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Le blog de Titem… à Paris : Europe, Environnement, Société, Culture et Voyages
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15e Fête de l’Europe : Robert Schuman plutôt que Philippe Séguin

Titem | 9 mai 2010

Aujourd’hui, nous fêtons la 15e Fête de l’Europe. Mais cette année, cette journée résonne de manière particulière, non seulement compte tenu de l’actualité qui oblige à plus de solidarité et de cohésion dans l’Union européenne mais également pour cette raison : nous fêterons également le 60e anniversaire de la Déclaration Schuman.

L’un de mes amis publiait à cette occasion un extrait d’un discours de Philippe Séguin, prononcé le 5 mai 1992, soit quelques mois avant le référendum sur le Traité de Maastricht. Est-il utile de préciser que je ne suis pas du tout d’accord avec les observations qu’il émet, cette homme politique certes nationaliste mais intègre, qui n’a jamais perdu une occasion de taper sur l’Europe.

«Soyons lucides, il n’y a aucune place pour des nations vraiment libres dans un Etat fédéral. Il n’y a jamais eu de place pour des nations réellement distinctes dans aucun Etat fédéral. Libre à certains de caresser l’illusion qu’il s’agit de créer une nation des nations : c’est là une contradiction dans les termes et rien de plus. Convenons plutôt qu’il y a quelque ironie à proposer à nos vieilles nations le fédéralisme comme idéal, au moment même où toutes les fédérations de nationalités sont en train de déboucher sur l’échec [...]

Nous pourrions construire une Europe plus réaliste, une Europe rendue à sa dimension véritable, une Europe plus démocratique, une Europe plus sûre et, je n’en doute pas, une Europe plus prospère. Convenons d’appeler ce nouveau système de relations la Confédération européenne puisque les nations y resteront souveraines, tout en gérant ensemble et d’un commun accord leurs interdépendances chaque fois qu’elles le jugeront utile ou nécessaire.»

Plusieurs remarques sur ce discours :

  • Soyons lucides, oui… Un Etat est-il plus libre s’il est seul et qu’un environnement qui le dépasse s’impose à lui (la mondialisation par exemple), ou si, alliés à d’autres Etats, tous ensemble ils parviennent à prendre des décisions et ainsi, être plus forts pour agir sur l’environnement ? Il est illusoire de croire qu’un Etat seul a la maîtrise de son entière politique, la crise financière est là pour nous le rappeler. A ce sujet, que dire de cette Europe des nations que chérissait Philippe Seguin, où des gouvernements sont incapables de s’accorder sur une régulation des marchés financiers ? Et oui, il est difficile de s’accorder à 27 plutôt que seul (de toute manière pour ce que la France a fait pour réguler les marchés).

  • On ne peut pas dire que les Etats fédéraux échouent ou ont échoué (Brésil, USA, Canada, Russie, Allemagne…). Mais les fédéralismes de nationalité ? Chypre et la Belgique, sur ce point je lui donne raison, mais inversement, on pourrait dire que c’est le signe que ce sont bien l’exacerbation des nationalismes (et la force de l’extrême-droite en Belgique nous le montre) qui est fratricide. L’Autriche-Hongrie a échoué, pourtant elle était bien un avatar de cette Europe des Nations, celle du Congrès de Vienne de 1815. La Tchécoslovaquie a été divisée à l’initiative de… Vaclav Klaus, actuel Président de la République Tchèque et partisan de cette Europe des Nations. Aujourd’hui, les Etats qui appartenaient à une fédération de nationalité sont entrées ou aspirent à adhérer à l’Union européenne. Et même dans les Etats plus centralisateurs, il y a des tentations fédéralistes, ou tout du moins des appels à décentraliser et déconcentrer l’État : c’est le cas de nombre de pays européens. Le partage des pouvoirs entre les différentes unités de pouvoir (soit la gouvernance multi-niveau) se négocie jour après jour. En tout état de cause, le fédéralisme européen, s’il doit exister un jour, ne se fera pas sans l’approbation des peuples qui le composent.

