Interdire la fessée aux enfants, c’est aussi pour leur bien
Titem | 20 novembre 2009La députée UMP de Paris, Edwige Antier (interviewée ici dans Elle), par ailleurs pédiatre, a l’intention de déposer une loi interdisant la fessée. Faut-il y voir un lien avec le 20e anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (lire ici le texte intégral) ? Peut-être…
A entendre les réactions de certains internautes ou responsables politiques, une telle proposition de loi serait symptomatique d’une dérive législative et intrusive. Restons raisonnables, il n’est pas question de mettre des caméras dans les maisons pour vérifier que les parents ne lèvent pas la main sur leur enfant. Edwige Antier fait des propositions concrètes et applicables :
Je propose que l’abolition des châtiments corporels soit inscrite dans le code civil, l’article serait lu aux parents lors du mariage : on ne va pas traîner les parents au pénal ! Mais si des parents sont repérés dans leur entourage ou par l’école donnant une fessée, on leur rappellera le code civil et s’ils recommencent, ils devront faire un stage de parentalité, comme en Allemagne.
Une telle proposition a d’ores et déjà été adoptée dans 18 pays européens. Le Conseil de l’Europe (qui n’est pas une institution communautaire, c’est-à-dire relevant de l’Union européenne !) a lancé l’année dernière une campagne de sensibilisation incitant les parents à « lever la main sur la fessée ».
J’ai toujours été choqué par ceux qui défendent les châtiments corporels, fessée comprise. Et pour une raison simple : Frapper un homme, c’est un délit. Frapper un animal, c’est cruel. Aussi je ne vois pas au nom de quoi l’on saurait prétendre que frapper un enfant, “c’est pour son bien” ou « ça ne peut pas faire de mal », comme le dit l’ancienne Première Dame de France, Bernadette Chirac. Je rejette intrinsèquement l’acte de frapper un enfant aussi bien que sa justification fallacieuse. Frapper (gifler, fesser) est un acte violent, dégradant. Au nom de quel “bien” ferait-on exception pour les enfants et se permettrait-on de les frapper, sinon pour rassurer son sentiment d’autorité sur une personne plus fragile, en construction ? Qu’est-ce que la violence éducative ordinaire peut apporter à la construction d’un enfant, dont on atteint l’intégrité physique lorsqu’on lui apprend à ne pas frapper ses camarades, qu’on lui tire l’oreille lorsqu’on lui dit de ne pas tirer sur les couettes des filles, à qui l’on apprend de défendre son intimité et que l’on déculotte devant tout le monde ?
De tels gestes n’apportent strictement rien à l’éducation de l’enfant. Il peut soulager sur le moment le parent désarmé, mais qu’est-ce que l’enfant en retire ? Un souvenir traumatisant et un fort sentiment d’injustice, non pas qu’il ne l’aurait pas « méritée », mais bien parce qu’il ne comprend pas en quoi il a mal agi, puisqu’on n’a pas pris le temps de lui expliquer. Je ne peux m’empêcher de penser, toutes proportions gardées, au dernier film de Michael Haneke, Le ruban blanc, qui traite de façon suggestive de la manière dont les enfants intègrent le comportement et les valeurs de leurs parents. Interdire la fessée, c’est aussi poser les bases d’une famille, donc d’une société pacifiée, basée sur la communication et le respect.
Lire aussi :
Une loi anti-fessée ? Une parole à tenir, sur le blog de Jean-Pierre Rosenczveig


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