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Le blog de Titem, entre Europe et Canada.
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Le concours Eurovision pour les nuls… et les extra européens !

Titem | 17 mai 2013

Le 58e Concours Eurovision de la Chanson se tiendra ce samedi, à 21h GMT à Malmö, en Suède. L’émission est retransmise sur Internet ici.

J’avais déjà parlé des enjeux, notamment géopolitiques et identitaires, de cet événement dans un article publié par le webzine Le Taurillon. Voici un guide à l’usage des canadiens, des autres extra-européens ou même des curieux qui aimeraient en savoir plus sur le fonctionnement sur ce grand rendez-vous musical.

À noter, le Goethe-Institut de Montréal diffusera le concours dans ses locaux. Vous êtes prêts ? Que le spectacle commence !

Qu’est-ce que l’Eurovision ?

Vous connaissez (et regardez) la Star Académie ou La Voix ? Vous aimez les concerts avec des effets pyrotechniques, les vidéos, les chorégraphies et les costumes sophistiqués ? Alors ajoutez un zeste de diversité culturelle et géographique, et vous obtenez l’Eurovision !

Eurovision_Song_Contest_2013_logoCette émission de télévision est l’un des plus grands événements télédiffusés dans le monde, réunissant des dizaines de millions de téléspectateurs originaires de plusieurs dizaines de pays : de l’Europe bien sûr, du Maghreb et Moyen-Orient, mais également… d’Australie, qui s’enthousiasme aussi pour l’Eurovision ! Et comme chaque événement diffusé en eurovision, il est ponctué par un indicatif musical : quelques notes du Te Deum de Marc-Antoine Charpentier.

Il s’agit d’un concours de chant paneuropéen organisé depuis 1956 ; la Suisse l’avait alors emporté grâce à sa chanteuse Lys Assia.

Dépendamment des pays, le concours est plus ou moins populaire. En France, il est de bon ton de décrier le Concours – on est mauvais perdants – alors qu’ailleurs, notamment en Europe du Nord, c’est une véritable institution qui réunit familles et amis autour du petit écran.

J’ai créé sur Spotify une liste regroupant l’ensemble des gagnants du Concours Eurovision depuis ces débuts.

On peut également retrouver leurs prestations dans cette vidéo Youtube ci-dessous.

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Combien de pays y participent ? Est-ce limité à l’Union européenne ?

Cette année, 39 pays participent au concours, c’est donc bien plus que l’Union européenne et ses 28 membres (au 1er juillet avec l’entrée de la Croatie). Tout pays ayant au moins un organisme actif au sein de l’Union européenne de radio-télévision a la possibilité de se présenter au concours. En théorie, il pourrait y avoir 56 pays, même si pour des raisons parfois économiques, géopolitiques (retrait de l’Arménie en 2012) ou en protestation contre les règles (la Turquie cette année).

Malgré la distance, les pays du Caucase, du Maghreb et du Proche-Orient étant membres actifs de l’UER, ils sont donc autorisés à concourir. Israël est ainsi un participant régulier, déjà vainqueur à trois reprises (1978. 1979, 1999).

Quel type de musique y entend-t-on ?

L’Eurovision est un miroir des tendances musicales du moment ! Par conséquent, il est régulièrement critiqué pour être une vitrine de la musique commerciale. On y entend surtout des ballades folk ou pop, du rock, ponctuellement des musiques plus traditionnelles ou lyriques. Depuis quelques années, le rap, le dubstep, les musiques électroniques ont fait leur apparition. L’Italie s’est aussi risquée en 2011 à proposer du jazz, avec une certaine réussite : Raphael Gualazzi est arrivé second !

Mais la plus grosse et décoiffante sensation eut lieu en 2006 avec la (première) victoire de la Finlande qui avait envoyé cette année-là un groupe de monster metal, Lordi !

Comment fonctionne le concours ?

Depuis 2005 et en raison du nombre croissant de pays participants, des demi-finales ont été ajoutées, organisées le mardi et le jeudi précédent le concours, pour désigner les 25/26 pays admis à concourir lors de la grande finale du concours de l’Eurovision.

Certains pays sont exemptés des demi-finales : les cinq pays contribuant le plus financièrement à l’Union européenne de radiodiffusion (Allemagne, Espagne, France, Italie, Royaume-Uni) ainsi que le pays ayant remporté la précédente édition, qui est également le pays organisateur. Cette année, il s’agit de la Suède (victoire de Loreen).

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Lorsque chacun des participants a assuré sa performance, une fenêtre de vote quinze minutes s’ouvre, pendant laquelle les spectateurs sont invités à téléphoner ou envoyer des sms pour soutenir leur artiste préféré. Depuis cette année, le vote est possible via une application iPhone. Un téléspectateur ne peut (évidemment) pas voter pour son propre pays.

Comment sont comptabilisés les points ?

Chaque pays participant attribue des points à ses dix artistes/pays préférés, par ordre croissant : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 puis 8, 10 et enfin les fameux « douze points / twelve points » au pays plébiscité.

Le vote du public est pondéré de moitié par un vote réalisé par un jury national professionnel, ce qui a tendance à minimiser les effets géographiques et culturels… au grand dam des pays avec une forte diaspora ! La révélation du partage des votes entre jury et public est d’ailleurs souvent l’occasion de constater combien les goûts peuvent être différents entre les deux corps électeurs : la France, classée dernière du public avec un zéro pointé, avait reçu 85 points et la 13e place du jury. Pour autant, ils s’accordent le plus souvent sur le nom du gagnant.

Mais alors, le pays qui a le plus de connexion avec ses voisins gagne forcément !

C’est une critique couramment avancée, celle de l’émergence d’une « Eurovision des pays de l’Est ». L’alliance stratégique réciproque entre Chypre et la Grèce, ou le Danemark et la Suède est une constante des concours Eurovision.

À bien regarder les derniers vainqueurs, il faudrait plutôt faire partie de l’Europe du Nord pour avoir de meilleures chances de l’emporter. Par ailleurs, le tableau des scores montre que pour remporter le concours Eurovision, un pays peut rarement se contenter de ne récolter que les 12 points de sa diaspora ou de ses voisins : il lui faut le plus souvent recueillir un maximum de points de l’ensemble des pays participants ! Tous les pays, sauf l’Italie, avait donné au moins trois points à la gagnante de l’année dernière.

Les artistes qui y participent sont-ils connus ?

La plupart le sont d’abord et avant tout dans leur propre pays. Ces dernières années, beaucoup des candidats sélectionnés ont d’abord participé à une émission nationale de télé-crochet comme la Star Académie ou la Voix (c’est le cas de la candidate française de 2013, Amandine Bourgeois, gagnante de la Nouvelle Star) ou au cours d’une émission spéciale.

Mais il arrive aussi que des pays envoient des stars : cette année, les artistes les plus connus sont Cascada, pour l’Allemagne, et Bonnie Tyler, pour le Royaume-Uni.

Notons que l’artiste sélectionné n’a pas besoin d’être de la nationalité du pays qu’il représente. Ainsi – et cela peut intéresser nos amis canadiens – Natasha Saint-Pier a représenté la France en 2001 et Céline Dion a remporté l’Eurovision en 1988 pour… la Suisse ! Parmi les autres « grands » gagnants, on peut citer ABBA (1974), Johnny Logan, dit Mr Eurovision (1980, 1987 et 1992 comme compositeur) ou Toto Cutugno (1990).

