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Leur grande faute morale : ne pas avoir pensé aux enfants

Titem | 23 avril 2013

Vous ne pouvez y avoir échappé : l’Assemblée Nationale a définitivement adopté le projet de loi portant sur « le mariage des couples de personnes de même sexe », par 331 voix contre 225 (Pour rappel, en 1e lecture, il y avait eu 329 voix pour, 229 contre). La France est devenue ainsi le 14e pays dans le monde à ouvrir le mariage pour les couples homosexuels.

Liberté Égalité Fraternité LGBT

Mais que retiendrons-nous de ces années de combats, pour ou contre, de ces mois de débats dans les médias et ces centaines d’heures au Parlement (cf. cette infographie du Monde), souvent très animés, trop souvent violents ? Nous ne voudrions garder que les moments positifs, forts et émouvants, les témoignages trop peu écoutés d’enfants élevés au sein de familles homoparentales (comme Pablo), la force de conviction de la Garde des Sceaux, Christiane Taubira, l’émotion de certaines des parlementaires, comme Véronique Massonneau.

L’heure est aux réjouissances, car d’ici quelques semaines, les premiers couples de même sexe pourront officialiser leur union devant la société et bénéficier des mêmes droits, transmettre leur patrimoine. Surtout, à la filiation affective et sociale qui les reliait déjà à leurs enfants avant la loi s’ajoutera une filiation juridique protectrice.

Mais on se souviendra aussi des débordements. Il y en eut de toute nature, de la part d’acteurs différents. Cependant, au-delà de ma sympathie pour le mouvement en faveur de l’égalité des droits, on ne peut décemment pas mettre sur le même plan des agressions commises contre des personnes en raison de ce qu’elles sont (comme à Paris, Nice, Lille ou sur Twitter…) ou celles qui les défendent (Erwann Binet, Claude Bartolone, Caroline Fourest), les menaces contre ceux qui n’ont eu de cesse que de souffler sur les braises et d’annoncer « le sang » ou la « guerre civile » (« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », écrivait Bossuet) ou l’encadrement parfois vigoureux de manifestants pacifiques dans leur comportement (dans leurs propos, c’est moins certain), soit qu’ils n’avaient pas déclaré leur rassemblement ou avaient eu la mauvaise idée de défiler à trop grande proximité d’éléments radicaux.

Les larmes ne peuvent nettoyer toutes les obscénités et les blessures

Sans préjuger de la santé de chacun, ces adultes sauront s’en remettre, même si pour certains, la douleur est grande. Mais il est un aspect de la responsabilité de tous les opposants à ce projet de loi sur lequel il est difficile de polémiquer, sinon par mauvaise foi ou négation de la réalité : les enfants et les adolescents. Ceux qui ont bien sûr un papa et une maman, mais qui sont également élevés par deux papas et deux mamans et dont on leur a assuré que ce cadre familial constituerait un trouble pour leur futur. Ces adolescents, homos ou supposés tels, qui ont subi encore plus fortement en raison de l’hystérie des débats, des violences verbales ou physiques, y compris parfois de la part de leurs amis voire de leur famille, qui les a emmené lors de ces manifestations ou mis à la porte. Bon nombre d’opposants au projet de loi n’ont pas pensé à eux, ont volontairement fermé les yeux sur leur existence, n’ont pas eu conscience que leurs actions aggravaient les difficultés qu’ils rencontrent : c’est leur grande faute morale.

« Chacun de nous est particulier et c’est la force de notre société », commentait avec autant de sobriété que d’émotion un de mes amis face à cette annonce. J’y ajoutais quand cette société est rassemblée et fraternelle. Car il faut savoir pardonner, se rassembler, pour construire l’avenir. Mais que cela peut être difficile, surtout vu les dernières semaines ! Les larmes de joie pour cette égalité conquise de haute lutte, dans le respect des valeurs républicaines, et leurs larmes d’amertume d’avoir perdu cette bataille morale et idéologique, ne sauront nettoyer toutes les obscénités et les blessures causées à ces enfants qu’ils prétendaient défendre. Mais – et la Ministre de la justice l’a admirablement rappelé suite au vote – il a ainsi été rappelé que la place et la valeur de chacun était reconnue dans la société. C’est là que se situe le prochain défi à relever. Il sera alors toujours temps pour les opposants d’hier de nous rejoindre.

http://www.dailymotion.com/video/xz94vn

Ailleurs sur la toile : Olivier d’Évian, l’édito de Causette. 