  • Ah, la question de l’Europe des Nations et de l’Europe démocratique… Je le dis tout net : c’est une parfaite escroquerie intellectuelle. L’Europe des Nations est antinomique d’une Europe fédérale démocratique, car dans l’Europe des nations, jamais Philippe Seguin n’aurait accepté que des Polonais, des Espagnols etc. puissent voter des décisions qui dussent s’imposer à la France ! Les thuriféraires de cette soi-disant Europe des Nations démocratique accepteraient-ils que les citoyens européens puissent directement voter pour le Président du Conseil de l’Union européenne ou de la Commission européenne ? Bien sûr que non, la légitimité qu’ils retireraient de ce vote viendraient faire de l’ombre aux représentants nationaux ! L’unique Europe démocratique, c’est l’Europe des élections européennes et du Parlement Européen, de la Commission Européenne qui procède du vote des électeurs comme dans toute nation démocratique, et non du choix des Chefs d’État nationaux (comme ce fut pourtant encore le cas !). L’Europe des nations, c’est l’Europe diplocratique, mais certainement pas l’Europe démocratique. J’ajoute enfin que le milliardaire irlandais Declan Ganley, partisan de cette Europe des Nations, artisan de la victoire du non irlandais au 1er référendum sur le Traité de Lisbonne, a échoué aux élections européennes. De son parti Libertas, seul demeure Philippe de Villiers, réélu grâce aux voix des Vendéens. Les citoyens européens ont fait un sort à cette illusoire Europe des nations qui est encore trop souvent le mode de fonctionnement de l’actuelle Union Européenne.

Aussi, cette fête de l’Europe, je préfère la Declaration Schuman, et mesurer le chemin parcouru vers la paix et la prospérité d’une Europe réunifiée, de Lisbonne à Vilnius et de Dublin à Nicosie. Car “l’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait”.

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L’initiative citoyenne européenne, un outil au service d’un espace public européen ?

Titem | 25 mars 2010

La nouvelle Commission européenne avait convié le 22 février 2010 les parties prenantes au « Livre vert sur une initiative citoyenne européenne », visant à réfléchir sur la mise en œuvre de l’initiative citoyenne européenne (ICE). J’ai eu le plaisir de m’y rendre au nom du Mouvement Européen Ille-et-Vilaine et des Jeunes Européens Rennes suite à la contribution envoyée à partir de nos discussions lors du Message à l’Europe du 27 janvier dernier.

Remarque : On dit souvent de la Commission européenne qu’elle est lointaine, qu’elle agit de façon obscure et qu’elle est aux mains des lobbies les plus divers. En réalité, je connais très peu d’organisations ou d’Etats qui soient aussi transparents que l’Union européenne, qui publie presque toutes les contributions extérieures et documents de travail. Depuis 2001 et le Livre Blanc sur la gouvernance européenne de 2001, cet impératif de transparence est un pilier de la pratique politique des institutions européennes.

Cet outil juridique permis par l’entrée en vigueur avec le Traité de Lisbonne est un outil de démocratie participative déjà utilisé dans certains des États-membres de l’Union européenne comme l’Italie, le Portugal ou la Hongrie. Il permet à 1 million de citoyens signataires d’un même texte d’inviter la Commission à se pencher sur le sujet de l’initiative.

Introduite par le nouveau Vice-président en charge des relations inter-institutionnelles et de l’Administration, Maroš Šefčovič, l’eurodéputé Gerald Häfner (Verts/ALE), rapporteur de l’ICE au Parlement ainsi que le secrétaire d’État espagnol aux affaires européennes, Diego López Garrido, cette audition fut l’occasion pour chaque acteur de présenter le tournant démocratique que représente l’ICE et la manière dont elle doit être mise en œuvre pour être pleinement efficace.

Plusieurs représentants des États-membres, ainsi que des promoteurs d’initiatives au niveau national, comme Daniel Schily, du mouvement Mehr Demokratie en Nord-Rhein-Westphalie ont présenté le déroulement des initiatives dans leur pays. Douche froide dans l’assemblée : dans chaque pays, on compte sur une main les initiatives parvenues à leur terme sur plusieurs dizaines de projets.