En quelle langue chantent les artistes ?

Cette règle a changé à plusieurs reprises au fil des éditions et est l’une des plus discutées. Actuellement, un artiste peut chanter dans n’importe quelle langue, y compris régionale voire purement imaginaire, plusieurs pays se sentant désavantagés en raison de la « complexité » de leur langue. De fait, la plupart des artistes chantent en anglais.  certains introduisent un couplet en anglais dans leur chanson interprétée dans leur langue natale, d’autres (comme l’Espagne, la France, l’Italie, la Serbie…) se font presque un devoir de chanter dans leur(s) langue(s).

L’anglais est la langue qui a le plus apporté de victoires (25) devant le Français (14). Il faut remonter à 2007 pour trouver la victoire d’une chanson non-anglophone : Molitva, chantée par Marija Šerifović. Il s’agissait alors de la première participation du pays.

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Une règle ? Il y a d’autres règles ?

Oui, parmi lesquelles :

  • La chanson ne peut dépasser trois minutes.
  • Il ne peut y avoir plus de six personnes (choristes ou danseurs) sur scène.
  • Les artistes ne peuvent être âgés de moins de 16 ans, et ce quelques années après que la victoire de la jeune Belge Sandra Kim ait provoqué une affluence d’ados chanteurs. Il existe néanmoins un concours Eurovision de la chanson junior, nettement moins suivi et auquel participent moins de pays, mais fonctionnement sur un principe similaire.

Quels sont les candidats à suivre pour cette année ?

Outre les performances des stars Bonnie Tyler (Royaume-Uni) et Cascada (Allemagne), il faudra suivre la candidate danoise, Emmelie de Forest, grande favorite des bookmakers et des fans cette année : sa chanson, Only Teardrops.

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Autre moment attendu : le passage de la candidate finlandaise Krista Siegfrieds qui termine sa chanson Marry me en embrassant sa choriste ; il s’agit du premier baiser « lesbien » présenté à l’Eurovision et ce n’est pas sans susciter des réactions négatives dans certains pays d’Europe où les droits des personnes LGBT sont peu respectés.

Votre serviteur étant particulièrement déçu de l’élimination en demi-finale d’Israël et de Saint-Marin (écoutez-les tout de même !), il encouragera malgré tout cette année encore un « petit » pays, en l’occurrence Malte, représenté par Gianluca Bezzina, qui chantera Tomorrow.

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Au rayon des performances des performances improbables, on peut compter sur un vampire contre-ténor roumain ou un géant portant la chanteuse ukrainienne. Un extrait de chacune des 39 chansons présentées pour cette 58e édition est visible dans cette vidéo :

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Ailleurs sur la toile : deux articles du Point : L’Eurovision, ce grand soap opera et l’Eurovision, une affaire de mauvais goûts ; un article de Stephen Spillane (en anglais).

Écouter sur Spotify toutes les chansons gagnantes de l’Eurovision.

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Chronique européenne 4 : le plan d’aide européen à Chypre

Titem | 20 mars 2013

Pour ma quatrième chronique à Canal M, la radio de Vues et Voix, il a été question d’un sujet d’actualité encore brûlant : le plan d’aide européen à Chypre (à écouter ici). Un thème européen qui m’intéresse d’autant plus que j’ai vécu quatre mois à Chypre, plus particulièrement à Egkomi, en banlieue de Nicosie, la dernière capitale divisée d’Europe. C’était au printemps 2008, juste après l’élection à la présidence du néo-communiste Dimitris Christofias, dont on espérait qu’il trouverait enfin une solution à la partition de l’île. Las, nous sommes en 2013, nombreux sont encore les points de désaccord. Et pour l’élection qui a vu la victoire du candidat de la droite Nicos Anastasiades, le principal sujet était, pour une fois, la crise économique et financière.

Statue de Makarios III à Nicosie

Statue de Makarios III à Nicosie – Titem

Je ne reviens pas sur les détails du plan d’aide qui avait été conclu samedi entre les autorités européennes (chefs d’État européen et BCE) ainsi que le FMI. Tout juste me bornerais-je à considérer qu’il ne m’apparaît pas absurde de demander à ceux qui ont profité de la générosité du système bancaire chypriote de contribuer à sa sauvegarde. Cela vaut mieux, surtout s’il avait été clair dès le départ que les petits épargnants seraient épargnés. Pour pasticher Winston Churchill à propos de la démocratie, c’est sans doute la pire des solutions à l’exception de tous les autres. Opter pour une solution « à la grecque », avec l’octroi d’aides substantielles qui oblige le pays, incapable de rembourser, à imposer une cure d’austérité qui mine l’économie du pays comme le niveau de vie des citoyens, paraît exclu. Il faut tout de même garder à l’esprit que le risque que cela constitue un précédent inquiétant n’est pas nul, mais que le cas de Chypre et son secteur bancaire huit fois supérieur à son PIB dont sans doute la moitié provenant de la Russie, demeure particulier. Même le Cyprus Mail semble douter de « l’héroïsme » des députés chypriotes.

Lors de ma chronique, j’ai évoqué le fait que Chypre s’est tourné vers la Russie, l’un de ses principaux partenaires économiques et qu’une aide financière pourrait être conclue en échange de l’exploitation des gisements pétrogaziers au large de Chypre… Même si la Turquie, qui contrôle le tiers nord de l’île, ne manquera pas de mettre en avant ses revendications. Un correspondant du Wall Street Journal à Moscou évoque cette autre hypothèse intéressante : la Russie lorgnerait plutôt sur les infrastructures des télécoms (relativement développées) et énergétiques (en grand besoin de modernisation).

Comme les autorités européennes l’ont rappelé, la balle est dans le camp de la République de Chypre, qui avait demandé cette aide de 17 milliards d’euros, soit le montant de son PIB. Ce qui me désolé, c’est qu’une nouvelle fois, par leur impéritie, volontaire ou non, ou leur double langage, des chefs d’États européens, on a manqué précipiter l’Europe dans une nouvelle crise. Nicos Anastasiades n’est Président que depuis un mois, mais il n’a pas tardé à agir comme d’autres l’ont fait avant lui. Ainsi, accompagné de son ministre des finances, Michael Sarris et après avoir assuré leurs homologues qu’ils désiraient que tous les détenteurs d’un compte à Chypre s’acquittent de la taxe, ceci afin de ne pas heurter et discriminer les clients étrangers (russes au premier chef), il est revenu dans son pays en soulignant leurs efforts pour modérer les conséquences du « chantage » qui leur a été imposé.

Encore une fois, l’Europe est une coupable toute désignée pour des chefs d’État incapables d’assumer chez eux des décisions qu’ils ont prises dans un autre cadre institutionnel. Et cela, à l’heure où il est beaucoup question de démocratie et de légitimité en Europe dans cette période de crise économique et de défiance citoyenne, c’est bel et bien la pire des positions qui pouvait être tenue.

