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Les Novembre du XXe siècle ; mémoires distinctes et partagées ; responsabilités communes. Conférence d’Ingo Kolboom [Archive]

Titem | 13 novembre 2009

La lecture de cet article de CaféBabel, “9/11, Le jour où l’Allemagne croise son destin“, m’a rappelé à mon bon souvenir l’une des conférences les plus intéressantes à laquelle j’ai pu assister. C’était en novembre 2006, j’étais alors étudiant en 2e année à Sciences Po Rennes. Je poste ici le compte-rendu de la conférence que j’avais publié sur mon ancien blog, et dont les analyses me semblent toujours pertinentes et intéressantes, à l’heure où nous célébrons le 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin.

Professeur spécialisé dans les questions de relations franco-germaniques et germano-québecquoises, Ingo Kolboom nous a offert une conférence de très haute qualité intellectuelle, l’humour et le goût de la langue française en plus. Accompagnant des élèves de l’université de Dresde, où il enseigne, il a confié son plaisir de venir tenir cette conférence devant des jeunes, qui représentent l’avenir. Les jeunes et l’avenir, qui innerveront toujours ses propos sur le sujet dont je vous livre un compte-rendu :

“Les Novembre du XXe siècle : mémoires distinctes et partagées ; responsabilités communes.

Hasard du calendrier, son séjour en Bretagne, jumelée avec la Saxe, concorde avec deux dates très spécifiques, considérées comme des “lieux de mémoire” selon l’expression de Pierre Nora : les 9 et 11 novembre. Novembre : le “miz du” des bretons.

Le 9 Novembre est souvent perçu comme une date allemande : celle du chute du Mur. Mais le 9 Novembre 1989 représente plus encore : la chute d’un régime ouvrant la voie à l’unité allemande. Un jour de fête, et de retrouvailles démocratiques pour un peuple entier, divisé en deux États. Mais l’euphorie est de courte durée. Les déçus de la réunification font entendre leurs voix (n)/ostalgiques. Les chansons laissent place à des “balbutiements de miséricorde” : la peur d’une Allemagne trop grande, trop efficace, s’efface au profit d’une vision de l’Allemagne malade.

Les lendemains déchantent : ce 9 novembre qui aurait dû devenir une fête nationale ne l’est pas devenu. Car d’autres soirs de novembre ont jeté de longues ombres sur les retrouvailles de 1989…

Le 9 novembre 1938, à l’appel de Joseph Goebbels, les Nazis mettent le feu à 2700 synagogues, tuent 400 Juifs allemands et en déportent 30.000 autres. C’est la Nuit de Cristal, signe avant-coureur de ce qui sera l’Holocauste. Ingo Kolboom se perçoit, comme d’autres de sa génération, comme un enfant de Goethe et d’Auschwitz.

Le 9 novembre 1918, le Kaiser Wilhelm II abdique. Scheiderer proclame la 1ère République sur le balcon du Reichstag, alors que le pays est en pleine débâcle politique et militaire.

5 années plus tard, les militants du NSDAP veulent venger l’affront de la République de Weimar. Avec une bande armée, Hitler tente le “putsch de la brasserie” à Munich. Un événement sanglant, célébré en grandes pompes et sur un culte de la mort dès 1933. Hitler attribuera la plus haute distinction aux “héros” du 9 novembre 1923 : l’ordre du sang.

Mais en 1989, le mois noir a acquis une autre lueur, par la chute d’une Bastille qui encadrait un Etat, au cours d’une révolution pacifique, sans guillotine. Ces 9 novembre ne sont-ils que “un jour de destin allemand” ?

La réponse est clairement négative : ces événements ont un dimension européenne, dont la France fait partie intégrante. Car la jeune République de Weimar fut “un malheureux enfant bâtard d’un malheureux traité inspiré par la revanche”, revanche forte dans les esprits de la France du Tigre Clemenceau, et qui porta les germes qui inspirèrent plus tard la révolte allemande. Les Nazis ne cessèrent pas d’accuser la République de Weimar d’être coupable de haute trahison aux yeux du peuple allemand.

Voilà pourquoi le 9 novembre ne fut pas une entière fête de retrouvailles. Elle marque néanmoins le retour, selon l’expression de l’écrivain français d’origine tchèque Milan Kundera le retour de “l’Europe kidnappée”. Car la RDA ne faisait pas que revenir à l’Allemagne et à la démocratie, mais également à l’Europe, et aux régions, par la création de nouveaux Länder.

Il existe d’autres 9 novembre, connus en France, et que les Allemands n’ont aucune raison de ne pas connaître. Le 9 novembre 1970 marque en effet la mort de Charles de Gaulle dans sa maison de la Boisserie à Colombey-les-deux-églises ; son lieu de retraite, où seul le chancelier Konrad Adenauer y fut reçu en entretien privé, et y coucha, en septembre 1958.

