Chronique européenne 4 : le plan d’aide européen à Chypre
Titem | 20 mars 2013Pour ma quatrième chronique à Canal M, la radio de Vues et Voix, il a été question d’un sujet d’actualité encore brûlant : le plan d’aide européen à Chypre (à écouter ici). Un thème européen qui m’intéresse d’autant plus que j’ai vécu quatre mois à Chypre, plus particulièrement à Egkomi, en banlieue de Nicosie, la dernière capitale divisée d’Europe. C’était au printemps 2008, juste après l’élection à la présidence du néo-communiste Dimitris Christofias, dont on espérait qu’il trouverait enfin une solution à la partition de l’île. Las, nous sommes en 2013, nombreux sont encore les points de désaccord. Et pour l’élection qui a vu la victoire du candidat de la droite Nicos Anastasiades, le principal sujet était, pour une fois, la crise économique et financière.
Je ne reviens pas sur les détails du plan d’aide qui avait été conclu samedi entre les autorités européennes (chefs d’État européen et BCE) ainsi que le FMI. Tout juste me bornerais-je à considérer qu’il ne m’apparaît pas absurde de demander à ceux qui ont profité de la générosité du système bancaire chypriote de contribuer à sa sauvegarde. Cela vaut mieux, surtout s’il avait été clair dès le départ que les petits épargnants seraient épargnés. Pour pasticher Winston Churchill à propos de la démocratie, c’est sans doute la pire des solutions à l’exception de tous les autres. Opter pour une solution « à la grecque », avec l’octroi d’aides substantielles qui oblige le pays, incapable de rembourser, à imposer une cure d’austérité qui mine l’économie du pays comme le niveau de vie des citoyens, paraît exclu. Il faut tout de même garder à l’esprit que le risque que cela constitue un précédent inquiétant n’est pas nul, mais que le cas de Chypre et son secteur bancaire huit fois supérieur à son PIB dont sans doute la moitié provenant de la Russie, demeure particulier. Même le Cyprus Mail semble douter de « l’héroïsme » des députés chypriotes.
Lors de ma chronique, j’ai évoqué le fait que Chypre s’est tourné vers la Russie, l’un de ses principaux partenaires économiques et qu’une aide financière pourrait être conclue en échange de l’exploitation des gisements pétrogaziers au large de Chypre… Même si la Turquie, qui contrôle le tiers nord de l’île, ne manquera pas de mettre en avant ses revendications. Un correspondant du Wall Street Journal à Moscou évoque cette autre hypothèse intéressante : la Russie lorgnerait plutôt sur les infrastructures des télécoms (relativement développées) et énergétiques (en grand besoin de modernisation).
Comme les autorités européennes l’ont rappelé, la balle est dans le camp de la République de Chypre, qui avait demandé cette aide de 17 milliards d’euros, soit le montant de son PIB. Ce qui me désolé, c’est qu’une nouvelle fois, par leur impéritie, volontaire ou non, ou leur double langage, des chefs d’États européens, on a manqué précipiter l’Europe dans une nouvelle crise. Nicos Anastasiades n’est Président que depuis un mois, mais il n’a pas tardé à agir comme d’autres l’ont fait avant lui. Ainsi, accompagné de son ministre des finances, Michael Sarris et après avoir assuré leurs homologues qu’ils désiraient que tous les détenteurs d’un compte à Chypre s’acquittent de la taxe, ceci afin de ne pas heurter et discriminer les clients étrangers (russes au premier chef), il est revenu dans son pays en soulignant leurs efforts pour modérer les conséquences du « chantage » qui leur a été imposé.
Encore une fois, l’Europe est une coupable toute désignée pour des chefs d’État incapables d’assumer chez eux des décisions qu’ils ont prises dans un autre cadre institutionnel. Et cela, à l’heure où il est beaucoup question de démocratie et de légitimité en Europe dans cette période de crise économique et de défiance citoyenne, c’est bel et bien la pire des positions qui pouvait être tenue.














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