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Petites-Mains ouvertes vers l’avenir à Villeray

Titem | 19 février 2008

L’organisme d’insertion et d’intégration Petites Mains vient de s’installer dans le quartier Villeray, boulevard Saint-Laurent. Des locaux plus grands, mais toujours la même volonté d’aider les femmes immigrantes à s’insérer dans le monde du travail.

Atelier sérigraphie Petites-Mains - Titem

À l’origine, tout commence par une fermeture : celle d’un comptoir alimentaire à Côte-des-Neiges. Les bénéficiaires et Sœur Denise Arsenault se réunissent alors pour un nouveau projet communautaire et se tournent vers la couture. Elles fondent ce qui deviendra Petites-Mains. «La couture, c’est un élément culturel universellement partagé», explique aujourd’hui Isabelle Boire, intervenante sociale à Petites-Mains.

Une entreprise d’insertion et équitable
«Nous cherchions de nouveaux locaux plus grands, dans un quartier où réside une population immigrante», précise Nahid Aboumansour, directrice générale de Petites-Mains. La petite association qui ne comptait que quatre machines à coudre s’est métamorphosée en une entreprise d’insertion. Petites-Mains est donc une entreprise d’économie sociale dont l’originalité est d’associer formation, insertion dans le monde du travail et activité économique véritable, sans but lucratif.

«Ce qui compte, c’est de répondre aux besoins des femmes», insiste Isabelle Boire. Qu’il s’agisse de cours de français, de préparation d’entretiens à l’embauche, d’offre de stages dans différentes entreprises ou bien sûr, de formation à la couture industrielle, Petites-Mains développe une panoplie de programmes personnalisés dans le but de réinsérer les femmes isolées et les sortir de la pauvreté. La formation apportée se veut globale, personnelle, sociale et technique. « Si l’on ne va pas bien, que son ménage va mal, il est plus difficile de s’en sortir. Mais au contact des personnes qui sont ici depuis longtemps, elles prennent confiance envers l’avenir », poursuit-elle.

Par ailleurs, Petites-Mains s’engage à respecter des normes équitables. L’un de ses produits phares est d’ailleurs le sac à provisions réutilisable, en coton équitable. «Nous achetons du coton équitable, pour que les producteurs soient justement rémunérés», explique Isabelle Boire. «Nous sommes une entreprise d’économie sociale, soucieuse de la qualité de nos produits, et nos salariées gagnent décemment leur vie», ajoute la directrice, Nahid Aboumansour. «C’est pour cela aussi que nous ne sommes pas menacés par la Chine : nous cherchons à responsabiliser nos clients, en les incitant à acheter équitable».

De fil en aiguille, l’envol vers la réussite
Ce sont plus de 10 000 femmes qui sont passées entre ces mains-là, issues de près de 80 pays ; autant de destins différents. Parmi lesquels celui de Mounia. Originaire du Maroc, elle vit en Allemagne avant d’arriver au Canada il y a 4 ans. «Petites-Mains, c’est ma maison, ils m’ont ouvert la porte, à moi et à ma famille. Aujourd’hui, j’ai un travail et j’ai pu apprendre le français, l’anglais et d’autres langues encore : c’est mieux ainsi», confie-t-elle.

Isabelle Boire confirme : «Nous sommes comme une grande famille, d’ailleurs nous faisons très peu de publicité. 3/4 des personnes qui viennent ici ont été orientées par le bouche-à-oreille.» Arrivée à Villeray, Petites-Mains cherche à entrer dans le paysage communautaire du quartier. «Nous sommes très intéressés pour travailler en partenariat avec les autres organismes communautaires de l’arrondissement et tout à fait disposés à organiser des visites», déclare Nahid Aboumansour.

