Un Prophète, de Jacques Audiard (2009)
Titem | 30 août 2009
Condamné à six ans de prison, Malik El Djebena ne sait ni lire, ni écrire. A son arrivée en Centrale, seul au monde, il paraît plus jeune, plus fragile que les autres détenus. Il a 19 ans.
D’emblée, il tombe sous la coupe d’un groupe de prisonniers corses qui fait régner sa loi dans la prison. Le jeune homme apprend vite. Au fil des “missions”, il s’endurcit et gagne la confiance des Corses.
Mais, très vite, Malik utilise toute son intelligence pour développer discrètement son propre réseau…
2009 / France / 2h35
Drame de Jacques Audiard
Avec Tahar Rahim (Malik El Djebena), Niels Arestrup (Cesar Luciani), Adel Bencherif (Ryad), Reda Kateb (Jordi le gitan)…
Grand Prix du Jury au Festival de Cannes 2009
Encensé par la critique lors de sa projection au Festival de Cannes, Un Prophète est un film qui ne laisse pas indifférent et marquera l’histoire du cinéma français. Il y a une qualité indéniable de la mise en scène, intelligente, qui nous fait progressivement entrer dans la peau de cette petite frappe enfermée entre les quatre murs d’une cellule insalubre. En ce qui me concerne, le sentiment de malaise, de peur, de schizophrénie presque, m’a pris à la gorge pour ne plus me quitter, temporairement, que pendant les rares scènes tournées à l’extérieur où le personnage en profite pour faire fructifier ses affaires.
Il y a le jeu des acteurs. Niels Arestrup dans la peau d’un parrain corse, Cesar Luciani, qui dégage une aura de puissance sourde mais potentiellement explosive, un chef de gang qui justifie son statut de véritable maître de la prison. Mais surtout, il y a Tahar Rahim, acteur presque inconnu autour duquel évolue la caméra de Jacques Audiard et dont on suit la survie puis la progression pendant ces six années d’enfermement. Enfant d’un foyer très tôt déscolarisé, il doit sa survie en prison à la protection de Cesar Luciani dont il est à la fois le larbin, l’homme de main, les yeux et les oreilles. Arrivé, comme le dit si bien Audiard dans une interview “sans histoire”, il va lui même se construire sa propre histoire et, à force d’intelligence, d’alliances, créer son propre réseau et prendre la place du caïd à la place du caïd. Une issue “paradoxale” selon le mot du réalisateur, car Un prophète dépeint un individu qui n’aurait jamais atteint sa position s’il n’était pas passé par la case prison.
La prison comme “noviciat de la récidive” comme disait Tocqueville ? Oui, et même une école du crime, une zone de non-droit où la loi du plus fort est le seul maître à bord. Les matons sont les grands absents de ce film, on s’attend à ce qu’ils viennent mettre de l’ordre, il n’en est rien, ils subissent presque les conflits d’intérêts des criminels dont ils sont censés avoir la surveillance. Que le réalisateur l’ait souhaité ou non, ce film est également une expérience documentaire réquisitoire contre nos prisons : la surpopulation, l’insalubrité, la violence et les trafics en tout genre, l’absence ou la corruptibilité des gardiens, le porno dont on abreuve les prisonniers pour espérer les calmer…
Je ne reconnais qu’un défaut à ce film néanmoins : sa longueur. Parce que Un Prophète est effectivement trop long ? Parce que le film n’est pas qu’un film sur la prison, mais sur le parcours d’un détenu et qu’une fois les permissions accordées on a l’impression que le film est fini ? Parce qu’en raison du malaise ressenti, je souhaitais que le film se termine ? Parce que oui, six ans de prison, c’est long, et il faut tenir et accepter aussi le rythme du film, haletant dans ses scènes d’action, puis lent comme le silence, brisé aussi brusquement qu’un coup de poing fulgurant ou l’éclat d’une lame de rasoir ? Je vous en laisse juge.
Le film est-il “raciste” ? Joue-t-il sur les clichés des Corses mafieux et des Musulmans délinquants qui se radicalisent en prison, comme certains commentateurs l’ont avancé ? Je pense qu’il y a une part de réalité aussi bien que d’opportunité dans la description de Jacques Audiard : c’est montrer le jeu des alliances dans le crime (aux Etats-Unis, cela aurait pu se traduire par des tensions entre les afro-américains et les latinos) comme la dénonciation d’une forme de communautarisme.
Pour finir, écoutez ou réécoutez, si cela était déjà le cas, l’excellent webdocumentaire du Monde.fr sur Le corps incarcéré, dont les témoignages éclairent d’une lueur sombre les dysfonctionnements du système, la solitude et la déchéance des détenus.
Ailleurs sur la toile : Comment améliorer Un Prophète, par Luc Besson, article du Pédé du blog C’est La Gène !






Tres bien ecrit, ca donne envie de voir ce film ! en plus j’aime les ambiances sombres alors je pense que je vais apprecier la seance.
Toi qui a l’air de bien aimer le cinéma, je pense en effet que tu vas apprécier et je suis curieux d’avoir ton avis !