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Le blog de Titem… à Paris : Europe, Environnement, Société, Culture et Voyages
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Huit heures de sursis, de Carol Reed (1947)

Titem | 9 décembre 2009

Huit heures de sursis, de Carol Reed (1947)En Irlande, au début du 20e siècle. Johnny McQueen est l’un des militants les plus importants du Sinn Fein, qui combat pour l’indépendance de l’Irlande. Afin de se procurer des fonds, il attaque une banque avec deux complices. Mais affaibli par un long emprisonnement, et blessé lors du hold-up, il tue son agresseur. Recherché par la police, il erre seul, la nuit, dans le port de Belfast…

Odd man out
1947 / Royaume-Uni / 1h51
Drame de Carol Reed

BAFTA du meilleur film en 1948

Avec James Mason (Johnny McQueen), Robert Newton (Lukey, le peintre), Cyril Cusack (Pat), Kathleen Ryan (Kathleen Sullivan)…

Pour l’acteur principal autour duquel évolue la caméra presque tout le long du film, ce fut sa plus grande performance à l’écran. Et lorsque l’on s’appelle James Mason, que l’on a tourné dans plus d’une centaine de films, avec les plus grands noms du cinéma, cela signifie quelque chose. Même si dans sa carrière, on n’a reçu qu’une récompense majeure, un Golden Globe en 1954 pour “A star is born” de George Cukor. ” Demandez à MoqueurPoli, il ne dira pas autre chose.

Le film ne traite pas directement de  la question de l’indépendance de l’Irlande dans les années 1920. Ce qu’il perd en intérêt didactique, Huit heures de sursis le gagne en généralité : le cadre spatio-temporel est parfaitement transposable à d’autres époques et lieux, comme le rappelle d’ailleurs le tout début du film.

This story is told against a background of political unrest in a city of Northern Ireland. It is not concerned with the struggle between the law and an illegal organisation, but only with the conflict in the hearts of the people when they become unexpectedly involved.

Il ne s’agit donc pas seulement de l’histoire d’une lutte politique, mais également de la solitude d’un homme à l’article de la mort confronté à l’absurdité de son acte et la réaction de ceux qui se retrouvent malgré eux acteurs de ce drame, dans une mise en scène qui laisse la place à l’esthétisme, aux jeux d’ombre et de lumière. La performance – est le substantif n’est pas volé – des acteurs, et en premier lieu de James Mason, apporte à ce film noir une profondeur et une intensité dramatique qui donnent un sens au mot “interprétation”.

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1947, Années 40, BAFTA, Carol Reed, Cyril Cusack, Film récompensé, Indépendantisme, Irlande, James Mason, Kathleen Ryan, Noir et Blanc, Robert Newton, Terrorisme
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Le ruban blanc, de Michael Haneke (2009)

Titem | 1 novembre 2009

Le ruban blanc, de Michael Haneke (2009)Un village protestant de l’Allemagne du Nord à la veille de la Première Guerre mondiale (1913/1914). L’histoire d’enfants et d’adolescents d’une chorale dirigée par l’instituteur du village et celle de leurs familles : le baron, le régisseur du domaine, le pasteur, le médecin, la sage-femme, les paysans… D’étranges accidents surviennent et prennent peu à peu le caractère d’un rituel punitif. Qui se cache derrière tout cela ?

Das Weisse Band - Eine deutsche Kindergeschichte
2009 / Coproduction française, italienne, autrichienne, allemande / 2h24
Drame de Michael Haneke

Avec Christian Friedel (l’instituteur), Burghart Klaussner (le pasteur), Ulrich Tukur (le baron), Susanne Lothar (la sage-femme), Rainer Bock (le médecin)…

Palme d’or du Festival de Cannes 2009.

Les mauvaises langues ont pu affirmer que Michael Haneke avait soufflé la palme d’or à Michel Audiard parce qu’il avait permis à la Présidente du jury, Isabelle Huppert, d’obtenir un prix d’interprétation lors d’un précédent festival de Cannes. Or Michael Haneke est un habitué du palmarès cannois ; avec ce Ruban blanc, il reçoit la première des récompenses et il ne l’a pas volé. Comme Un prophète, c’est un film fort, pendant lequel on ne s’ennuie par ailleurs pas. Mais à la force brute des images, la violence de l’univers carcéral, Michael Haneke propose une toute autre forme de violence, plus insidieuse : la manière dont les enfants subissent des valeurs “absolues”, la façon qu’ils ont de les interpréter.

