Sauvez l’Europe… des eurosceptiques !
Titem | 27 juillet 2011Jean Quatremer, le correspondant de Libération à Bruxelles, a écrit un lumineux billet sur la méthode communautaire (dite également « fédéralisme »), qui vient mettre à bas bien des malentendus sur ce sujet. Non, il ne s’agit pas de constituer un « super-État », un « empire », mais de faire en sorte que les institutions européennes puissent exercer leurs compétences, propres ou partagées, indépendamment des Etats, à la majorité et non à l’unanimité, source de blocage.
C’est davantage de responsabilité (j’en parlais précédemment), laquelle va de pair avec la démocratie, qui permettra de sortir de la crise par le haut, et non le repli vers des solutions nationales, quoiqu’en disent les eurosceptiques. Cela sera difficile, mais cela doit permettre d’être plus réactif et d’échapper aux aléas électoraux des chefs d’Etats.
Sur quelle planète vit Nigel Farage ?
Source : Euro Realist Newsletter
Comme par exemple Nigel Farage, connu pour ses coups de gueule au Parlement européen et dont j’ai déjà évoqué la malhonnêteté intellectuelle dans un autre billet. Lui qui en effet critique le manque de démocratie dans l’Union a pourtant bien été démocratiquement élu au suffrage universel et ne manque pas de s’exprimer… En réalité il ne souhaite pas que l’exécutif européen soit démocratiquement élu par les électeurs européens, comme je vous le montrerai un peu plus bas.
Que dit-il ? L’Europe de bureaucrates est en crise, virons le Parlement européen et la Commission européenne qui ne servent à rien et résolvons nos problèmes en démocraties matures au sein d’un Conseil dont le fonctionnement serait proche de l’OTAN.
C’est à lui que j’ai envie de demander « mais sur quelle planète vivez-vous ? » Ce qu’il nous propose, c’est un vague G27 qui s’accorderait a minima mais sans administration en mesure de contrôler et de mettre en pratique les décisions prises, parfaitement inefficace et non démocratique, puisque la responsabilité politique ne s’exercerait que devant les électeurs nationaux.
Or, c’est justement cette Europe qui est à la manœuvre, celle des « gouvernements matures » incapables de répondre rapidement et clairement à la crise, où les grands pays imposent leurs choix aux plus modestes. Croire qu’il suffit de coordonner les politiques économiques et budgétaires relève de la plus grande naïveté. Il peut d’autant plus considérer que l’OTAN fonctionne que son pays, le Royaume-Uni, n’a pas joué un franc jeu avec la France.
Nicolas Dupont-Aignan : l’illusion nostalgique du franc.
Prenez ensuite Nicolas Dupont-Aignan. Après une vidéo totalement démagogique où il indiquait que l’euro avait multiplié les prix par 6 – même certains de ces partisans ont ressenti un malaise – il revient pour nous enjoindre de sauver l’Europe plutôt que l’euro. S’il faut bien sauver l’Europe de quelque chose ou de quelqu’un, c’est bien de lui-même et des autres eurosceptiques qui, par biais idéologique, seraient prêts à préférer une aggravation de la crise, pourvu que l’on fasse échec au projet européen !
Ses idées : il est mensonger de faire croire que l’euro n’a pas de responsabilité dans la crise de la dette et de porter l’accusation sur la mauvaise gestion des gouvernements. C’est pourtant bel et bien le cas : le Royaume-Uni n’est pas dans l’euro et doit affronter les mêmes problèmes. Par ailleurs, les États-membres se sont toujours arrangés pour ne pas enclencher les mécanismes de sanction en cas de non respect du pacte de stabilité budgétaire.
Il dénonce encore « l’application d’un taux d’intérêt unique à des économies aux taux d’inflation différents » et la politique consistant à mener une politique économique unique pour mettre fin aux déséquilibres, et prône ainsi la sortie de l’euro. L’économiste américain Paul Krugman avait montré dès 1993 que l’intensification des échanges au sein d’une zone monétaire accentue les spécialisations régionales, basées sur l’avantage. Accentue, car elles existaient avant, mais avait-on alors plusieurs francs, deutsche marks ou pesetas ?
Quelles solutions alors ? Sortir de l’euro ne ferait qu’aggraver la crise et la panique des marchés financiers. Rien ne garantit que l’on retrouve ainsi de la compétitivité – comment expliquer autrement que les exportations françaises diminuent, alors que celles de ses partenaires européens augmentent ? Ce qu’il faut, c’est renforcer la gouvernance économique, augmenter les transferts de solidarité entre les régions européennes pour diminuer les chocs asymétriques. Il est vrai que c’est hautement plus ambitieux que le repli sur soi, même si l’entêtement des États-membres à refuser toute augmentation du budget européen pour accompagner le renforcement des compétences européennes grève cette ambition. Même si ce qui en définitive doit sauver l’Europe, c’est un regain d’intérêt de la part des citoyens européens.








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