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Photo du mois – Octobre 2012 – Bienvenue chez moi – Nature humaniste

Titem | 15 octobre 2012

C’est le jour de La Photo du Mois ! De retour d’une agréable fin de semaine en Mauricie, c’est dans un chalet confortable, au beau milieu de la forêt et au bord d’un lac que j’ai trouvé l’aspiration pour le thème de ce mois, choisi par Gilsoub. Je n’avais guère envie de vous poster une photo de Montréal qui risquait fort de manquer d’originalité et comme l’éclairage de mon appartement est mauvais, je ne voulais pas réaliser une énième photo fade.

Dans cette période troublée où une partie de la société se noie dans la superficialité et le consumérisme pendant qu’une autre cède au repli sur soi et au conservatisme, je trouve le répit dans le calme, la spiritualité et la méditation, les livres et le savoir. Je ne me lasserai jamais de lire et relire ce passage du Kabbaliste de Prague (dont je faisais la critique ici), un des derniers romans de l’écrivain Marek Halter, qui correspond en tout point tant à mon esprit du moment ainsi qu’à cet idéal humaniste que votre serviteur, fasciné par le XVIe siècle, admire.

Moi intérieur, petit ou grand chez moi, qu’est-ce qui a inspiré nos amis photoblogueurs pour ce mois-ci ? Pour le savoir, rendez-vous chez : Dr CaSo, Vickie in the sky, Isabelle et Gilles, David et Mélanie, Alice Wonderland, Annick, Filamots, Mamysoren, Le Mag à lire, Berliniquais, Lo, Nora, La Fille de l’Air, Dorydee, Lisa adore, Les voyages de Lucy, Pilisi, Akaieric, Laurent Nicolas, Viviane, El Padawan, Nathalie, Pat Québec, Petite Marie, Sinuaisons, Renepaulhenry, Cessna, oui !, The Mouse, Galinette, Blogoth67, Chris et Nanou, Violette, DelphineF, M, Sephiraph, Cekoline, Gilsoub, Stephane08, Ava, Batilou, Djoul, Marmotte, Arwen, La Papote, Mgie les bons tuyaux, Narayan, Vanilla, Carnets d’images, Happy Us, Anne, Escapade en Tunisie, Les zinzins, Lyonelk, J’adore j’adhère, Cherrybee, Maïder, Une niçoise, Bestofava, La Parigina, Ori, François le Niçois, Christeav, Un jour une rencontre, La Messine, 100driiine, Cara, Champagne, Krn, La Flaneuse, Jean Wilmotte, A&G, Cocosophie, Coco, Flo, E, Gizeh, Kob, Xavier Mohr, Anita, Lucile et Rod, Les petits supplices !, Guillaume, The Parisienne, N, Xoliv’, Kyoko, Céline in Paris, André(eric)Fernandes, Clara, Karrijini, Fanfan Raccoon, Anne Laure T, Hibiscus, Nicky, Louiki, Sophie Rififi, Nataru, Sébastien, Dreamteam, Caro, Testinaute, Dame Skarlette, Marion, LaFamilleD , LaGodiche, Alban, Alexanne, Emma, Les voyages de Seth et Lise, Laure, Frédéric, Alexinparis, Cricriyom from Paris, La Nantaise, Solveig, Tambour Major, Olivier, Lavandine, Melting Pot, Lauriane, AnneSoPhotos, Manola, Cynthia, Céliano, Agrippine, magda627, Lhise, Cathy, Skipi,Isaquarel,Leviacarmina.

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Le kabbaliste de Prague, de Marek Halter

Titem | 19 août 2011

La Kabbale affirme qu’un homme pur peut, ainsi que Dieu, engendrer la vie par la seule grâce du verbe… A la fin du XVIe siècle, dans le ghetto de Prague, le rabbin MaHaRal, le plus grand kabbaliste de tous les temps, façonne un être de boue à la force illimitée qui doit apporter la sécurité à son peuple : le Golem.

Alors que je ne le connaissais que de nom, j’ai découvert les talents de conteur de Marek Halter lors d’une émission de 2000 ans d’histoire (maintenant remplacée par La marche de l’histoire) où il évoquait les fêtes juives. Ce passeur de mémoire tente d’entretenir ce qu’il reste de la culture juive, ses mythes, ses figures et que deux millénaires d’antisémitisme, dont la Shoah constitue unsummum dans l’horreur, n’auront pas totalement détruit.