Pour en savoir plus, on peut contacter Petites-Mains au 514 738-8989

A lire aussi : mes impressions sur ce reportage

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La réalité proche de soi : l’entreprise d’insertion Petites-Mains

Titem | 23 janvier 2008

Cette question, je me la pose depuis mon arrivée au Québec. Elle est revenue sur le terrain du débat, alors que j’étais en reportage pour présenter Petites-Mains. Ce que j’observe existe-t-il en France ?

Logo Petites-MainsPetites-Mains est à la fois un organisme de bienfaisance et une entreprise d’insertion. Son but : insérer, par le biais de divers programmes (cours de francisation, aide à la rédaction d’un CV et de préparation d’entretien, apprentissage de la couture industrielle, stage dans divers milieux…) les personnes immigrantes, en particulier des femmes venant des quatre coins du Monde : 10000 depuis le début de cette organisme, de 80 pays différents.

Bobine planisphère - Titem

Suite à la fermeture d’un comptoir alimentaire, une religieuse missionnaire, sœur Denise Arsenault, fonde un petit atelier avec 6 femmes immigrées et 4 machines à couture. Ce petit atelier prend de l’ampleur et deviendra Petites-Mains. Ne pas attendre la charité, mais prendre ses responsabilités et s’en sortir. La philosophie est claire, et elle s’affiche dans les locaux du nouveau bâtiment.

“Donne un poisson à un homme il mangera un jour, apprends-lui à pêcher il mangera tous les jours”.

Entreprise d’insertion n’est pas qu’une description. C’est une appellation certifiée, un gage de qualité de l’encadrement délivré, reconnu par le Gouvernement du Québec. Une entreprise d’insertion doit répondre à 7 critères précis :

  1. Mission d’insertion sociale ;
  2. Caractéristiques des participants en difficulté ;
  3. Entreprise véritable ;
  4. Statut de salarié aux travailleurs en formation ;
  5. Accompagnement personnalisé ;
  6. Formation globale (personnelle, sociale et technique) ;
  7. Partenariat avec les acteurs de son milieu.

Pourquoi parler de Petites-Mains ? L’organisme, autrefois situé dans Côte-des-Neiges, un autre quartier de Montréal, marqué par une forte proportion de personnes issues de l’immigration, déménage dans des locaux plus grands, dans le quartier Villeray. Et pas n’importe où : sur le Boulevard Saint-Laurent, la grande artère qui divise Montréal en une partie ouest et une partie est, facilement accessible par les transports en commun. Le logo de l’organisme s’affiche en grand. Difficile de le rater.

Façade Petites-Mains - Titem

Arrivé là-bas, on me montre les nouveaux locaux, certains encore en travaux. L’atelier de sérigraphie, les salles de cours, l’atelier de couture industrielle.

Atelier sérigraphie Petites-Mains - Titem

Impossible de prendre une photo de cet atelier : « Certaines femmes, pour des raisons personnelles ou culturelles, n’accepteront pas de se faire prendre en photo », m’explique Isabelle Boire, intervenante sociale. Mais elle me présente une de ses petites mains, Mounia, que je prends en photo. Elle ne sera pas choisie pour le tirage, afin de se différencier des autres journaux ! Mounia vient du Maroc, et vit depuis 4 ans au Canada, après un séjour en Allemagne. Petites-Mains est comme une famille pour elle.

Mounia Petites-Mains - Titem

Famille, c’est le mot qu’utilisera Isabelle Boire. Beaucoup de ces personnes ont été orientées grâce au bouche-à-oreille. Toute la famille pourra dorénavant se retrouver au café-comptoir, encore en travaux : ouvrières, intervenants communautaires, clients… Café, car on pourra s’y restaurer. Comptoir, car y seront présentés les produits fabriqués à Petites Mains. Et notamment le sac en coton équitable.

Petites-Mains n’est pas seulement une entreprise d’insertion, elle se revendique de valeurs équitables : utilisation progressive de matières premières équitables, production locale, rémunération correcte des ouvrières… Les clients sont conscientisés afin d’acheter équitable, ce qui fait que non, Petites Mains n’est pas menacée par la Chine. Ils ne jouent pas dans la même division, si l’on peut dire.

