Le blues du blogueur – La plume et l’épée
Titem | 17 juillet 2011
Entre blogueurs, il nous arrive de parler des rapports que nous entretenons chacun avec ce qui est à la fois notre outil de communication et notre fenêtre sur le monde : le temps que cela nous prend, les amis qui de temps de temps nous complimentent sur un billet qui leur a plu ou qui les a fait réfléchir, les connaissances qui nous retrouvent grâce à notre blog ou les professionnels qui désirent collaborer avec nous après nous avoir lu, les trolls qui tentent de gâcher notre plaisir, le manque d’inspiration, parfois…
Et puis il y a l’envie d’arrêter, une idée qui revient plus ou moins régulièrement, pour sensiblement les mêmes raisons : parce que cela prend du temps que l’on pourrait employer à d’autres activités, que les idées nous manquent ou qu’on ne parvient pas à les exprimer (comme un billet sur l’Europe que je n’ai toujours pas décidé de publier), que l’on n’écrit pas seulement pour soi mais également pour être lu… Il ne s’agit pas là d’une simple question d’orgueil ou d’une obsession de la statistique de nos audiences, mais si l’on ne devait écrire que pour soi, autant tenir un petit carnet personnel que l’on rangerait le soir dans sa table de chevet.
Depuis les « retours de manivelle » (ou billets d’opinion) publiés dans le journal de mon lycée jusqu’à aujourd’hui, presque six ans après l’ouverture de mon premier blog, j’ai souvent eu à l’esprit cette citation tirée des Mots de Jean-Paul Sartre :
Longtemps j’ai pris ma plume pour une épée : à présent je connais notre impuissance. N’importe : je fais, je ferai des livres; il en faut; cela sert tout de même.
Cette histoire est vieille comme l’antique : le mythe platonicien de la caverne ne dit pas autre chose. Le philosophe sent que son devoir impérieux est de retourner auprès des siens, enchaînés en face d’ombres projetées qui ne sont que l’apparence de la vérité, pour les inviter à voir au-delà des apparences, même si ceux-ci se moquent de lui. Éduqué dans l’amour de la connaissance, j’ai la faiblesse de croire que c’est l’ignorance qui nuit à la société et nous condamne à juger l’autre et à se laisser manipuler par l’opinion et les médias.
L’émergence des blogs a certes permis à des spécialistes de donner une valeur ajoutée à l’information, de faire du fact-checking bien utile en périodes électorales, de parler de sujets peu débattus (comme l’Europe, sauf récemment, pour le meilleur comme pour le pire). La toile est devenu un lieu d’interaction politique, une caisse de résonance à laquelle je participe modestement en donnant mon point de vue, même si j’ai bien conscience de ne parler bien souvent qu’aux convaincus ou à mes lecteurs fidèles et anonymes.
Mais mon blog n’a pas qu’un but citoyen, j’ai aussi eu le plaisir de vous faire découvrir l’île de Chypre et je continue aujourd’hui de parler de mon quotidien à Montréal. Tenir un blog m’a permis de faire des rencontres enrichissantes avec des personnes que je n’aurais jamais connues autrement mais avec lesquelles je partageais de nombreux points communs, ou de partager des impressions avec mes amis qui étaient également à l’étranger, même si beaucoup ont mis fin à leur expérience depuis. L’événement mensuel de La Photo du Mois m’amuse beaucoup et stimule mon imagination non plus par l’écriture, mais l’image et la photographie.
Pourtant, comme Tambour Major qui ressent malgré le spleen la fureur d’écrire, je me pose sérieusement la question sur l’utilité de mon blog et de ce que le lecteur peut bien retirer de sa lecture. Je n’ai jamais connu l’appréhension de la page blanche ; la presse en ligne ou l’écoute de mes podcasts m’inspire régulièrement. Je n’ai jamais ressenti le besoin de le mettre en veille pour faire le point : un agenda rempli m’éloignant de la toile s’en chargeait pour moi.
Qu’importe, je continuerai d’écrire, cela ne me fait aucun doute : nouvelles, journal de bord, correspondance, blog ou mon Tumblr que j’alimente au fil de mes trouvailles sur le net, collaborations pour d’autres sites Internet, comme Le Taurillon ou CaféBabel… Si mon aventure sur ce blog devait s’achever un jour, cette envie irrépressible d’écrire trouverait un autre support pour s’assouvir.







J’espère bien que tu vas continuer d’écrire, autant sur ton quotidien que sur l’Europe ou d’autres sujets. C’est vrai qu’il y a d’autres supports, mais aucun parmi les réseaux sociaux, Tumblr ou autres ne permet de développer une idée, de détailler un raisonnement, de faire un exposé plus développé qu’en 140 caractères… et de parler de soi sans être lapidaire.
Je ne commente pas chacun de tes billets, mais tu sais que je suis un de tes lecteurs les plus assidus.
Il m’est arrivé d’arrêter plus d’une fois. Il est remarquable que tu te sois tenu à une certaine discipline ainsi qu’une certaine ligne « éditoriale ».
Moi aussi je suis là, et bien là.
La question hante pas mal de blogueurs en ce moment on dirait. Ton blog est riche, bien vivant et coloré. Je lui prédis d’encore très beaux jours
Merci pour vos commentaires encourageants !
@Olivier
Même sans l’existence des réseaux sociaux, je crois que j’écrirais !
Oui je continue
@Florent
Je ne suis pas certain d’avoir une véritable ligne éditoriale, sinon celle des idées que je défends, même si certains sujets reviennent plus régulièrement que d’autres.
@Matoo
Mais toi tu es presque un « dinoblogueur », 8 ans déjà, et toujours le même plaisir à te lire !
@Tambour Major
C’est en effet ton billet qui m’a donné l’occasion de réagir à ce qui me trottait dans la tête depuis plusieurs jours