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Mes prédictions pour les élections US 2012

Titem | 4 novembre 2012

Il y a quatre ans, alors étudiant à l’Institut Politiques de Rennes, je m’étais prêté au jeu des prédictions pour les élections présidentielles américaines. Avec 325 grands électeurs pour Obama, j’avais alors largement sous-estimé sa victoire.

Cette année encore, je retente un chiffre, cette fois avec une carte personnalisable de CNN et j’annonce une victoire d’Obama avec 303 grands électeurs, soit bien moins qu’en 2008.

prédiction élections USA 2012

De nombreux médias annoncent que le résultat national sera serré, mais que dans les États-clés, Obama mène légèrement, laissant croire que peut-être le candidat républicain aurait ses chances. On peut ne pas croire aux sondages et pourtant, ceux-ci, lorsqu’ils ne sont pas pris isolément, mais bien compilés sur une période longue et de la part de plusieurs instituts, permettent, je le crois, de dessiner une physionomie assez précise de la future carte électorale. Dans cette exercice, le site fivethirtyeight, du statisticien Nate Silver, auquel le journal Le Monde a consacré un article, n’a jamais cessé de donner Obama gagnant, même en dépit de sa chute consécutive à son premier débat complètement raté.

Alors certes, je ne prends pas de grands risques avec ma prédiction. Mais tout de même, l’absence de surprise ne serait-elle pas une surprise en soi, dans cette élection passionnée et pleine de rebondissement ?

N’oublions pas que ces élections seront également l’occasion, pour les citoyens américains, dépendamment de leurs États, de voter pour leurs représentants à la Chambre ou au Sénat, pour leurs gouverneurs mais encore d’autres responsables (sheriffs…) et enfin se prononcer sur un certain nombre de sujets de société. Alors qu’en France, la question de l’ouverture au mariage et à la parentalité aux couples de même sexe est pleinement d’actualité (avez-vous remarqué que ceux qui réclament le plus « un débat » sont ceux qui ne cessent pas de s’exprimer et qualifient de refus de débattre leur défaite idéologique annoncée ?) on suivra avec d’autant plus d’intérêt les résultats sur ce sujet dans le Maine, le Maryland, l’État de Washington.

Et pour ma part, je rêve du jour où les Européens pourront autant se passionner pour les élections européennes qu’ils le font pour les élections américaines, avec un dépouillement État par État pour que se remplisse progressivement l’hémicycle du Parlement européen et détermine ainsi le futur Président de la Commission européenne.

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Sauvez l’Europe… des eurosceptiques !

Titem | 27 juillet 2011

Jean Quatremer, le correspondant de Libération à Bruxelles, a écrit un lumineux billet sur la méthode communautaire (dite également « fédéralisme »), qui vient mettre à bas bien des malentendus sur ce sujet. Non, il ne s’agit pas de constituer un « super-État », un « empire », mais de faire en sorte que les institutions européennes puissent exercer leurs compétences, propres ou partagées, indépendamment des Etats, à la majorité et non à l’unanimité, source de blocage.

C’est davantage de responsabilité (j’en parlais précédemment), laquelle va de pair avec la démocratie, qui permettra de sortir de la crise par le haut, et non le repli vers des solutions nationales, quoiqu’en disent les eurosceptiques. Cela sera difficile, mais cela doit permettre d’être plus réactif et d’échapper aux aléas électoraux des chefs d’Etats.

Sur quelle planète vit Nigel Farage ?

Source : Euro Realist Newsletter

Comme par exemple Nigel Farage, connu pour ses coups de gueule au Parlement européen et dont j’ai déjà évoqué la malhonnêteté intellectuelle dans un autre billet. Lui qui en effet critique le manque de démocratie dans l’Union a pourtant bien été démocratiquement élu au suffrage universel et ne manque pas de s’exprimer… En réalité il ne souhaite pas que l’exécutif européen soit démocratiquement élu par les électeurs européens, comme je vous le montrerai un peu plus bas.

Que dit-il ? L’Europe de bureaucrates est en crise, virons le Parlement européen et la Commission européenne qui ne servent à rien et résolvons nos problèmes en démocraties matures au sein d’un Conseil dont le fonctionnement serait proche de l’OTAN.

C’est à lui que j’ai envie de demander « mais sur quelle planète vivez-vous ? » Ce qu’il nous propose, c’est un vague G27 qui s’accorderait a minima mais sans administration en mesure de contrôler et de mettre en pratique les décisions prises, parfaitement inefficace et non démocratique, puisque la responsabilité politique ne s’exercerait que devant les électeurs nationaux.

Or, c’est justement cette Europe qui est à la manœuvre, celle des « gouvernements matures » incapables de répondre rapidement et clairement à la crise, où les grands pays imposent leurs choix aux plus modestes. Croire qu’il suffit de coordonner les politiques économiques et budgétaires relève de la plus grande naïveté. Il peut d’autant plus considérer que l’OTAN fonctionne que son pays, le Royaume-Uni, n’a pas joué un franc jeu avec la France.

Nicolas Dupont-Aignan : l’illusion nostalgique du franc.

Prenez ensuite Nicolas Dupont-Aignan. Après une vidéo totalement démagogique où il indiquait que l’euro avait multiplié les prix par 6 – même certains de ces partisans ont ressenti un malaise – il revient pour nous enjoindre de sauver l’Europe plutôt que l’euro. S’il faut bien sauver l’Europe de quelque chose ou de quelqu’un, c’est bien de lui-même et des autres eurosceptiques qui, par biais idéologique, seraient prêts à préférer une aggravation de la crise, pourvu que l’on fasse échec au projet européen !

Ses idées : il est mensonger de faire croire que l’euro n’a pas de responsabilité dans la crise de la dette et de porter l’accusation sur la mauvaise gestion des gouvernements. C’est pourtant bel et bien le cas : le Royaume-Uni n’est pas dans l’euro et doit affronter les mêmes problèmes. Par ailleurs, les États-membres se sont toujours arrangés pour ne pas enclencher les mécanismes de sanction en cas de non respect du pacte de stabilité budgétaire.

Il dénonce encore « l’application d’un taux d’intérêt unique à des économies aux taux d’inflation différents » et la politique consistant à mener une politique économique unique pour mettre fin aux déséquilibres, et prône ainsi la sortie de l’euro. L’économiste américain Paul Krugman avait montré dès 1993 que l’intensification des échanges au sein d’une zone monétaire accentue les spécialisations régionales, basées sur l’avantage. Accentue, car elles existaient avant, mais avait-on alors plusieurs francs, deutsche marks ou pesetas ?

Quelles solutions alors ? Sortir de l’euro ne ferait qu’aggraver la crise et la panique des marchés financiers. Rien ne garantit que l’on retrouve ainsi de la compétitivité – comment expliquer autrement que les exportations françaises diminuent, alors que celles de ses partenaires européens augmentent ? Ce qu’il faut, c’est renforcer la gouvernance économique, augmenter les transferts de solidarité entre les régions européennes pour diminuer les chocs asymétriques. Il est vrai que c’est hautement plus ambitieux que le repli sur soi, même si l’entêtement des États-membres à refuser toute augmentation du budget européen pour accompagner le renforcement des compétences européennes grève cette ambition. Même si ce qui en définitive doit sauver l’Europe, c’est un regain d’intérêt de la part des citoyens européens.

