Justin Trudeau, le Jean Sarkozy canadien (?)
Titem | 16 octobre 2008
Trudeau. Ce nom ne vous dit peut-être rien, à moins d’être intéressé par l’histoire politique du Canada ou d’avoir atterri à l’aéroport international de Montréal, Pierre-Elliott-Trudeau. Ce dernier fut Premier Ministre du Canada pendant près de 15 ans : de 1968 à 1979 et de 1980 à 1984. Dynamique , flamboyant, intellectuel, un brin provocateur, il reste dans les mémoires des Canadiens comme l’un des plus grands Premier Ministre du Canada. Détesté par les uns, adulé par les autres (on a parlé à son sujet de Trudeaumania), il ne laisse pas indifférent.
Les élections générales ont eu lieu le 14 octobre au Canada, suite à la dissolution du Parlement décidée par la gouverneure générale Michaëlle Jean, sur avis du Premier Ministre conservateur Stephen Harper (voir mon précédent article avec un paragraphe sur les institutions du Canada).
Après des sondages contradictoires, c’est finalement le parti conservateur qui conserve le pouvoir. Mais s’il gagne seize sièges, sa majorité reste toujours relative. La plupart des sièges ont été gagnés sur les Libéraux, qui perdent dix-neuf sièges. Mais s’il est bien une victoire que les Libéraux n’ont pas manqué de célébrer, c’est celle de Justin Trudeau, fils de Pierre Elliott qui, à 37 ans, fait son entrée au Parlement Canadien. Il a remporté une victoire remarquée (41,5 %) dans la circonscription de Papineau (qui couvre l’arrondissement de Villeray Saint-Michel Parc-Extension), certes historiquement libérale, face à la députée sortante du Bloc Québécois, Vivian Barbot (38,6 %) qui avait mis fin à l’hégémonie libérale sur ce territoire en battant le ministre Pierre Pettigrew.
Lors de mon séjour au Canada, j’avais rencontré Vivian Barbot, je l’avais même interviewée. Je suis désolé d’avoir appris sa défaite, elle qui m’était apparue une femme véritablement dévouée au mieux-être des personnes qu’elle représentait, dans cette circonscription multiéthnique (39 % des électeurs de Papineau seraient des immigrants, d’après cet article) plutôt défavorisée (le taux de chômage s’y élève à 13,3 %, contre 7,4 % en moyenne dans le pays)… mais dynamique.
Mais j’avais aussi eu l’occasion de rencontrer Justin Trudeau. Grand, sourire à la Jean Lecanuet (ou JFK), des yeux brillants… Un charisme indéniable (bon, là c’est une photo libre de droits de Wikipedia, un peu d’indulgence…) Une proximité à l’égard des électeurs – même si c’est une qualité incontournable en politique !
Mais journalistes comme hommes politiques, aucun ne manque de rappeler l’illustre ascendance du jeune élu. “Sur les traces de son père” écrivait même Gabrielle Duchaine, du Journal de Montréal. Pour l’attaquer sur son soutien au bilinguisme et au fédéralisme notamment, comme le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, qui avait appelé à la fierté nationale des Québécois afin de défaire le fils du fédéraliste Pierre Elliott Trudeau. Le même Duceppe accusait Justin Trudeau de constituer une “menace pour l’avenir de la nation québécoise et la langue française”, de vouloir ramener le Québec “40 ans en arrière” et de souhaiter “refaire les batailles de son père”. En somme, on évoque le fantôme du père – Pierre Eliott Trudeau est décédé en 2000 – pour mieux s’en prendre au fils.
Ce dernier, bien qu’il ait déjà avoué sentir la présence de son père tous les jours, le candidat libéral s’est toujours défendu d’en être l’émule. Car d’autres rappellent que si le père fut élu de la riche circonscription de Mont-Royal, le fils , plus de 40 ans plus tard, a choisi celle plus modeste de Papineau, alors même qu’on l’attendait dans Outremont, circonscription plus prospère. En comparaison, Jean Sarkozy est élu du canton de Neuilly-sur-Seine-Sud, son père était encore il y a peu maire de Neuilly-sur-Seine, député, et conseiller général du canton au Nord ! Le terrain était donc encore frais pour le fils Sarkozy.
Il est certain que si porter un nom célèbre donne un argument contre vous à vos adversaires, il peut être également un atout auprès des électeurs. C’était déjà le cas lors de l’élection présidentielle de 1848 qui vit la victoire de Napoléon III, neveu de l’empereur ! Et ce même quand son illustre parent est décédé ! Ce qui n’est pas le cas de Jean Sarkozy, qui doit en plus supporter les critiques de ceux qui voient son insertion politique comme le fait du prince père.
Certains au Canada voient déjà Justin Trudeau comme le futur Premier Ministre de son pays, d’ici 10, 20 ans peut-être. D’ici là, Jean Sarkozy, plus jeune, trouvera peut-être en Justin Trudeau l’exemple de tout ce qu’il devra supporter s’il doit prétendre à de plus hautes responsabilités. Et de leur souhaiter une meilleure réussite politique qu’un autre fils de… J’ai nommé W…
N.B. : Les commentaires de nos amis Canadiens ou expatriés à ce sujet sont éminemment les bienvenus !


















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