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Le blog de Titem, entre Europe et Canada.
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Chronique européenne 4 : le plan d’aide européen à Chypre

Titem | 20 mars 2013

Pour ma quatrième chronique à Canal M, la radio de Vues et Voix, il a été question d’un sujet d’actualité encore brûlant : le plan d’aide européen à Chypre (à écouter ici). Un thème européen qui m’intéresse d’autant plus que j’ai vécu quatre mois à Chypre, plus particulièrement à Egkomi, en banlieue de Nicosie, la dernière capitale divisée d’Europe. C’était au printemps 2008, juste après l’élection à la présidence du néo-communiste Dimitris Christofias, dont on espérait qu’il trouverait enfin une solution à la partition de l’île. Las, nous sommes en 2013, nombreux sont encore les points de désaccord. Et pour l’élection qui a vu la victoire du candidat de la droite Nicos Anastasiades, le principal sujet était, pour une fois, la crise économique et financière.

Statue de Makarios III à Nicosie

Statue de Makarios III à Nicosie – Titem

Je ne reviens pas sur les détails du plan d’aide qui avait été conclu samedi entre les autorités européennes (chefs d’État européen et BCE) ainsi que le FMI. Tout juste me bornerais-je à considérer qu’il ne m’apparaît pas absurde de demander à ceux qui ont profité de la générosité du système bancaire chypriote de contribuer à sa sauvegarde. Cela vaut mieux, surtout s’il avait été clair dès le départ que les petits épargnants seraient épargnés. Pour pasticher Winston Churchill à propos de la démocratie, c’est sans doute la pire des solutions à l’exception de tous les autres. Opter pour une solution « à la grecque », avec l’octroi d’aides substantielles qui oblige le pays, incapable de rembourser, à imposer une cure d’austérité qui mine l’économie du pays comme le niveau de vie des citoyens, paraît exclu. Il faut tout de même garder à l’esprit que le risque que cela constitue un précédent inquiétant n’est pas nul, mais que le cas de Chypre et son secteur bancaire huit fois supérieur à son PIB dont sans doute la moitié provenant de la Russie, demeure particulier. Même le Cyprus Mail semble douter de « l’héroïsme » des députés chypriotes.

Lors de ma chronique, j’ai évoqué le fait que Chypre s’est tourné vers la Russie, l’un de ses principaux partenaires économiques et qu’une aide financière pourrait être conclue en échange de l’exploitation des gisements pétrogaziers au large de Chypre… Même si la Turquie, qui contrôle le tiers nord de l’île, ne manquera pas de mettre en avant ses revendications. Un correspondant du Wall Street Journal à Moscou évoque cette autre hypothèse intéressante : la Russie lorgnerait plutôt sur les infrastructures des télécoms (relativement développées) et énergétiques (en grand besoin de modernisation).

Comme les autorités européennes l’ont rappelé, la balle est dans le camp de la République de Chypre, qui avait demandé cette aide de 17 milliards d’euros, soit le montant de son PIB. Ce qui me désolé, c’est qu’une nouvelle fois, par leur impéritie, volontaire ou non, ou leur double langage, des chefs d’États européens, on a manqué précipiter l’Europe dans une nouvelle crise. Nicos Anastasiades n’est Président que depuis un mois, mais il n’a pas tardé à agir comme d’autres l’ont fait avant lui. Ainsi, accompagné de son ministre des finances, Michael Sarris et après avoir assuré leurs homologues qu’ils désiraient que tous les détenteurs d’un compte à Chypre s’acquittent de la taxe, ceci afin de ne pas heurter et discriminer les clients étrangers (russes au premier chef), il est revenu dans son pays en soulignant leurs efforts pour modérer les conséquences du « chantage » qui leur a été imposé.

Encore une fois, l’Europe est une coupable toute désignée pour des chefs d’État incapables d’assumer chez eux des décisions qu’ils ont prises dans un autre cadre institutionnel. Et cela, à l’heure où il est beaucoup question de démocratie et de légitimité en Europe dans cette période de crise économique et de défiance citoyenne, c’est bel et bien la pire des positions qui pouvait être tenue.

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Sauvez l’Europe… des eurosceptiques !

Titem | 27 juillet 2011

Jean Quatremer, le correspondant de Libération à Bruxelles, a écrit un lumineux billet sur la méthode communautaire (dite également « fédéralisme »), qui vient mettre à bas bien des malentendus sur ce sujet. Non, il ne s’agit pas de constituer un « super-État », un « empire », mais de faire en sorte que les institutions européennes puissent exercer leurs compétences, propres ou partagées, indépendamment des Etats, à la majorité et non à l’unanimité, source de blocage.

C’est davantage de responsabilité (j’en parlais précédemment), laquelle va de pair avec la démocratie, qui permettra de sortir de la crise par le haut, et non le repli vers des solutions nationales, quoiqu’en disent les eurosceptiques. Cela sera difficile, mais cela doit permettre d’être plus réactif et d’échapper aux aléas électoraux des chefs d’Etats.

Sur quelle planète vit Nigel Farage ?

Source : Euro Realist Newsletter

Comme par exemple Nigel Farage, connu pour ses coups de gueule au Parlement européen et dont j’ai déjà évoqué la malhonnêteté intellectuelle dans un autre billet. Lui qui en effet critique le manque de démocratie dans l’Union a pourtant bien été démocratiquement élu au suffrage universel et ne manque pas de s’exprimer… En réalité il ne souhaite pas que l’exécutif européen soit démocratiquement élu par les électeurs européens, comme je vous le montrerai un peu plus bas.

Que dit-il ? L’Europe de bureaucrates est en crise, virons le Parlement européen et la Commission européenne qui ne servent à rien et résolvons nos problèmes en démocraties matures au sein d’un Conseil dont le fonctionnement serait proche de l’OTAN.