L’histoire se passe dans un village où l’autorité rigoriste protestante est la seule valeur. On est guidé par la voix d’un protagoniste, l’instituteur, qui prévient dès le début qu’il ne fut qu’un témoin d’événements étrangères qui intervinrent à la veille de la Grande Guerre, et qu’il ne détient pas toutes les clefs de la solution. Il ne faut pas perdre de vue ce fil qui nous est proposé. L’histoire démarre ainsi comme un thriller : qui a bien pu s’en prendre au médecin du village ?

Mais la véritable violence, comme souvent chez Haneke, se situe hors-champ ; ici, à l’intérieur des foyers. Il faut ici saluer, si l’on en croit son interview sur France Inter le 21 octobre, jour de la sortie du film, le travail de Jean-Claude Carrière, qui a insisté pour filmer la violence de manière voilée. Il sublime ainsi la caméra noir et blanc de Michael Haneke qui met ici encore en lumière la difficulté de communiquer, l’empreinte des valeurs des classes moyennes et supérieures, la violence quotidienne et banale du Monde.

Les enfants, auxquels on attache un ruban blanc pour signifier leur innocence, leur pureté, ne sont-ils donc que les victimes dans cette histoire ? Ce film n’est pas seulement l’histoire du passage du ruban blanc au brassard noir, c’est également un film suggestif sur la tyrannie de valeurs et la manière dont elles sont intégrées par les acteurs. Une forme d’absolutisme moral qui faillit inciter le réalisateur à nommer son film “La main droite de Dieu”, avec laquelle agissent les acteurs.

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Un Prophète, de Jacques Audiard (2009)

Titem | 30 août 2009

Un prophète, de Jacques Audiard (2009)Condamné à six ans de prison, Malik El Djebena ne sait ni lire, ni écrire. A son arrivée en Centrale, seul au monde, il paraît plus jeune, plus fragile que les autres détenus. Il a 19 ans.
D’emblée, il tombe sous la coupe d’un groupe de prisonniers corses qui fait régner sa loi dans la prison. Le jeune homme apprend vite. Au fil des “missions”, il s’endurcit et gagne la confiance des Corses.
Mais, très vite, Malik utilise toute son intelligence pour développer discrètement son propre réseau…

2009 / France / 2h35
Drame de Jacques Audiard
Avec Tahar Rahim (Malik El Djebena), Niels Arestrup (Cesar Luciani), Adel Bencherif (Ryad), Reda Kateb (Jordi le gitan)…

Grand Prix du Jury au Festival de Cannes 2009

Encensé par la critique lors de sa projection au Festival de Cannes, Un Prophète est un film qui ne laisse pas indifférent et marquera l’histoire du cinéma français. Il y a une qualité indéniable de la mise en scène, intelligente, qui nous fait progressivement entrer dans la peau de cette petite frappe enfermée entre les quatre murs d’une cellule insalubre. En ce qui me concerne, le sentiment de malaise, de peur, de schizophrénie presque, m’a pris à la gorge pour ne plus me quitter, temporairement, que pendant les rares scènes tournées à l’extérieur où le personnage en profite pour faire fructifier ses affaires.

Il y a le jeu des acteurs. Niels Arestrup dans la peau d’un parrain corse, Cesar Luciani, qui dégage une aura de puissance sourde mais potentiellement explosive, un chef de gang qui justifie son statut de véritable maître de la prison. Mais surtout, il y a Tahar Rahim, acteur presque inconnu autour duquel évolue la caméra de Jacques Audiard et dont on suit la survie puis la progression pendant ces six années d’enfermement. Enfant d’un foyer très tôt déscolarisé, il doit sa survie en prison à la protection de Cesar Luciani dont il est à la fois le larbin, l’homme de main, les yeux et les oreilles. Arrivé, comme le dit si bien Audiard dans une interview “sans histoire”, il va lui même se construire sa propre histoire et, à force d’intelligence, d’alliances, créer son propre réseau et prendre la place du caïd à la place du caïd. Une issue “paradoxale” selon le mot du réalisateur, car Un prophète dépeint un individu qui n’aurait jamais atteint sa position s’il n’était pas passé par la case prison.