L’après-midi était consacré aux contributions des différentes parties prenantes au Livre vert. Un certain nombre de propositions des différentes associations européennes – europhiles, citoyennes, d’expatriés etc. – rejoignaient notre propre Message à l’Europe. En particulier, il a été reproché à la Commission européenne et au Conseil européen de s’être déjà accordés sur un certain nombre de points sur lesquels les citoyens souhaitaient débattre. Si à la fin de la journée, la Commission, représentée par le Directeur du Secrétariat Général de la Commission Européenne, Jens Nymand-Christensen, a semblé sensible aux arguments en faveur de l’utilisation d’Internet pour promouvoir les ICE, option écartée lors des premières discussions interinstitutionnelles, il a répondu sans grande conviction que la question de l’âge minimum pour participer (16 ans au lieu de 18 ans proposée par la Commission) serait étudiée.

Si plusieurs participants ont exprimé leur inquiétude vis-à-vis de la frilosité de la Commission européenne, cette dernière a tenu à rassurer sur l’effectivité de l’ICE. Car même si elle perd ainsi une petite partie de son rôle de législateur, l’Union gagnerait sans doute beaucoup à favoriser l’émergence de débats politiques transeuropéens. De ce point de vue, l’Espagne a fait savoir qu’elle tenait à ce que le règlement de mise en œuvre de l’initiative citoyenne européenne soit conclu sous sa Présidence. Affaire à suivre dans les semaines à venir.

A voir également : des reportages de EuroParlTV au sujet de l’initiative citoyenne européenne :

  • Une explication sur le fonctionnement de l’initiative citoyenne européenne.
  • L’interview de Daniel Schily par EuroparlTV
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Message à l’Europe sur la mise en oeuvre de l’initiative citoyenne

Titem | 26 janvier 2010

Le Mouvement européen Ille-et-Vilaine et les Jeunes européens de Rennes (au nom desquels j’interviendrai) organisent le mercredi 27 janvier 2010, 18h30, à la Maison Internationale de Rennes un “message à l’Europe”. Le format de ce message sera un peu particulier, puisqu’il s’agit cette fois de répondre au Livre vert de la Commission Européenne sur la mise en oeuvre de l’initiative citoyenne européenne : grâce à laquelle 1 million de citoyens pourront interpeller la Commission européenne sur un sujet (lire aussi l’article de PressEurop, 1 million de citoyens pour faire la loi à ce sujet).

Le livre vert vise à consulter la société civile et les autorités publiques : c’est un pas vers une démocratie supranationale, directe et la formation d’un espace public européen. L’ensemble des citoyens de la métropole rennaise intéressés par ce projet, qu’ils souhaitent comprendre en quoi cela consiste ou qu’ils aient un avis à émettre pour rendre ce droit effectif, sont invités.

L’article 11 §4 du Traité ur l’Union européenne dispose en effet que :

“Des citoyens de l’Union, au nombre d’un million au moins, ressortissants d’un nombre significatif d’États membres, peuvent prendre l’initiative d’inviter la Commission européenne, dans le cadre de ses attributions, à soumettre une proposition appropriée sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent qu’un acte juridique de l’Union est nécessaire aux fins de l’application des traités.”

Comment faire en sorte que cet outil au service des citoyens soit efficace ? La réponse que nous établirons sera envoyée à la Commission européenne.

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Les faux-semblants d’un député eurosceptique britannique, Nigel Farage

Titem | 7 décembre 2009

Cette vidéo a été diffusée sur le site Internet de Marianne sous le titre “Ca se passe comme ça à Strasbourg !“. Car – eh oui ! – pour ceux qui ne le sauraient pas, tous les courants sont représentés au sein du Parlement européen, des partis marxistes aux partis xénophobes ; même les europhobes peuvent s’exprimer au Parlement européen, bien que leurs interventions soient peu nombreuses et peu productives, comme m’en ont fait part des personnes qui ont eu l’occasion de travailler au sein de la seule assemblée transnationale élue au suffrage universel direct !


Farrage réprimandé pour ses critiques au Parlement européen
envoyé par x-denki. – Regardez les dernières vidéos d’actu.