C’est à lui que j’ai envie de demander « mais sur quelle planète vivez-vous ? » Ce qu’il nous propose, c’est un vague G27 qui s’accorderait a minima mais sans administration en mesure de contrôler et de mettre en pratique les décisions prises, parfaitement inefficace et non démocratique, puisque la responsabilité politique ne s’exercerait que devant les électeurs nationaux.

Or, c’est justement cette Europe qui est à la manœuvre, celle des « gouvernements matures » incapables de répondre rapidement et clairement à la crise, où les grands pays imposent leurs choix aux plus modestes. Croire qu’il suffit de coordonner les politiques économiques et budgétaires relève de la plus grande naïveté. Il peut d’autant plus considérer que l’OTAN fonctionne que son pays, le Royaume-Uni, n’a pas joué un franc jeu avec la France.

Nicolas Dupont-Aignan : l’illusion nostalgique du franc.

Prenez ensuite Nicolas Dupont-Aignan. Après une vidéo totalement démagogique où il indiquait que l’euro avait multiplié les prix par 6 – même certains de ces partisans ont ressenti un malaise – il revient pour nous enjoindre de sauver l’Europe plutôt que l’euro. S’il faut bien sauver l’Europe de quelque chose ou de quelqu’un, c’est bien de lui-même et des autres eurosceptiques qui, par biais idéologique, seraient prêts à préférer une aggravation de la crise, pourvu que l’on fasse échec au projet européen !

Ses idées : il est mensonger de faire croire que l’euro n’a pas de responsabilité dans la crise de la dette et de porter l’accusation sur la mauvaise gestion des gouvernements. C’est pourtant bel et bien le cas : le Royaume-Uni n’est pas dans l’euro et doit affronter les mêmes problèmes. Par ailleurs, les États-membres se sont toujours arrangés pour ne pas enclencher les mécanismes de sanction en cas de non respect du pacte de stabilité budgétaire.

Il dénonce encore « l’application d’un taux d’intérêt unique à des économies aux taux d’inflation différents » et la politique consistant à mener une politique économique unique pour mettre fin aux déséquilibres, et prône ainsi la sortie de l’euro. L’économiste américain Paul Krugman avait montré dès 1993 que l’intensification des échanges au sein d’une zone monétaire accentue les spécialisations régionales, basées sur l’avantage. Accentue, car elles existaient avant, mais avait-on alors plusieurs francs, deutsche marks ou pesetas ?

Quelles solutions alors ? Sortir de l’euro ne ferait qu’aggraver la crise et la panique des marchés financiers. Rien ne garantit que l’on retrouve ainsi de la compétitivité – comment expliquer autrement que les exportations françaises diminuent, alors que celles de ses partenaires européens augmentent ? Ce qu’il faut, c’est renforcer la gouvernance économique, augmenter les transferts de solidarité entre les régions européennes pour diminuer les chocs asymétriques. Il est vrai que c’est hautement plus ambitieux que le repli sur soi, même si l’entêtement des États-membres à refuser toute augmentation du budget européen pour accompagner le renforcement des compétences européennes grève cette ambition. Même si ce qui en définitive doit sauver l’Europe, c’est un regain d’intérêt de la part des citoyens européens.

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Sommet de la zone euro : solidarité, intégration… responsabilité ?

Titem | 21 juillet 2011

Cela fait trois semaines que je souhaite publier un article sur la crise de la dette publique, sans être satisfait du résultat. J’avais fini par y arriver hier soir, mais voilà que l’actualité et notamment l’accord des chefs d’Etat de la zone euro me pousse à revoir mon analyse. Notez que je parle bien de crise budgétaire, et non de « crise de l’euro », car d’autres pays très endettés et qui n’ont pas l’euro pour monnaie, au premier chef desquels le Royaume-Uni et les États-Unis, subissent cette même crise.

Mr George PAPANDREOU, Greek Prime Minister, Mr Herman VAN ROMPUY, President of the European Council, Mr Jose Manuel BARROSO, President of the European Commission at the final press conferenceSource "Le Conseil de l'Union européenne"

Bien que demeurant à Montréal, je reste attentif à l’actualité européenne, pour une fois très présente dans les médias. Cette actualité avait de quoi désoler le plus convaincu des europhiles. Peut-on dire que les décisions seront suffisantes ? Sans doute pas, je regrette notamment que la solution des eurobonds semble avoir été écartée de même que la taxe bancaire. De plus, beaucoup reste à faire pour retrouver de la croissance, mais l’on peut au moins espérer que les conditions plus souples avancées pour la Grèce permettront d’écarter durablement tout risque de défaut (même si on laisse la voie ouverte vers un défaut partiel).

Je ne saurais dire ce qui a été le plus désolant ces derniers jours: l’incapacité de nos dirigeants à s’entendre sur les décisions qui conviennent d’être mises rapidement en œuvre ou la désagréable impression de manque de responsabilité laissée aux citoyens européens.

Car c’est bien l’indécision qui met à mal l’Europe. Même aux États-Unis, certains observateurs (ni les plus libéraux ni les moins conservateurs) commencent clairement à regretter l’absence d’une gouvernance économique commune alors que 17 Etats partagent la même monnaie. L’attentisme d’Angela Merkel (ici) a été fort critiqué, y compris en Allemagne par son mentor Helmut Kohl, et Barack Obama a dû une nouvelle fois décrocher son téléphone pour tenter de la convaincre.

