moldau) qu’il anime grâce à la force du Verbe. Puisque l’astronomie bouleverse les croyances, notamment religieuses, en faisant du Ciel la demeure, non plus de Dieu, mais des étoiles et des planètes, c’est que la demeure de Dieu est ailleurs : dans le Verbe, car « Au commencement était le Verbe ». C’est l’un des rares mystères que l’on peut aisément comprendre de la Kabbale et de son livre phare le Zohar (ou « Livre de la Splendeur »). Mais cette connaissance laisse place à des centaines d’autres questions, car, dit le narrateur, la Kabbale est un jardin où l’on se perd aisément.

Je ne veux pas vous gâcher le plaisir d’une éventuelle lecture que je ne saurais que trop vous conseiller. Comme Amin Maalouf que j’apprécie également, Marek Halter nous raconte de passionnantes histoires, de son style fluide et poétique à la fois, et nous plonge dans sa culture, celle des Juifs d’Europe centrale. Dès les premières pages, avec de très beaux passages sur l’éternité du Verbe, la clef du récit, on est entraîné dans la Prague de Rodolphe II. Mais comme toutes les légendes, celle du Golem révèle des enseignements moraux sur l’homme, la folie qu’il y a à vouloir prétendre être l’égal de Dieu, la technique qui sert et asservit l’homme…

Je vous laisse sur cette citation tirée du Kabbaliste de Prague et cette interview de Marek Halter sur France Info, dans laquelle il évoque, très rapidement, le fait que l’étranger est peut-être aujourd’hui notre Golem : on l’aime tant qu’il nous est utile, il encaisse les brimades sans s’exprimer (ou sans qu’on prenne la peine de l’écouter ?) mais le jour où il se révolte contre l’asservissement dont il est victime, on ne veut plus de lui.

Il me semblait être au coeur d’un continuel tumulte, soumis à l’incertitude et aux caprices de ceux qui avaient fait le siècle. Mais je sais depuis que j’ai goûté l’un des plus grands bonheurs qui soient donnés aux hommes : la liberté et la jouissance de l’intelligence ; l’usage sans limites de leur esprit dans la quête de la compréhension du monde.

http://www.dailymotion.com/video/xd1uqj

 

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Culture, Culture et Histoire, Esclavage, Immigration, Judaïsme, Littérature, Littérature française, Marek Halter, Prague, Savoir, Sciences, XVIe siècle
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De retour du marché aux livres à Montréal

Titem | 6 juin 2011

Je ne sais pas vous, mais j’ai énormément de plaisir à rentrer dans les bouquineries, peut-être même plus encore que d’entrer dans une librairie, où tous les livres sont rangés par thème, collection, auteur. Dans une bouquinerie, on ne sait jamais sur quoi l’on va tomber ; cela ne veut pas dire qu’il faut que tout soit en désordre. Mais l’idée de peut-être tomber sur une édition originale d’un auteur que j’apprécie beaucoup, des beaux livres reliés, des ouvrages spécialisés sur des thèmes qui m’intéressent a de quoi exciter mon intérêt. Surtout si c’est moins cher ! Et ces livres-là ont une odeur différente des neufs, une précédente vie avec d’autres propriétaires qui les ont parcourus, de leurs yeux et de leurs doigts, qu’ils soient jeunes ou vieux.

Il m’arrive ainsi régulièrement de partir à la chasse aux trésors, et ce depuis que j’ai découvert l’existence de ces magasins dans mon sud-Finistère. J’y ai ainsi découvert par exemple la volumineuse chronologie de Larousse « 2000 ans d’histoire du Monde », alors que mes grands-parents m’avaient offerte l’édition « 2000 ans d’histoire de France ». Sur les quais de Seine à Paris, je suis tombé par hasard un ancien numéro d’une revue de cinéma où il était question d’un film que j’avais récemment vu avec un ami et dans lequel jouait son acteur préféré : je la lui ai offerte.