Voici donc Nigel Farage, député UKIP britannique, qui siège au sein du groupe ELD (Europe Libertés  Démocratie, auquel appartient Philippe de Villiers, qui a déjà la palme du député le moins actif au sein du Parlement européen). Suite à l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne, il fustige les nominations de Herman Von Rompuy et Catherine Ashton, tourne en ridicule leur manque total de charisme. C’est curieusement envers sa consœur qu’il est le plus critique, dénonçant en particulier son manque d’expérience, son opportunisme en politique (il l’accuse d’avoir fait un bon mariage) mais plus encore d’avoir été trésorière d’une association contre le nucléaire, financée par le parti communiste soviétique.

Comment ne pas être d’accord avec lui lorsqu’il dit que les leaders ont souffert d’un manque de courage collectif en nommant des « pygmées politiques » ? Mais venant de cet homme qui milite pour que son pays se retire de l’Union européenne afin que les sujets de sa gracieuse Majesté retrouvent leur pleine souveraineté, cette remarque ne manque pas de piquant ! Cela n’a pourtant pas frappé les internautes de Marianne qui, ces derniers temps, laisse la part belle aux eurosceptiques.

Mettez-vous à la place d’un eurosceptique britannique. Que souhaitez-vous ? Que l’Europe soit dirigée par un homme compétent, plein de charisme, susceptible de relancer l’intégration européenne ? Qu’un diplomate habile et expérimenté, soit en mesure de représenter l’Union européenne sur la scène internationale et de la faire parler d’une seule voix sur les sujets les plus brûlants (nucléaire iranien, conflit israélo-palestinien…) et ainsi d’aligner les diplomaties nationales européennes ? Que les députés du Parlement européen, élus sur des listes transnationales, avec à leur tête le candidat au poste de Président de la Commission européenne, investissent cette dernière et décide, par exemple, de mener une politique sociale, de réguler les marchés financiers, donc la City ? Bien sûr que non !

Le Royaume-Uni a insisté lors de la négociation du Traité de Lisbonne pour réduire les attributions du Ministre des Affaires Etrangères de l’Union, jusqu’à en changer le nom pour le rendre moins clair. Et le pays obtient le poste, occasion supplémentaire de neutraliser ce poste très important pour la légitimité et le renforcement de la visibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Le Royaume-Uni agit comme les autres Etats-membres afin que le pouvoir, en Europe, demeure dans leurs mains, au sein du Conseil européen (l’Europe diplocratique), et non dans les mains du citoyen européen (l’Europe démocratique).

Alors de quoi se plaint-il ? En fait, c’est déjà trop pour Nigel Farage. Il sait sans doute que le Traité de Lisbonne s’appliquera progressivement, lui qui jette les jalons d’une Europe démocratique qu’il refuse en réalité au fond de lui-même. Que la France et les citoyens d’Europe de l’est nous imposent des directives européennes, jamais ! Qu’un pays puisse, de son seul chef, bloquer toute avancée souhaitée par l’ensemble des autres Etats-membres, ne le choquerait que si ce pays était le Royaume-Uni. Ce n’est pas de la démocratie, c’est de la diplocratie ! Alors, est-il prêt à aller jusqu’au bout de son opinion et demander un référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne ? Et qu’en penseront les Ecossais, bénéficiaires de la PAC et du Fonds européen pour la Pêche ?

Ailleurs sur la toile :

M. les Anglais, tirez-vous les premiers, sur le blog de Fabien Cazenave.

Why it’s hard to take eurosceptics seriously ? sur Nosemonkey’s EUtopia

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Le bilan des parcours commentés sur la rue Jarry

Titem | 22 novembre 2007

Ce qu’il y a de plaisant dans le métier de journaliste, c’est la possibilité de suivre le parcours des personnes que l’on a interviewé, le développement des projets dont on a parlé. Spectateur, mais actif : on participe, on communique, on informe… D’une manière ou d’une autre, on joue un rôle auprès d’une personne ou au sein d’un projet, témoins de l’évolution du quotidien des personnes.

C’est un peu dans cet état d’esprit plutôt enjoué que j’abordais mon premier reportage pour cette édition du mois de décembre. A la fin du parcours citoyen sur la rue Jarry dans le quartier Saint-Michel, rendez-vous était donné aux particpants à la fin du mois de novembre pour la présentation du bilan. Finalement, cela aurait lieu le 21 novembre dans unesalle de la TOHU, la Cité des Arts du Cirque.

