Skholè

Le blog de Thibaut Temmerman, journaliste presse/radio et expatrié français installé à Montréal.
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15 livres qui m’ont marqué

Titem | 6 décembre 2010

L’initiative a fleuri sur les blogs : dresser une liste de 15 livres qui nous ont marqué. Les conseils de lecture d’autres blogueurs (comme Virgile ou Embruns) m’ont permis de faire quelques (re)découvertes intéressantes que j’ai notées sur ma déjà trop longue liste d’attente de livres à lire. Alors à mon tour de vous inviter, enfants, adolescents et adultes, à la lecture, avec ce choix purement subjectif, qui sera sûrement différent dans 10 ans. Beaucoup de romans qui nourrissent l’imagination ainsi que deux pièces de théâtre. Enfin je profite de ce billet pour vous inciter à relire ce petit texte où l’auteur G. K. Chesterton défend les romans populaires.

  • Au nom de tous les miens, de Martin Gray. Au collège et au lycée, j’ai lu beaucoup de livres mettant en scène des jeunes garçons et filles jetés dans le tourbillon d’une guerre folle. Mais ce témoignage est celui qui m’a le plus marqué, parce que l’auteur, après avoir tant côtoyé la mort (la sienne et celle des siens) et l’horreur, a encore soif de vie.

  • N’oubliez pas de vivre, de Thibaut de Saint-Pol. J’ai déjà dit l’importance qu’a eu pour moi ce livre au moment où je passais mes concours pour entrer à Sciences Po. Une déclaration d’amour à la littérature d’un jeune homme plongé dans « l’enfer des prépas » où les étudiants doivent se gaver de connaissance.

  • Les chroniques de San Francisco, de Armistead Maupin. En particulier les trois premiers tomes qui se déroulent durant les insouciantes années 1970. Une délicieuse peinture de la société américaine, des personnages hauts en couleur, beaucoup d’humour et de retournements de situation. Ne pas oublier les deux derniers tomes, Michael Tolliver est vivant, publié en 2007 et Mary Ann in Autumn, qui vient de paraître. Ou encore son roman Maybe the Moon, qui dépeint les illusions et les faux semblants d’Hollywood.

  • Sans Famille, de Hector Malot. Le Oliver Twist français : une représentation naturaliste d’une jeunesse française jetée sur les routes d’une France encore rurale des débuts de la IIIe République.

  • Le passeur, de Loïs Lowry. Un roman pour adolescents sur l’utopie des sociétés totalitaires qui veulent diriger nos vies pour notre bien.

  • La nuit des temps, de René Barjavel. Un autre avatar des sociétés utopiques, mais dans une perspective réflexive sur la folie des civilisations humaines et les évolutions technologiques.

  • Le dernier jour d’un condamné, de Victor Hugo. Un réquisitoire contre la peine de mort que j’ai lu très jeune mais dont je conserve la lecture en mémoire.

  • Cannibale, de Didier Daeninckx. Le livre qui m’a permis de découvrir les travers de la colonisation et de ces soit-disant bienfaits et qui narre l’histoire des kanaks venus à l’Exposition Universelle de Paris de 1931 et parqués dans des zoos humains.

  • Phèdre, de Jean Racine. La tragédie dans toute sa splendeur, avec un personnage victime de ses pulsions, seule face à ses souffrances.

  • Montserrat, d’Emmanuel Roblès. J’ai non seulement lu cette pièce, mais je l’ai jouée. Albert Camus disait d’elle que : « Elle ne doit rien à aucune école ou à aucune mode et pourtant elle s’accorde à la terrible cruauté du temps sans cesser de se référer à une pitié vieille comme le coeur humain ». Une histoire tragique, intense et une question posée à ces gens confrontés à leur propre mort : jusqu’où aller pour défendre un idéal commun ?

  • Vendredi ou les Limbes du Pacifique, de Michel Tournier. Un déjà classique de la littérature française revisite un autre classique, le mythe de Robinson Crusoé, et interroge sur la condition de l’homme face à la nature.

  • Origines, de Amin Maalouf. Un écrivain lui-même partagé entre deux cultures part à la recherche de ces origines, déjà plurielles. Une histoire où les ambitions personnelles se mêlent aux luttes internes pour la reconstruction de leur pays (le Liban). Mais ce n’est pas le seul livre de cet auteur que je conseillerai : j’ai également beaucoup aimé Samarcande et Les échelles du Levant.

  • Alexis : le traité du vain combat, de Marguerite Yourcenar. Publié en 1929, mais cette longue lettre pudique d’un homme à sa femme, qui lui confie ses penchants intimes est d’une grande actualité et d’une richesse psychologique, en dépit du style un peu suranné.