Lors de cette crise s’affrontent par tribunes interposées europhiles, voire fédéralistes et eurosceptiques. Je ne tiens pas à compter les points entre les deux camps, mais je reste néanmoins circonspect face aux arguments spécieux de certains eurosceptiques, qui cachent mal leur intérêt cynique pour la faillite de la monnaie unique et du projet européen et guettent la crise avant autant d’enthousiasme qu’un indien faisant la danse de la pluie pour implorer le ciel (et les Dieux de la finance), de faire tomber l’orage sur la zone euro. Sauf que si l’orage éclate, les éclairs frapperont tout le monde, et nul n’a en réalité à ce que la crise s’aggrave.

L’option fédéraliste, taxée de « douce chimère », n’a pourtant jamais été autant d’actualité. Il ne s’agit pas de passer du jour au lendemain au « tout fédéralisme », mais bien de se doter d’outils adéquats et d’une intégration plus resserrée, ce vers quoi l’on se dirige progressivement : le Fonds Européen de stabilité financière se rapproche d’un Fonds Monétaire Européen, avec la possibilité de racheter de la dette sur le marché secondaire ou l’accord de lignes de crédit. Malgré tout, si l’on se rapproche d’une solution plus fédérale, la gestion continue d’être intergouvernementale (la décision revient aux Etats-membres, en espérant qu’aucun ne donne son veto) alors même que cette méthode a jusqu’à présent montré son insuffisance.

Des dirigeants enfin responsables ?

Responsables, nos dirigeants l’ont sans doute été en parvenant à faire des compromis… mais que de coûteuses tergiversations pour parvenir à ce résultat ! En serait-on arrivé là si l’on avait dit dès le départ que l’Union ne laisserait pas tomber la Grèce ? Au moins aujourd’hui, les outils, notamment s’agissant de la maîtrise budgétaire, sont mis en place.

Mais responsables devant qui, c’est là que le bât blesse. Ecartons immédiatement l’argument grossier d’une Union européenne non démocratique, tenu par des nationalistes eurosceptiques comme Nigel Farage qui, en réalité, ne veulent pas d’une Europe démocratique et d’une Commission qui sortirait du résultat des élections européennes et non des discussions de couloir des chefs d’Etat.

Ce sont les chefs d’Etat qui sont à la manœuvre depuis des mois, l’Europe qui peine à prendre des décisions, c’est eux ; chacun poursuivant leur intérêt propre, soumis aux échéances électorales, à la pression de leurs institutions nationales voire régionales, sans oublier ceux qui n’ont plus beaucoup de légitimité. C’est l’échec de la méthode intergouvernementale. Et il ne faut pas compter sur les fantômes qu’ils ont choisis pour représenter l’Europe (José Manuel Barroso, Herman van Rompuy), pour faire preuve d’initiative.

Ses chefs d’Etats ne sont responsables que devant leur propre électorat, leurs décisions seront peut-être débattues dans les parlements nationaux et européens, mais pas avalisées. Or le surcroît d’intégration qui se met en place dans l’Union ne peut pas faire l’impasse sur un surcroît de responsabilité des institutions communautaires devant les citoyens européens et leurs représentants : cela passe donc par un renforcement de la Commission européenne, procédant réellement du résultat des élections européennes et non des négociations des chefs d’Etats.

Mais la démocratie n’en sortirait pas grandie si les citoyens européens ne devaient pas prêter beaucoup d’attention à ces débats sur la gouvernance (point sur lequel réagit également Fabien Cazenave) alors que d’importantes échéances sont annoncées avec les négociations du budget européen et élections de 2014, seront décisives.

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Récit d’une journée de grève au soleil à Rennes vécue par un passant

Titem | 19 mars 2009

IEP de Rennes bloquéCe matin, je reçois un courriel : une amie me propose d’aller manger avec une autre amie au restaurant universitaire de la fac de Droit. Ça tombe bien, il avait été une nouvelle fois décidé hier en assemblée générale que notre école, l’IEP de Rennes, serait bloquée. Les professeurs en grève ce jour-là n’assurent pas leurs cours. Qu’à cela ne tienne, il fait beau, c’est l’occasion de prendre l’air et de sortir la tête de ses bouquins et son ordi ! Avant de partir, je télécharge les podcasts du jour. Ceux de France Inter, d’habitude rarement en retard, ne se mettent pas à jour. Et pour cause : la programmation régulière est suspendue en raison de la grève.

Je m’y rends à pied : les transports en commun sont fortement perturbés de 10h à 15h30 environ. J’arrive devant le restaurant universitaire de la Fac de Droit : celui-ci est fermé en raison de la grève. Si l’on veut manger, il faudra trouver autre chose. Les boulangeries et les petites supérettes sont prises d’assaut.

Place Sainte Anne. Quand elle n’est pas squattée par des marginaux alcoolisés et entourés de leurs chiens, quand le ciel d’étain s’ouvre, il est fort agréable de se poser pour manger une crêpe ou prendre un verre. Les terrasses en soleil sont toutes occupées, celles à l’ombre sont délaissées. A la sortie de cet hiver gris et froid, voilà que les corps commencent à se dénuder, la peau recherche les rayons du soleil.

Faute de place, nous choisissons finalement un petit bistrot sur la place des Lices. A côté de nous passent régulièrement des petits groupes qui portent fanion, badges et autocollants. Sans doute qu’en cette journée de grève, où l’activité économique marche au ralenti, les gens profitent de cette journée plus calme pour manger à l’extérieur. Le temps clément aidant, ce sont finalement les restaurateurs qui en profitent. Une amie me répète ce qu’elle a entendu : à Paris, des salons de beauté ont même prévu de faire des tarifs spéciaux pour cette journée de grève !

Je décide ensuite de passer aux Champs Libres. Je prends le métro. Avantage : il est automatique, le trafic est donc normal. Lorsque je sors à l’arrêt Charles de Gaulle, je vois devant le nouveau Gaumont un rassemblement assez important de militants : les banderoles sont déployées, slogans revendicatifs ou couleurs syndicales. Des poteaux portent des cartons où l’on incite à prolonger le mouvement au-delà de la grève.

