Le ruban blanc, de Michael Haneke (2009)
Titem | 1 novembre 2009
Un village protestant de l’Allemagne du Nord à la veille de la Première Guerre mondiale (1913/1914). L’histoire d’enfants et d’adolescents d’une chorale dirigée par l’instituteur du village et celle de leurs familles : le baron, le régisseur du domaine, le pasteur, le médecin, la sage-femme, les paysans… D’étranges accidents surviennent et prennent peu à peu le caractère d’un rituel punitif. Qui se cache derrière tout cela ?
Das Weisse Band - Eine deutsche Kindergeschichte
2009 / Coproduction française, italienne, autrichienne, allemande / 2h24
Drame de Michael Haneke
Avec Christian Friedel (l’instituteur), Burghart Klaussner (le pasteur), Ulrich Tukur (le baron), Susanne Lothar (la sage-femme), Rainer Bock (le médecin)…
Palme d’or du Festival de Cannes 2009.
Les mauvaises langues ont pu affirmer que Michael Haneke avait soufflé la palme d’or à Michel Audiard parce qu’il avait permis à la Présidente du jury, Isabelle Huppert, d’obtenir un prix d’interprétation lors d’un précédent festival de Cannes. Or Michael Haneke est un habitué du palmarès cannois ; avec ce Ruban blanc, il reçoit la première des récompenses et il ne l’a pas volé. Comme Un prophète, c’est un film fort, pendant lequel on ne s’ennuie par ailleurs pas. Mais à la force brute des images, la violence de l’univers carcéral, Michael Haneke propose une toute autre forme de violence, plus insidieuse : la manière dont les enfants subissent des valeurs “absolues”, la façon qu’ils ont de les interpréter.
L’histoire se passe dans un village où l’autorité rigoriste protestante est la seule valeur. On est guidé par la voix d’un protagoniste, l’instituteur, qui prévient dès le début qu’il ne fut qu’un témoin d’événements étrangères qui intervinrent à la veille de la Grande Guerre, et qu’il ne détient pas toutes les clefs de la solution. Il ne faut pas perdre de vue ce fil qui nous est proposé. L’histoire démarre ainsi comme un thriller : qui a bien pu s’en prendre au médecin du village ?
Mais la véritable violence, comme souvent chez Haneke, se situe hors-champ ; ici, à l’intérieur des foyers. Il faut ici saluer, si l’on en croit son interview sur France Inter le 21 octobre, jour de la sortie du film, le travail de Jean-Claude Carrière, qui a insisté pour filmer la violence de manière voilée. Il sublime ainsi la caméra noir et blanc de Michael Haneke qui met ici encore en lumière la difficulté de communiquer, l’empreinte des valeurs des classes moyennes et supérieures, la violence quotidienne et banale du Monde.
Les enfants, auxquels on attache un ruban blanc pour signifier leur innocence, leur pureté, ne sont-ils donc que les victimes dans cette histoire ? Ce film n’est pas seulement l’histoire du passage du ruban blanc au brassard noir, c’est également un film suggestif sur la tyrannie de valeurs et la manière dont elles sont intégrées par les acteurs. Une forme d’absolutisme moral qui faillit inciter le réalisateur à nommer son film “La main droite de Dieu”, avec laquelle agissent les acteurs.






[...] des copines : Julien, Titem, Philoo, Xavier, [...]