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Sommet de la zone euro : solidarité, intégration… responsabilité ?

Titem | 21 juillet 2011

Cela fait trois semaines que je souhaite publier un article sur la crise de la dette publique, sans être satisfait du résultat. J’avais fini par y arriver hier soir, mais voilà que l’actualité et notamment l’accord des chefs d’Etat de la zone euro me pousse à revoir mon analyse. Notez que je parle bien de crise budgétaire, et non de « crise de l’euro », car d’autres pays très endettés et qui n’ont pas l’euro pour monnaie, au premier chef desquels le Royaume-Uni et les États-Unis, subissent cette même crise.

Mr George PAPANDREOU, Greek Prime Minister, Mr Herman VAN ROMPUY, President of the European Council, Mr Jose Manuel BARROSO, President of the European Commission at the final press conferenceSource "Le Conseil de l'Union européenne"

Bien que demeurant à Montréal, je reste attentif à l’actualité européenne, pour une fois très présente dans les médias. Cette actualité avait de quoi désoler le plus convaincu des europhiles. Peut-on dire que les décisions seront suffisantes ? Sans doute pas, je regrette notamment que la solution des eurobonds semble avoir été écartée de même que la taxe bancaire. De plus, beaucoup reste à faire pour retrouver de la croissance, mais l’on peut au moins espérer que les conditions plus souples avancées pour la Grèce permettront d’écarter durablement tout risque de défaut (même si on laisse la voie ouverte vers un défaut partiel).

Je ne saurais dire ce qui a été le plus désolant ces derniers jours: l’incapacité de nos dirigeants à s’entendre sur les décisions qui conviennent d’être mises rapidement en œuvre ou la désagréable impression de manque de responsabilité laissée aux citoyens européens.

Car c’est bien l’indécision qui met à mal l’Europe. Même aux États-Unis, certains observateurs (ni les plus libéraux ni les moins conservateurs) commencent clairement à regretter l’absence d’une gouvernance économique commune alors que 17 Etats partagent la même monnaie. L’attentisme d’Angela Merkel (ici) a été fort critiqué, y compris en Allemagne par son mentor Helmut Kohl, et Barack Obama a dû une nouvelle fois décrocher son téléphone pour tenter de la convaincre.

Lors de cette crise s’affrontent par tribunes interposées europhiles, voire fédéralistes et eurosceptiques. Je ne tiens pas à compter les points entre les deux camps, mais je reste néanmoins circonspect face aux arguments spécieux de certains eurosceptiques, qui cachent mal leur intérêt cynique pour la faillite de la monnaie unique et du projet européen et guettent la crise avant autant d’enthousiasme qu’un indien faisant la danse de la pluie pour implorer le ciel (et les Dieux de la finance), de faire tomber l’orage sur la zone euro. Sauf que si l’orage éclate, les éclairs frapperont tout le monde, et nul n’a en réalité à ce que la crise s’aggrave.

L’option fédéraliste, taxée de « douce chimère », n’a pourtant jamais été autant d’actualité. Il ne s’agit pas de passer du jour au lendemain au « tout fédéralisme », mais bien de se doter d’outils adéquats et d’une intégration plus resserrée, ce vers quoi l’on se dirige progressivement : le Fonds Européen de stabilité financière se rapproche d’un Fonds Monétaire Européen, avec la possibilité de racheter de la dette sur le marché secondaire ou l’accord de lignes de crédit. Malgré tout, si l’on se rapproche d’une solution plus fédérale, la gestion continue d’être intergouvernementale (la décision revient aux Etats-membres, en espérant qu’aucun ne donne son veto) alors même que cette méthode a jusqu’à présent montré son insuffisance.

Des dirigeants enfin responsables ?

Responsables, nos dirigeants l’ont sans doute été en parvenant à faire des compromis… mais que de coûteuses tergiversations pour parvenir à ce résultat ! En serait-on arrivé là si l’on avait dit dès le départ que l’Union ne laisserait pas tomber la Grèce ? Au moins aujourd’hui, les outils, notamment s’agissant de la maîtrise budgétaire, sont mis en place.

Mais responsables devant qui, c’est là que le bât blesse. Ecartons immédiatement l’argument grossier d’une Union européenne non démocratique, tenu par des nationalistes eurosceptiques comme Nigel Farage qui, en réalité, ne veulent pas d’une Europe démocratique et d’une Commission qui sortirait du résultat des élections européennes et non des discussions de couloir des chefs d’Etat.

Ce sont les chefs d’Etat qui sont à la manœuvre depuis des mois, l’Europe qui peine à prendre des décisions, c’est eux ; chacun poursuivant leur intérêt propre, soumis aux échéances électorales, à la pression de leurs institutions nationales voire régionales, sans oublier ceux qui n’ont plus beaucoup de légitimité. C’est l’échec de la méthode intergouvernementale. Et il ne faut pas compter sur les fantômes qu’ils ont choisis pour représenter l’Europe (José Manuel Barroso, Herman van Rompuy), pour faire preuve d’initiative.

Ses chefs d’Etats ne sont responsables que devant leur propre électorat, leurs décisions seront peut-être débattues dans les parlements nationaux et européens, mais pas avalisées. Or le surcroît d’intégration qui se met en place dans l’Union ne peut pas faire l’impasse sur un surcroît de responsabilité des institutions communautaires devant les citoyens européens et leurs représentants : cela passe donc par un renforcement de la Commission européenne, procédant réellement du résultat des élections européennes et non des négociations des chefs d’Etats.

Mais la démocratie n’en sortirait pas grandie si les citoyens européens ne devaient pas prêter beaucoup d’attention à ces débats sur la gouvernance (point sur lequel réagit également Fabien Cazenave) alors que d’importantes échéances sont annoncées avec les négociations du budget européen et élections de 2014, seront décisives.

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Droits LGBT : le flop 5 des pays d’Europe

Titem | 24 juin 2011

Cet article a également été publié dans le webzine européen CaféBabel.

Ils battent le pavé pour revendiquer le respect de leurs droits et le droit au respect, qu’ils soient gay ou lesbiennes, bi, trans ou encore tout simplement gay-friendly. De mai à août, les Gay Pride mobilisent en musique et en couleur plusieurs centaines de milliers de citoyens. L’occasion pour CaféBabel de faire le point sur le droit des minorités sexuelles en Europe. Sur les tops et les flops. Deuxième jet, le flop 5 de l’Europe, réalisé à partir du classement dressé par l’ONG ILGA-Europe (International Lesbian and Gay Association) à l’occasion de la journée internationale pour la lutte contre l’homophobie (IDAHO).

1)      L’Ukraine, la révolution rose n’a pas encore eu lieu.

Ce n’est pas le pays auquel on pense spontanément lorsqu’il s’agit de violence à l’égard des LGBT, mais les discriminations légales y demeurent les plus nombreuses parmi les pays d’Europe : Gay Pride interdites, aucune sécurité juridique pour les couples de même sexe, ILGA-Europe dénonce également des violations de la liberté d’association. Pour compléter le tableau noir, les transgenres ne sont reconnus juridiquement que s’ils ont subi une stérilisation et divorcé – au cas où ils seraient mariés.