Je suis arrivé à Montréal avec peu de livres, question de poids… Pourtant une maison sans livres, c’est comme un jardin sans fleurs, une cuisine sans épices, c’est aussi ce qui donne de la personnalité à la pièce, du charme à l’habitat. Aussi, comme je vous en avais fait part lors d’une précédente édition de la Photo du Mois, j’avais commencé progressivement à me constituer une bibliothèque, aidé en cela par l’existence de nombreuses bouquineries à Montréal. Mes préférées :

  • L’Echange (713 Avenue du Mont-Royal E.). Grande et très complète, on y trouve aussi des CDs, et des DVDs. Je trouve leur slogan amusant et vrai « Les livres qui ne circulent pas meurent », même si en ce moment, je suis plutôt dans une phase d’acquisition !

  • La Bouquinerie du Plateau (799 Avenue du Mont-Royal E.). J’y reste bien plus longtemps quand ils ne diffusent pas de la musique psychédélique ! Ils ont néanmoins une sélection musicale très intéressante. Plus petite que l’Echange, on trouve toujours des références intéressantes (en histoire et sciences humaines).
  • La Librairie Bonheur d’Occasion (4487, rue de la Roche, au coin de l’Avenue Mont-Royal). C’est la dernière que j’ai découverte, les livres y sont un peu plus chers je trouve, mais très intéressants et la personne qui le tient est toujours de bon conseil.
  • Odyssey Books (1439 Rue Stanley, près du métro Peel). La plupart des livres y sont en anglais et c’est pour le moment là où j’ai fait les meilleures trouvailles, dont les éditions originales des Chroniques de San Francisco, de Armistead Maupin ! Mais les autres rayons (Histoire, Sciences Humaines, Philosophie…) ont également d’excellentes références.

Mais cette fin de semaine, ma collection s’est fortement agrandie ! Les Amis de la Grande Bibliothèque de Montréal organisait en effet un Marché aux Livres, vendus pour la plupart… 2$ (soit environ 1,5 €) ! Romans que l’on trouve normalement en librairie à plus de 15 €, livres de voyages, documentaires… De quoi faire des affaires ! D’ailleurs, victimes de leur succès, l’opération s’est terminée un jour plus tôt que prévu. Ajoutez à cela le marché des bouquinistes qui se tient tout l’été le long de cette même Grande Bibliothèque (les prix des livres y varient davantage). Et par un heureux hasard, me promenant sur le Mont-Royal, l’une des bouquineries offrait des livres aux passants.

Voilà donc ce qu’il y avait dans mon panier, de retour de mon marché aux livres, achetés avec mon ami pour… moins de 30 $ le tout !

  • Trois romans historiques, un roman qui parle d’immigration.
  • Deux livres de cuisine bio pour garder la ligne et la santé.
  • Une biographie bien reliée presque neuve, une autobiographie reliée plus ancienne !
  • Plusieurs livres universitaires sur des thèmes divers.
  • Un livre sur Elizabeth I : ma mère possédait enfant plusieurs livres de cette collection… Mais pas celui-là !
  • Un livre de littérature française que je possède déjà, sauf que j’ai trouvé celui-ci en parfait état, ce qui n’est pas le cas de mon exemplaire.
  • Une Bible illustrée centenaire pour les enfants – cela me faisait de la peine de voir un livre si ancien dans la rue.

… Ce n’est pas tout ça, mais maintenant il va falloir trouver du temps pour les lire (et de la place pour les ranger…) !

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15 livres qui m’ont marqué

Titem | 6 décembre 2010

L’initiative a fleuri sur les blogs : dresser une liste de 15 livres qui nous ont marqué. Les conseils de lecture d’autres blogueurs (comme Virgile ou Embruns) m’ont permis de faire quelques (re)découvertes intéressantes que j’ai notées sur ma déjà trop longue liste d’attente de livres à lire. Alors à mon tour de vous inviter, enfants, adolescents et adultes, à la lecture, avec ce choix purement subjectif, qui sera sûrement différent dans 10 ans. Beaucoup de romans qui nourrissent l’imagination ainsi que deux pièces de théâtre. Enfin je profite de ce billet pour vous inciter à relire ce petit texte où l’auteur G. K. Chesterton défend les romans populaires.

  • Au nom de tous les miens, de Martin Gray. Au collège et au lycée, j’ai lu beaucoup de livres mettant en scène des jeunes garçons et filles jetés dans le tourbillon d’une guerre folle. Mais ce témoignage est celui qui m’a le plus marqué, parce que l’auteur, après avoir tant côtoyé la mort (la sienne et celle des siens) et l’horreur, a encore soif de vie.