Charles de Gaulle a œuvré pour la réconciliation franco-allemande, ce que témoigne notamment la signature du traité de l’Élysée en janvier 1963. Adenauer. De Gaulle. Deux caractères opposés qui s’engagent pour une politique commune, raisonnable, dans l’idée de Paul Valéry : “Les bonnes arrières-pensées font les bons traités”. L’amitié sans gesticulations émouvantes des deux hommes posait les jalons des couples franco-allemands.

Anecdote moins connue : Konrad Adenauer fut élu membre associé étranger de l’Académie des Sciences Politiques et Morales de l’Institut de France. Il siéga au fauteuil n°12, futur siège de Leopold Sendar Senghor, à partir… du 9 novembre 1964 !

Le 11 novembre, alors que les fous du Rhin donneront le coup d’envoi du carnaval en Allemagne, les Français se recueilleront sur les tombes de leur 1,3 millions de soldats “morts pour la France” (“D’Hor Bugale Maro Evit Ar Bro“) : la Saxe et la Bretagne ont également ceci en commun, qu’ils ont payé un tribut plus lourd que les autres. Le 11 novembre représente pour la France sinistrée une date de commémoration.

Là encore, cette histoire ne concerne pas uniquement la France, mais aussi l’Allemagne, et plus largement l’Europe. Le 11 novembre 1914, suite au miracle de la Marne et l’échec du plan Schlieffen, la Première Guerre Mondiale s’enfonce dans la guerre de tranchées. On transforme la France en gigantesque champ de batailles, de boue, d’obus et de sang.

Le 11 novembre 1942, la Wehrmacht occupe la zone libre de la France. La France, hantée par le STO et le souvenir de Vichy, se ressaisit dans le consensus national porté par De Gaulle : la France libre et résistante. Mais la France a fini par se pencher, de manière plus objective mais pas moins douloureuse sur son passé.

Les 11 novembre sont donc apparemment un jour de destin français. Les vestiges de novembre ont façonné nos mémoires, respectives et distinctes, mais inséparablement liés dans un même destin. Il fallut beaucoup de temps à la France et à l’Allemagne pour se réconcilier. Ceci fut néanmoins réalisé grâce à la sagesse politique, et le sens des responsabilités.

Aujourd’hui les jeunes sont libérés de ce passé. Il fallut 50 ans pour produire un manuel d’histoire franco-allemand, une banalité intelligente. Car la réconciliation ne prit pas 50 ans : mais bien un siècle, la fin d’un siècle abhorré dont la chute du mur de Berlin a porté l’estocade aux incertitudes allemandes, et porté le retour de l’Europe kidnappée.

Europe brisée, Europe martyrisée… Europe libérée. Il s’agit maintenant de partager nos mémoires, souffrantes et joyeuses, afin de pouvoir façonner nos responsabilités communes. A nous d’arroser cette fleur de la réconciliation née de la souffrance : tel est le message des novembre du XXe siècle.

La boucle est bouclée : le poids de la mémoire débute par l’euphorie belliqueuse d’un bel été de 1914, et s’achève par l’euphorie d’un printemps des peuples en novembre, ce mois noir. Mais l’euphorie est fortement tempérée. Pour autant, il n’est pas permis de nous enfermer dans un pessimisme de circonstances : le 9 novembre 2006 est inaugurée la nouvelle synagogue de Munich.

Nos efforts distincts autant que communs pour les retrouvailles franco-allemandes sont utiles. Mais l’oeuvre n’est pas achevée. Rien n’est jamais acquis, mais il ne faut pas abandonner l’ouvrage commun : il faut imaginer Sisyphe heureux.

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Rennes et les Jeunes Européens célèbrent les 20 ans de la chute du Mur de Berlin

Titem | 10 novembre 2009

Cet article a également été publié dans le Taurillon, le webmagazine eurocitoyen.

19h : dans toute l’Europe, les Jeunes Européens Fédéralistes détruisent le mur qu’ils ont construit dans l’après-midi pour célébrer les 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin. A Rennes, cette manifestation a rassemblé plus d’une soixantaine de personnes pour cette manifestation.

20e anniversaire chute du mur de Berlin - Place de la Mairie à Rennes9 novembre 1989 – 9 novembre 2009 : cela fait maintenant 20 ans que le Mur de Berlin s’est effondré. Pour célébrer cet événement historique dans l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, les Jeunes Européens Rennes ont répondu à l’appel des Jeunes Européens Fédéralistes. Un mur de carton a été érigé place de la Mairie. Les personnes présentes ont été invitées à taguer des slogans sur les cartons, tandis que les journalistes locaux de Ouest-France, RCF Alpha ou le Mensuel de Rennes venaient couvrir le rassemblement festif.

Le mot « liberté » est celui qui, en français ou en allemand, revient le plus souvent sur le mur symbolique. Liberté, c’est aussi ce qui retiennent Rutger et Viky, deux étudiants néerlandais nés en 1989, venus étudier en France. « Cela devait vraiment faire bizarre » réagit cette dernière, « c’est comme si l’on était enfermé dans une pièce, sans savoir ce qu’il y a derrière la porte ! ». Tim, étudiant allemand, était trop jeune pour se souvenir de ce jour-là. C’est avec étonnement que plus jeune, son père lui montra lors de vacances l’ancienne frontière entre la RFA et la RDA, confie-t-il. « Ce que j’en retiens aujourd’hui, c’est que cela a permis la réunification de l’Allemagne, de même que le renforcement de l’identité allemande en un ensemble ».