L’histoire se déroule au siècle des étoiles et des mandragores, des grandes découvertes et des guerres de religion, le XVIe siècle, que je crois être l’un des plus déterminants dans l’histoire de l’humanité. On suit les aventures plus ou moins imaginaires d’un personnage ayant réellement existé, David Gans, « une oie parmi les aigles », un homme rempli de sagesse et à la soif insatiable de connaissances, qui fréquente et admire les esprits les plus éclairés de son temps. Parmi ces savants, le rabbin MaHaRal, son maître, adepte de la Kabbale, dont la puissance de l’esprit va se manifester de manière prodigieuse, par la création d’un Golem, destiné à protéger les Juifs du ghetto de Prague. Car malheureusement à cette époque troublée, Chrétiens et Réformés s’entendaient sur une chose : les Juifs étaient la cause de leurs malheurs.

Avec le Golem, le MaHaRal se fait démiurge et comme Dieu avec Adam, il façonne une créature à partir de boue (celle de la Vlatva, plus connue sous le nom de Moldau) qu’il anime grâce à la force du Verbe. Puisque l’astronomie bouleverse les croyances, notamment religieuses, en faisant du Ciel la demeure, non plus de Dieu, mais des étoiles et des planètes, c’est que la demeure de Dieu est ailleurs : dans le Verbe, car « Au commencement était le Verbe ». C’est l’un des rares mystères que l’on peut aisément comprendre de la Kabbale et de son livre phare le Zohar (ou « Livre de la Splendeur »). Mais cette connaissance laisse place à des centaines d’autres questions, car, dit le narrateur, la Kabbale est un jardin où l’on se perd aisément.

Je ne veux pas vous gâcher le plaisir d’une éventuelle lecture que je ne saurais que trop vous conseiller. Comme Amin Maalouf que j’apprécie également, Marek Halter nous raconte de passionnantes histoires, de son style fluide et poétique à la fois, et nous plonge dans sa culture, celle des Juifs d’Europe centrale. Dès les premières pages, avec de très beaux passages sur l’éternité du Verbe, la clef du récit, on est entraîné dans la Prague de Rodolphe II. Mais comme toutes les légendes, celle du Golem révèle des enseignements moraux sur l’homme, la folie qu’il y a à vouloir prétendre être l’égal de Dieu, la technique qui sert et asservit l’homme…

Je vous laisse sur cette citation tirée du Kabbaliste de Prague et cette interview de Marek Halter sur France Info, dans laquelle il évoque, très rapidement, le fait que l’étranger est peut-être aujourd’hui notre Golem : on l’aime tant qu’il nous est utile, il encaisse les brimades sans s’exprimer (ou sans qu’on prenne la peine de l’écouter ?) mais le jour où il se révolte contre l’asservissement dont il est victime, on ne veut plus de lui.

Il me semblait être au coeur d’un continuel tumulte, soumis à l’incertitude et aux caprices de ceux qui avaient fait le siècle. Mais je sais depuis que j’ai goûté l’un des plus grands bonheurs qui soient donnés aux hommes : la liberté et la jouissance de l’intelligence ; l’usage sans limites de leur esprit dans la quête de la compréhension du monde.

http://www.dailymotion.com/video/xd1uqj

 

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15 livres qui m’ont marqué

Titem | 6 décembre 2010

L’initiative a fleuri sur les blogs : dresser une liste de 15 livres qui nous ont marqué. Les conseils de lecture d’autres blogueurs (comme Virgile ou Embruns) m’ont permis de faire quelques (re)découvertes intéressantes que j’ai notées sur ma déjà trop longue liste d’attente de livres à lire. Alors à mon tour de vous inviter, enfants, adolescents et adultes, à la lecture, avec ce choix purement subjectif, qui sera sûrement différent dans 10 ans. Beaucoup de romans qui nourrissent l’imagination ainsi que deux pièces de théâtre. Enfin je profite de ce billet pour vous inciter à relire ce petit texte où l’auteur G. K. Chesterton défend les romans populaires.