Ce genre d’excellente initiative existe-t-il en France ? Je crois qu’il peut être utile de s’inspirer de ce qui se fait ailleurs que chez nous, et que la comparaison peut aussi être un ressort intellectuel. Mais je ne voudrais pas tomber dans la béatitude, tout est beau, tout est formidable. La directrice générale de Petites-Mains m’explique qu’elle a participé à un colloque international des entreprises d’insertion, et qu’elle y a retrouvé des entreprises belges ou françaises. Et moi qui habite à 5 kilomètres de la Belgique, je ne connais pas ce genre d’entreprises ? « J’habitais dans ce quartier, et avant de travailler je ne savais pas que cela existait non plus », me confie Isabelle Boire.

Oui, cela existe en France, il suffit de faire l’effort d’observer. Mais les moyens de communication sont tels qu’à force de vouloir voir le plus loin possible, on en oublie presque ce qui est proche de nous. Et c’est en étant loin de chez moi que je vois ce qui peut se faire localement.

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Une femme d’action et de cœur

Titem | 18 décembre 2007

Une cinquantaine de ses amis et collègues d’Afrique au féminin et de la table de concertation des femmes de Parc Extension ont rendu hommage, le jour de son anniversaire, à Augustine Matumona, figure du quartier, décédée le 9 août dernier. Ce 28 novembre, elle aurait eu 56 ans.

56 ballons blancs et mauves étaient d’ailleurs suspendus au plafond pour se souvenir de la directrice et fondatrice du centre de femmes Afrique au féminin. Le lieu choisi pour lui rendre cet hommage était lui aussi symbolique, dans les anciens locaux de l’association qu’elle a créée en 1986.

Louise Gagner a rappelé quelques éléments biographiques d’Augustine Matumona, un parcours atypique ; celui d’une femme déterminée. Originaire du Zaïre, elle arrive au Québec en 1982 grâce au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) afin de mener une recherche sur le système de santé et des services sociaux du Québec. Mais ses diplômes de médecine ne seront jamais reconnus. Elle demeurera finalement à Montréal où elle fonda Afrique au féminin, qu’elle dirigea jusqu’au bout. «Au moins, elle aura soigné les âmes», reconnaît Louise Gagner, qui connaissait très bien Mme Matumona.

Poèmes, lettres, messages ont été lus lors de cette soirée. Tous ont salué cette grande dame, tant sur le plan humain que pour l’œuvre qu’elle a accomplie et qu’elle lègue au quartier Parc Extension. Vahine Dalton, qui assure l’intérim d’Afrique au féminin, a souligné «son leadership, sa détermination, elle qui était sensible aux besoins des femmes africaines, mais aussi aux autres femmes et aux hommes ». Christine Morin, de la table de concertation des femmes de Parc Extension, a évoqué «la bonté et le courage d’une femme engagée, dont la douceur rayonne encore en nous».

«La vie est courte est imprévisible», rappelle Vahine Dalton. «Augustine nous invite à vivre en paix avec les autres, malgré nos différences». «Dites à ceux qui survivent qu’il reste beaucoup de choses à faire, mais qu’Augustine nous a tracé la route», estime Louise Gagner.

A lire aussi : mes impressions sur ce reportage.

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Rendre hommage à une disparue inconnue

Titem | 29 novembre 2007

Ce deuxième reportage allait être particulier. Ma mission de ce 28 novembre : me rendre à une petite fête donnée en hommage d’une grande dame du Quartier Parc-Extension, Augustine Matumona, récemment décédée. Elle avait notamment fondé l’association de femmes Afrique au Féminin et participait à de nombreuses tables de concertation sur les femmes.