C’est dans la liesse populaire que le mur de Berlin était ouvert il y a 20 ans. C’est au son des tambours d’un groupe de jeunes que le mur de carton de Rennes est mis à terre, à 19h, en présence de Roselyne Le François, ancienne député européenne, Clotilde Tascon-Mennetrier, conseillère générale d’Ille-et-Vilaine et Micaël Fischer, conseiller municipal à la ville de Rennes. « J’ai fait de nombreux voyages à Berlin. Ce jour-là, j’étais à Rennes, j’ai vécu fortement cet événement», raconte Clotilde Tascon-Mennetrier. « Je suis même allée chercher un morceau du mur lorsque je suis retournée en Allemagne ! Cet événement fut pour moi un pas vers la liberté des peuples mais également l’installation de la paix ».

Pour Roselyne le François, c’est aussi la liberté retrouvée de familles trop longtemps séparées qui l’a le plus marqué. « C’est l’occasion de s’interroger sur le sens du Monde dans lequel on vit aujourd’hui. Mon père, revenu d’Allemagne après la guerre où il avait été prisonnier, m’a toujours encouragé à agir dans le sens de la réconciliation entre la France et l’Allemagne. Mais il existe encore de nombreux murs dans le Monde », poursuit-elle. « A Nicosie dans l’île de Chypre, en République Tchèque où des murs sont bâtis pour refouler les Roms ; les hommes devraient construire des ponts plutôt que des murs ».

Cette action paneuropéenne a permis de rappeler l’espoir de paix, de démocratie et de prospérité que suscita l’ouverture du Rideau de Fer et témoigner de l’importance de la construction européenne à cet effet : ce n’est pas seulement l’Allemagne qui est réunifiée aujourd’hui, c’est également l’Europe, suite aux élargissements de l’Union européenne en 2004 et 2007. Le 11 novembre, ce sera au tour de l’armistice du 11 novembre d’être célébré des deux côtés du Rhin. Un autre événement, tragique, de notre histoire commune. Y aurait-il de quoi faire de ces quelques jours une grande fête de l’Europe ?

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Ce que la commémoration des 20 ans de la chute du Mur de Berlin nous enseigne

Titem | 9 novembre 2009

Chute du mur de Berlin wiki Lear 21Témoignages, reportages et documentaires, films : les médias se mobilisent largement à l’occasion des 20 ans de la chute du Mur de Berlin. Et contrairement à certains (sur Twitter ou Authueil sur son blog, par exemple), je m’en réjouis. Trop jeune, je n’ai aucun souvenir de cet événement. Militant européen, je souhaitais vivement qu’on le célèbre. Radio France devient aujourd’hui Radio France Berlin et consacre l’ensemble de ces programmes à l’Allemagne, Berlin, la RDA, le mur. A Rennes comme dans d’autres villes, un mur symbolique sera construit sur la Place de la Mairie et sera détruit à 19h (voir aussi ce rassemblement annoncé sur Facebook). La chute du Mur de Berlin a suscité dans toute l’Europe centrale et orientale un espoir de paix, de démocratie, et de prospérité.

C’est une formule un peu usée maintenant, mais force est de constater que “le mur est toujours dans les têtes”. Lorsque j’interviens dans les collèges et lycées pour parler de la construction européenne, il se trouve toujours un élève pour poser des questions sur la RDA ou le Rideau de fer. Et eux n’ont pas connu cette époque.

Ce retour médiatique sur la chute du Mur de Berlin a eu cela de bénéfique qu’il a pu revenir sur certaines idées reçues, des deux côtés du Mur. Personnellement, j’ai appris beaucoup de choses. Le Mur de Berlin ne fut qu’une étape, pas même le commencement ni encore la fin du communisme. Il y eut l’ouverture des frontières en Hongrie, le pique-nique de Sopron pendant lequel des centaines d’allemands de l’est traversèrent la frontière pour passer à l’ouest par l’Autriche, les manifestations de Leipzig un mois avant la chute du Mur. Et puis il fallut encore attendre 2 ans pour que s’effondre enfin l’URSS, libérant ainsi les anciennes Républiques Socialistes Soviétiques.

Les langues se délient. Alors que la réunification n’a pas permis de soulever des débats sur l’histoire de la RDA et la mémoire de ses habitants (lire à ce sujet l’article de Thomas Brussig du magazine Cicéro sur Presseurop), ces derniers parlent de leur ressenti, leur vécu, 20 ans après. L’ostalgie va plus loin que le retour des produits et symboles de la RDA, le souvenir d’une époque où l’éducation, la santé et la culture étaient gratuites. Il ne s’agit pas non plus de nier la réalité de cette société marquée par la censure de la presse, la délation et le contrôle social exercé par la Stasi, dont j’ai visité les prisons à Bautzen, en Saxe. Il faut aussi se rappeler, sans juger autrui, ce que cet événement a signifié pour des millions de gens :  depuis leur enfance, ils baignaient dans un idéal (certes communiste) de solidarité. Un idéal qui s’effondre brusquement. Se réveiller le lendemain avec le sentiment de perdre tous ses repères un par un, y compris les choses les plus anodines. Imaginons nous réveiller dans une société où les marques disparaissent du jour au lendemain ! Être né dans un pays qui n’existe plus.