Les Champs Libres sont fermés. A l’intérieur, les hôtesses d’accueil attendent sagement à leur poste. J’appelle. On me répond que le bâtiment est fermé : c’est une précaution pour éviter des débordements. Ils réouvriront normalement une fois le mouvement dispersé. Ils auraient pu mettre une affiche…

Un groupe défile derrière une grande banderole des travailleurs syndicaux. Un jeune homme chante – faux – une chanson où il dénonce notamment « les bourgeois ». A croire qu’il ne ferait pas bon réussir sa vie (et pas besoin d’avoir une Rolex pour ça). Une fillette, à qui je ne donne pas 5 ans, porte une lourde pancarte anti-sarkozyste. Elle a un autocollant promouvant un parti écologiste sur le bras droit. Elle suit le pas vif de ses parents et la poussette de leur enfant sur lequel des autocollants syndicaux ont été posés. A peine un an, et déjà une voiture tunée. Je me méfie de ces parents qui utilisent leurs enfants dans des contestations, mais quand on a personne pour les garder…

Plus loin, FO se tient serrée et cantonne l’Internationale avec conviction : « du passé, faisons table rase… ». Cela ne me surprend plus, même si aujourd’hui, j’ai, comme beaucoup, le sentiment que le dysfonctionnement est réel, et qu’il appelle à des changements profonds, mais pas forcément à une « révolution ».

La révolte, elle, est pourtant bien là. Sur le Boulevard de la Liberté, les manifestants sont nombreux, la circulation est bloquée. Les voitures n’essaient même pas de passer, je les comprends. Lorsqu’il y a une semaine, un petit groupe d’une centaine de lycéens bloquaient les quais et que j’ai voulu passer, l’un d’entre eux s’est positionné devant ma voiture et, voyant que je n’avais pas l’intention de rebrousser chemin (il est suffisamment compliqué de circuler dans Rennes comme cela), il avait tenté de briser mon rétroviseur.

Là, c’est le Crédit Agricole qui a été pris pour cible : une vitre est partie en éclat, de la peinture a été jetée sur le fronton. « Des casseurs » me répond le directeur deHSBC après manif.jpg la banque qui vient constater les dégâts. Je reprends l’écoute de mes podcasts. « Dois-je vous rappeler que cette année, le Crédit Agricole a distribué plus de 95 % de ces bénéfices à ses actionnaires ! Cela représente 1 milliard d’euros !« . Ceux qui ont fait ça le savaient-ils, exprimant ainsi leur colère, ou se sont-ils attaqués au symbole de la banque ? L’une ou l’autre raison ne justifie pas l’acte. Plus loin, c’est HSBC qui a, à son tour, été victime de dégradations.

Sans doute, la colère est légitime. Ce n’est pas seulement une manifestation contre la crise, mais aussi contre un système où l’on craint pour son avenir. Depuis que nous sommes petits, on nous dit qu’il nous faut faire de bonnes études pour pouvoir jouir d’un emploi stable et d’une bonne situation. Aujourd’hui, certains diplômés ne trouvent même pas d’emplois. Nos parents doivent surveiller leurs comptes, ils ont fait des efforts et doivent encore subir les conséquences de la mauvaise gestion de dirigeants qui ont déstabilisé durablement l’économie, mais continuent de recevoir des primes. Ce constat doit sans doute être nuancé, mais ne retire rien sur le fond : le malaise est palpable. Heureusement, il paraît que se retrouver entre amis ou avec son/sa conjoint(e) est un moyen de s’échapper de la crise. Les médias ne peuvent occulter l’actualité, mais un peu de soleil et de bonnes nouvelles serait bienvenus !

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Des parachutes dorés pour cacher la réalité

Titem | 11 octobre 2008

Parachute doré

Au début de cette semaine, il n’était plus question que de parachute doré, au moyen duquel des patrons peu honnêtes, après avoir conduit leur boîte au bord de la faillite, étaient remerciés moyennant des millions de dollars ou d’euros. Une pratique incompréhensible et choquante : comment comprendre que l’on puisse encore donner de l’argent à ceux qui en ont fait perdre à une entreprise employant des milliers de personnes qui, eux, risquent de perdre leur emploi lors de la fermeture de leur usine ?

Cacher son impuissance et éviter de s’attaquer au fond du problème

Pour Nicolas Sarkozy, les choses sont claires. Lui qui martèle tant l’obligation de résultat et de responsabilité, estime que ceux qui ont fauté doivent rendre des comptes. Plus précisément, un dirigeant d’entreprise qui se rend coupable de mauvaise gestion ne doit pas pouvoir bénéficier de ces fameux parachutes dorés. Demandant à Laurence Parisot de réfléchir à un « code de bonne conduite », il menace de passer par la loi si rien n’est décidé.

Cela part d’une bonne intention, mais…

Si un entrepreneur ne respecte pas ce code de bonne conduite, à quelles sanctions s’expose-t-il ? Qui la lui imposera ? Certainement pas l’Etat, pas même si une loi était votée ! Comment imaginer en effet qu’un gouvernement puisse obliger une entreprise à ne pas distribuer des parachutes dorés à ces indélicats dirigeants ? C’est un peu comme Olivier Besancenot qui veut nous faire croire que du jour au lendemain, il va pouvoir interdire les licenciements !

J’allais dire qu’essayer de nous faire croire cela est malhonnête. Mais envers le citoyen lambda, c’est au contraire politiquement  très habile: on veut faire croire que le gouvernement est très préoccupé par cette affaire, et que l’on va mettre fin à cette pratique, au demeurant scandaleuse. Mais en réalité c’est bien le moyen de faire diversion pour éviter de s’attaquer au fond du problème.

