Pour le 14 juillet, des chars citoyens plutôt que des chars d’assaut !
Titem | 14 juillet 2011
Pour ce 14 juillet à Montréal, j’avais prévu de vous parler de ce que cela fait d’être Français et de vivre à Montréal, comme je vous avais parlé de mon 14 juillet à Nicosie, célébré à l’ambassade de France. Mais l’actualité me donne l’occasion de rappeler un point de vue sur la fête nationale que j’avais exprimé au début du mois.
Les mois passent, j’aurais bientôt vécu au total deux années à l’étranger. Comment j’appréhende le fait d’être Français loin de la France ? A dire vrai, ma nationalité ne me paraît être rien d’autre qu’un lien juridique avec mon pays de naissance et celui d’une majorité de mes aïeux. S’agissant de la culture française, les points de vue à son sujet sont divers et pour ma part, j’apprécie également la culture d’autres pays. Et l’histoire de notre pays est certes riche, avec ses moments de gloire et ses aspects plus sombres, mais elle reste fondamentalement liée à l’histoire de ses régions et des autres royaumes/nations européennes. Bref ici, je me définis pas toujours d’abord comme « Français », mais « du Nord de la France » et souvent « breton d’adoption », parce que cette région est chère à mon coeur.
Mais pourtant, ce lien juridique est fondamental, car il reconnaît que nous sommes TOUS français, malgré les polémiques, que l’on soit né ou que l’on vive en métropole, en outremer ou ailleurs dans le Monde, que l’on soit binational ou naturalisé, ou, j’emploie l’expression bien que ses ressorts intellectuels me choquent, « de souche ou issus de l’immigration ».
Réinventer le 14 Juillet pour célébrer le vivre-ensemble
Qu’ai-je vu, lors des défilés de la Fête nationale du Québec ou du Canada Day à Montreal ? Des gens de toutes origines et de toutes cultures qui célèbrent leur fierté et leur joie d’appartenir à une même communauté qui les a accueillis à bras ouverts et dont ils contribuent à la richesse. En France, ces dernières années, on laisse entendre que tous les Français ne se vaudraient pas, ne correspondraient pas à une « identité française » que l’on cherche à définir et l’on organise des « apéritifs saucisson-pinard » pour en exclure certains. On parle également de supprimer la binationalité (une absurdité). Et l’on fait défiler des chars et nos légions. Je n’ai rien contre, cela reste un symbole national important, mais non essentiel. A Ottawa, les Forces Canadiennes participent bien à la fête (notamment au lever de drapeau), présentent leurs effectifs et leurs armes.

Le 14 juillet est d’abord le jour de la fête nationale et ce jour appartient à tous, c’est pourquoi je crois qu’il serait bon que participent à ce défilé des chars citoyens où les Français, venant de toutes les régions de France et du Monde, de toutes les cultures, exprimeraient la solidarité nationale, le désir du vivre-ensemble, célébreraient le drapeau tricolore. C’est déjà le cas dans quelques villes de France et l’initiative mériterait d’être étendue. Je ne peux ainsi qu’approuver les propos de la candidate d’Europe-Ecologie-Les Verts, Eva Joly, qui a exprimé son rêve :
que nous puissions remplacer ce défilé (militaire) par un défilé citoyen où nous verrions les enfants des écoles, où nous verrions les étudiants, où nous verrions aussi les seniors défiler dans le bonheur d’être ensemble, de fêter les valeurs qui nous réunissent.
… et me désoler à l’inverse d’une réaction aussi stupide et primaire que celle de Lionel Tardy, qui lui conseille de retourner en Norvège, mais au fond tellement symptomatique de cette partie de la droite qui considère que certains sont plus Français ou des meilleurs Français. Or, Eva Joly est peut-être franco-norvégienne, mais elle est française, point barre. Que les choses soient claires : l’intégration, cela marche dans les deux sens : on s’intègre, mais encore faut-il que l’on désire intégrer. Et beaucoup reste à faire pour dépasser les préjugés, comme le rappelait le blogueur Virgile.
Je souhaite donc à tous les Français un excellent 14 juillet ou un « Happy Bastille Day » comme on dit de ce côté de l’Atlantique et je vous laisse sur cet autre propos du fondateur de Rue89 Pierre Haski.
… c’est juste que dans la France actuelle, ce symbole d’unité nationale autour de son armée me semble non seulement désuet, mais, surtout, ce n’est pas de ce côté que le bât blesse dans la société française. Les Français n’ont pas (contrairement à Sarkozy) de problème avec leur armée, comme l’ont répété à satiété les généraux interviewés sur toutes les chaînes de télé -ils en ont un avec la cohésion sociale, avec le modèle de société républicain construit depuis un siècle, dont chacun sent aujourd’hui qu’il craque, qu’il prend l’eau, sans savoir s’il est mortellement atteint, et surtout, ce qui va suivre.
La vraie modernité ne serait-elle pas de réinventer un 14 Juillet qui, chaque année, serait la réaffirmation de la solidarité de la nation, une solidarité dont on sait bien qu’elle ne passe pas par une riposte militaire mais sociale.
Ailleurs sur la toile :
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Défilé militaire : ne serait-ce pas mieux le 11 novembre que le 14 juillet ? Une intéressante suggestion de Fabien Cazenave, qui propose le 14 juillet pour fêter la France, le 11 Novembre pour fêter l’armée… Sans oublier le 9 l’Europe !
- Le Tumblr de Gondorsky.







Je suis évidemment à 100% d’accord. C’est bien d’avoir mis l’accent sur ce rêve, alors que ma réaction s’est concentrée sur la stupide intervention de Lionel Tardy.
Je ne sais rien des défilés canadiens, mais j’admire le patriotisme et la solidarité des habitants des pays nordiques, et pas seulement de la Norvège, qui voient tous leurs habitants fêter ensemble leur culture commune le jour de leur fête nationale.
D’ailleurs, puisque tu aimes la Bretagne (et moi aussi) les Fest Noz sont bien dans cet esprit.
[...] Nationale dans son acception la plus républicaine (c’est aussi cela l’Etat). Mais le post de Titem qui parle de son expérience montréalaise (il est français) ne me laisse pas indifférent. J’aime beaucoup ce qu’il raconte de [...]
Oui et plutôt que de se replier sur soi, l’on ferait mieux de ce qui se passe ailleurs, où le mot communauté a un sens solidaire et positif ; c’est souvent inspirant !