La réunification de l’Allemagne, de même que la chute de l’URSS a eu pour conséquence la libéralisation de l’économie, la privatisation des entreprises autrefois chapeautées par l’État. Des centaines de milliers de personnes ont perdu leur emploi, du jour au lendemain.  Ces entreprises, associations, agences, recevaient autrefois leurs ordres de l’État, donc du parti unique. Lorsque celui-ci tombe en décrépitude, c’est tout le mécanisme de décision qui s’enraye. Les personnes les plus dotées en ressources personnelles et/ou financières, proches du pouvoir ancien, ont pu profiter de cette situation de chaos pour faire des affaires, d’où les inégalités. Inversement, la classe populaire et ouvrière a difficilement éprouvé la réunification. Ils sont la génération sacrifiée. Le chômage est aujourd’hui encore endémique dans certaines régions d’Europe et d’Allemagne.

Mais malgré tout, il serait abusif de ne pas reconnaître toutes les avancées de ces 20 dernières années. Je trouve cela même comique d’accuser le libéralisme d’être à la base des maux de l’Europe de l’est depuis 1989, comme le fait le journaliste de L’Humanité Claude Cabanne. Il y avait les étals vides, les Trabants qu’il fallait commander 12 ans avant de pouvoir espérer la conduire, les routes défoncées, les façades décrépites, les industries polluantes et peu rentables. Et qui peut prétendre que la situation n’aurait pas été pire en RDA, si celle-ci avait sombré en même temps que l’URSS ? L’économie de marché a remplacé l’économie dirigée, c’est le meilleur système économique à l’exception de tous les autres, pour pasticher Churchill.

Il faudra certainement encore une génération pour combler les derniers fossés dans les cœurs et les paysages. Mais les reliques de l’Europe nationaliste, revancharde et belliqueuse, sont maintenant enterrées. La page de la Guerre Froide est tournée. Aujourd’hui, l’Europe est réunifiée, nous pouvons nous y déplacer librement, l’Europe de l’est rattrape progressivement les autres pays de l’Union à laquelle ils appartiennent depuis 2004 ou 2007. Et c’est cela le principal enseignement de la chute du Mur de Berlin. Je peux comprendre que certains trouvent que l’on en fasse trop : il est vrai que les médias nous ont assez peu habitués à parler autant d’Europe. Pourtant j’ose espérer que l’occasion se représente encore, car ce ne sont pas les sujets intéressants pour notre avenir commun qui manquent.

Ailleurs sur la toile :
- Les souvenirs d’Olivier de Montréal, parti en RDA et en Pologne en 1985.
- Personne n’a rien compris à la chute du Mur, par Gilbert Casasus sur Marianne 2.
- Géopolitique des murs : entre illusions et impuissance, par MoqueurPoli sur Perspectives Géopolitiques.
- Dossier spécial du site d’information Toute l’Europe sur les 20 ans de la chute du Mur de Berlin.
- Le site de la Commission européenne consacré aux 20 ans de la chute du Rideau de fer.

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Rennes – Commémoration du 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin

Titem | 5 novembre 2009

Affiche 20 ans de la Chute du mur de Berlin RennesLes Jeunes-Européens Fédéralistes lancent le 9 novembre 2009 à 19h dans toute l’Europe une manifestation pour célébrer les 20 ans de la chute du mur de Berlin. Cette campagne est reprise en France par les différents groupes des Jeunes-Européens France, parmi lesquels les Jeunes-Européens Rennes, qui au même moment, détruiront un mur symbolique. A Rennes, cette manifestation aura lieu Place de la Mairie.

La chute du mur de Berlin dans la liesse populaire a ouvert une brèche dans le Rideau de fer qui coupait l’Europe en deux. Cette action paneuropéenne veut rappeler l’espoir de paix, de démocratie et de prospérité que suscita cet événement historique et témoigner de l’importance de la construction européenne à cet effet : ce n’est pas seulement l’Allemagne qui est réunifiée aujourd’hui, c’est également l’Europe, suite aux élargissements de l’Union européenne en 2004 et 2007.

Notre association souhaite sensibiliser la population à cet évènement et rassembler les citoyens européens autour d’un évènement festif, dans un esprit de fraternité et de partage. Le slogan de cette manifestation, « Ich bin in Europäer », est un écho au célèbre « Ich bin ein Berliner » prononcé par le Président américain John Fitzgerald Kennedy peu après la construction du mur de Berlin, rappelant ainsi notre appartenance à un même ensemble, de Porto au Portugal à Tallinn en Estonie, de Dublin en Irlande à Nicosie à Chypre. L’ensemble des personnes présentes seront invitées à détruire un mur symbolique. Les élus de la ville de Rennes, du Conseil Général et Régional ont été invités à prononcer un discours à destination des citoyens sur ce que symbolise aujourd’hui la chute du mur de Berlin.

