Le Taser n’est pas une arme anodine
Titem | 24 mai 2008
Pour avoir affirmé que le Taser avait causé la mort de près 150 personnes aux Etats-Unis, Olivier Besancenot a eu le droit à une plainte pour diffamation de la part de la société Taser France. Les médias ont eu l’occasion de reparler de cette affaire au moment où l’Express révélait que le leader de la LCR avait été victime d’espionnage et suggérait que cela pouvait être lié à son contentieux avec Taser.
Les dirigeants de Taser France ont accusé Olivier Besancenot de ne pas être en mesure de donner les noms des victimes du Taser qu’il a évoqué, Il n’a pas pu le faire dans la mesure où ses prétendues victimes n’ont jamais existé». Elles n’ont jamais existé ? Surprenante naïveté. Ajoutons que, le 23 novembre 2007, le comité de l’ONU contre la torture estimait que l’utilisation du Taser constitue « une forme de torture » et « peut même provoquer la mort ».
Envoyé Spécial diffusait cette semaine – et c’est ce qui m’a finalement décidé à réagir à ce sujet – un reportage sur les « copwatchers », des comités de citoyens qui, aux Etats-Unis, filment les interventions des forces de l’ordre afin de s’assurer qu’ils ne commettent pas de bavure. Parmi les personnes interrogées, une femme dont la père avait été tué suite à des décharges de Taser. Pas de procès pour les policiers faute de preuve, aucun copwatcher n’était présent au moment de l’incident.
Toujours outre-atlantique, je me souviens qu’au Canada, où je me suis rendu ces derniers mois, l’arme est accusée d’avoir provoqué la mort de 20 personnes, ce qui commence à susciter le débat. Vous avez certainement entendu parler de ce Polonais tué dans l’aéroport de Vancouver parce que des policiers le trouvaient agité. J’ai effectué un stage au Journal Communautaire Le Monde, mensuel de l’arrondissement Villeray Saint-Michel Parc-Extension de Montréal. Dans un article de l’édition de février 2008 était évoqué un débat de citoyens suite au décès de Quilem Registre, un habitant décédé de ses blessures infligées par un Taser.
Est-ce que tous ses décès sont directement liés à la décharge de Taser, cette arme « incapacitante à transfert d’énergie » ? Des études contradictories ont été réalisées à ce sujet. Si les conséquences d’une balle de pistolet sont sûrement plus graves qu’une décharge de Taser, le débat doit se poser. Car le risque est qu’à force de considérer cette arme comme « inoffensive », on finisse par s’en servir à n’importe quelle occasion, alors qu’il existe actuellement un consensus sur l’usage exceptionnel et justifié de cette arme.