  • Le joueur d’échecs, de Stefan Zweig. Une nouvelle, mais une vraie curiosité littéraire sur le passé d’un homme qui défie un champion d’échecs.

  • (Nouvelles) Histoires extraordinaires de Edgar Allan Poe. La quintessence du fantastique. Des atmosphères inquiétantes, des personnages en proie à leurs angoisses, un délice de lecture traduit par nul autre que Charles Baudelaire.

N’hésitez pas à partager vous aussi votre plaisir de la lecture !

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Amin Maalouf, Armistead Maupin, Culture, Didier Daeninckx, Edgar Allan Poe, Emmanuel Roblès, Fantastique, Guerre/Paix, Hector Malot, Homosexualité, Jean Racine, Littérature, Littérature allemande, Littérature américaine, Littérature britannique, Littérature française, Livres, Livres pour enfants, Loïs Lowry, Marguerite Yourcenar, Martin Gray, Michel Tournier, Peine de Mort, René Barjavel, Stefan Zweig, Théâtre, Thibaut de Saint-Pol, Victor Hugo
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Une voix dans la nuit, de Armistead Maupin (2000)

Titem | 28 août 2009

Une voix dans le nuit, de Armistead Maupin (2000)Son compagnon vient de le quitter. Gabriel Noone, écrivain et animateur radio de renom, sombre dans le désespoir, jusqu’au jour où l’un de ses auditeurs lui adresse un manuscrit : Pete, treize ans, victime d’un pédophile et séropositif, lui confie ses souffrances. Une correspondance téléphonique s’engage, qui augure d’une relation et de révélations bouleversantes.

Armistead Maupin est un auteur que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire. Ses talents de conteur, son humour légèrement désinvolte et ses histoires surprenantes m’ont beaucoup diverti dans ses célèbres Chroniques de San Francisco, dont le dernier tome, Michael Tolliver est vivant, est sorti il y a deux ans, mais également dans Maybe the Moon. Une voix dans la nuit était le seul que je n’avais pas encore lu.

Débutant par une anecdote illustrant sa tendance à embellir les histoires qu’on lui rapporte, le lecteur comprend alors le coeur de l’intrigue : quelle est la part de réalité et de fiction dans chaque récit ? Amistead Maupin, sous les traits de son héros Gabriel Noone, nous conte une aventure qui lui est arrivée. Mais jusqu’à quel point cette histoire est-elle exacte ?

Dans ce roman à clé, il parle d’amour : la fin de la relation avec son compagnon mais aussi l’affection qu’il porte pour un jeune garçon gravement malade, très lucide sur son sort dont les conversations sont pour le quinquagénaire fragile une véritable thérapie. C’est également l’occasion pour Armistead Maupin de revenir sur les relations avec son père et son propre désir inassouvi de paternité. Surprise ! On y retrouve également des références aux fameuses Chroniques de San Francisco, la série littéraire qui lui apporta la notoriété.

Ce roman est certainement le plus personnel de l’auteur qui se livre ici sans retenue, avec tous ses défauts, ses faiblesses, sa naïveté également, mais aussi toute sa tendresse. Loin de sombrer dans le pathos, on est de nouveau séduit par le style direct et affable d’Armistead Maupin.

[Edit 29/08/09 : ce livre a fait l'objet d'une adaptation cinématographique, The Night Listener, avec Robin Williams dans le rôle de Gabriel Noone].

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Armistead Maupin, Californie, Etats-Unis, Homosexualité, Littérature américaine, Parents/Enfants, Roman à clef, SIDA
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Michael Tolliver est vivant, d’Armistead Maupin (2007)

Titem | 26 octobre 2008

Une note un peu plus détendue en ce début de vacances…

Michael Tolliver est vivant. Ses amis se sont perdus dans l’excès ou sont morts du sida. Lui a survécu à tout. Il a rencontré Ben, l’amour de sa vie. Mais sa famille se refuse toujours à accepter son homosexualité. Lorsque la mère de Michael tombe malade, c’est pourtant lui qu’elle appelle à ses côtés en Floride.

A San Francisco, sa mère spirituelle, Anna Madrigal, réclame sa présence. Il est alors confronté à un dilemme : doit-il rester auprès d’Anna ou accompagner dans ses derniers instants cette mère qui l’a tant rejeté ?

Les six premiers volumes décrivaient le San Francisco mythique des années 70 et 80, terrain de toutes les expériences amoureuses et sexuelles. Vingt ans après, l’insouciance s’est envolée, le sida est passé par là. Avec ce mélange de drôlerie, de légereté et de gravité qui est sa marque, Maupin clôt cette extraordinaire aventure littéraire dans ce septième et dernier épisode des Chroniques de San Francisco.