  • Au nom de tous les miens, de Martin Gray. Au collège et au lycée, j’ai lu beaucoup de livres mettant en scène des jeunes garçons et filles jetés dans le tourbillon d’une guerre folle. Mais ce témoignage est celui qui m’a le plus marqué, parce que l’auteur, après avoir tant côtoyé la mort (la sienne et celle des siens) et l’horreur, a encore soif de vie.

  • N’oubliez pas de vivre, de Thibaut de Saint-Pol. J’ai déjà dit l’importance qu’a eu pour moi ce livre au moment où je passais mes concours pour entrer à Sciences Po. Une déclaration d’amour à la littérature d’un jeune homme plongé dans « l’enfer des prépas » où les étudiants doivent se gaver de connaissance.

  • Les chroniques de San Francisco, de Armistead Maupin. En particulier les trois premiers tomes qui se déroulent durant les insouciantes années 1970. Une délicieuse peinture de la société américaine, des personnages hauts en couleur, beaucoup d’humour et de retournements de situation. Ne pas oublier les deux derniers tomes, Michael Tolliver est vivant, publié en 2007 et Mary Ann in Autumn, qui vient de paraître. Ou encore son roman Maybe the Moon, qui dépeint les illusions et les faux semblants d’Hollywood.

  • Sans Famille, de Hector Malot. Le Oliver Twist français : une représentation naturaliste d’une jeunesse française jetée sur les routes d’une France encore rurale des débuts de la IIIe République.

  • Le passeur, de Loïs Lowry. Un roman pour adolescents sur l’utopie des sociétés totalitaires qui veulent diriger nos vies pour notre bien.

  • La nuit des temps, de René Barjavel. Un autre avatar des sociétés utopiques, mais dans une perspective réflexive sur la folie des civilisations humaines et les évolutions technologiques.

  • Le dernier jour d’un condamné, de Victor Hugo. Un réquisitoire contre la peine de mort que j’ai lu très jeune mais dont je conserve la lecture en mémoire.

  • Cannibale, de Didier Daeninckx. Le livre qui m’a permis de découvrir les travers de la colonisation et de ces soit-disant bienfaits et qui narre l’histoire des kanaks venus à l’Exposition Universelle de Paris de 1931 et parqués dans des zoos humains.

  • Phèdre, de Jean Racine. La tragédie dans toute sa splendeur, avec un personnage victime de ses pulsions, seule face à ses souffrances.

  • Montserrat, d’Emmanuel Roblès. J’ai non seulement lu cette pièce, mais je l’ai jouée. Albert Camus disait d’elle que : « Elle ne doit rien à aucune école ou à aucune mode et pourtant elle s’accorde à la terrible cruauté du temps sans cesser de se référer à une pitié vieille comme le coeur humain ». Une histoire tragique, intense et une question posée à ces gens confrontés à leur propre mort : jusqu’où aller pour défendre un idéal commun ?

  • Vendredi ou les Limbes du Pacifique, de Michel Tournier. Un déjà classique de la littérature française revisite un autre classique, le mythe de Robinson Crusoé, et interroge sur la condition de l’homme face à la nature.

  • Origines, de Amin Maalouf. Un écrivain lui-même partagé entre deux cultures part à la recherche de ces origines, déjà plurielles. Une histoire où les ambitions personnelles se mêlent aux luttes internes pour la reconstruction de leur pays (le Liban). Mais ce n’est pas le seul livre de cet auteur que je conseillerai : j’ai également beaucoup aimé Samarcande et Les échelles du Levant.

  • Alexis : le traité du vain combat, de Marguerite Yourcenar. Publié en 1929, mais cette longue lettre pudique d’un homme à sa femme, qui lui confie ses penchants intimes est d’une grande actualité et d’une richesse psychologique, en dépit du style un peu suranné.

  • Le joueur d’échecs, de Stefan Zweig. Une nouvelle, mais une vraie curiosité littéraire sur le passé d’un homme qui défie un champion d’échecs.

  • (Nouvelles) Histoires extraordinaires de Edgar Allan Poe. La quintessence du fantastique. Des atmosphères inquiétantes, des personnages en proie à leurs angoisses, un délice de lecture traduit par nul autre que Charles Baudelaire.

