Leur grande faute morale : ne pas avoir pensé aux enfants
Titem | 23 avril 2013Vous ne pouvez y avoir échappé : l’Assemblée Nationale a définitivement adopté le projet de loi portant sur « le mariage des couples de personnes de même sexe », par 331 voix contre 225 (Pour rappel, en 1e lecture, il y avait eu 329 voix pour, 229 contre). La France est devenue ainsi le 14e pays dans le monde à ouvrir le mariage pour les couples homosexuels.
Mais que retiendrons-nous de ces années de combats, pour ou contre, de ces mois de débats dans les médias et ces centaines d’heures au Parlement (cf. cette infographie du Monde), souvent très animés, trop souvent violents ? Nous ne voudrions garder que les moments positifs, forts et émouvants, les témoignages trop peu écoutés d’enfants élevés au sein de familles homoparentales (comme Pablo), la force de conviction de la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, l’émotion de certaines des parlementaires, comme Véronique Massonneau.
L’heure est aux réjouissances, car d’ici quelques semaines, les premiers couples de même sexe pourront officialiser leur union devant la société et bénéficier des mêmes droits, transmettre leur patrimoine. Surtout, à la filiation affective et sociale qui les reliait déjà à leurs enfants avant la loi s’ajoutera une filiation juridique protectrice.
Mais on se souviendra aussi des débordements. Il y en eut de toute nature, de la part d’acteurs différents. Cependant, au-delà de ma sympathie pour le mouvement en faveur de l’égalité des droits, on ne peut décemment pas mettre sur le même plan des agressions commises contre des personnes en raison de ce qu’elles sont (comme à Paris, Nice, Lille ou sur Twitter…) ou celles qui les défendent (Erwann Binet, Claude Bartolone, Caroline Fourest), les menaces contre ceux qui n’ont eu de cesse que de souffler sur les braises et d’annoncer « le sang » ou la « guerre civile » (« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », écrivait Bossuet) ou l’encadrement parfois vigoureux de manifestants pacifiques dans leur comportement (dans leurs propos, c’est moins certain), soit qu’ils n’avaient pas déclaré leur rassemblement ou avaient eu la mauvaise idée de défiler à trop grande proximité d’éléments radicaux.
Les larmes ne peuvent nettoyer toutes les obscénités et les blessures
Sans préjuger de la santé de chacun, ces adultes sauront s’en remettre, même si pour certains, la douleur est grande. Mais il est un aspect de la responsabilité de tous les opposants à ce projet de loi sur lequel il est difficile de polémiquer, sinon par mauvaise foi ou négation de la réalité : les enfants et les adolescents. Ceux qui ont bien sûr un papa et une maman, mais qui sont également élevés par deux papas et deux mamans et dont on leur a assuré que ce cadre familial constituerait un trouble pour leur futur. Ces adolescents, homos ou supposés tels, qui ont subi encore plus fortement en raison de l’hystérie des débats, des violences verbales ou physiques, y compris parfois de la part de leurs amis voire de leur famille, qui les a emmené lors de ces manifestations ou mis à la porte. Bon nombre d’opposants au projet de loi n’ont pas pensé à eux, ont volontairement fermé les yeux sur leur existence, n’ont pas eu conscience que leurs actions aggravaient les difficultés qu’ils rencontrent : c’est leur grande faute morale.
« Chacun de nous est particulier et c’est la force de notre société », commentait avec autant de sobriété que d’émotion un de mes amis face à cette annonce. J’y ajoutais quand cette société est rassemblée et fraternelle. Car il faut savoir pardonner, se rassembler, pour construire l’avenir. Mais que cela peut être difficile, surtout vu les dernières semaines ! Les larmes de joie pour cette égalité conquise de haute lutte, dans le respect des valeurs républicaines, et leurs larmes d’amertume d’avoir perdu cette bataille morale et idéologique, ne sauront nettoyer toutes les obscénités et les blessures causées à ces enfants qu’ils prétendaient défendre. Mais – et la Ministre de la justice l’a admirablement rappelé suite au vote – il a ainsi été rappelé que la place et la valeur de chacun était reconnue dans la société. C’est là que se situe le prochain défi à relever. Il sera alors toujours temps pour les opposants d’hier de nous rejoindre.
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Ailleurs sur la toile : Olivier d’Évian, l’édito de Causette.
Crédit image : Pierrick Prévert.











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