La fin d’une quête de 15 ans ou le destin de Lavoisier
Titem | 13 février 2009Titre un peu pompeux sans doute, c’est pourtant bien cette pensée-là qui m’a traversé lorsque, il y a quelques semaines, je trouvais enfin la réponse à une (vaine) question que je me posais depuis bien des années. A tout autre que moi cela pourrait paraître bien anodin, et pourtant cette histoire pourrait bien vous intéresser…
J’avais à peine 7 ans et je ne loupais aucun des épisodes de la série d’Albert Barillé “Il était une fois… les découvreurs”, diffusée sur Canal Plus. Je les avais enregistrés et me repassait la cassette en boucle en rentrant de l’école. C’est ainsi que naquit chez moi cette passion pour l’histoire qui ne cesserait de grandir, même si je renonçais finalement à une carrière de professeur d’histoire.
Mais parmi les épisodes, il en est un qui me marqua plus que les autres, celui consacré au père de la chimie moderne : Antoine-Laurent de Lavoisier. C’est lui qui découvrit la composition de l’eau (hydrogène et oxygène). Lui encore qui fut à la base du système métrique tel que nous le connaissons. Son immense talent et son destin tragique m’ont sans doute touché, et je devais en garder un dégoût de l’injustice. Mais que pouvais-je comprendre à cet âge-là ? Qu’est-ce qu’un fermier général, ce pour quoi il fut guillotiné le 8 mai 1794 ? Et pourquoi la Révolution avait-elle mis à mort un savant qui aurait pu être utile à la France, quoiqu’en dit dans sa célèbre sentence le président du tribunal qui le condamna, Coffinhal : “La République n’a besoin ni de chimistes, ni de savants ; il faut que la justice suive son cours”.
Dans l’épisode, on voyait des hommes habillés comme à l’époque monter dans une charrette qui allait les conduire à la mort. On les appelait un par un : Lavoisier était le 4ème. Et puis il y eut cette question qui me traversa. Était-il vraiment le 4ème ? Les noms que l’on entendait étaient-ils vraiment ceux des fermiers généraux qui furent exécutés en même temps que Lavoisier ? Étaient-ils eux aussi des savants, des hommes connus ?
Je demandais à des personnes douées en histoire, sans succès. Je voulais aller au Panthéon car il me semblait inconcevable qu’un homme comme Lavoisier n’y fut pas inhumé. Quand je demandais à un gardien du Panthéon si mon héros s’y trouvait, je fus déçu d’entendre que non, et même outré quand il me demanda s’il était de Paris. “Il y est né et il y est mort”. Plus tard encore j’eus accès à l’encyclopédie Universalis, et bien plus tard j’empruntais la biographie de Lavoisier à la bibliothèque de l’IEP de Rennes où je ne trouvais pas de réponse à mes questions.
Ce n’est que plus tard que je compris…
Je compris que les fermiers généraux étaient responsables de la collecte des impôts, que cette charge leur conférait une fortune immense qui suscitait bien des rancœurs. C’est grâce à cela que Lavoisier put acquérir un matériel de haute précision pour mener ses recherches. C’est aussi ce qui causa sa perte : ses collègues et lui furent accusés de détournement de fonds publics au profit de l’étranger. Sans preuve.
Je compris que le corps de Lavoisier, après son exécution, avait été jeté dans une fosse commune du cimetière de la Madeleine et que les corps des cimetières parisiens de l’époque furent transférés dans les catacombes de Paris.
J’appris que la légende raconte que Lavoisier, attendant son exécution, lisait un livre et que quand vint son tour, marqua sa page, comme s’il espérait pouvoir reprendre sa lecture.
C’est en décembre 2008, à New-York, au Metropolitan Museum of Art, que je tombais en admiration devant le tableau de Jacques-Louis David représentant Lavoisier et son épouse, Marie-Anne Paulze. J’apprécie par ailleurs beaucoup la peinture de cette époque, et je ne pensais absolument pas trouver ce portrait ce jour-là, à cet endroit là.
Enfin, il y a quelques temps, alors que je surfais sur Internet, j’eus l’idée de chercher la liste de ces fameux fermiers généraux. J’avais déjà tenté ma chance il y a deux ans, sans succès. Et après quelques minutes, je tombais sur une version numérisée d’un livre d’Edouard Grimaux, sobrement appelé Lavoisier publié en 1888. Et là, page 304, en note de bas de page “les vingt-huit condamnés étaient : …”.
La liste.


Je me doutais aujourd’hui qu’il ne s’agissait pas de personnes connues. Cette liste n’a sans doute aucune importance si ce n’est pour les historiens, les passionnés… ou les descendants des victimes. Mais pour moi, outre les réponses historiques et l’amour pour cette science, c’est la réponse à un enfant qui devait découvrir plus tard l’absurdité des choses et l’injustice qui nous entoure.
Le lendemain, le scientifique Louis Lagrange dira à propos de Lavoisier : “il ne leur a fallu qu’un moment pour faire tomber cette tête et cent années peut-être ne suffiront pas pour en reproduire une semblable”.
… Ironie du sort : c’est en cherchant des images d’Il était une fois… Les découvreurs pour illustrer cette note que j’apprends que l’homme qui fut à l’origine de cette série et de tant d’autres, Albert Barillé, est décédé il y a deux jours. Maestro est mort, vive Maestro… et merci !


















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