N’hésitez pas à partager vous aussi votre plaisir de la lecture !

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On choisit pas ses parents, de Thierry Binisti (2008)

Titem | 29 octobre 2008

Ils sont frère et sœurs. Depuis quelques heures, ils sont orphelins. Ils ont juré qu’on ne les séparerait pas. Il y a Siméon Morlevent, 14 ans. Maigrichon. Yeux marron. Signe particulier: surdoué, prépare actuellement son bac. Morgane Morlevent, 8 ans. Yeux marron. Oreilles très décollées. Première de sa classe, très proche de son frère. Signe particulier: les adultes oublient tout le temps qu’elle existe. Venise Morlevent, 5 ans. Yeux bleus, cheveux blonds, ravissante. La petite fille que tout le monde rêve d’avoir. Signe particulier: fait vivre des histoires d’amour torrides à ses Barbie. Ils n’ont aucune envie de confier leur sort à la première assistante sociale venue. Leur objectif est de quitter le foyer où on les a placés et de se trouver une famille. À cette heure, deux personnes pourraient vouloir les adopter. Pour de bonnes raisons. Mais aussi pour de mauvaises. L’une n’est pas très sympathique, l’autre est irresponsable, et… Ah, oui! ces deux personnes se détestent.

D’après le roman Oh Boy de Marie-Aude Murail Ed. L’école des loisirs (2000) – le résumé ci-avant est la quatrième de couverture du livre.
France, 2008, 1h30
Téléfilm sentimental français de Thierry Binisti
Avec Flannan Obé (Barthélémy Morlevent), Elisabeth Vitali (Josiane), Alex Descas (Le juge Mauvoisin), Milan Argaud (Siméon), Morgane (Louise Héritier), Nova-Louna Castano (Venise).

Si je connaissais le livre de Marie-Aude Murail pour l’avoir vu à de nombreuses reprises sur les étals des librairies et bibliothèques, je n’avais jamais pris la peine de lire la quatrième de couverture, alors même que j’adorais l’édition L’école des loisirs. Sûrement l’image de poupées qui m’en dissuadait. Et voilà que le best-seller est adapté pour le petit écran, sous le titre : « On choisit pas ses parents ».

Parce qu’il met en scène un homosexuel, Barthélémy, la pédéblogosphère s’est agitée pour savoir si oui ou non le téléfilm serait trop caricatural ou répondrait parfaitement à la fois aux attentes et à la réalité, si l’acteur jouerait juste ou en ferait trop. Vaste affaire.

J’ai trouvé pour ma part que ce téléfilm insistait de façon un peut trop caricaturale sur la différence entre d’un côté la  méchante belle-soeur hétéro mais revêche que les enfants détestent, et le gentil homo un peu irresponsable mais adoré. Mais en fait, la réaction des enfants peut se comprendre compte tenu du comportement de la belle-sœur au début du film (que j’avais loupé).

A part cette petite remarque, ce téléfilm du mercredi soir permet de passer un bon moment en famille, et de parler de façon juste et humaine de sujets comme l’adoption et la fratrie.

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La passion selon Juette, de Clara Dupont-Monod (2007)

Titem | 23 mai 2008

Juette est née en 1158 à Huy, une petite ville de l’actuelle Belgique. Cette enfant solitaire et rêveuse se marie à treize ans dans la demeure de ses riches parents. Elle est veuve cinq ans plus tard. Juette est une femme qui dit non. Non au mariage. Non aux hommes avides. Non au clergé corrompu. Violente et lucide sur la société de son temps, elle défend la liberté de croire, mais aussi celle de vivre à sa guise. Elle n’a qu’un ami et confident, Hugues de Floreffe, un prêtre : à quelles extrémités arrivera-t-elle pour se perdre et se sauver ? Car l’Eglise n’aime pas les âmes fortes…

La Passion selon Juette, Clara Dupont-Monod 2007)De ce Moyen Age traversé de courants mystiques et d’anges guerriers, qui voit naître les premières hérésies cathares, Clara Dupont-Monod a gardé ici une figure singulière de sainte laïque. Elle fait entendre enfin la voix de Juette l’insoumise. Peut-être l’une des premières féministes.

La passion selon Juette, de Clara Dupont-Monod (2007). Editions Grasset.