Tous les patrons ne font pas du parachute !

Au même moment, Alain Souchon offrait la possibilité de télécharger gratuitement sur son site Internet sa dernière composition : Parachute doré. Une chanson douce-amère sur fond de mélodie exotique où il est question d’un homme qui se fait dorer la pilule, au milieu de jeunes nanas qui dansent le calypso. Mon impression sur cette chanson est à l’image de la manière dont Alain Wodrascka, auteur de Souchon, Voulzy, destins et mots croisés (éd. Carpentier, 2005), décrit le chanteur : « Ses chroniques capturent l’air du temps mais il ne s’implique pas. Il s’indigne avec ironie et détachement, n’est jamais accusatoire ».

Alain Souchon – Parachute Doré (2008)

Parachute doré, cela aurait pu être l’histoire d’Axel Miller, un des dirigeants Dexia qui, après avoir annoncé qu’il prendrait ses responsabilités, s’apprêtait à partir avec un golden parachute de 3,7 millions d’euros – je vous laisse compter combien cela fait de mois de SMIC (ou de RSA…). Sous la pression publique, il devait finalement y renoncer. Mais nul doute que s’il n’a pas mis ses économies là où cela s’effondre, ce monsieur s’en sortira très bien.

Mais là encore, il faut relativiser. Combien d’hommes d’affaires sont concernés par ces parachutes dorés ? Une petite poignée. Les média en parlent parce que cela choque. Mais ces affaires de millions sont bien loin d’être le quotidien de l’entrepreneur qui monte sa PME, celui qui en ce moment, à l’heure où l’Etat est prêt à débourser des milliards pour sauver les établissements financiers, galère pour obtenir un prêt à sa banque qui lui permet d’investir.

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Repenser notre manière de se déplacer

Titem | 16 juin 2008

La hausse du baril de pétrole, et donc du litre de carburant, ainsi que l’urgence écologique, doivent nous inciter à repenser notre manière de nous déplacer. Les professionnels manifestent pour défendre justement leur pouvoir d’achat et les citoyens se plaignent également du prix à la pompe. On comprend pourquoi. Mais cette hausse est bien inéluctable. Chercher à exploiter les bitumes ou les ressources de l’Arctique ne peut que retarder le moment d’une nécessaire révolution énergétique, et aura surtout un lourd coût environnemental.

Europia & Save more than fuelLe propre de la politique doit être de prévoir à long terme, et non pas de pallier au plus urgent. Saluons le choix de Valéry Giscard d’Estaing pour le nucléaire : quel serait aujourd’hui le coût de notre électricité si nous devions la produire avec du fioul et du gaz ? Subventionner les professionnels pour les aider à compenser le coût du carburant ne durera qu’un temps ; d’autres mesures doivent être envisagées.

Une étude de la CITEPA a montré qu’en France, 26 % des émissions de CO2 provenaient du transport routier. C’est sans compter les émissions produites par le raffinage du pétrole ou son acheminement. Deux campagnes de sensibilisation ont été lancées ces dernières semaines.

  • La première « Save more than fuel » (dont est issu le visuel ci-dessus) diffusée notamment dans des prospectus, lancée dans 29 pays avec le soutien de 40 compagnies pétrolières appartenant à Europia (European Petroleum Industry), cible les automobilistes pour les inciter à l’éco-conduite. En adoptant dix gestes simples (dont certains sont parfaitement évidents), on réduit notre consommation d’essence jusque 20 %.
  • La seconde est plus connue « Economies d’énergie : faisons vite ça chauffe ». Après les déchets et le logement, elle s’attaque cette fois à la pollution automobile et met en valeur les voitures bénéficiant d’un bonus écologique.
Image de prévisualisation YouTube

A ce sujet, on peut regretter la déclaration du Ministre du budget, Eric Woerth, qui a qualifié le bonus-malus écologique de « beau succès pour le gouvernement, pas pour les finances publiques ». Ce dispositif devrait coûtait plus de 100 millions d’euros mais a permis une augmentation de 45 % des voitures propres. Ce n’est pas seulement un coût, mais un investissement pour l’avenir ! Si aujourd’hui cela est passé dans les mentalités, on peut réfléchir à une modulation de ces bonus-malus.

Métro saturé attenteRepenser notre manière de se déplacer, c’est aussi envisager d’utiliser davantage les transports en commun. Entamer une réflexion à ce sujet est tout aussi urgente : les lignes sont de plus en plus fréquentées, la 13 et le RER A en région parisienne arrive même à saturation aux heures de pointes et d’autres devraient prendre la même pente . C’est aussi penser au transport ferroviaire par fret, à condition d’avoir un service efficace continu : les entreprises ne peuvent se permettre de soumettre leur activité au gré mouvements de grève dans les transports en commun.
[Crédit photo : http://www.blogencommun.fr]

Et pour les citoyens ? Le vélo de Madame Lagarde n’était pas si idiot qu’on a voulu le faire croire, mais ne concerne pour l’heure que les habitants des villes, pas les banlieusards. Le fameux Vélib et ses homologues en Province ont de plus en plus de succès. Et l’on n’arrive pas forcément plus tard qu’après avoir passé 3/4 de son trajet dans les embouteillages. A Birmingham en Alabama, la municipalité a déjà de réorganiser le travail hebdomadaire en 4 journées de 10 heures. Quel est l’intérêt ? Economiser une journée de transport, de chauffage et d’éclairage des lieux. Et gagner une journée de repos pour être avec ses proches.

Selon la formule, quand on a pas de pétrole, on a des idées ! Qu’est-ce qu’on attend pour abandonner nos égoïsmes ?