2)      La Moldavie, autre lanterne rouge.

Ce pays, qui est l’un des moins développés d’Europe, est également l’un de ceux où les droits des LGBT sont les plus absents. Après avoir été autorisées en 2002, les Gay Pride y sont interdites, au motif que cela ne serait pas compatible avec les valeurs catholiques de ce pays orthodoxe.

3)      La Biélorussie : « mener une vie normale ».

Retrouver la dernière dictature d’Europe dans ce classement n’est malheureusement pas une surprise, tant les violations des droits humains y sont nombreuses. Les manifestations sont interdites (les contestations de la réélection au score stalinien d’Alexandre Loukachenko en décembre 2010 se sont terminées dans la violence), alors les Gay Pride… Celle de mai 2010 se solda par des arrestations et des amendes.

Le Président Loukachenko a également fait parler de lui au début de l’année en affirmant aux medias d’avoir assené « les yeux dans les yeux » au ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle, ouvertement homosexuel, qu’il lui fallait mener « une vie normale ».

Les associations de défense des droits des homosexuels existent néanmoins, mais la vie sociale est clandestine, les descentes de policiers étant nombreuses.

4)      La Russie défie la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Même si la Russie reconnaît légalement l’existence des personnes transgenres sans leur imposer d’infamantes opérations chirurgicales, elle ne brille guère en ce qui concerne le droit des homosexuels à fonder une famille et la lutte contre la discrimination des minorités sexuelles. Condamnée à deux reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme pour entrave à la liberté de manifestation en raison de l’interdiction d’organiser des Gay Pride à Moscou, celle organisée cette année s’est terminée dans la violence, des militants des droits, comme le Président du comité IDAHO Louis-George Tin, venus soutenir les revendications des associations russes témoignant que des groupuscules néo-fascistes ont prêté main forte à la police.

5)      La Turquie : des Gay Pride mais des discriminations.

Le crime d’honneur commis à l’encontre de l’étudiant Ahmet Yildiz, de même que la radiation de Halil Ibrahim Dinçdag des listes d’arbitres de football, en raison de leur homosexualité, ont marqué les esprits en Turquie. Bien que les Gay Pride soient autorisées – Istanbul organisera sa 19e manifestation, le droit des associations LGBT n’est pas toujours respecté. L’une d’elles, Kaos Lambda, faillit être interdite par le gouverneur d’Istanbul après avoir été perquisitionnée par la police.

Vivre son homosexualité peut s’avérer particulièrement dangereux et le harcèlement policier y est courant, comme en témoigne un rapport de Human Rights Watch. La communauté reste discrète, même si un restaurateur a pu ouvrir un établissement il y a deux ans. La réélection du parti musulman-conservateur du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan ne devrait pas changer la situation pour les années à venir.

Même s’il ne reste aujourd’hui plus aucun pays en Europe considérant que l’homosexualité est une maladie ou interdisant complètement les relations homosexuelles, certains pays ont encore beaucoup de chemin à faire dans la voie de l’égalité des droits pour les personnes LGBT, notamment en raison du poids des conservatismes religieux voire de l’héritage communiste.

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Droits LGBT : le top 5 des pays d’Europe

Titem | 23 juin 2011

Cet article a également été publié dans le webzine européen CaféBabel.

Ils battent le pavé pour revendiquer le respect de leurs droits et le droit au respect, qu’ils soient gay ou lesbiennes, bi, trans ou encore tout simplement gay-friendly. De mai à août, les Gay Pride mobilisent en musique et en couleur plusieurs centaines de milliers de citoyens. L’occasion pour CaféBabel de faire le point sur le droit des minorités sexuelles en Europe. Les tops et les flops. Premier jet, le top 5 de l’Europe, réalisé à partir du classement dressé par l’ONG ILGA-Europe (International Lesbian and Gay Association) à l’occasion de la journée internationale pour la lutte contre l’homophobie (IDAHO).

1) Le Royaume-Uni : God Save the Queer !

Le pays de sa Gracieuse Majesté arrive premier du classement, ce qui pourrait en étonner plus d’un, vu que seuls les partenariats enregistrés sont permis entre les couples de même sexe, et non les mariages, grâce à une loi datant de 2005 et dont le chanteur Elton John fut l’un des premiers à bénéficier. Ce partenariat ouvre néanmoins les mêmes droits que le mariage, ainsi la possibilité pour un couple gay d’élever ou d’avoir des enfants.

Mais le Royaume-Uni se distingue des autres pays par une meilleure protection des personnes transgenres contre les discriminations, celles-ci ne devant pas par ailleurs subir obligatoirement une opération de réassignation sexuelle pour être reconnues. Seul bémol : elles doivent en revanche divorcer de leur conjoint le cas échéant.

2) La Suède : vivent les marié(e)s devant Dieu !

La Suède, en plus d’autoriser le mariage et l’homoparentalité, est l’un des rares pays où les discriminations à l’égard des homosexuels sont prohibées par la Constitution (comme au Portugal et au Kosovo). Par ailleurs, sa législation interdit le refus du mariage religieux pour les personnes homosexuelles ; en clair, les couples homosexuels sont autorisés à se marier à l’église, une possibilité bien accueillie par l’église luthérienne suédoise. Une meilleure prise en compte des droits des personnes transgenres permettrait à la Suède d’être un pays encore plus modèle.

3) L’Espagne dépasse les conservatismes religieux

Le mouvement est venu des gouvernements régionaux dans ce pays fédéral, où le catholicisme demeure une force politique et sociale. Finalement, le gouvernement socialiste de José Luis Zapatero autorisa le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe en 2005, et ce malgré les manifestations du Forum espagnol de la Famille, soutenus par l’épiscopat et d’autres lobbies catholiques conservateurs. 16000 mariages ont ainsi été célébrés en seulement quatre ans. Les inséminations artificielles sont possibles, mais seulement dans les cliniques privées. Si les transsexuels ne sont pas forcés de subir une opération chirurgicale pour être reconnus, leur protection contre les discriminations pourrait toutefois être renforcée.

4 et 5) La Belgique et les Pays-Bas : du droit à la réalité.

Les Pays-Bas furent le premier pays européen, en 2001, à autoriser le mariage des couples de même sexe et les droits afférents. En Belgique, cela s’est fait en deux étapes : le mariage fut tout d’abord autorisé en 2003, puis, trois ans plus tard, ce fut le cas de l’adoption pour les couples homoparentaux.

Néanmoins concrètement, la situation est loin d’être parfaite. Si des lesbiennes européennes, notamment françaises, profitent de cet état juridique pour avoir recours à l’insémination artificielle, les statistiques ont montré que les adoptions de la part de ces couples en Belgique par an se comptent sur les doigts d’une main. Les femmes ne sont pas les seules à être concernées par le désir d’enfant. L’histoire de Samuel a ému le pays et la communauté homosexuelle dans le monde : l’enfant, né en Ukraine et conçu grâce à la gestation pour autrui, était en orphelinat (est-ce cela que l’on considère être « l’intérêt de l’enfant » ?) tandis que son père biologique et son compagnon bataillaient juridiquement pour en obtenir la garde.