Crédit image : Pierrick Prévert.

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Photo du mois – Août 2012 – Oh my God ! – Épitre pour les couples de même sexe

Titem | 15 août 2012

Nous sommes le 15 août et le thème de La Photo du Mois est particulièrement bien choisi en ce jour de l’Assomption puisque Cynthia nous a proposé de publier, à midi heure de Paris, une photo sur l’expression « Oh my God ! »

Sans plus tarder, voici la mienne. Suivra une explication, en réaction à « La Prière du 15 août » et alors que je crains un débat particulièrement nauséabond sur le mariage des personnes de même sexe (sur ce point, la une de Minute qui a lancé les hostilités).

Photo du Mois - Août 2012 - Oh my God - couple gai

Ecce homines !  Cette photographie a été prise lors de la Marche des Fiertés GLBT de Montréal, l’année dernière (Pourquoi « fierté » ? Lire le billet d’Embruns) ; je pensais alors l’utiliser pour illustrer un billet sur le mariage des couples de même sexe, voilà qui est fait. Car les personnes défilant « avec des plumes dans le cul », comme on le lit trop souvent dans les commentaires de certains internautes qui se croient au bistro du coin, se comptent sur les doigts d’une main. Pour peu qu’on s’y rende, plutôt que de se fier aux reportages des journaux télévisés tentés par le sensationnalisme, on verra des personnes en couple ou avec leurs amis, parfois torse nu pour les garçons mais le plus souvent habillés de couleur ou déguisés, des parents d’enfants gais ou des parents gais et leurs enfants.

L’un des jeunes hommes est d’origine africaine, l’autre d’origine cubaine, les deux se sont rencontrés à Montréal où ils peuvent vivre leur amour sans être jugés, voire exclus, ni par leur famille, ni par leurs pairs, ni par la société. Ils étaient accompagnés d’un ami syrien qui, comme eux, voulaient célébrer la diversité ou en solidarité avec leurs semblables, malgré les intimidations. Ce dernier faisait très attention à ne pas être dans le champ d’une caméra ou d’un appareil photo : si ses parents se rendaient compte qu’il était présent à la Marche : ils l’auraient renié. En couple depuis plusieurs années, ils pourront même se marier (c’est légal au Canada depuis 2005, la même année que l’Espagne et depuis, ces pays existent toujours) et élever des enfants, juridiquement protégés. L’égalité des droits, rien de plus, rien de moins, c’est ce que réclament les GLBT alors qu’ailleurs dans le monde, 70 pays considèrent encore l’homosexualité comme un crime, passible (« légalement ») de la peine de mort dans six d’entre eux, sans parler des autres discriminations qui subsistent ailleurs.

Je ne doute pas que je compte, parmi les personnes qui me lisent régulièrement et vous autres photoblogueurs du mois, des personnes ouvertes sur le Monde et à la différence. Mais telle n’est pas, malheureusement, toujours le cas au sein de la société. Aussi, la réaction de certaines personnes, soit par crainte de ce qu’ils ne connaissent pas, soit mus par un faux-semblant d’égalité (on parle d’une communauté historiquement discriminée), un sentiment de malaise voire de haine, pourrait être « Oh my God ! » en voyant un couple d’hommes, ou de femmes, se tenir par la main, les épaules, la hanche, ou s’embrasser.

Le fait que nous célébrions cette semaine, à Montréal, la Fierté GLBT n’est qu’un hasard du calendrier. Non, si j’ai précisément choisi de publier cette photo là aujourd’hui, c’est d’abord en raison de la Prière du 15 août, envoyée à tous les évêques de France par Monseigneur André Vingt-Trois, Cardinal de Paris, pour qu’ils la lisent à leurs fidèles. Envoie-t-on un message aux Syriens, torturés, massacrés par leur sanguinaire chef d’État, Bachar Al-Assad et ses sbires ? Prie-t-on pour soutenir les Chrétiens (et les autres croyants) martyrisés pour leur foi dans le monde ? Y est-il question des malades, de ceux qui souffrent ? Nullement.