Cette action, menée en partenariat avec les Jeunes Européens Fédéralistes et France, le Mouvement Européen France et Ille-et-Vilaine, ainsi que le lycée Emile Littré d’Avranches, a reçu le label « 1989 – 2009 L’Europe, libre et unie » de la Représentation Permanente de la Commission européenne en France.

N’hésitez pas à venir participer à ce rassemblement festif avec vos amis ou en famille et à transmettre l’information à vos proches ! Vous pouvez consulter le site Internet des Jeunes-Européens Rennes ainsi que vous rendre sur la page Facebook consacrée à cet événement.

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Invité de Qu’est-ce qu’on en pense ? le 29 octobre à 18h22 sur RCF Alpha

Titem | 28 octobre 2009

Logo RCFJ’interviendrai au nom des Jeunes Européens Rennes ce jeudi, vers 18h22, pour une demie-heure dans l’émission « Qu’est-ce qu’on en pense ?” » sur RCF Alpha, 96.3 FM. Cette émission est animée par Maurice Thuriau. J’y parlerai notamment des 20 ans de la Chute du Mur de Berlin, de l’avenir du Traité de Lisbonne et de la crise du lait en Europe.

L’émission sera rediffusée le 1er novembre à 11h. Vous pouvez écouter en direct ou en différé l’émission sur le site de la radio en cliquant ici.

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Le soleil blanc du désert, de Vladimir Motyl (1970)

Titem | 13 octobre 2009

Le soleil blanc du désert, de Vladimir Motyl (1970)Le cadre de l’action se situe sur la rive est de la mer Caspienne, dans l’actuel Turkménistan. Fyodor Sukhov, soldat de l’Armée rouge, a combattu pendant plusieurs années en Asie centrale. Démobilisé, il prend la route du désert pour rentrer chez lui, là où sa bien-aimée Katherina l’attend. En chemin, il est pris dans une fusillade entre un régiment de cavalerie de l’armée rouge et des guerriers Basmatchis. Le commandant de l’unité de cavalerie, Rahimov, “convainc” Sukhov de l’aider temporairement : ce dernier doit prendre sous sa protection une partie du harem d’Abdullah, l’un des leaders basmatchis, et les amener en lui sûr. Avec l’aide de camp Petruchka, Sukhov part donc pour le point de rendez-vous convenu, mais Abdullah est déjà à ses trousses…

Beloe solntse pustyni
1970 / URSS / 1h25
Eastern de Vladimir Motyl

Avec Anatoly Kuznetsov (Fyodor Sukhov), Spartak Mishulin (Sayid), Nikolai Godovikov (Petruchka), Pavel Luspekaev (Vereschagin)…

Je n’aurais sans doute jamais entendu parler de ce film si je n’avais eu une discussion à ce sujet avec MoqueurPoli. Pourtant, en Russie, ce film est sans doute aussi populaire que La Grande Vadrouille, ses protagonistes et certaines répliques du film sont devenus cultes, comme par “The East is a delicate matter”. Une référence en matière de cinéma et de culture russe. Le rituel d’avant-départ des cosmonautes comprenait une projection du Soleil blanc du désert.

Mais qu’en est-il du film ? Il s’agit d’un “eastern” ; ce substantif n’étant ni une coquetterie lexicale ni un signe de condescendance de ma part. C’est bel et bien un genre musical, répondant à certains codes. Spatiaux tout d’abord : l’Asie centrale. Temporels ensuite : l’URSS des années 1920-1930, lorsque l’Empire luttait contre les révoltes Basmatchis (mouvement panturquiste). Un peu comme les Américains tentaient tout au long du XIXe siècle de conquérir et de maîtriser leur territoire en repoussant les attaques indiennes. Les easterns n’eurent pas le succès de leur pendant américain.

Et pourtant ça y ressemble à bien des égards, un Clint Eastwood soviétique, viril, ingénieux et courageux, quoiqu’un peu plus fleur bleue – tout au long du film, il ne cesse de louer la beauté et la gentillesse de sa dulcinée. Des méchants contre lequel il faut lutter, même si l’on est loin du manichéisme, puisque le film fait état des luttes entre différentes factions. De l’action… et de l’humour !

Alors bien sûr, la mise en scène et disons… très particulière. Presque amateur : les plans sont coupés au couteau. Je me suis surpris à rire de la naïveté de certains passages – je caricature à peine – “la Révolution vous a rendu la liberté, vous qui viviez dans l’archaïsme de vos traditions”. Mais peut-être que pour nous Européens qui avons vécus à l’ombre d’une culture occidentale, nous ne nous rendons pas compte que de ce que notre propre culture peut comporter comme références qui nous semblent aller de soi et qui peuvent être naïves voire incongrues pour d’autres ?