40 minutes de transport en commun depuis mon appartement pour me rendre là-bas. Mais au moins, j’arrive à l’avance et je suis au chaud : dehors, il neige de gros flocons.

Tohu neige nuit - Titem

J’y retrouve Nina Faucheux, en charge de cette enquête sur la revitalisation de la rue Jarry, l’une des plus importantes artères du quartier Saint-Michel. C’est la dernière étape de son projet : dans quelques jours, elle retournera en France. J’y retrouve aussi Renée-Claude Bergeron, du Carrefour Populaire Saint-Michel, et quelques uns des citoyens qu’elle avait mobilisé pour cette marche.

On nous dévoile une présentation Power Point et un petit montage vidéo. Je n’apprends pas grand chose de neuf. Dans le résultat de son enquête qualitative, Nina reprend les principaux éléments que j’ai déjà pu évoquer dans mon précédent article. Elle nous explique que ne parvenant pas à convenir d’une date avec les commerçants, elle leur a envoyé un questionnaire.

Améliorer la rue Jarry passe par l’enfouissement des fils électriques, l’installation de poubelles, un nouveau réglage des feux tricolores, la construction de logements sociaux et de commerces de proximité. L’enjeu : faire de la rue Jarry non plus seulement un lieu où l’on passe, mais un lieu où l’on pourrait flâner, où l’on peut vivre ! Nina Faucheux voulait tenir compte de la perception des citoyens, les convaincre du nécessaire échelonnage des actions dans le temps, mais les invite à poursuivre des actions concertés.

Bilan Parcours Citoyens - Titem

Les citoyens sont satisfaits. Et quand ils voient le montage photo de leur rue sans les fils électriques, ils poussent des « oh » de surprise, et demandent à ce que l’on laisse cette image ! Cela leur tient vraiment à cœur. Et pourtant, malgré le buffet qui leur est servi, certains n’ont pas le cœur à la fête. Tous sont satisfaits d’avoir été entendus, mais ils doutent de voir un jour leur environnement changer. “J’espère au moins que mes petits-enfants pourront en profiter…”. Vivront-ils seulement dans ce quartier ou s’installeront-ils ailleurs, pour trouver “mieux” si rien n’est fait ?

On me parle des usines qui crachaient tant de fumées que les gens, les voitures, les appuis de fenêtres étaient recouverts d’une fine pellicule de cendre qu’il fallait sans cesse epousseter. Et les fils, quand est-ce qu’on les enfouiera ? “Peut-être en 2009″.

Je demande à un acteur de Vivre Saint-Michel en Santé, “mouvement de concertation intersectorielle et multiréseaux” du quartier, de me donner son sentiment. Il promet d’utiliser cet outil qui permet aux gens d’avancer, tout en reconnaissant que toutes les propositions ne pourront être intégralement reprises. Pourtant les choses avancent : regardez le CLSC, ou la construction de logements à l’intersection de la 2ème avenue ! Mais il se satisfait que les citoyens et des organismes comme le CLSC ou le Cirque du Soleil maintiennent la pression.

A Saint-Michel comme ailleurs, c’est finalement l’éternel combat en démocratie des citoyens et des associations de relais pour se faire entendre auprès des décideurs politiques et institutionnels.

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De la démocratie à l’université

Titem | 15 novembre 2007

Les manifestations étudiantes contre le projet Pécresse de réforme des universités, voté au Parlement, et les blocages des universités, me font inévitablement penser à un autre conflit social que j’ai pu voir de près : celui contre le Contrat Première Embauche, le bien nommé C.P.E.

Abrogation loi d’autonomie - Libération.fr

Retour sur mon expérience d’étudiant “bloqué” lors du CPE

J’étais absolument opposé au blocage de l’IEP de Rennes, pour tout un ensemble de raisons. D’abord parce que le redoublement étant interdit en première année, je craignais pour la suite de mes études. Puis ce blocage me paraissait être le fait d’une minorité fortement politisée et idéaliste, les autres étudiants votant le blocage n’allant pas jusqu’au bout de leur démarche et restant chez eux pour étudier, battant le pavé à l’occasion. Un mouvement qui n’avait par ailleurs aucun relais dans les médias : qu’elle ne fut pas ma suprise de voir dans un article du Monde consacré aux IEP en grève aucune mention de Rennes, l’un des premiers à être bloqué !