Il est certes question des « familles », des « enfants et [d]es jeunes », mais en ces termes :

  • Que l’engagement des époux l’un envers l’autre et envers leurs enfants soit un signe de la fidélité de l’amour.
  • Qu’ils [les enfants et les jeunes] cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère.

Les termes ont été soigneusement choisis pour ne pas brusquer, il s’agit de ne pas être accusé d’homophobie. Mais personne n’est dupe, le mal est fait : l’Église tient des propos blessants et poursuit son attitude condescendante envers les GLBT : « condamner le péché, pas le pêcheur », « ce sont des personnes immatures et narcissiques« , c’est « juste une phase« … Parmi les nombreux enseignements du Christ, il y a celui-ci, que j’aime beaucoup :

Jn 3:17

Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui.

Le Cardinal André Vingt-Trois choisit ses priorités, alors que le nouveau gouvernement socialiste s’apprête à respecter son engagement n°31 de campagne : accorder le droit aux couples de même sexe de se marier (par piété, ne dites pas « mariage gay » ou alors dans un titre ou un (hash)tag). D’autres responsables de l’Église l’ont très bien compris ainsi et ont pris moins de pincettes dont le Primat des Gaules, Mgr Barbarin, qui évoque une « rupture de civilisation« . Et je ne parle même pas des fondamentalistes de Civitas.

Sur le premier point de la prière, ce n’est pas pourtant pas un hasard si un think tank proche conservateurs britanniques, de même que l’actuel premier ministre David Cameron, envisagent favorablement l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Remarquez que je choisis aussi mes mots : ouverture, non changement et encore moins rupture. Et pour cause, ces conservateurs en sont venus au même point qui avait permis aux associations GLBT néerlandaises de convaincre quelques uns des partis de droite à soutenir cette avancée : le mariage est une institution qui promeut l’engagement et la fidélité. On ne se marie pas pour faire des enfants (plus de la moitié des naissances a lieu hors mariage) : on se marie pour s’engager l’un envers l’autre. Et clairement, non au-delà du symbole, le PACS, factuellement, ne donne pas les mêmes droits que le mariage. Il est en ce sens regrettable qu’un tiers des couples hétéros (contre un dixième des couples homos) divorce au bout de quelques années.

La partie la plus bruyante de l’Église, prompte à se sentir brimée dans sa liberté de parole, semble (ou feint) de l’ignorer : aux premiers siècles de leur histoire, des communautés chrétiennes organisaient des cérémonies d’affrèrement, au cours desquelles l’union de deux hommes ou de deux femmes était bénie. Il en est notamment question dans l’oeuvre de l’universitaire John Boswell.

Prenons le second point. L’argument « Droit de l’enfant VS Désir d’enfant » m’a toujours effaré : j’espère bien que mes parents m’ont désiré, c’est le contraire qui serait inquiétant ! Là encore, l’égalité devant le mariage permet d’offrir un cadre juridique pour protéger les enfants des aléas de la vie. Mais elle ne protège pas, malheureusement, de la folie humaine, comme ce fondamentaliste chrétien qui suggère d’enlever les enfants élevés au sein de ménages homoparentaux. L’UMP (rapport du groupe « famille » pages 24 et 25) , comme certains catholiques conservateurs, sont là encore dans le déni quand ils affirment qu’aucune étude ne vient étayer que ces enfants se portent aussi bien que ceux élevés au sein de familles nucléaires. On dit de Saint-Thomas qu’il ne croyait que ce qu’il voyait (Jean, 20:24-29) : quand on met les préjugés et les apparences de côté, grâce à un minimum de recherche, les réponses apparaissent (ici et ici, en anglais).

Certains catholiques ont tendance à se parer de toutes les vertus et mettre le Christ à leurs côtés. Mais dans le Nouveau Testament, on voit le Christ aux côtés des miséreux, des malades, des exclus plutôt qu’avec les Pharisiens. Je ne doute pas qu’il serait aujourd’hui, par exemple, du côté de ces jeunes exclus par leurs propres familles parce qu’ils aiment une personne du même sexe qu’eux. Ces mêmes familles qui se diront opposées à l’égalité des droits au nom des « valeurs familiales ».