Par ailleurs aux Pays-Bas, après 10 ans d’existence, si les mariages homosexuels s’avèrent statistiquement finir 3 fois moins souvent en divorces, on compte néanmoins deux mariages pour un contrat civil entre couples du même sexe, la formule étant jugée plus simple tout en offrant les mêmes droits.

A toutes fins utiles, on rappellera que la situation légale n’est pas le seul indicateur de l’acceptation de l’homosexualité. Ainsi, bien que les unions civiles soient autorisées en Hongrie depuis 2009 ou les discriminations contre les LGBT sanctionnées en Croatie, les dernières Gay Pride y ont été troublées par des militants d’extrême-droite et la communauté gay reste souvent cachée.

Photos : Une, /flickr Mariage lesbien (cc) /Flickr ; Adoption gay (cc)/Flikr

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La fantaisie jazzy de Raphaël Gualazzi

Titem | 20 juin 2011

Cet article a également été publié dans le webzine des Jeunes Européens, Le Taurillon.

L’Italie nous avait déjà donné le jazzman Paolo Conte et Raphaël Gualazzi pourrait bien avoir une carrière aussi brillante que son compatriote. Acclamé par la critique lors du Festival de San Remo et de l’Eurovision cette année, où il voulait montrer que le jazz avait toute sa place dans un concours populaire et a tenu à se concentrer sur la musique plutôt que la mise en scène, le natif d’Urbino a sorti son 2e album Reality and Fantasy, au début de l’année, six ans après le précédent. Le titre qui donne son nom a l’album a même fait l’objet d’un remix, présent sur la compilation Hotel Costes.

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La formation classique acquise par Raphaël Gualazzi pendant huit ans au Conservatoire Rossini de Pesaro ont donné à Raphael Gualazzi une grande maîtrise de son instrument, lui autorisant toutes les fantaisies et les acrobaties, lui qui excelle dans le stride piano, où les mains du musicien font de « grands pas » sur le clavier. Résultat : un classique comme le Caravan de Duke Ellington devient un étourdissant moment de dextérité et de plaisir d’écoute.

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Mais la musique de Raphael Gualazzi n’est pas que technique et intensité. Celui qui joue de sa voix comme de son instrument, pouvant être grave et éraillée ou aiguë peut également faire preuve de beaucoup de finesse et ainsi toucher au plus profond de chacun. Le jazz est ici revisité avec des influences plus modernes pour le divertissement de chacun.

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Avec Reality and Fantasy, Raphaël Gualazzi vient rappeler que l’Italie demeure une terre de culture, inspirée et dynamique.

L’artiste sera en tournée cet été, présent dans de nombreux festivals en Italie et en France. Il se produira notamment au Festival Django Reinhardt de Samois-sur-Seine le 25 juin, à Nantes de 2 juillet, au Festival d’été Rhinojazz de Saint-Etienne le 29 juillet et le 30 au Festival Jazz en Liberté d’Andernos-les-Bains ainsi qu’au Festival Jazz en Touraine le 14 septembre.

Site officiel de Raphaël Gualazzi : http://www.raphaelgualazzi.com

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Eurovision 2011 : victoire surprise de l’Azerbaïdjan

Titem | 22 mai 2011

Cet article a également été publié dans le webzine des Jeunes Européens, Le Taurillon, et fait suite à mes deux précédents articles : Eurovision 2011 : une compétition disputée mais ouverte ainsi que L’Eurovision n’est pas qu’un spectacle kitsch et décalé.

C’est la consternation depuis ce week-end : il était annoncé comme le favori des pronostics et il n’aura suffit que de quelques minutes pour que celui-ci voie s’échapper une victoire qui était promise. Il, ce n’est pas seulement DSK, c’est également le représentant français à l’Eurovision 2011, Amaury Vassili. Après vous avoir parlé de l’apport de cette compétition à l’identité européenne, petit retour sur cette compétition qui a lieu ce samedi, et en musique.

Ma soirée de samedi a renforcé dans ma conviction que l’Eurovision est prise bien plus au sérieux ailleurs en Europe qu’en France, même si près de 5 millions de téléspectateurs ont regardé la compétition, une meilleure audience que la finale de la Coupe de France de football. Un ami allemand rêvait d’une deuxième victoire consécutive de sa compatriote Lena Meyer-Landrut, première artiste à défendre son titre, tandis qu’une autre amie suédoise semblait confiante dans la victoire de Eric Saade. Chacun se prête aux jeux des pronostics, mais le résultat voit finalement la victoire surprise de l’Azerbaïdjan, pour sa 4e participation et dont la présence à cette compétition musicale s’explique par son appartenance à l’Union européenne de radio-télévision.

Le concours fut aussi ouvert et serré qu’il avait été annoncé. Avec le système de vote mixte (50 % jury, 50 % public), introduit pour limiter les alliances géographiques, des concurrents sérieux ont été éliminés dès le stade des demi-finales : c’est notamment le cas de l’israélienne Dana International, première transsexuelle à remporter la compétition en 1998 avec Diva. De même la Turquie, pourtant coutumière des bonnes places grâce aux votes de sa diaspora, est passée à la trappe, tout comme 4 pays des Balkans habitués à s’attribuer mutuellement des points : l’Albanie, la Bulgarie, la Croatie et la Macédoine.

Exit également les provocateurs du groupe révolutionnaire portugais Homens de la Luta, qui avait choisi de s’entourer de choristes grimés en stéréotypes de la société portugaise, au point qu’une partie de la presse les a surnommés les Village People du Portugal.

Le vote géographique a pourtant été encore d’actualité cette année : la Grèce recevant une nouvelle fois les fameux « twelve points » de Chypre, Moldavie et Roumanie s’échangeant également 12 points. Et cette alliance stratégique de fait a également été le cas pour l’Europe de l’Ouest : l’Espagne a reçu la moitié de ses 50 points grâce à la France et au Portugal, et l’Italie récoltant également le score maximum de l’Albanie, de l’Espagne et de Saint-Marin. Pour autant, ce vote géographique, s’il est important, n’est pas déterminant dans la victoire : l’Azerbaïdjan n’a reçu que trois « 12 points ». Un pays ne peut espérer gagner sans le soutien d’un maximum de pays – et en effet, les trois premiers sont eux qui ont reçu des points de presque tous les pays participants. Il sera toutefois intéressant de voir, dans quelques jours, la publication des votes séparés du public et du jury, lesquels pourraient révéler de fortes disparités, comme l’année dernière.

[Mise à jour du 30 mai 2011, 18h : Et c'est effectivement le cas !

  • L'Italie doit essentiellement sa 2e place qu'au jury, qui a classé Raphael Gualazzi premier, loin devant le 2e en nombre de points, l'Azerbaïdjan. Mais le public n'a placé le concurrent italien qu'en 11e position.
  • La Suède aurait peut-être pu remporter l'Eurovision si le jury l'avait mieux classée : Eric Saade avait reçu quasiment autant de points du public que le duo gagnant Ell & Nikki, mais était 9e pour le jury.
  • La Grèce mais surtout la Russie, peuvent remercier également le public. Le concurrent russe, Alexey Vorobyov, donné dernier par le jury, arrivera au final 16e grâce à la 7e place accordée par le public.]