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Les cent jours de Demetris Christofias, président communiste de Chypre

Titem | 10 juin 2008

Lorsqu’il fut élu le 24 février 2008 avec 53,37 % des voix, il y a un peu plus de cent jours, la première chose qui m’est venue à l’esprit, par plaisanterie, c’était « Comment faire pour convaincre des entrepreneurs français d’investir dans un pays communiste ? »

En réalité, Chypre aurait grand tort de revenir sur ce qui fait son attractivité : son faible taux d’impôt sur le revenu, le plus bas de l’Union européenne (10%) et les quelques quarante traités de non double imposition. Les politistes estiment que Demetris Christofias, ancien Président de l’AKEL et du Parlement chypriote, a été élu, avec le soutien du DIKO, le parti centriste, parce qu’il s’était engagé à réouvrir les pourparlers avec les autorités chypriotes turques. Ce qu’il a fait.

Revenons sur ce personnage (ici pris en photo lors de la 17ème assemblée du Cypriot Shipping Council à laquelle j’ai assisté dans le cadre de mon stage).

Demetris Christofias Cypriot Shipping Council
Demetris Christofias est né à Dhikomo, village du district de Kyrenia, actuellement occupé par l’armée turque. Membre actif des jeunesses communistes depuis 1964, il part à Moscou faire des études de sciences sociales de 1969 à 1974 grâce à une bourse du gouvernement soviétique. Il y rencontre sa compatriote Elsi Chiratou qu’il épouse en 1972. Il obtient en 1974 un doctorat en sciences de l’histoire de l’Académie des Sciences sociales de l’URSS et retourne à Chypre. Il devient membre de l’Organisation Panchypriote des Etudiants Unis, puis adhère au parti communiste AKEL et à la Confédération Panchypriote du Travail. En 1988, il devient secrétaire général du comité central du parti, fonction qu’il occupe toujours à ce jour après quatre réélections successives. M. Christofias obtient son premier mandat électif en 1991 en tant que député de l’AKEL pour le district de Nicosie-Kyrenia. Il est réélu à trois reprises depuis. Après le succès électoral de l’AKEL aux élections de 2001, il est élu Président du Parlement, poste qu’il occupe jusqu’à son élection à la Présidence de la République.

Les cent premiers jours d’un gouvernement sont très symboliques, notamment en France où cela réfère à une période particulière de notre histoire. A Chypre, il n’en a pas été fait mention dans les médias, mais cela ne signifie pas pour autant que pendant cette période, il ne se soit rien passé. Au contraire !

Et l’évolution la plus notable, qui a eu aussi le résultat le plus immédiat et le plus positif, c’est la reprise des négociations avec les autorités chypriotes turques. Demetris Christofias et Mehmet Ali Talat se sont ainsi accordés pour l’ouverture d’un nouveau point de passage à l’un des endroits les plus symboliques de cette partition : la rue Ledra. Cette ouverture a été décidée en à peine deux semaines, en dépit des réticences des militaires, et fixée au 3 avril 2008 (jour de mon arrivée à Nicosie), ce qui fut effectivement le cas.

Actuellement, ce sont 6 groupes de travail et 7 comités techniques avec des experts de chaque communauté qui poursuivent ces négociations qui précèdent un futur entretien des deux leaders en vue d’une résolution du problème chypriote. Malheureusement, si du côté grec on dénonce la lenteur du processus qui pourrait reporter le rendez-vous, du côté turc on fait valoir la volonté d’un virgin birth, où évocation d’un nouvel Etat absolument inacceptable pour les hellénophones.

Toujours en matière de relations internationales, l’arrivée au pouvoir de Demetris Christofias s’est également traduite par un dialogue plus chaleureux avec le Royaume-Uni. Qu’il est loin le temps où, alors Président du Parlement Chypriote, il avait qualifié l’ancienne puissance coloniale de « evil demon ». Christofias et son homolgue Gordon Brown ont signé un mémorandum de coopération politique, dans lequel le Premier Ministre affiche son soutien aux pourparlers entamés par Nicosie. Ce qui a fortement déplu à la partie turque, laquelle estime que l’on trahit la base des négociations. On se demande bien en quelle mesure, mais en matière de relations internationales, ce qui compte, c’est moins les faits que la manière dont ils sont perçus par les parties tiers ou concernées.

Le Président Christofias et son gouvernement doivent également s’atteler à d’autres problèmes qui se posent de façon de plus en plus aiguë pour l’ensemble des pays développés.

L’inflation. Elle s’est élevée à 4,94 % en mai, chiffre le plus haut depuis mai 2003, et n’est pas passée sous le seuil des 4% depuis plusieurs mois. Sont en cause les éléments extérieurs : hausse du coût des matières premières notamment, mais aussi des éléments domestiques. Sont ainsi montrés du doigt l’absence d’une autorité de protection de la concurrence et l’existence du CoLA, ou Cost of Living Allowance, mécanisme automatique de revalorisation des salaires des fonctionnaires et personnes syndiquées (80% des travailleurs) et qui alimente la boucle prix-salaires que la France avait connu sous l’ère giscardienne.

L’eau. Problème récurrent à Chypre. Comment souvent, alors que le devoir des gouvernements est de prévoir, cela n’a pas été le cas. Il n’y a quasiment pas eu de précipitations à Chypre depuis des mois. Les comportements des citoyens (arrosage des trottoirs, des monuments, des espaces verts et des champs en plein soleil…) et le manque d’infrastructures provoquent de multiples coupures d’eau qui exaspèrent les Chypriotes. Chypre a passé commande de près de 80 millions de mètres cubes d’eau à la Grèce, pour un montant de 40 millions d’euros. Deux usines de désalinisation sont en cours de construction. On a envie de dire « à la bonne heure ».