  • N’oubliez pas de vivre, de Thibaut de Saint-Pol. J’ai déjà dit l’importance qu’a eu pour moi ce livre au moment où je passais mes concours pour entrer à Sciences Po. Une déclaration d’amour à la littérature d’un jeune homme plongé dans « l’enfer des prépas » où les étudiants doivent se gaver de connaissance.

  • Les chroniques de San Francisco, de Armistead Maupin. En particulier les trois premiers tomes qui se déroulent durant les insouciantes années 1970. Une délicieuse peinture de la société américaine, des personnages hauts en couleur, beaucoup d’humour et de retournements de situation. Ne pas oublier les deux derniers tomes, Michael Tolliver est vivant, publié en 2007 et Mary Ann in Autumn, qui vient de paraître. Ou encore son roman Maybe the Moon, qui dépeint les illusions et les faux semblants d’Hollywood.

  • Sans Famille, de Hector Malot. Le Oliver Twist français : une représentation naturaliste d’une jeunesse française jetée sur les routes d’une France encore rurale des débuts de la IIIe République.

  • Le passeur, de Loïs Lowry. Un roman pour adolescents sur l’utopie des sociétés totalitaires qui veulent diriger nos vies pour notre bien.

  • La nuit des temps, de René Barjavel. Un autre avatar des sociétés utopiques, mais dans une perspective réflexive sur la folie des civilisations humaines et les évolutions technologiques.

  • Le dernier jour d’un condamné, de Victor Hugo. Un réquisitoire contre la peine de mort que j’ai lu très jeune mais dont je conserve la lecture en mémoire.

  • Cannibale, de Didier Daeninckx. Le livre qui m’a permis de découvrir les travers de la colonisation et de ces soit-disant bienfaits et qui narre l’histoire des kanaks venus à l’Exposition Universelle de Paris de 1931 et parqués dans des zoos humains.

  • Phèdre, de Jean Racine. La tragédie dans toute sa splendeur, avec un personnage victime de ses pulsions, seule face à ses souffrances.

  • Montserrat, d’Emmanuel Roblès. J’ai non seulement lu cette pièce, mais je l’ai jouée. Albert Camus disait d’elle que : « Elle ne doit rien à aucune école ou à aucune mode et pourtant elle s’accorde à la terrible cruauté du temps sans cesser de se référer à une pitié vieille comme le coeur humain ». Une histoire tragique, intense et une question posée à ces gens confrontés à leur propre mort : jusqu’où aller pour défendre un idéal commun ?

  • Vendredi ou les Limbes du Pacifique, de Michel Tournier. Un déjà classique de la littérature française revisite un autre classique, le mythe de Robinson Crusoé, et interroge sur la condition de l’homme face à la nature.

  • Origines, de Amin Maalouf. Un écrivain lui-même partagé entre deux cultures part à la recherche de ces origines, déjà plurielles. Une histoire où les ambitions personnelles se mêlent aux luttes internes pour la reconstruction de leur pays (le Liban). Mais ce n’est pas le seul livre de cet auteur que je conseillerai : j’ai également beaucoup aimé Samarcande et Les échelles du Levant.

  • Alexis : le traité du vain combat, de Marguerite Yourcenar. Publié en 1929, mais cette longue lettre pudique d’un homme à sa femme, qui lui confie ses penchants intimes est d’une grande actualité et d’une richesse psychologique, en dépit du style un peu suranné.

  • Le joueur d’échecs, de Stefan Zweig. Une nouvelle, mais une vraie curiosité littéraire sur le passé d’un homme qui défie un champion d’échecs.

  • (Nouvelles) Histoires extraordinaires de Edgar Allan Poe. La quintessence du fantastique. Des atmosphères inquiétantes, des personnages en proie à leurs angoisses, un délice de lecture traduit par nul autre que Charles Baudelaire.

N’hésitez pas à partager vous aussi votre plaisir de la lecture !