La prison comme “noviciat de la récidive” comme disait Tocqueville ? Oui, et même une école du crime, une zone de non-droit où la loi du plus fort est le seul maître à bord. Les matons sont les grands absents de ce film, on s’attend à ce qu’ils viennent mettre de l’ordre, il n’en est rien, ils subissent presque les conflits d’intérêts des criminels dont ils sont censés avoir la surveillance. Que le réalisateur l’ait souhaité ou non, ce film est également une expérience documentaire réquisitoire contre nos prisons : la surpopulation, l’insalubrité, la violence et les trafics en tout genre, l’absence ou la corruptibilité des gardiens, le porno dont on abreuve les prisonniers pour espérer les calmer…

Je ne reconnais qu’un défaut à ce film néanmoins : sa longueur. Parce que Un Prophète est effectivement trop long ? Parce que le film n’est pas qu’un film sur la prison, mais sur le parcours d’un détenu et qu’une fois les permissions accordées on a l’impression que le film est fini ? Parce qu’en raison du malaise ressenti, je souhaitais que le film se termine ? Parce que oui, six ans de prison, c’est long, et il faut tenir et accepter aussi le rythme du film, haletant dans ses scènes d’action, puis lent comme le silence, brisé aussi brusquement qu’un coup de poing fulgurant ou l’éclat d’une lame de rasoir ? Je vous en laisse juge.

Le film est-il “raciste” ? Joue-t-il sur les clichés des Corses mafieux et des Musulmans délinquants qui se radicalisent en prison, comme certains commentateurs l’ont avancé ? Je pense qu’il y a une part de réalité aussi bien que d’opportunité dans la description de Jacques Audiard : c’est montrer le jeu des alliances dans le crime (aux Etats-Unis, cela aurait pu se traduire par des tensions entre les afro-américains et les latinos) comme la dénonciation d’une forme de communautarisme.

Pour finir, écoutez ou réécoutez, si cela était déjà le cas, l’excellent webdocumentaire du Monde.fr sur Le corps incarcéré, dont les témoignages éclairent d’une lueur sombre les dysfonctionnements du système, la solitude et la déchéance des détenus.

Ailleurs sur la toile : Comment améliorer Un Prophète, par Luc Besson, article du Pédé du blog C’est La Gène !

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Le Goût des autres, d’Agnès Jaoui (2000)

Titem | 29 septembre 2007

Le Goût des autres, d\'Agnès Jaoui (2000)Castella est un chef d’entreprise peu porté sur la culture. Pourtant, un soir, en allant par obligation assister à une représentation de “Bérénice”, il tombe en adoration du texte et de l’actrice principale, Clara. Par une coïncidence, celle-ci va lui donner des cours d’anglais, nécessaires à son travail. Castella tente de s’intégrer à ce milieu artistique mais sans grand succès. On ne bouscule pas ainsi les cadres de références et les barrières culturelles sans faire d’histoires.

Comédie dramatique française d’Agnès Jaoui
2000 ; 1h52
Avec Jean-Pierre Bacri (Castella), Anne Alvaro (Clara), Gérard Lanvin (Franck Moreno), Alain Chabat (Bruno Deschamps), Agnès Jaoui (Manie)

Parmi les récompenses, 4 Césars en 2001 (Meilleur film, scénario, second rôle masculin (Gérard Lanvin) et féminin (Anne Alvaro)

J’avais bien sûr entendu parler de ce film, et pas seulement pour les récompenses qu’il a reçues. J’avais déjà pu voir la pièce écrite par Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui, Cuisines et Dépendances, que j’avais moyennement apprécié. Et chose importante, bien que reconnaissant le talent de Jean-Pierre Bacri, son humeur bougonne m’exaspère continuellement. Je n’allais donc pas voir ce film avec les meilleurs sentiments…

Et justement, voilà un film sur les préjugés et nos petits travers dans lesquels nous sommes susceptibles de nous reconnaître. Castella, chef d’entreprise toujours en train de râler et de dire des grossièretés (devinez qui est l’acteur…) se prend de passion pour le théâtre et la culture de manière générale, pour les beaux yeux d’une actrice qui est aussi sa professeur d’anglais.