Heureusement tous les Français (cf. ce dernier sondage IFOP), et parmi eux les catholiques ne pensent pas comme cette hiérarchie qui heurte profondément les enseignements du Nouveau Testament : Mgr Gaillot (« Marie est prise en otage, alors que ce droit est une avancée de la société, pas une menace contre la famille traditionnelle »), les Chrétiens de l’association David et Jonathan, d’autres prêtres et croyants encore, s’exprimant sur la toile… Des gens comme moi.

 

Partagez l’étonnement (ou les croyances !) des autres blogueurs qui ont participé ce mois-ci : Cindy Chou, Ava, Champagne, Lauriane, Où trouver à Montréal ?, Tambour Major, Renepaulhenry, Cynthia, Akaieric, David et Mélanie, Dr CaSo, CaramelMou , Guillaume, Sébastien, Alexanne, Mamysoren, Petite Marie, Berliniquais, Dan, Gilsoub, Kob, Vanilla, Carole In England, Nataru, Un jour une rencontre, Maïder, Cricriyom from Paris, Louiki, Violette, Karrijini, Dreamteam, Viviane, Jean Wilmotte, Agrippine, Elapstic, Cessna, oui !, Anne Laure T, Chris et Nanou, Céliano, Krn, E, Alban, Frédéric, Les voyages de Seth et Lise, Isabelle, Galinette, Nathalie, André(eric)Fernandes, Le Mag à lire, Melting Pot, LaFamilleD , Leviacarmina, Lhise, Narayan, Mistinguett, Olivier, Caprices de filles, Flo, Filamots, Une niçoise, Ori, Stéphie&lesCacahuètes, Dorydee, Les voyages de Lucy, Zaromcha, Pilisi, Kyoko, Les petits supplices !, magda627, Cekoline, L’Azimutée, Arwen, Lucile et Rod, Kyn, Loutron glouton, Emma, Hibiscus, Oryann, The Mouse, Lesegarten, J’adore j’adhère, La Messine, Sephiraph, Nicky, Gizeh, Blogoth67, 100driiine, La Fille de l’Air, Laurent Nicolas, Fanfan Raccoon, Sinuaisons, Cara, Véro Beramelo, florianL, Louisianne, Batilou, Annick, Cherrybee, La Papote, Super Lisa, Mgie les bons tuyaux, Alexinparis, Darkslam, Lavandine, Manola, La Parigina, Clara, Xoliv’, Anne-Cécile, Skipi, LaGodiche, Tam, A&G, Anne, La Flaneuse, Xavier Mohr, Stephane08, Cocosophie, Alice Wonderland, Carnets d’images, Lost in London, Céline in Paris, Escapade en Tunisie, Bestofava, Cathy, Caro, François le Niçois, jen et dam, Carnet d’une Réunionnaise, Lyonelk, Testinaute.

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Monsieur Vanneste fait de la prose sophiste

Titem | 16 juin 2011

Quand le Parti Socialiste a annoncé qu’il allait déposer une proposition de loi sur l’extension du mariage aux couples du même sexe, on pouvait vraiment craindre que l’on assiste à des dérives verbales similaires à celles entendues il y a 10 ans.

Et ça n’a pas manqué. Il y eut d’abord Brigitte Barèges qui lança en commission parlementaire « Et pourquoi pas la zoophilie ? », propos condamnés par la classe politique et raillés par la blogosphère, dont Virgile et Le Pédé de C’est la gêne. Puis Marine Le Pen sur France Inter se demanda « et pourquoi pas la polygamie ? ». Ceux qui la trouvaient plus sympathique parce qu’elle ne tient pas les mêmes propos polémiques que son père seront servis.

Et puis il y eut l’inénarrable Christian Vanneste. Il y a longtemps que je n’ai pas parlé de lui ; pourtant on ne peut pas dire qu’il ne se soit pas fait entendre depuis sa déculottée aux élections municipales. Il a ainsi proposé au début de l’année une alliance de l’UMP avec le Front National. De sa part rien d’étonnant : j’avais estimé dès 2008 qu’il chercherait à se rapprocher du FN.

