L’homophobie et sa lutte n’ont rien de banal
Titem | 3 juin 2008Le 17 mai dernier, c’était la journée mondiale de la lutte contre l’homophobie. A la différence des années précédentes, je n’en ai pas parlé ce jour-là. Pour dire quoi ? « Aujourd’hui encore, dans notre société et ailleurs, l’homophobie est présente… », réalité aussi banale que tragique ?
Si l’on considère que ce problème est banal, c’est qu’il y a bien un problème, car la violence et la discrimination n’ont absolument rien de banal. Pourtant certains osent affirmer que non, l’homophobie n’existe pas, ou accusent les homosexuels, par leurs légitimes réclamations ou par leurs “pleurnicheries” (comprenez : “le droit à être respecté”), d’être les responsables de l’homophobie. On croit rêver, mais il y en a qui y croient…
L’actualité de ces derniers jours m’a donné des raisons de croire que décidément ça n’avait rien de banal. Il suffit de se pencher plutôt que d’aborder ce sujet avec son cortège de préjugés :
- Quatre homosexuels arrêtés en Iran et menacés d’être pendus.
- Le Président de la Gambie, Yahya Jammeh menace de faire décapiter les homosexuels s’ils ne quittent pas son pays.
On aurait tort de croire, notamment en Iran, que ce ne sont que des mots. Et il y a la violence de l’Etat, mais aussi la violence de la société. Ainsi, plus proche de nous en Europe :
En Lettonie, la Gay Pride a été perturbée par des contre-manifestants.
Même chose en Russie, où la parade a été accueillie par des slogans homophobes comme « Les pédés en enfer ». Maigre consolation, 13 contre-manifestants ont été arrêtés pour avoir passé à tabac un homosexuel : les années précédentes, la police interpellait les homosexuels (!) APRES qu’ils aient suffisamment subi les injures des manifestants d’extrême droite (la photo date d’ailleurs de l’année dernière).
Encore plus proche de nous, mais moins récemment :
- Libération consacrait un article très intéressant mettant en lumière ce dont les trop bien pensants ne parlent jamais, préférant gloser béatement sur le refus de l’altérité, la destruction de la famille et autres mêmes scandaleux raccourcis de ce genre : ces enfants mis à la porte par leurs parents parce qu’ils sont homosexuels. Bah oui c’est bien connu, ce sont les homos qui détruisent la famille ! Dommage : l’article jouait sur le cliché un peu facile de le garçon efféminé toujours soucieux de son apparence.
- Le polémique passionnelle et complètement disproportionné sur la publicité Matelsom, représentant un couple d’hommes allongés, qui a entraîné une levée de boucliers de la part des milieux religieux les plus conservateurs. C’est se voiler la face. J’ignorais qu’une marque d’amour, fût-elle entre deux hommes, puisse déclencher autant de rejet.
J’ai énormément de mal à comprendre les ressorts intellectuels (sic) d’une telle haine, d’une telle bêtise. Tout cela vient du fait que ses personnes sont absolument incapables de se mettre à la place de l’autre, et croient détenir une vérité inattaquable sur un sujet qui ne les concerne même pas.
Un ami québécois se désolait qu’un de ses « amis » français ait rompu les ponts quand il lui apprit qu’il était gay. Avant de se quitter en de mauvais termes, le français lui avait conseillé de jeûner et de rester chaste de tout fantasme homosexuel, et que ainsi il serait « purifié » de ces pensées diaboliques. Deux autres amis me confiaient leur malaise à l’idée que des personnes à qui ils tiennent, parents ou amis, les abandonne lorsqu’elles finiraient par savoir qu’ils préféraient les garçons.
Je tente de les rassurer, après tout, les mentalités évoluent et c’est tant mieux. Mais pour d’autres, le rejet est la seule conséquence de leur ignorance. Et en face, il y a des garçons et des filles qui voudraient comprendre pourquoi. Et ça, ça n’a rien de banal. C’est juste cette ombre d’amertume qu’on lit au fond de leurs yeux.









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