L’énergie. 95% de l’électricité de Chypre est produite à partir de produits pétroliers. Afin de respecter ses engagements européens en matière de production de CO2 et de réduire sa facture énergétique, le pays souhaiter basculer vers le gaz… mais ne s’est toujours pas décidé sur l’emplacement d’un central gazier, ni sur le pays fournisseur. Ajoutez l’évocation d’une centrale nucléaire à Chypre par le Monsieur énergie du ministère concerné, idée qui a fait hurler les écologistes et une bonne partie de la classe politique, et la menace d’une amende record si Chypre ne se lance pas dans les énergies renouvelables (4% de sa production actuellement) et vous avez tous les ingrédients d’un feuilleton de l’été.

Au final, la côte de popularité de Demetris Christofias est au plus haut : 78 % d’opinions favorables ! Lui aussi s’est entouré de ministres socialistes ou du centre pour rassurer la population et les partis le soutiennent même dans ses négociations avec la partie turque. Mais le plus diffcile, c’est de durer ! Au niveau de la vie privée, je me dispenserai de commentaires ironiques trop faciles ou de comparaisons simplistes avec la France. Il n’y a rien a priori qui puisse satisfaire la presse people.

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« The Day After » ou les conséquences économiques d’une résolution de la question chypriote

Titem | 6 juin 2008

Je n’ai pas encore pris le temps de parler de cette conférence à laquelle j’ai assisté mercredi dernier. Mais l’étude qui y était présentée mérite vraiment que l’on s’y intéresse. Organisée par l’ambassade de Slovaquie, très impliquée dans la question chypriote, elle avait lieu au Ledra Palace, ancien hôtel de luxe de Nicosie situé dans la zone tampon et qui sert aujourd’hui de Quartier Général aux forces de l’ONU (UNFICYP).

Ledra Palace Hotel Nicosie Chypre

[Crédit photo : ejbaurdo sur Flickr]

The Day After ChypreCette étude est soutenue par le PRIO (International Peace Research Institute, Oslo) et est téléchargeable à cette adresse. Intitulée « The day after : Commercial opportunities following a solution to the Cyprus problem » et dirigée par Fiona Mullen, Özlem Oguz et Praxoula Antoniadou Kyriacou, elle est très intéressante car elle va au-delà des simples pourparlers entre les communautés chypriotes et grecques, mais s’intéresse aux conséquences économiques d’une résolution de la question chypriote. Elle ne porte pas sur telle ou telle solution, mais part du principe qu’approuvée des deux côtés de la « Ligne Verte », cette solution ne peut avoir que des bénéfices, mais à quelle hauteur ? Elle ne s’interroge donc pas sur le coût de la réunification, qui devra notamment prendre en compte la question du dédommagement des personnes expropriées.

Cela paraît évident, mais l’étude donne des estimations précises. A partir de données statistiques, les auteurs établissent un parallèle avec le développement des relations économiques et commerciales entre la Grèce et la Turquie qui firent suite au rapprochement politique initié en 1999 par George Papandreou et Ismael Jem, alors Ministres des affaires étrangères de leurs pays respectifs. Tout comme le rapprochement de la France et de l’Allemagne, de la Chine et du Japon, ont eu des conséquences bénéfiques pour lse débouchés de leurs économies respectives.

La reprise immédiate des échanges de biens et de services, aussi bien que l’ouverture des frontières aux touristes et aux étudiants, aboutiraient pour les 7 années suivant la résolution de la question chypriote à un surplus croissant au PIB de Chypre, estimé en moyenne à 1,8 milliards d’euros… soit 11,6 % de son PIB en 2007 ! Une augmentation dans les Chypriotes pourraient bénéficier mais les auteurs se refusent, et on comprend pourquoi, à faire des estimations sur « qui en profitera le plus : les chypriotes turcs ou les chypriotes grecs ? »

Le bénéfice à la Turquie surtout politique, compte tenu de la taille de son économie par rapport à celle de Chypre. Une solution à la question chypriote ouvrirait à Ankara la voie de nouvelles négociations avec l’Union européenne (que l’on soit pour ou contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, débat très sensible en France, c’est un autre sujet).

Présenté à d’autres économistes, ces derniers ont jugé les chiffres avancés par les trois auteurs du rapport comme étant… sous-estimés ! En effet, elle ne se sont concentrées que sur les principaux secteurs économiques de Chypre, là où les bénéfices seraient le plus fort. Par ailleurs, une normalisation de ses rapports avec la Turquie permettrait de débloquer certains projets déterminants pour l’avenir de l’île. Et en particulier, si le pipeline de pétrole Bakou-Ceyhan faisait un crochet par Chypre. Voire si le projet de pipeline de gaz venant de l’Égypte pour la Turquie profitait à Chypre.

Quand à l’évocation d’un tunnel entre la Turquie et Chypre, cela reste une utopie. Mais après tout, qui pouvait croire en ce début d’année que les négociations progresseraient, certes timidement, entre les deux parties de l’île ? Les auteurs concluent : qu’est-ce qu’on attend ? Les différends peuvent être profonds, il est toujours regrettable de constater à quel point l’on se prive d’avancer sur des sujets très « coûteux », alors que leurs bénéfices, économiques et sociaux, comblent amplement ce coût.

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Ma première fois avec François Fillon

Titem | 10 mai 2008

Sur le même mode que la chronique de Mandel que l’on pouvait lire sur le blog de Luc Mandret…

C’est tout à fait récent puisque ça a eu lieu… hier. En stage comme vous le savez à la Mission Economique de Nicosie, cela faisait plusieurs semaines que l’on annonçait la visite du Premier Ministre. Finalement, elle serait très courte : dans l’après-midi du 9 mai, le jour de la fête de l’Europe. François Fillon viendrait directement à Chypre juste après son autre visite de travail, à La Valette.