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Une voix dans la nuit, de Armistead Maupin (2000)

Titem | 28 août 2009

Une voix dans le nuit, de Armistead Maupin (2000)Son compagnon vient de le quitter. Gabriel Noone, écrivain et animateur radio de renom, sombre dans le désespoir, jusqu’au jour où l’un de ses auditeurs lui adresse un manuscrit : Pete, treize ans, victime d’un pédophile et séropositif, lui confie ses souffrances. Une correspondance téléphonique s’engage, qui augure d’une relation et de révélations bouleversantes.

Armistead Maupin est un auteur que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire. Ses talents de conteur, son humour légèrement désinvolte et ses histoires surprenantes m’ont beaucoup diverti dans ses célèbres Chroniques de San Francisco, dont le dernier tome, Michael Tolliver est vivant, est sorti il y a deux ans, mais également dans Maybe the Moon. Une voix dans la nuit était le seul que je n’avais pas encore lu.

Débutant par une anecdote illustrant sa tendance à embellir les histoires qu’on lui rapporte, le lecteur comprend alors le coeur de l’intrigue : quelle est la part de réalité et de fiction dans chaque récit ? Amistead Maupin, sous les traits de son héros Gabriel Noone, nous conte une aventure qui lui est arrivée. Mais jusqu’à quel point cette histoire est-elle exacte ?

Dans ce roman à clé, il parle d’amour : la fin de la relation avec son compagnon mais aussi l’affection qu’il porte pour un jeune garçon gravement malade, très lucide sur son sort dont les conversations sont pour le quinquagénaire fragile une véritable thérapie. C’est également l’occasion pour Armistead Maupin de revenir sur les relations avec son père et son propre désir inassouvi de paternité. Surprise ! On y retrouve également des références aux fameuses Chroniques de San Francisco, la série littéraire qui lui apporta la notoriété.

Ce roman est certainement le plus personnel de l’auteur qui se livre ici sans retenue, avec tous ses défauts, ses faiblesses, sa naïveté également, mais aussi toute sa tendresse. Loin de sombrer dans le pathos, on est de nouveau séduit par le style direct et affable d’Armistead Maupin.

[Edit 29/08/09 : ce livre a fait l'objet d'une adaptation cinématographique, The Night Listener, avec Robin Williams dans le rôle de Gabriel Noone].

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Michael Tolliver est vivant, d’Armistead Maupin (2007)

Titem | 26 octobre 2008

Une note un peu plus détendue en ce début de vacances…

Michael Tolliver est vivant. Ses amis se sont perdus dans l’excès ou sont morts du sida. Lui a survécu à tout. Il a rencontré Ben, l’amour de sa vie. Mais sa famille se refuse toujours à accepter son homosexualité. Lorsque la mère de Michael tombe malade, c’est pourtant lui qu’elle appelle à ses côtés en Floride.

A San Francisco, sa mère spirituelle, Anna Madrigal, réclame sa présence. Il est alors confronté à un dilemme : doit-il rester auprès d’Anna ou accompagner dans ses derniers instants cette mère qui l’a tant rejeté ?

Les six premiers volumes décrivaient le San Francisco mythique des années 70 et 80, terrain de toutes les expériences amoureuses et sexuelles. Vingt ans après, l’insouciance s’est envolée, le sida est passé par là. Avec ce mélange de drôlerie, de légereté et de gravité qui est sa marque, Maupin clôt cette extraordinaire aventure littéraire dans ce septième et dernier épisode des Chroniques de San Francisco.

Michael Tolliver Lives

L’annonce avait fait l’effet d’une petite bombe chez les fans de l’auteur californien : il y aurait bien un septième tome aux Chroniques de San Francisco, la série littéraire qui avait bousculé l’Amérique bien pensante et diverti une génération de lecteurs. Rentré de l’étranger où j’appris la nouvelle quelques mois plus tôt, mon premier acte d’achat dans une librairie française fut le nouveau roman d’Armistead Maupin.

Le livre est, comme pour les six premiers tomes, marqué dans un cadre spatio-temporel précis : San Francisco, la libérale, la dynamique. Les années sida sont passées mais la maladie est toujours présente, Reagan a laissé la place à W. Bush et sa guerre idiote en Irak. Michael, lui, a survécu, et profite de sa vie à chaque instant, aux côtés de son ami, même s’il fallait le perdre demain. Et il en prend d’autant plus conscience que cette fois, ce sont ses deux mères qui s’apprêtent à partir.