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Le jugement de Cambyse, tableau de Gérard David

Titem | 24 juillet 2009

Je pense que c’est l’année dernière, suite à une excursion menée à Famagouste, recherchant sur Internet des informations sur le martyre de Marco-Antonio Bragadin, dernier gouverneur vénitien de Chypre que je suis tombé par hasard sur ce tableau. Retranchée dans les murailles de Famagouste, son armée de 6000 hommes résista pendant plus d’un an aux troupes de sultan ottoman composés de 200.000 hommes avant de plier sous les bombardements et le manque de ravitaillement consécutif au blocus exercé par la puissance ottomane. Marco-Antonio Bragadino fut torturé pendant des jours avant d’expirer écorché entre deux colonnes aujourd’hui encore visibles près de la cathédrale de Famagouste, devenue mosquée – comme Sainte-Sophie d’Istanbul, cela semble une habitude ottomane de s’approprier les édifices religieux chrétiens.

Cathédrale Saint-Nicolas - Mosquée Lala Mustafa Pacha de Famagouste

Cathédrale Saint-Nicolas / Mosquée Mustafa Lala Pacha de Famagouste [Flickr: Titem]

La peau de Marco-Antonio Bragadino fut remplie de paille, le sinistre trophée porté en triomphe dans la ville. Elle sera volée en 1580 de l’arsenal de Constantinople par un esclave vénitien, Gerolamo Polidori, et rapportée à Venise où elle est d’abord conservée dans l’église Saint-Grégoire, puis à San Giovanni e Paolo où elle se trouve encore aujourd’hui. Auparavant, la résistance héroïque de Bragadin incita la Sainte-Ligue à s’organiser contre l’Empire ottoman, qu’elle vainquit lors de la bataille navale de Lepante, en 1571.

J’en reviens à ce tableau… L’historien grec Hérodote rapporte qu’au VIe siècle avant J-C, le roi perse Cambyse II, qui fut également Pharaon d’Egypte, souverain particulièrement cruel et assez imaginatif en matière de supplice, condamna le juge Sisamnès à être écorché vif pour prévarication – à savoir qu’il avait accepté une somme d’argent pour rendre une sentence inique. Après quoi, le roi fit découper des lambeaux de la peau du supplicié qui servirent à recouvrir le siège sur lequel devrait s’installer le nouveau juge, Otanès, le propre fils de Sisamnès, lui rappelant ainsi sur quoi il était assis lorsqu’il devrait rendre justice.

Le jugement de Cambyse

Le peintre flamand Gérard David peint à la toute fin du XVe siècle un diptyque illustrant cette histoire, commandé pour être suspendu dans la salle des échevins de l’hôtel de ville de Bruges, comme pour rappeler aux magistrats la probité avec laquelle ils doivent accomplir leur tâche. Le volet droit, la scène de l’écorchement du juge Sisamnès, est particulièrement réaliste et terrible, elle serait insoutenable autrement que sur la toile. Le tableau est pour autant sobre, qu’il s’agisse du filet de sang qui s’échappe des plaies ouvertes, du visage des passants qui observent la scène d’un air curieux comme le feraient les disciples de La leçon d’anatomie du Docteur Tulp peinte par Rembrandt, ou celui crispé mais digne du condamné. Jean-Claude Bourdais, sur son site, décrit assez bien le tableau et les impressions qu’il a ressenti en le contemplant de ses propres yeux.

Aussi belles soient les merveilles de l’homme, je serai toujours prodigieusement effrayé par l’imagination et la propension qu’il a à faire (le) mal.

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Revue d’Internet : sites, blogs (1) 15/03/09 au 21/03/09

Titem | 22 mars 2009

Cela faisait quelques temps que je pensais à partager les articles et podcasts qui m’ont paru les plus intéressants. Voilà qui est chose faite :

  • Bientôt des bombes atomiques russes à Cuba ? Article de Vincent Vauvert sur son blog Affaires étrangères. La Russie songe à un remake de l’affaire des missiles de Cuba, pour arriver en position de force dans leurs négociations avec les États-Unis d’Obama (le nouveau Kennedy ?). Sur le même sujet, lire également Le coup de bluff militaire de Medvedev, article de Pierre Rousselin sur son blog Géopolitique.

  • Pour Londres, c’est Barroso for ever ; Article de Jean Quatremer sur son blog Coulisses de Bruxelles. L’actuel Président de la Commission Européenne a toutes les qualités requises d’après Londres, pour renouveler son mandat.

  • L’affaire AIG ; Article de Guillaume Klossa sur son Blog d’un Européen. Les Etats-Unis critiquent aussi le fait qu’AIG est honoré ses engagements auprès des banques européennes… Sans quoi on aurait pu pourtant assister à une crise systémique. Et d’appeller à davantage de coopération.

  • CIA: le rapport secret de la Croix-Rouge sur la torture ; Article de Vincent Vauvert sur son blog Affaires étrangères. Pour la Croix Rouge, aucun doute possible : la CIA pratiquait la torture. Or la loi internationale punit ces actes… donc ses auteurs ?