Ell & Nikki ont ainsi remporté la compétition avec leur ballade doucette, Running Scared, sur le plus petit score pour un gagnant depuis l’introduction des demi-finales en 2008, avec 221 points. Etonnamment, les Australiens, qui pouvaient regarder l’Eurovision et voter pour leur chanson favorite, les ont classés… derniers !

La prochaine compétition devrait ainsi avoir lieu dans la capitale de l’Azerbaïdjan, Bakou. Une aubaine pour ce pays qui souhaite développer davantage son industrie du tourisme. Mais aussi un mètre-étalon des relations géopolitiques entre les pays du Caucase : si l’Eurovision est un moyen pour les Européens d’exprimer leur identité européenne, elle n’empêche pas les querelles entre États. L’Azerbaïdjan a ainsi été condamné pour avoir déréglé, en 2009, son signal télé au moment du passage du candidat arménien, alors que Bakou est en conflit avec Erevan quant à la revendication territoriale du Haut-Karabagh, que cette dernière contrôle militairement.

http://www.dailymotion.com/video/xipl8d

Le chanteur lyrique français Amaury Vassili, qui a interprété en corse Sognu, annoncé comme favori aura déçu tant par sa prestation (mal coiffé, habillé d’un gilet faisant penser à Napoléon et chantant d’une voix mal posée au début) que par sa place (15e) ou son manque de fair-play.

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Cette édition 2011 de l’Eurovision aura notamment été marquée par le retour de l’Italie, pays qui n’avait plus participé depuis 1997. En tant que gros contributeur à l’Union-Européenne de Radiotélévision, elle a été dispensée, comme tout comme les autres pays du « Big 5 » (Allemagne, Espagne, France, Royaume-Uni) et le pays hôte (l’Allemagne cette année) de passer par le stade des demi-finales.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Italie a réussi son come-back avec une très belle 2e place pour le pianiste de jazz Raphael Gualazzi et son Madness of Love, qui s’est satisfait d’avoir redonné de la popularité à ce style musical à l’Eurovision (voir les interviews des 3 premiers ainsi que de la gagnante de la précédente édition). L’autre perle de la compétition, de ces chansons avec de bonnes qualités musicales mais habituellement sous-notées à l’Eurovision, Love in Rewind de la star bosniaque Dino Merlin, termine néanmoins à la 6e place.

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Dans la bataille des belles gueules, c’est le Suédois Eric Saade, donné parmi les favoris du concours, qui a eu le dernier mot face, avec une chanson très pop et une performance fracassante : Popular. Il donne ainsi sa meilleure place à Stockholm depuis la victoire de Charlotte Nilsson en 1999. Le boys band britannique Blue marque son retour sur scène avec une 11e place.

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La gagnante de l’année dernière n’aura pas réussi son pari d’entrer dans la légende aux côtés de Johnny Logan, « Mister Eurovision », seul concurrent à avoir remporté trois fois la compétition pour l’Irlande, deux en tant que chanteur, en 1980 et 1987, une en tant que parolier, en 1992. Avec une performance plus assurée et sensuelle (manquant du coup de cette spontanéité qui avait tant séduit ?) l’Allemande Lena Meyer-Landrut décroche une honorable 10e place avec Taken by a Stranger.

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Au rayon des performances kitsch, sans lesquelles l’Eurovision ne serait pas l’Eurovision, les jumeaux irlandais de Jedward et leur très Lady-Gagaesque Lipstick auront tenu toutes leurs promesses : cheveux en pointe d’obus, tenues rouges criardes et gesticulations, ils sont finalement arrivés 8e. Les Moldaves de Zdob şi Zdub, affublés de chapeaux de nains de jardins, finissent eux 12e avec So Lucky.

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Les sosies n’auront pas eu grand succès cette année : la Céline Dion hongroise, Kati Wolf, n’arrive que 22e et la Katty Perry estonienne, Getter Jaani, a une surprenante 24e place.

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L’Eurovision n’est pas qu’un spectacle kitsch et décalé

Titem | 14 mai 2011

[Mise à jour du 19 mai 15h20] Cet article a également été publié dans une version mise à jour avec les résultats de la compétition sur le webzine eurocitoyen Le Taurillon.

Dans quelques heures se tiendra à Düsseldorf le 54e Concours Eurovision de la chanson. Beaucoup vous diront qu’il s’agit d’un concours ringard, une vitrine kitsch pour la musique pop commerciale. Mais pour les chercheurs en sciences sociales, cet événement paneuropéen, qu’ils tentent de réhabiliter par leurs travaux, est également un objet d’études passionnant sur les relations entre les États européens, l’identité européenne ou encore la représentation des genres.

24 mai 2008, Egkomi, banlieue de Nicosie, dernière capitale divisée de l’Union européenne. Alors en stage là-bas, je suis invité à passer la soirée en boîte. En même temps que la musique du DJ, un grand écran retransmet en direct l’Eurovision. Les Français regardent distraitement, commentant parfois avec ironie les performances ou l’attribution des points. Les quelques Chypriotes présents semblent plus absorbés : la Grèce a en effet de bonne chance de gagner. Ce sera finalement une victoire du russe Dima Bilan.

Cet épisode illustre d’une certaine manière le rapport différent qu’entretiennent les Européens à l’égard de cet événement : boudé à l’Ouest pour son côté kitsch, il semble pris plus au sérieux ailleurs, même si parfois la dérision (comme la prestation du transformiste Verka Serduchka pour l’Ukraine en 2007) ou le décalage (la victoire du groupe métal finlandais Lordi en 2006) sont utilisées pour attirer les votes. L’Eurovision est un spectacle avant tout, avec ses costumes, ses paillettes et ses chorégraphies, parfois improbables, qui n’ont rien à envier à d’autres programmes de télé-crochet.

Mais cette compétition aura aussi vu défiler des chanteurs qui, pour certains, connaîtront une très belle carrière : ABBA, Julio Iglesias, Toto Cutugno, Céline Dion, Patricia Kaas… Et même si le temps est à la pop, l’Eurovision suit les modes musicaux de son temps et l’on commence à voir davantage de chansons rock, des accents électroniques, mais également cette année, du hip-hop, avec le Grec Loúkas Yórkas, ou du jazz, avec l’Italien Raphael Gualazzi.

Les quelques 120 millions de téléspectateurs qui suivent cet événement paneuropéen trouvent leur compte et assument le kitsch de l’événement, de même que la centaine de chercheurs pour qui l’Eurovision est également un objet de recherche passionnant. Plusieurs thème sont abordés dans leurs travaux, comme la question de la langue, la régionalisation des votes et l’identité européenne ; pour ceux qui s’intéressent également à la question des genres et l’Eurovision, cet article devrait leur donner quelques indications utiles.

L’anglicisation de l’Eurovision.