Christian Vanneste a enseigné la philosophie à l’EIC de Tourcoing (mais quelle est sa formation ? Mystère). Pour avoir fréquenté cet établissement, je peux vous affirmer n’avoir jamais entendu d’éloges à son égard. Et il se trouve qu’aujourd’hui, c’était le jour de l’épreuve de philosophie et les terminales S ont eu à plancher sur « Peut-on avoir raison contre les faits ? ». Un sujet qui sied parfaitement au député du Nord.

Avoir raison contre les faits au sens propre est un non-sens : les faits s’imposent à nous, indépendamment de notre volonté. Ce qui importe et fait tout l’intérêt de la question, c’est le sens, l’interprétation raisonnable que l’on donne à ces faits. Le problème est que, sciemment, certaines personnes refusent de reconnaître la véracité de ces faits, vérifiés et documentés, doutant de leur pertinence parce que la conclusion vient bousculer leur vision des choses.

Dans l’histoire de la pensée humaine, Christian Vanneste se rapproche des sophistes antiques pour lesquels ce qui comptait n’était pas la cohérence et la validité des arguments, mais la logique qui les lie entre eux. Socrate, aux dires de Platon, s’est vigoureusement opposé aux sophistes car pour lui, c’est la vérité, l’éthique, la justice qui comptaient bien davantage que l’efficacité persuasive et la vraisemblance des choses – pour ne pas dire leur superficialité que Christian Vanneste nomme « le bon sens » qu’il enrobe de mots savants mal à propos, de citations détournées de l’intention de l’auteur et toujours avec un sourire de suffisance.

Ainsi, à la suite du vote de l’Assemblée rejetant la légalisation du mariage aux couples de même sexe a feint de ne pas comprendre pourquoi « l’Assemblée nationale doit s’intéresser à une aberration anthropologique ». Il se sent d’autant plus libre de polémiquer que la Cour de Cassation l’a blanchi pour ses propos homophobes (en attendant le jugement de la Cour Européenne des Droits de l’Homme).

Les journalistes se sont rendus une nouvelle fois coupable d’avoir voulu susciter le buzz et la polémique en allant le trouver micro au poing afin de recueillir la phrase qui tournerait sur Internet et alimenterait les commentaires des internautes pendant plusieurs jours. LCI l’a même invité sur son plateau afin de débattre avec Christophe Girard, conseiller municipal socialiste de Paris, par ailleurs gay et père d’un enfant. Vous parlez d’un débat ! Un élu homophobe, qui ne cache pas que pour lui, l’homosexualité est une maladie, une anomalie, et un homme, cible du mépris de Christian Vanneste et en premier lieu concerné par la question des droits des homosexuels !

Car s’il avait quelque chose d’intéressant à dire sur le sujet, cela se saurait ! Alors bien sûr, il affirme qu’il a « lu des livres », notamment ceux du prêtre-psychanalyste à la sulfureuse réputation Tony Anatrella, dont les thèses sont pourtant jugées dépassées par la profession, ou « des études scientifiques », comme celles de NAFTA, qui part du principe que l’homosexualité est une maladie – le point de départ de toute réflexion scientifique n’est-il pas de se défaire de ses préjugés ?

Monsieur Vanneste enfile les sophismes comme Monsieur Jourdain fait de la prose. Comme le personnage de Molière, lui non plus ne s’en rend pas compte et il fait rire à ses dépends. Du moins ici au Québec, où je lisais sur Facebook des personnes le qualifiant « d’épais » ; eux non plus n’ont pas eu de mal à comprendre que la fine épaisseur de vernis culturel dissimule mal la pauvreté intellectuelle.

Il prétend donner des leçons de gender studies mais confond sexe, genre et orientation sexuelle et semble ignorer qu’il n’existe pas 2 sexes, puisqu’il existe notamment les hermaphrodites (comme Herculine Barbin, étudiée par Michel Foucault). Il rappelle dans sa dernière sortie que l’homme est un être de culture… alors qu’il a toujours affirmé que l’homosexualité était contre-nature, mais ne semble pas voir la contradiction.