J’estimais sur le fond que le C.P.E n’était pas utile, qu’il n’amènerait guère de changements, et ne valait donc pas le coup que l’on mobilise en sa faveur ou en sa défaveur. Tout le reste n’était qu’idéologie.

Enfin, j’estimais que l’assemblée générale auto-créée n’avait reçue aucun mandat pour décider si oui ou non elle pouvait bloquer les cours de l’ensemble des élèves, notamment les étudiants étrangers qui n’étaient en rien concernés par ce conflit franco-français. Avec recul, je dirais que cette AG pouvait bien décider. D’autant qu’à l’IEP de Rennes, c’était près de la moitié de la promotion qui prenait part à un vote à bulletin secret.

Le blocage dans les autres universités aujourd’hui

Anti-Blocage - Titem

Il n’en va pas de même dans toutes les universités. J’ai été proprement abasourdi de lire qu’en une soirée, un groupuscule de quelques 600 étudiants contre 100 avait voté le blocage de l’université de Paris X-Nanterre qui compte… 36.000 étudiants ! A peine 2% des effectifs ! Et on appelle ça de la démocratie ? C’est un coup de force !

Il y a ceux qui disent que 53% des Français ont voté pour Nicolas Sarkozy, afin qu’il mette en place ses réformes, et que toutes les grèves actuelles sont le fait d’une minorité de l’opinion. Ce que les sondages tendent d’ailleurs à confirmer, même si le but de ces grèves est aussi de mettre l’opinion publique de son côté. Il y a ceux qui disent qu’une élection n’empêche nullement de contester telle ou telle réforme, dans la rue si besoin. C’est exact, mais à condition d’y mettre les formes.

Dans les universités, on vous dira que si vous êtes contre le blocage, vous pouvez toujours prendre part aux AG et voter. Mais quitte à voir son université bloquée parce que le bureau de l’AG, composé de bloqueurs, verra grosso modo qu’à mains levées il a toujours raison, ou qu’une autre minorité de bloqueurs refusera le vote anti-blocage et bloquera quand même la tenue des cours le lendemain, autant rester chez soi à travailler, et ne pas subir près de 2 heures de propagande gauchisante, ou d’écouter les rêves idéologiques d’étudiants prêts à la révolution. Et je caricature à peine.

La palme de l’idiotie revenant à cet étudiant interviewé par France 2, qui refusait le vote à bulletins secrets organisé à Rennes 2 (et qui a donné raison aux opposants au blocage à 62%) sous le prétexte fallacieux que ses camarades ne pouvaient pas voter puisqu’ils ne participaient pas aux AG et ne pouvaient être informés des enjeux du débat ! En voilà une drôle de conception ! On ne peut pas voter si l’on n’est pas informé de votre propagande ? Que dirait-on si l’on retirait à certains citoyens leur droit de vote parce qu’ils n’auront pas lu les professions de foi des différents candidats, ou regardé les débats télévisés ? Ainsi, on ne pourrait pas avoir d’idées a priori ?

Sur le fond du problème, je vois un simple constat : la faiblesse des moyens accordés aux universités en France, comparés aux autres pays développés, et comparés même aux lycées ! À quand des campus dignes de ce nom, vastes, et où l’on disposerait de multiples installations sportives et culturelles ? Cela pourrait même permettre de régler le conflit de la précarité étudiante si l’on y construit davantage de logements ! À quand des masters véritablement professionnalisants, des entreprises proches de nous, étudiants ? Il est donc bien nécessaire d’une part de trouver des fonds, d’autre part de resserrer les liens université/entreprise.

Pour finir sur l’apprentissage de la démocratie à l’université, j’apprends que sur ma promotion de quelques 170 élèves partis à l’étranger, seuls 6 ont voté par procuration aux élections des représentants étudiants au conseil d’administration de l’IEP de Rennes. En mettant de côté ceux qui ont des difficultés pour trouver une connexion, il faut croire que certains trouvent plus valorisant de palabrer devant une assemblée avant de voter plutôt que de faire ce simple effort de donner procuration pour une élection qui nous concerne beaucoup plus directement.

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