On retrouve avec grand plaisir son grand talent de conteur, son humour à la fois désinvolte et mordant, les péripéties qui ont fait des chroniques un immense succès de librairie. J’ai dévoré ce dernier tome en trois jours à peine : on se laisse totalement emporter par l’histoire, le style agréable et les personnages attachants, – des nouveaux (Shawna, devenue adulte, Patreese l’infirmier, Irwin, le frère de Michael) ou les plus anciens (Anna Madrigal, Brian…).

Mais… Je persiste. Même si ces livres sont toujours aussi plaisants, on ne retrouve pas cette folie qui animait les trois premiers tomes, ceux qui se déroulaient pendant les années 1970, la décennie insouciante. Mais néanmoins, on passe un petit moment savoureux en compagnie de l’oncle Armistead.

Lire aussi : la critique de Maybe the Moon, autre roman de l’auteur.

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2007, Armistead Maupin, Californie, Homosexualité, Humour, Littérature américaine, San Francisco, SIDA, USA
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La passion selon Juette, de Clara Dupont-Monod (2007)

Titem | 23 mai 2008

Juette est née en 1158 à Huy, une petite ville de l’actuelle Belgique. Cette enfant solitaire et rêveuse se marie à treize ans dans la demeure de ses riches parents. Elle est veuve cinq ans plus tard. Juette est une femme qui dit non. Non au mariage. Non aux hommes avides. Non au clergé corrompu. Violente et lucide sur la société de son temps, elle défend la liberté de croire, mais aussi celle de vivre à sa guise. Elle n’a qu’un ami et confident, Hugues de Floreffe, un prêtre : à quelles extrémités arrivera-t-elle pour se perdre et se sauver ? Car l’Eglise n’aime pas les âmes fortes…

La Passion selon Juette, Clara Dupont-Monod 2007)De ce Moyen Age traversé de courants mystiques et d’anges guerriers, qui voit naître les premières hérésies cathares, Clara Dupont-Monod a gardé ici une figure singulière de sainte laïque. Elle fait entendre enfin la voix de Juette l’insoumise. Peut-être l’une des premières féministes.

La passion selon Juette, de Clara Dupont-Monod (2007). Editions Grasset.

Je connaissais surtout Clara Dupont-Monod en tant que journaliste à Marianne et chroniqueuse dans l’émission de RTL « On refait le Monde », que j’écoute très régulièrement. Et puis c’est dans la médiathèque du service culturel de l’Ambassade de France à Chypre que je découvre Clara Dupont-Monod l’écrivain. Pourtant, La passion selon Juette est déjà son quatrième ouvrage.

Il ne s’agit pas exactement d’un roman historique, ni même d’une autobiographie. Clara Dupont-Monod préfère parler d’une « transcription romanesque » d’un manuscrit de Hugues de Floreffe, prêtre ami et confident de Juette. On la croit folle. Cette dernière, fille d’un créancier proche par intérêt des milieux religieux, préfère penser qu’elle se raconte des histoires. Mais ses rêves de petite fille où les chevaliers combattent les vignes se brisent sur la réalité de la condition de la femme au Moyen-Âge. Au temps de ce que l’Église a appelé « les hérésies », Juette finit par consacrer sa vie à son salut, nourrissant un lien direct à Dieu, jetant aux gémonies le clergé, les croyants et une morale qu’elle juge hypocrite.

Un livre à deux voix qui se lit avec plaisir et curiosité aussitôt passée la surprise du caractère mystérieux de la jeune Juette.

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Origines, d’Amin Maalouf (2004)

Titem | 3 mars 2008

Origines, d’Amin Maalouf (2004)

Il était une fois deux frères, Gebrayel et Botros, nés dans ce Liban de la fin du XIXe siècle encore partie intégrante de l’Empire ottoman. Le premier rêve de conquérir le monde et quitte l’Orient natal pour faire souche à Cuba. Le second, homme de pensée et de livres, reste au pays. Ainsi commence la saga des Maalouf, sédentaires ou nomades, emportés par l’histoire dans une diaspora familiale, et que relient, du Brésil à l’Australie et des Etats-Unis à la France, le bruissement d’un nom et la conscience d’une origine commune.