Je connaissais surtout Clara Dupont-Monod en tant que journaliste à Marianne et chroniqueuse dans l’émission de RTL « On refait le Monde », que j’écoute très régulièrement. Et puis c’est dans la médiathèque du service culturel de l’Ambassade de France à Chypre que je découvre Clara Dupont-Monod l’écrivain. Pourtant, La passion selon Juette est déjà son quatrième ouvrage.

Il ne s’agit pas exactement d’un roman historique, ni même d’une autobiographie. Clara Dupont-Monod préfère parler d’une « transcription romanesque » d’un manuscrit de Hugues de Floreffe, prêtre ami et confident de Juette. On la croit folle. Cette dernière, fille d’un créancier proche par intérêt des milieux religieux, préfère penser qu’elle se raconte des histoires. Mais ses rêves de petite fille où les chevaliers combattent les vignes se brisent sur la réalité de la condition de la femme au Moyen-Âge. Au temps de ce que l’Église a appelé « les hérésies », Juette finit par consacrer sa vie à son salut, nourrissant un lien direct à Dieu, jetant aux gémonies le clergé, les croyants et une morale qu’elle juge hypocrite.

Un livre à deux voix qui se lit avec plaisir et curiosité aussitôt passée la surprise du caractère mystérieux de la jeune Juette.

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Origines, d’Amin Maalouf (2004)

Titem | 3 mars 2008

Origines, d’Amin Maalouf (2004)

Il était une fois deux frères, Gebrayel et Botros, nés dans ce Liban de la fin du XIXe siècle encore partie intégrante de l’Empire ottoman. Le premier rêve de conquérir le monde et quitte l’Orient natal pour faire souche à Cuba. Le second, homme de pensée et de livres, reste au pays. Ainsi commence la saga des Maalouf, sédentaires ou nomades, emportés par l’histoire dans une diaspora familiale, et que relient, du Brésil à l’Australie et des Etats-Unis à la France, le bruissement d’un nom et la conscience d’une origine commune.

C’est à cette «tribu», dont il reconstitue l’histoire avec la rigueur d’un archiviste et l’empathie d’un romancier, que l’auteur du Rocher de Tanios (prix Goncourt 1993) rend un magnifique hommage d’amour et de fidélité. Pour l’écrivain, lui-même en exil, n’est-elle pas sa seule patrie ?

Parce qu’avant de partir au Canada, on m’avait conseillé de me renseigner sur mes origines, un sujet sur lequel les Canadiens tiennent tout particulièrement. Parce que je venais de lire Samarcande, du même auteur, et que ce livre m’avait enchanté. Je ne pouvais pas, en tombant sur ce livre à quelques minutes de mon embarquement, ne pas l’acheter.

Dans le brouillard épais d’un passé qui est pourtant si proche, Amin Maalouf, cherche des pistes qui lui permettent de mieux comprendre l’homme qu’il est, l’addition de ce que ses ancêtres ont fait de lui. A travers les souvenirs des plus anciens encore vivants et des courriers qui ont traversé les décennies, l’auteur nous ouvre son tréfonds : l’histoire de sa famille. Et l’on découvre l’histoire de deux frères, en proie à la question de l’exil et des relations Occident/Orient, deux thèmes qui reviennent dans les écrits d’Amin Maalouf. Son talent de conteur et son style délicatement oriental font de cette enquête une œuvre passionnante.

Un livre pour l’Histoire (du Liban) et l’histoire personnelle de l’auteur qui, élevant ses ancêtres du Liban et d’ailleurs au rang d’héros romanesques nous invite, à la fermeture de son œuvre, non pas à nous pencher, mais lever la tête vers nos parents, grands-parents, arrières-grands-parents.

D’autres que moi auraient parlé de ‘racines’. .. Ce n’est pas mon vocabulaire. Je n’aime pas le mot ‘racines’, et l’image encore moins. Les racines s’enfouissent dans le sol, se contorsionnent dans la boue, s’épanouissent dans les ténèbres; elles retiennent l’arbre captif dès sa naissance, et le nourrissent au prix d’un chantage : « Tu te libères, tu meurs ! »

Ce livre a obtenu le prix Méditerranée 2004.

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