C’était la première fois que je me rendais dans le quartier de Parc-Extension. Autrefois un quartier marqué par l’immigration grecque, Parc-Extension est le quartier le plus multiculturel de la Ville de Montréal. Un quartier où les nouveaux arrivants débarquent nombreux, mais où ils ne restent pas.

Pub Fondation Cancer Sein QuébecIl fait froid ce soir-là, mais il ne neige pas. J’arrive bien en avance. La cérémonie a lieu dans un bâtiment sans âme, à proximité d’une église orthodoxe. Je me dirige spontanément au sous-sol : c’est bien là que la soirée a lieu. Je me présente. Une grande dame, noire, aux vêtements colorés, m’épingle un ruban comme celui du Sidaction, mais rose, et me propose de contribuer à la cause de la Fondation du cancer du sein du Québec. Je sors mon porte-monnaie pour me rendre compte que je n’ai même pas un dollar en pièces.

Je m’avance vers l’espèce d’autel que l’on a dressé là, où trône entre des bougies le portrait de celle dont je dois parler et que je ne connais pas. Je ne me sens pas totalement à l’aise. Tous les gens ici se connaissent et se sont réunis en mémoire d’une personne que je ne connais pas.

Les personnes arrivent petit à petit. Beaucoup de noirs. Je le dis et ça n’a rien de méprisant de ma part, au contraire…

Je me souviens quelques jours après mon entrée à Sciences Po où j’avais voulu décrire Julien à Pauline, à l’époque où l’on se connaissait encore peu. Dialogue que ces deux amis là me ressortent régulièrement pour me charrier…

“Mais si tu sais bien ! Il est plutôt typé. Enfin… typé. Très typé même. Bon : il est noir quoi !”

En fait il n’est pas vraiment noir, il est réunionnais, et j’ai vu des noirs plus noirs que lui. Mais il se décrit comme noir. Alors depuis cette scène un peu honteuse, je trouve les racistes qui chicanent sur la couleur de peau aussi puérils que ridicule.

Au plafond de cette salle, des ballons mauves et blancs. Plus tard dans la soirée, une personne m’expliquera qu’il y en a 56, soit l’âge qu’aurait eu Augustine Matumona. L’hommage débutera avec du retard. C’est Vahine Dalton qui anime la soirée. Une superbe noire, jeune, qui assure l’intérim de l’association qu’a créée Augustine. Des personnes improvisent ou lisent un texte qu’ils ont préparé à l’avance. Quand la voix d’une femme s’étouffe en sanglot, Vahine la reprend : Augustine n’aurait pas voulu que l’on soit triste, c’est son anniversaire, il faut que cela reste un moment de joie en souvenir de cette amie.

Tous louent le dynamisme de cette femme, sa chaleur, sa pugnacité dans les combats qu’elle a mené, même lorsque la maladie a commencé à épuiser ses forces. Ils soulignent également qu’elle était très croyante, qu’elle craignait Dieu. Une de ses amies choisit d’ailleurs de chanter une prière pour elle. D’autres encore ont chanté des chansons en hommage à la femme de coeur et de courage. 

Hommage à Augustine Matumona - Titem

Originaire du Zaïre où elle fit ses études de médecine, elle arrive au Québec au début des années 1980 pour mener une enquête sur le système social de la Province. Mais ses diplômes ne seront jamais reconnus. Un souci que connaissent beaucoup d’immigrés, en France comme ici au Canada. Elle se consolera en soignant les âmes des femmes venues d’Afrique, et de toutes les femmes, et des hommes également, ai-je pu entendre au cours de cette soirée. Comme j’ai pu entendre qu’il fallait que la vie continue, que sa détermination devait servir d’exemples. Ira-t-on jusqu’à baptiser une salle en son honneur comme j’ai pu l’entendre, lui rendre hommage chaque 28 novembre ? Je quitte la salle avec un sentiment de malaise encore plus grand que lorsque je suis venu : nous sommes bien peu, mais nous pouvons faire beaucoup pour nos contemporains.

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