Une idée très séduisante. Pour y parvenir, quelques autres personnages en perte de repères qui tous frôlent la dépression. On rit de leurs interrogations, de leur manque de tact comme de nos petits travers.

Après, on aime ou l’on aime pas. Le manque de tact des personnages, leur maladresse, leur humeur continuellement maussade est exaspérante !… Parce qu’il est gênant de pouvoir se reconnaître de ce film qui se veut un miroir sociologique de certains milieux, de leurs préjugés et de leur code ?

Toujours est-il que le film traîne par ailleurs en longueurs, et la galerie de portraits de personnages dépressifs n’engage vraiment pas à la joie tout au long de ce film qui peut vous plomber le moral. C’est agaçant, à moins d’en rire (mais ça n’est pas toujours drôle). Mais les acteurs sont excellents, et, une nouvelle fois, le scénario intéressant.

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Farinelli (Il Castrato), de Gérard Corbiau (1994)

Titem | 21 septembre 2007

Farinelli, de Gérard Corbiau (1994)L’histoire de Farinelli, célèbre castrat, devenu légende de son temps et qui arrêta brusquement sa brillante carrière pour suivre le roi d’Espagne.

Film italo-franco-belge historique et musicale de Gérard Corbiau
1994 ; 1h56
Avec Stafano Dionisi (Carlo Broschi, dit Farinelli), Enrico Lo Verso (Riccardo Broschi), Elsa Zylberstein (Elisabeth)…
Golden Globe du meilleur film étranger

Le père Broschi souhaitait que ses fils demeurent toujours ensemble. A Carlo, le chant, et un incroyable talent. Sa castration lui a permis de conserver sa voix d’enfant, plus pure que la trompette, mais puissante, portée par une cage thoracique d’adulte. Il parvenait à émouvoir les plus sensibles. Bien que certains lui reprochaient de perdre son âme musicale en se fourvoyant dans de pompeuses vocalises. Notamment dans les œuvres de son frère, Riccardo…

A Riccardo donc, la composition et l’orchestration. Il met ses œuvres au service de son jeune frère, qu’il admire. A moins qu’il ne s’agisse de profiter de son talent. Ou encore de se faire pardonner le cauchemar récurrent de son cadet, celui d’un cheval blanc au galop, cause “officielle” de la castration de Carlo.

La castration, comme mutilation d’un corps façonné et offert par Dieu était rigoureusement interdite… cependant que l’Eglise avait “fabriqué” des castrats, afin de figer dans la naïve enfance des hommes dont on privait de leur virilité, mais pas de leur humanité. Une pratique qui se justifiait par l’interdiction faite aux femmes de chanter dans les lieux consacrés.

Les costumes et les décors sont bien recréés. Pour recréer la voix exceptionnelle de Farinelli, deux autres voix furent nécessaires : celle d’un contreténor, Derek Lee Ragin, et celle d’une soprano colorature, Ewa Malas-Godlewska. Pour le reste, le film se perd dans les relations troubles entre les deux frères (“l’un séduit, l’autre ensemence”…) et les disputes avec le compositeur Haendel. Une liberté prise avec la réalité. Gérard Corbiau a cherché à représenter Farinelli comme Riccardo voulait valoriser son frère : avec des frivolités superflues. Dommage pour ce réalisateur de films musicaux qui sut plus tard faire plus rigoureux (comme avec Le roi danse en 2000).

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Au gré des surfs sur Internet, je vous ai trouvé une petite perle, si l’on peut parler ainsi… Saviez-vous qu’il n’existait qu’un seul enregistrement connu d’un véritable castrat ? J’ai retrouvé cet enregistrement de l’Ave Maria, chanté par Alessandro Moreschi en 1904, dernier castrat connu. Un enregistrement dont la qualité est à relativiser car réalisé sur un cylindre en cire. Par ailleurs, Moreschi n’avait plus bénéficié d’un enseignement à la mesure du caractère singulier de sa voix ; les castrats avaient été oubliés depuis presque un siècle… Cela étant, bien que vieillissant, il est fort possible qu’il n’avait pas le talent de Farinelli, le plus illustre des castrats.

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