La question de la langue a longtemps divisée les organisateurs du concours, certains pays s’estimant lésés par la complexité de la leur, tandis que les pays anglophones ou francophones paraissaient avantagés. Il demeurait toutefois possible de chanter dans une langue régionale : c’est ainsi que la France envoya Patrick Fiori chanter en corse Mama Corsica en 1993 (et cette année, c’est un autre chanteur corse, Amaury Vassili, qui représentera la France avec Sognu) ou Dan ar Braz qui représenta l’Hexagone en 1996 avec sa chanson en breton Diwanit Bugale.

En 1999, L’Union européenne de radiotélévision, qui supervise la compétition, a réinstauré la règle de la liberté de la langue qui avait court durant les années 1970. Depuis, seule une chanson non-anglophone a remporté la compétition : Molitva, de Marija Šerifović en 2007, ce qui accroit la polémique sur la tendance à l’anglicisation du concours et le recours à des paroles simples. Une critique prise très au sérieux en France, où la décision du représentant français Sébastien Tellier, en 2008, de chanter en anglais, a déclenché des débats jusqu’au sein de l’Assemblée nationale !

Vers la fin de « l’Eurovision des pays de l’Est » et la régionalisation des votes.

Plusieurs chercheurs ont étudié la distribution des points lors de l’Eurovision et notamment les coalitions de certains pays d’une même région, qui leur permet d’être bien placé, mais n’est pas un ingrédient suffisant pour expliquer la victoire. Le chercheur Derek Gatherer a ainsi mis en évidence un système d’alliances, entre notamment les pays des Balkans et la Scandinavie. Toutefois, celles-ci ont évolué avec le temps : certaines sont temporaires (comme l’alliance France-Royaume-Uni à la fin des années 1970), d’autres étant presque constantes (comme entre Chypre et la Grèce).

NL: Pays-Bas, BE: Belgique, ES: Espagne, AD: Andorre, TR: Turquie, BH: Bosnie-Herzégovine, HR: Croatie, SL: Slovénie, MK: Macédoine, AL: Albanie, CS: Serbie and Monténégro, GR: Grèce, CY: Chypre, RO: Roumanie, PL: Pologne, UA: Ukraine, RU: Russie, LI: Lituanie, LA: Lettonie, EE: Estonie, FI: Finlande, SE: Suède, DK: Danemark, NO: Norvège, IS: Islande. Le cœur du bloc des Balkans est formé d’une triplice entre l’ancienne république yougoslave de Serbie-et-Monténégro, de la Croatie et de la Macédoine.

Ce phénomène de régionalisation a été accru par l’ouverture du vote au public, autorisé à la fin des années 1990. Plusieurs explications ont été avancées, comme le partage d’une même culture régionale musicale. Une autre explication serait qu’à travers l’Eurovision, les peuples expriment des opinions politiques sur leurs voisins. C’est ainsi que le zéro pointé recueilli par le Royaume-Uni en 2003, au-delà de leur performance musicale, a pu être interprété comme une condamnation de l’implication du pays en Irak par une opinion européenne largement hostile à cette intervention. Evidente dans le cas de la Grèce et de Chypre, qui caressa pendant longtemps le rêve du rattachement à Athènes et s’échangent à presque tous les concours les fameux « twelve points », la question se pose davantage sur le soutien à la Serbie, en raison de ses anciennes velléités hégémoniques sur la région, et qui remporta pourtant l’Eurovision dès sa première participation en tant qu’entité indépendante.

Si aucune explication n’est avancée sur le manque d’alliances au sein des États de l’Europe de l’ouest aujourd’hui, toujours est-il que ce phénomène de la régionalisation des votes soit de moins en moins sensible avec les prochaines compétitions. Depuis 2008 en effet, l’attribution des points par un pays à l’Eurovision dépend pour moitié du vote d’un jury professionnel et pour une autre moitié du public, afin de temporiser l’effet de régionalisation du vote.

De plus, les pays d’un même bloc sont séparés lors des deux demies-finales, avec une certaine réussite si l’on en croit les résultats de cette année : 4 pays des Balkans ont été éliminés (Albanie, Croatie, Bulgarie, Macédoine) de même que la Turquie, pourtant abonnée aux bonnes places grâce à sa diaspora nombreuse.

L’Eurovision à la recherche de l’identité européenne

Comment parler d’identité européenne, même pour un événement paneuropéen, alors qu’il s’agit d’une compétition artistique entre nations, qui risque en outre d’encourager les stéréotypes ? Parce qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre l’identité européenne et l’identité à son pays, ce que la devise de l’Union européenne, Unis dans la diversité, exprime déjà clairement, même si la standardisation de la langue et de la musique, voire des costumes, viennent tempérer les particularités nationales des participants. Les chercheurs Karen Fricker et Milija Gluhovic estiment par ailleurs que l’Eurovision est en même temps une arène où l’on s’interroge sur les frontières de l’Europe et la signification de l’appartenance à un même ensemble.

L’Eurovision est ainsi la plus ancienne manifestation d’unité culturelle populaire européenne, à laquelle peuvent participer tous les pays membres de l’Union européenne de radiotélévision, ce qui explique la présence dans la compétition d’Israël ou de pays du Caucase. Elle permet ainsi aux plus petits pays de se faire connaître et de concourir à armes égales avec les plus grands États de l’Europe, ce qui explique ainsi leur engouement pour ce concours (écoutez à ce sujet les reportages d’Euranet sur l’importance de l’Eurovision en Suède et en Lituanie). Mais les Européens ne peuvent pour autant voter que pour un concurrent étranger.

Si tous les Européens ne sont pas capables de citer la capitale d’un pays de l’est, l’Eurovision a le mérite de changer le regard qu’ils portent sur cette Europe très élargie, et permet de mieux percevoir ce que l’Europe peut signifier. La chute du mur de Berlin a fortement augmenté le nombre de concurrents venus de l’est dans la compétition ; même la Biélorussie participe à la compétition.

Pour autant, le mur reste encore présent dans les têtes – il est même ironique de constater que c’est l’Europe de l’est, la plus prompte à vouloir intégrer l’Union européenne, qui est également la plus intéressée par l’Eurovision. S’il est possible de revendiquer sa part d’identité européenne, la porte des institutions politiques leur est le plus souvent fermée ; c’est particulier marquant dans le cas de la Turquie.

L’Eurovision représente néanmoins un des moteurs de l’unité européenne, un ciment injustement décrié de l’identité européenne, qu’il faut prendre comme ce qu’elle est : un spectacle dynamique et décalée, chose bien utile à une période où l’on reparle d’instaurer des barrières aux frontières des États-membres de l’Union.

Ailleurs sur la toile :

Scholars See Deeper Meaning in European Kitschfest, de Daryl Lindsey dans l’édition en ligne du Spiegel International : http://www.spiegel.de/international/zeitgeist/0,1518,762165,00.html

Scholars Sing the Praises of Eurovision, de Daniel Michaels dans l’édition en ligne du Wall Street Journal : http://online.wsj.com/article/SB10001424052748703561604576150210586432164.html

Comparison of Eurovision Song Contest Simulation with Actual Results Reveals Shifting Patterns of Collusive Voting Alliances, article de Derek Gatherer dans le Journal of Artificial Societies and Social Simulation vol. 9, no. 2 : http://jasss.soc.surrey.ac.uk/9/2/1.html

Le site officiel de l’Eurovision : http://www.eurovision.tv

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