Bref, on pourrait aisément prendre ses propos et les démentir point par point (et je le fais à la fin de cet article). Mais l’on pourrait également se dire, à quoi bon ? Peu importe les faits, ce qu’affirment les scientifiques et les études que nous avons étudiés et les contre-arguments dûment documentés que nous pouvons avancer : ce sont toujours les mêmes lieux communs qui sont véhiculés sur ce sujet de façon si passionnelle, où la raison n’a que peu d’importance.

Christian Vanneste exprime une nouvelle fois sa condescendance et ce qui me touche, c’est qu’on donne la parole à cet infatué tellement privé d’empathie qu’il est incapable d’éprouver ce que ressentent ceux qu’ils blessent par ses paroles. Pendant ce temps-là rapporte Tambour Major, un autre jeune a été mis à la porte de chez lui, par ses parents, parce qu’il est homosexuel (et que dire des témoignages de ces jeunes homos dans le reportage d’Envoyé Spécial). Une autre facette de ce que peut signifier réellement être homosexuel en 2011.

Les faits sont têtus. Alors pour ce jeune rejeté par les siens et contre la Droite Populaire, ceux qui s’interrogent sur la nécessité de participer à des Gay Pride devraient trouver une réponse à leur question.  Le slogan de cette année : “Pour l’égalité: en 2011 je marche, en 2012 je vote”.»

Quelques rappels utiles sur les propos de Christian Vanneste :

« La société doit assurer sa pérennité par le mariage des hommes et des femmes ». 53.7 % des naissances en France le sont hors-mariage (source : INSEE).

« Le reste, c’est une question de mode, liée à quelques lobbies qui ont manifestement beaucoup de pouvoir ». Il faut croire que le temps des folles honteuses ou des tapettes hargneuses qui refusaient de copier le couple hétérosexuel est révolu : il existe des gays et des lesbiennes qui veulent se marier et fonder une famille. Question de mode ? Non, conséquence directe d’une plus grande acceptation de la société qui leur fait entendre de nouvelles perspectives, de vie commune stable. Quant à la critique sur les lobbies, elle est délicieuse alors que depuis des jours, de nombreux articles évoquent la mobilisation des amis de Christine Boutin (lire la réaction de l’Institut Emilie du Châtelet) pour modifier le programme de biologie des 1ères S qui aborde les théories des gender studies. Quid du lobby catholique conservateur ? Heureusement, il existe des catholiques plus ouverts aux sensibilités de chacun.

« C’est une affaire privée, qui ne concerne pas l’avenir de la société ». Faut-il conclure qu’il faille supprimer le mariage entre couples de sexe différent, puisque ce contrat civil passé devant l’édile municipal ne concernerait pas l’avenir de la société ? Au fait, le voile ne serait-il pas lui aussi une affaire privée qui ne concerne pas la société ?

« La société s’intéresse au mariage dans la mesure où il est lié à la procréation dans la majeure partie des cas ». S’il avait si bien étudié les gender studies, il saurait que cette vision appartient au passé et que le fondement premier du mariage de nos jours, c’est le soutien mutuel.

« C’est du plaisir sexuel, c’est du divertissement, de l’affection ». Depuis que Vanneste a lu on ne sait où (plus probablement une estimation au doigt mouillé) qu’en moyenne, la durée de vie des couples homosexuels est de six mois, on ne s’étonnera pas de le voir nier et moquer que puisse exister de l’amour entre deux hommes ou deux femmes. Mais quand le sage regarde la lune, l’imbécile regarde le doigt.

« Ce n’est pas la première fois qu’une mode sera à la mode parce que la presse l’aura décidé ». La presse non, mais les 61 % de Français favorables au mariage gay et qui auront l’occasion de voter pour un candidat favorable au mariage des couples de même sexe, oui. Et oui encore, il existe de nombreuses études montrant que les enfants élevés au sein d’une famille homoparentale se portent très bien.