  • Les trans sont-ils des malades ? Article d’Agnès Giard sur son blog Les 400 culs. Comment la France gère-t-elle médicalement et juridiquement les transsexuels (1 naissance sur 10000) ? Dans les commentaires de cette note qui dévoile une réalité gênante (on ne sait pas “qui” sont ces gens, donc ce sont des malades), la bêtise le dispute à la haine…

  • Le PSE renonce à s’opposer à Barroso ; Article de Jean Quatremer sur son blog Coulisses de Bruxelles. Divisé, le PSE laisse la voie libre à l’ancien premier ministre portugais, qui “l’emporter(a) par accumulation de lâchetés”.

  • Pas de préservatifs pour l’Afrique ? ; Article de Eurotopics sur le Webzine CaféBabel. Revue de presse européenne des propos choquants et mensongers du Pape sur le préservatif qui aggraverait la propagation du SIDA.

  • Comment on a réécrit «la Chanson de Roland»… Article de Louis-George Tin sur son blog Observatoire de l’hétérosexualité. Ou comment (et surtout pourquoi !) pendant des années, les lettrés se sont focalisés sur la relation entre Roland et Aude, oubliant celle qui liait le neveu de Charlemagne à Olivier.

  • Les féministes, pionnières de la critique de l’hétérosexualité ; Article de Louis-George Tin sur son blog Observatoire de l’hétérosexualité. Revue de quelques livres de penseurs féminines de l’hétérocentrisme (dit encore hétéronormativité ou hétérosexualité obligatoire) et de sa critique.

  • Assez de “compassionnel” en politique étrangère. Article de Pierre Rousselin sur son blog Géopolitique. Coup du gueule de l’éditorialiste du Figaro contre cette politique de l’émotion. Il conclue ainsi : “Une vraie diplomatie, discrète et patiente, peut parfois obtenir d’avantage qu’une réaction instinctive, même pavée des meilleures intentions du monde.“

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Pour que le 9 mai soit la « Journée de l’Europe » dans les calendriers !

Titem | 14 février 2009

Tout a commencé lors d’une réunion du Mouvement Européen – Ille-et-Vilaine, association dont je fais partie, en tant que membre des Jeunes Européens Rennes. Une des adhérentes fait remarquer qu’alors que se profilent les élections de nos futurs représentants au Parlement européen (du 6 au 9 juin 2009), il n’est fait aucune mention de la ” Journée de l’Europe “  dans les calendriers ou dans les agendas.

Extrait calendrierEt c’est vrai ! Nous avons la fête du travail le 1er mai, les commémorations de l’armistice les 8 mai et 11 novembre, la fête nationale le 14 juillet, Pâques, la Pentecôte et l’Ascension, la fête des mères et la fête des pères…
Sur vos agendas, on vous apprend que tel jour est celui de la fête nationale de tel ou tel pays…

Mais où est-il précisé que le 9 mai est la Journée de l’Europe ? Nous sommes pourtant 500 millions de citoyens et citoyennes dans l’Union européenne concernés par cette fête !

Robert Schuman 9 mai 1950 EuropeC’est en effet le 9 mai 1950 que Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, prononçait dans le salon de l’horloge du Quai d’Orsay une déclaration qui marqua le début de la construction européenne. En juin 1985, lors du Conseil européen de Milan, les chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres instaurent le 9 mai « Journée de l’Europe ».

Cette journée doit être l’occasion d’une véritable fête, d’une occasion de rencontrer et de discuter avec nos concitoyens européens, aussi bien que de prendre conscience de notre appartenance à un même espace politique, économique et culturel, au-delà de nos particularités régionales et nationales. Pour cela, il faut bien sûr que les initiatives aient lieu dans toute l’Europe, de Lisbonne à Helsinki et de Dublin à Nicosie. Que les médias parlent de cette fête qui est un symbole concret d’une Europe jugée trop lointaine.

Journée de l'EuropeCela passe aussi par l’indication claire, dans nos calendriers et nos agendas, que le 9 mai est notre fête, la « Journée de l’Europe » ! C’est pour cette raison que j’ai décidé de créer un groupe Facebook pour sensibiliser les internautes à ce sujet. C’est peut être anecdotique, mais je pense qu’au contraire c’est une décision qui peut être prise très vite et serait tout à fait significative. Par ailleurs au-delà des remarques goguenardes sur la “mode Facebook”, ce réseau social est le meilleur moyen de sensibiliser simplement et rapidement un maximum de personnes au-delà des frontières nationales.

Et qui sait à terme, le 9 mai sera-t-il noté “jour férié” sur nos calendriers, permettant, après la commémoration des victimes de la guerre, de célébrer ensemble “l’union dans la diversité” ?

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La fin d’une quête de 15 ans ou le destin de Lavoisier

Titem | 13 février 2009

Titre un peu pompeux sans doute, c’est pourtant bien cette pensée-là qui m’a traversé lorsque, il y a quelques semaines, je trouvais enfin la réponse à une (vaine) question que je me posais depuis bien des années. A tout autre que moi cela pourrait paraître bien anodin, et pourtant cette histoire pourrait bien vous intéresser…

J’avais à peine 7 ans et je ne loupais aucun des épisodes de la série d’Albert Barillé “Il était une fois… les découvreurs”, diffusée sur Canal Plus. Je les avais enregistrés et me repassait la cassette en boucle en rentrant de l’école. C’est ainsi que naquit chez moi cette passion pour l’histoire qui ne cesserait de grandir, même si je renonçais finalement à une carrière de professeur d’histoire.