C’est à cette «tribu», dont il reconstitue l’histoire avec la rigueur d’un archiviste et l’empathie d’un romancier, que l’auteur du Rocher de Tanios (prix Goncourt 1993) rend un magnifique hommage d’amour et de fidélité. Pour l’écrivain, lui-même en exil, n’est-elle pas sa seule patrie ?

Parce qu’avant de partir au Canada, on m’avait conseillé de me renseigner sur mes origines, un sujet sur lequel les Canadiens tiennent tout particulièrement. Parce que je venais de lire Samarcande, du même auteur, et que ce livre m’avait enchanté. Je ne pouvais pas, en tombant sur ce livre à quelques minutes de mon embarquement, ne pas l’acheter.

Dans le brouillard épais d’un passé qui est pourtant si proche, Amin Maalouf, cherche des pistes qui lui permettent de mieux comprendre l’homme qu’il est, l’addition de ce que ses ancêtres ont fait de lui. A travers les souvenirs des plus anciens encore vivants et des courriers qui ont traversé les décennies, l’auteur nous ouvre son tréfonds : l’histoire de sa famille. Et l’on découvre l’histoire de deux frères, en proie à la question de l’exil et des relations Occident/Orient, deux thèmes qui reviennent dans les écrits d’Amin Maalouf. Son talent de conteur et son style délicatement oriental font de cette enquête une œuvre passionnante.

Un livre pour l’Histoire (du Liban) et l’histoire personnelle de l’auteur qui, élevant ses ancêtres du Liban et d’ailleurs au rang d’héros romanesques nous invite, à la fermeture de son œuvre, non pas à nous pencher, mais lever la tête vers nos parents, grands-parents, arrières-grands-parents.

D’autres que moi auraient parlé de ‘racines’. .. Ce n’est pas mon vocabulaire. Je n’aime pas le mot ‘racines’, et l’image encore moins. Les racines s’enfouissent dans le sol, se contorsionnent dans la boue, s’épanouissent dans les ténèbres; elles retiennent l’arbre captif dès sa naissance, et le nourrissent au prix d’un chantage : « Tu te libères, tu meurs ! »

Ce livre a obtenu le prix Méditerranée 2004.

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Maybe the moon, de Armistead Maupin (1992)

Titem | 26 novembre 2007

Maybe the Moon, de Armistead Maupin (1992)

Pour Cadence Roth, « décrocher la lune », c’est décrocher un vrai rôle au cinéma. Parce que, après avoir composé sous un masque le rôle de l’elfe dans un film mythique, Cady compte bien jouer dans la cour des grands, ce que sa très petite taille lui interdit. Dans ce roman sous forme de journal, les faux-fuyants du politiquement correct et les promesses vaines des agents artistiques alimentent un portrait sans appel de Los Angeles, où la différence n’a pas droit de cité. Après ses Chroniques de San francisco, Armistead Maupin poursuit avec drôlerie sa critique de la société américaine. Et seule Cady en sort grandie.

Critique de Marie Gobin, dans Lire, 4ème page de l’édition 10/18.

Que pourrait-on ajouter à cette critique qui résume parfaitement cet autre ouvrage de l’américain Armistead Maupin ? On y retrouve à travers le regard faussement désabusé mais toujours alerte de ce petit bout de femme dynamique une critique de la carnavalesque société américaine et son jeu de masques incessants.

Fatiguée de jouer des petits rôles, Cady souhaite revenir par la grande porte dans le milieu du cinéma. Entière, mais pas sans fêlures, séduisante mais honnête, elle rêve d’un rôle à la mesure de son talent, et pas seulement celle de sa très petite taille. Accompagnée d’une colocataire-groupie et d’un ami écrivain en quête de sincérité humaine, Cady fait son bonhomme de chemin, à travers les obstacles qu’on dresse sur son chemin.

Un roman librement inspiré de la vie de Tamara De Treaux, amie de Armistead Maupin, actrice de 79 centimètres qui a connu son « heure de gloire » en jouant le rôle de l’E.T du film de Steven Spielberg… mais dont le nom n’apparaîtra pas dans la distribution.