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Cet autre vote américain qui retire un droit : la Proposition 8

Titem | 6 novembre 2008

C’est tout logiquement que le Monde avait les yeux tournés vers les États-Unis, espérant, pour la plupart, l’élection de Barack Obama. Mais ce 4 novembre n’était pas seulement le jour de l’élection présidentielle :  les Américains votèrent également pour leurs représentants à la Chambre, pour renouveler, dans certains États, leurs sénateurs et leurs gouverneurs, pour désigner leur shérif ou d’autres autorités, ou encore répondre à des référendums. Parmi ces derniers, un certain nombre concernaient le mariage homosexuel. Le vote le plus important a eu lieu en Californie, l’État le plus peuplé des États-Unis, où le mariage homosexuel a été reconnu le 17 juin 2008 suite à deux décisions de la Cour Suprême de la Californie.

Une pétition pour protester contre cette décision a réuni suffisamment de signatures pour pouvoir être soumise à l’opinion des Californiens lors du vote du 4 novembre.  Elle allait devenir la « Proposition 8″. La campagne fut rythmée par les spots de pub des deux camps. Ceux en faveur de la proposition 8, donc opposés au mariage des couples de même sexe, donnés en retard dans les sondages, se sont même servis de la France pour leurs fins publicitaires. (voir vidéo ci-dessous). De leur côté, les opposants à la proposition 8 pouvait se targuer du soutien moral et financier des stars d’Hollywood.

Image de prévisualisation YouTube

La Proposition 8 a finalement été acceptée par 52,5 % des suffrages, pour un écart de 500.000 voix. Néanmoins, il reste encore à dépouiller les trois millions de votes de ceux qui le firent en avance ou par courrier.

Mais déjà, le résultat est contesté par les opposants à la Proposition 8. Pour eux, une modification de la Constitution nécessite l’accord préalable des 2/3 des membres de chacune des Chambres du Parlement Californien. Par ailleurs, il se pourrait que ce soit une nouvelle fois le judiciaire qui tranche sur cette question. A l’heure actuelle, ce sont toutefois près de 17.000 couples déjà mariés qui se retrouve dans une situation juridique précaire : il n’est pas encore certain que cette décision sera rétroactive, annulant de fait tous les mariages déjà contractés.

Rien ni personne n’est en mesure de pouvoir retirer un droit à autrui

Sur un plan formel, on ne peut que remarquer l’habileté des opposants au mariage homosexuel. On sait que la  manière dont la question est formulée compte beaucoup et que sauf exception, il est toujours facile de répondre oui que non. Aussi ce référendum a-t-il été présenté non comme le retrait d’un droit, mais la défense de la Constitution et de la famille. Voulez-vous oui ou non défendre nos institutions ?

Mais sur le fond, il s’agit pourtant bel et bien de retirer un droit : celui d’être traité de façon équitable, de pouvoir fonder une famille et de bénéficier de la même protection, de la même aide, pour les couples qui participent à la vie de la société. Et je suis choqué que l’État, par le biais d’une majorité de citoyens, prétende discriminer une catégorie de la population dans ce qui relève d’un choix individuel, propre à chaque citoyen, et qui n’a rien de dangereux ou de répréhensible : le droit de pouvoir fonder une famille avec la personne qui partage notre vie. Et par famille, j’entends d’abord le couple adulte, je ne parle même pas ici des enfants.

Jusqu’à présent, je regrettais que les gouvernements et leurs citoyens n’accordent pas la même bienveillance à l’égard des couples homosexuels. Mais ici, c’est plus grave, car des citoyens se sont prononcés pour retirer  à d’autres cette équité qui leur avait été finalement accordée ! Et j’enrage autant de voir la bêtise et l’ignorance de ceux qui ont pris cette décision  que devant ses conséquences. En quoi se sentent-ils menacés ? Ils ne voudraient tout de même pas séparer les couples homosexuels de force ! Je ne suis pas de ceux qui, comme Hobbes, estimaient que seuls les hommes pouvaient décider ou non de se séparer de l’un de leurs droits fondamentaux. C’est pour moi inacceptable.

Le droit de pouvoir vivre avec la personne que l’on souhaite fait partie de nos jours de ces droits basiques, naturels, fondamentaux… Appelez-les comme vous voulez, refusez le terme de mariage si cela vous dit, mais rien, ni personne, ne peut raisonnablement justifier que l’on puisse retirer ce droit à ceux qui souhaitent naturellement en bénéficier. Pas même une majorité de votants.

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