Portrait de Monsieur de Lavoisier et sa femme par Jacques-Louis DavidMais parmi les épisodes, il en est un qui me marqua plus que les autres, celui consacré au père de la chimie moderne : Antoine-Laurent de Lavoisier. C’est lui qui découvrit la composition de l’eau (hydrogène et oxygène). Lui encore qui fut à la base du système métrique tel que nous le connaissons. Son immense talent et son destin tragique m’ont sans doute touché, et je devais en garder un dégoût de l’injustice. Mais que pouvais-je comprendre à cet âge-là ? Qu’est-ce qu’un fermier général, ce pour quoi il fut guillotiné le 8 mai 1794 ? Et pourquoi la Révolution avait-elle mis à mort un savant qui aurait pu être utile à la France, quoiqu’en dit dans sa célèbre sentence le président du tribunal qui le condamna, Coffinhal : “La République n’a besoin ni de chimistes, ni de savants ; il faut que la justice suive son cours”.

Dans l’épisode, on voyait des hommes habillés comme à l’époque monter dans une charrette qui allait les conduire à la mort. On les appelait un par un : Lavoisier était le 4ème. Et puis il y eut cette question qui me traversa. Était-il vraiment le 4ème ? Les noms que l’on entendait étaient-ils vraiment ceux des fermiers généraux qui furent exécutés en même temps que Lavoisier ? Étaient-ils eux aussi des savants, des hommes connus ?

Je demandais à des personnes douées en histoire, sans succès. Je voulais aller au Panthéon car il me semblait inconcevable qu’un homme comme Lavoisier n’y fut pas inhumé. Quand je demandais à un gardien du Panthéon si mon héros s’y trouvait, je fus déçu d’entendre que non, et même outré quand il me demanda s’il était de Paris. “Il y est né et il y est mort”. Plus tard encore j’eus accès à l’encyclopédie Universalis, et bien plus tard j’empruntais la biographie de Lavoisier à la bibliothèque de l’IEP de Rennes où je ne trouvais pas de réponse à mes questions.

Ce n’est que plus tard que je compris…

Je compris que les fermiers généraux étaient responsables de la collecte des impôts, que cette charge leur conférait une fortune immense qui suscitait bien des rancœurs. C’est grâce à cela que Lavoisier put acquérir un matériel de haute précision pour mener ses recherches. C’est aussi ce qui causa sa perte : ses collègues et lui furent accusés de détournement de fonds publics au profit de l’étranger. Sans preuve.

Je compris que le corps de Lavoisier, après son exécution, avait été jeté dans une fosse commune du cimetière de la Madeleine et que les corps des cimetières  parisiens de l’époque furent transférés dans les catacombes de Paris.

J’appris que la légende raconte que Lavoisier, attendant son exécution, lisait un livre et que quand vint son tour, marqua sa page, comme s’il espérait pouvoir reprendre sa lecture.

C’est en décembre 2008, à New-York, au Metropolitan Museum of Art, que je tombais en admiration devant le tableau de Jacques-Louis David représentant Lavoisier et son épouse, Marie-Anne Paulze. J’apprécie par ailleurs beaucoup la peinture de cette époque, et je ne pensais absolument pas trouver ce portrait ce jour-là, à cet endroit là.

Enfin, il y a quelques temps, alors que je surfais sur Internet, j’eus l’idée de chercher la liste de ces fameux fermiers généraux. J’avais déjà tenté ma chance il y a deux ans, sans succès. Et après quelques minutes, je tombais sur une version numérisée d’un livre d’Edouard Grimaux, sobrement appelé Lavoisier publié en 1888. Et là, page 304, en note de bas de page “les vingt-huit condamnés étaient : …”.

La liste.

Liste fermiers généraux exécutés en même temps que Lavoisier.jpgListe fermiers généraux exécutés en même temps que Lavoisier - 2.jpg

Je me doutais aujourd’hui qu’il ne s’agissait pas de personnes connues. Cette liste n’a sans doute aucune importance si ce n’est pour les historiens, les passionnés… ou les descendants des victimes. Mais pour moi, outre les réponses historiques et l’amour pour cette science, c’est la réponse à un enfant qui devait découvrir plus tard l’absurdité des choses et l’injustice qui nous entoure.

Le lendemain, le scientifique Louis Lagrange dira à propos de Lavoisier : “il ne leur a fallu qu’un moment pour faire tomber cette tête et cent années peut-être ne suffiront pas pour en reproduire une semblable”.

Albert Barillé Maestro.jpg… Ironie du sort : c’est en cherchant des images d’Il était une fois… Les découvreurs pour illustrer cette note que j’apprends que l’homme qui fut à l’origine de cette série et de tant d’autres, Albert Barillé, est décédé il y a deux jours. Maestro est mort, vive Maestro… et merci !

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