Un livre plein d’humour, porté par la lucidité de la narratrice. On y retrouve le talent de Armistead Maupin pour ses situations où la coïncidence cohabite avec l’innatendu. Une leçon de vie aussi, facette de l’american dream, et qui rappelle le plus récent Million Dollar Baby de Clint Eastwood : donne-toi les moyens de pouvoir vivre tes rêves et réjouis-toi d’avoir agi en ce sens.

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1992, Années 90, Armistead Maupin, Cinéma, Discrimination, Hollywood, Humour, Littérature américaine
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Le Parfum, de Patrick Süskind (1985)

Titem | 27 septembre 2007

Le Parfum, de Patrick SüskindAu XVIIIè siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les horribles de son époque. Il s’appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre que lui n’aurait pas survécu. Mais Grenouille n’avait besoin qu’un minimum de nourriture et de vêtements et son âme n’avait besoin de rien. Or ce monstre de Grenouille, car il s’agissait bien d’un genre de monstre, avait un don, ou plutôt un nez unique au monde et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout-puissant de l’univers, car « qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur des hommes ».

C’est son histoire, abominable… et drolatique, qui nous est racontée dans Le Parfum, un roman qui, dès sa parution, eut un succès extraordinaire et est devenu très vite un best-seller mondial.

Préface de l’édition Livre de Poche
Le Parfum : Histoire d’un meurtrier
Titre original : Das Parfum, Die Geschichte eines Mörders
Couverture : Watteau : Jupiter et Antiope (détail), musée du Louvre

Phénomène de littérature, avant de devenir une œuvre cinématographique, Le Parfum raconte l’histoire d’un phénomène humain, sorte de freak au temps des Lumières.

Jean-Baptiste Grenouille naît dans la puanteur la plus infâme des immondices d’une rue parisienne. Une naissance terrible qui semble l’immuniser contre les maladies. Et chose plus curieuse, elle le dote d’un odorat extraordinairement fin, tandis que lui-même, ne dégage pas la moindre effluve. Comble de sa vie, cette absence d’odeur individuelle, qui l’exclut de l’ordre humain, le poursuivra jusqu’à la mort.

Ce livre est comme une quête : celle de la place d’un homme pas comme les autres, en fait autiste – si tant est que l’on puisse utiliser ce terme a posteriori – dans un monde qui l’ignore. Car l’indifférence est plus cruelle que le mépris, et chez Grenouille, elle le pousse à commettre des crimes horribles… mais dont il n’a pas pleinement conscience, car il estime évoluer dans un monde différent, où les hommes ne voient qu’avec le sens trompeur de la vue, et non celui de l’odorat.

Ce qui se dégage à la lecture du Parfum, c’est l’ouverture vers un monde que l’on croît connaître, mais sous un regard neuf : celui des odeurs. Les plus délicates comme les plus nauséabondes émergent de nos propres souvenirs à la lecture de ce livre. Nous sommes les spectateurs d’un monde dont Grenouille en est le souverain.

Dommage que les multiples mises en garde de l’auteur sur “l’âme noire de Grenouille”, son caractère horrible, finissent par agacer notre lecture. A-t-on besoin de le comparer sans cesse à une “tique” alors qu’il est clair que cet homme vit hors de notre monde et de nos règles ? L’auteur cherche-t-il a prendre le point de vue d’un contemporain de Grenouille ? Cependant la trame du roman est absolument captivante et le jeu des contrastes entre la fragrance et les miasmes rythme cet excellent livre.

Et au-delà de la lecture, cette interrogation plus secondaire mais pas moins inintéressante, et dont de récentes études scientifiques se sont fait l’écho : quelle place à l’odeur (ou les phéromones), l’indicible, dans nos comportements envers autrui ? Car comme le dit magnifiquement l’auteur : « l’odeur était sœur de la respiration. Elle pénétrait dans les hommes en même temps que celle-ci ; ils ne pouvaient se défendre d’elle, s’ils voulaient vivre. Et l’odeur pénétrait directement en eux jusqu’à leur cœur, et elle y décidait catégoriquement de l’inclination et du mépris, du dégoût et du désir, de l’amour et de la haine. Qui maîtrisait les odeurs maîtrisait le cœur des hommes ».

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1985, Années 80, Humanité, Littérature allemande, Lumières, Patrick Süskind, Roman historique, Sens, XVIIIè siècle
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