A peine aurait-il atterri à l’aéroport de Larnaca, au sud de Chypre, qu’il se rendrait sur le chantier du futur aéroport de Larnaca. L’un des plus gros chantiers actuels de l’île, un contrat de 650 millions d’euros… et c’est la France, par le truchement de Bouygues Bâtiment International, qui en est chargée de la construction et sa gestion pour les 25 prochaines années. Un bel exemple de la vitalité des grandes entreprises françaises et de la coopération avec les pays européens.

Les gens s’agitent. Enfin un cortège de voitures et de mini-bus. La Citroën C6 s’arrête, François Fillon en sort et s’avance d’un pas décidé vers les responsables locaux de Bouygues. J’assiste à la scène depuis le premier étage du futur aéroport, là où aura lieu la diffusion d’un diaporama sur le chantier. En une demie-heure, François Fillon a fait le tour du chantier. Au buffet, je suis à côté de lui quand il signe le livre d’or. Il recopie le message de son antisèche ; le temps est compté, pas la peine d’en perdre à chercher ce que l’on peut bien vouloir écrire. Par réflexe, mon regard tombe sur sa montre. De belle facture, mais pas une Rolex. Il repart aussitôt, laissant la montagne d’amuse-bouches prévue pour l’occasion. Il est attendu part le Président de la République de Chypre.

Le soir, grâce à mon chef de mission qui a intercédé pour moi auprès de l’ambassadeur et de son épouse, je suis convié à la réception qui est donné à la résidence de France, et où le Premier Ministre sera présent juste avant de repartir pour la France. La résidence de France, c’est là où habite l’ambassadeur. Une villa spacieuse, agréable, mais certainement pas tape-à-l’œil.

Le Premier Ministre y prononcera un discours où il assure le Président Demetris Christofias du soutien de la France dans la résolution de la question chypriote. Pas question de négocier l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne tant qu’elle ne se sera pas retirée de Chypre, Etat de l’Union Européenne.

« Je vais vous donner des nouvelles de France ». Il le dit avec un sourire sincère mais avec retenue, sans exagération. Il explique en quoi le programme qu’il entreprend en compagnie de Nicolas Sarkozy, en discussion avec les partenaires sociaux, répond aux attentes des Français et va remettre la France à la place qu’elle n’aurait jamais dû quitter. « Comme le dirait un paysan du pays sarthois, il faut travailler plus (pour gagner plus ?)… investir plus et dépenser moins ». Un discours politique sur lequel il y aurait beaucoup de choses à dire. Et pourtant, il y a quelque chose de très rassurant chez cet homme.

Puis il remercie la communauté française, il la remercie de représenter la France et de participer à son développement à l’étranger. Cette communauté française, il part la saluer. Il passe à côté de moi, mon chef de mission lance « et n’oublions pas la relève ». Le Premier Ministre se tourne et me sert à la main, me demande pourquoi je suis à Chypre, d’où je viens, où j’étudie. Je réponds que je viens de Lille, près de Tourcoing. Je me demande aujourd’hui si cela aurait pu le faire réagir en privé, compte-tenu de la triste célébrité de mon député. Il parle un peu de l’entreprise, glisse une plaisanterie. Puis repart faire le tour des autres convives.

… Je repense à mes cours de sociologie politique. Il a un mot pour chacun, se montre bienveillant. C’est aussi la stratégie d’un élu d’abord local. Et pour ma part, cette rencontre confirme ce que je pensais avant. Il y a des choses positives dans son programme, et d’autres qui le sont moins. Il n’en reste pas que ce que l’on dit de lui, tant sa réserve que sa sympathie, n’est pas imméritée.

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Pendant qu’ailleurs on meurt de faim…

Titem | 8 mai 2008
Je lisais ce matin cet article qui ne manque ni d’intérêt, ni de matière à réagir.
Transparency International dénonce l’opacité des revenus pétroliers
LE MONDE | 07.05.08
© Le Monde.fr

PétrodollarQuelques citations intéressantes :

Les groupes pétroliers doivent encore faire d’importants efforts pour devenir transparents.

La question se pose avec d’autant plus d’acuité que le baril d’or noir a franchi, mardi 6 mai, la barre des 122 dollars. Dans de nombreux pays, les revenus pétroliers alimentent une corruption à grande échelle qui prive les habitants de cette manne. Cruel paradoxe, la moitié de la population pauvre de la planète vit dans des pays riches en pétrole, en gaz et en minerais, note le rapport.

Le document se ferme sur un rapprochement éloquent : les seuls revenus pétroliers ont atteint 866 milliards de dollars en 2006 ; les sommes nécessaires pour atteindre les objectifs du Millénaire (diviser par deux l’extrême pauvreté en 2015) sont de 135 milliards de dollars, selon les Nations unies. « Si seulement 10 % d’une année de revenu étaient soustraits au détournement, l’avenir des pays pauvres serait meilleur », conclut le rapport.

C.Q.F.D. !

Il est évident que les bénéfices des grandes entreprises ne peuvent pas d’un coup d’un seul être transférés dans un fond pour le développement de l’humanité. Mais ici, on parle de sommes détournées. Il y aurait aussi beaucoup à dire sur ces revenus accaparés par quelques richissimes familles qui ne savent plus quoi faire de leurs milliards.

Ajoutez à cela les millions de dollars des aides des pays riches qui financent le train de vie de quelques chefs et petits chefs corrompus et les quelques 3000 milliards de dollars qu’ont coûté la guerre en Irak, et il y a de quoi désespérer de voir tant d’argent infructueux.

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