Michael Tolliver Lives

L’annonce avait fait l’effet d’une petite bombe chez les fans de l’auteur californien : il y aurait bien un septième tome aux Chroniques de San Francisco, la série littéraire qui avait bousculé l’Amérique bien pensante et diverti une génération de lecteurs. Rentré de l’étranger où j’appris la nouvelle quelques mois plus tôt, mon premier acte d’achat dans une librairie française fut le nouveau roman d’Armistead Maupin.

Le livre est, comme pour les six premiers tomes, marqué dans un cadre spatio-temporel précis : San Francisco, la libérale, la dynamique. Les années sida sont passées mais la maladie est toujours présente, Reagan a laissé la place à W. Bush et sa guerre idiote en Irak. Michael, lui, a survécu, et profite de sa vie à chaque instant, aux côtés de son ami, même s’il fallait le perdre demain. Et il en prend d’autant plus conscience que cette fois, ce sont ses deux mères qui s’apprêtent à partir.

On retrouve avec grand plaisir son grand talent de conteur, son humour à la fois désinvolte et mordant, les péripéties qui ont fait des chroniques un immense succès de librairie. J’ai dévoré ce dernier tome en trois jours à peine : on se laisse totalement emporter par l’histoire, le style agréable et les personnages attachants, – des nouveaux (Shawna, devenue adulte, Patreese l’infirmier, Irwin, le frère de Michael) ou les plus anciens (Anna Madrigal, Brian…).

Mais… Je persiste. Même si ces livres sont toujours aussi plaisants, on ne retrouve pas cette folie qui animait les trois premiers tomes, ceux qui se déroulaient pendant les années 1970, la décennie insouciante. Mais néanmoins, on passe un petit moment savoureux en compagnie de l’oncle Armistead.

Lire aussi : la critique de Maybe the Moon, autre roman de l’auteur.

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2007, Armistead Maupin, Californie, Homosexualité, Humour, Littérature américaine, San Francisco, SIDA, USA
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Maybe the moon, de Armistead Maupin (1992)

Titem | 26 novembre 2007

Maybe the Moon, de Armistead Maupin (1992)

Pour Cadence Roth, « décrocher la lune », c’est décrocher un vrai rôle au cinéma. Parce que, après avoir composé sous un masque le rôle de l’elfe dans un film mythique, Cady compte bien jouer dans la cour des grands, ce que sa très petite taille lui interdit. Dans ce roman sous forme de journal, les faux-fuyants du politiquement correct et les promesses vaines des agents artistiques alimentent un portrait sans appel de Los Angeles, où la différence n’a pas droit de cité. Après ses Chroniques de San francisco, Armistead Maupin poursuit avec drôlerie sa critique de la société américaine. Et seule Cady en sort grandie.

Critique de Marie Gobin, dans Lire, 4ème page de l’édition 10/18.

Que pourrait-on ajouter à cette critique qui résume parfaitement cet autre ouvrage de l’américain Armistead Maupin ? On y retrouve à travers le regard faussement désabusé mais toujours alerte de ce petit bout de femme dynamique une critique de la carnavalesque société américaine et son jeu de masques incessants.

Fatiguée de jouer des petits rôles, Cady souhaite revenir par la grande porte dans le milieu du cinéma. Entière, mais pas sans fêlures, séduisante mais honnête, elle rêve d’un rôle à la mesure de son talent, et pas seulement celle de sa très petite taille. Accompagnée d’une colocataire-groupie et d’un ami écrivain en quête de sincérité humaine, Cady fait son bonhomme de chemin, à travers les obstacles qu’on dresse sur son chemin.

Un roman librement inspiré de la vie de Tamara De Treaux, amie de Armistead Maupin, actrice de 79 centimètres qui a connu son « heure de gloire » en jouant le rôle de l’E.T du film de Steven Spielberg… mais dont le nom n’apparaîtra pas dans la distribution.

Un livre plein d’humour, porté par la lucidité de la narratrice. On y retrouve le talent de Armistead Maupin pour ses situations où la coïncidence cohabite avec l’innatendu. Une leçon de vie aussi, facette de l’american dream, et qui rappelle le plus récent Million Dollar Baby de Clint Eastwood : donne-toi les moyens de pouvoir vivre tes rêves et réjouis-toi d’avoir agi en ce sens.

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1992, Années 90, Armistead Maupin, Cinéma, Discrimination, Hollywood, Humour, Littérature américaine
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