Skholè

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Justin Trudeau, le Jean Sarkozy canadien (?)

Titem | 16 octobre 2008

Trudeau. Ce nom ne vous dit peut-être rien, à moins d’être intéressé par l’histoire politique du Canada ou d’avoir atterri à l’aéroport international de Montréal, Pierre-Elliott-Trudeau. Ce dernier fut Premier Ministre du Canada pendant près de 15 ans : de 1968 à 1979 et de 1980 à 1984. Dynamique , flamboyant, intellectuel, un brin provocateur, il reste dans les mémoires des Canadiens comme l’un des plus grands Premier Ministre du Canada. Détesté par les uns, adulé par les autres (on a parlé à son sujet de Trudeaumania), il ne laisse pas indifférent.

Les élections générales ont eu lieu le 14 octobre au Canada, suite à la dissolution du Parlement décidée par la gouverneure générale Michaëlle Jean, sur avis du Premier Ministre conservateur Stephen Harper (voir mon précédent article avec un paragraphe sur les institutions du Canada).

Après des sondages contradictoires, c’est finalement le parti conservateur qui conserve le pouvoir. Mais s’il gagne seize sièges, sa majorité reste toujours relative. La plupart des sièges ont été gagnés sur les Libéraux, qui perdent dix-neuf sièges. Mais s’il est bien une victoire que les Libéraux n’ont pas manqué de célébrer, c’est celle de Justin Trudeau, fils de Pierre Elliott qui, à 37 ans, fait son entrée au Parlement Canadien. Il a remporté une victoire remarquée (41,5 %) dans la circonscription de Papineau (qui couvre l’arrondissement de Villeray Saint-Michel Parc-Extension), certes historiquement libérale, face à la députée sortante du Bloc Québécois, Vivian Barbot (38,6 %) qui avait mis fin à l’hégémonie libérale sur ce territoire en battant le ministre Pierre Pettigrew.

Lors de mon séjour au Canada, j’avais rencontré Vivian Barbot, je l’avais même interviewée. Je suis désolé d’avoir appris sa défaite, elle qui m’était apparue une femme véritablement dévouée au mieux-être des personnes qu’elle représentait, dans cette circonscription multiéthnique (39 % des électeurs de Papineau seraient des immigrants, d’après cet article) plutôt défavorisée (le taux de chômage s’y élève à 13,3 %, contre 7,4 % en moyenne dans le pays)… mais dynamique.

Mais j’avais aussi eu l’occasion de rencontrer Justin Trudeau. Grand, sourire à la Jean Lecanuet (ou JFK), des yeux brillants… Un charisme indéniable (bon, là c’est une photo libre de droits de Wikipedia, un peu d’indulgence…) Une proximité à l’égard des électeurs – même si c’est une qualité incontournable en politique !

Mais journalistes comme hommes politiques, aucun ne manque de rappeler l’illustre ascendance du jeune élu. « Sur les traces de son père » écrivait même Gabrielle Duchaine, du Journal de Montréal. Pour l’attaquer sur son soutien au bilinguisme et au fédéralisme notamment, comme le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, qui avait appelé à la fierté nationale des Québécois afin de défaire le fils du fédéraliste Pierre Elliott Trudeau. Le même Duceppe accusait Justin Trudeau de constituer une « menace pour l’avenir de la nation québécoise et la langue française », de vouloir ramener le Québec « 40 ans en arrière » et de souhaiter « refaire les batailles de son père ». En somme, on évoque le fantôme du père – Pierre Eliott Trudeau est décédé en 2000 – pour mieux s’en prendre au fils.

Ce dernier, bien qu’il ait déjà avoué sentir la présence de son père tous les jours, le candidat libéral s’est toujours défendu d’en être l’émule. Car d’autres rappellent que si le père fut élu de la riche circonscription de Mont-Royal, le fils , plus de 40 ans plus tard, a choisi celle plus modeste de Papineau, alors même qu’on l’attendait dans Outremont, circonscription plus prospère. En comparaison, Jean Sarkozy est élu du canton de Neuilly-sur-Seine-Sud, son père était encore il y a peu maire de Neuilly-sur-Seine, député, et conseiller général du canton au Nord ! Le terrain était donc encore frais pour le fils Sarkozy.

Nicolas et Jean Sarkozy

Il est certain que si porter un nom célèbre donne un argument contre vous à vos adversaires, il peut être également un atout auprès des électeurs. C’était déjà le cas lors de l’élection présidentielle de 1848 qui vit la victoire de Napoléon III, neveu de l’empereur ! Et ce même quand son illustre parent est décédé ! Ce qui n’est pas le cas de Jean Sarkozy, qui doit en plus supporter les critiques de ceux qui voient son insertion politique comme le fait du prince père.

Certains au Canada voient déjà Justin Trudeau comme le futur Premier Ministre de son pays, d’ici 10, 20 ans peut-être. D’ici là, Jean Sarkozy, plus jeune, trouvera peut-être en Justin Trudeau l’exemple de tout ce qu’il devra supporter s’il doit prétendre à de plus hautes responsabilités. Et de leur souhaiter une meilleure réussite politique qu’un autre fils de… J’ai nommé W…

N.B. : Les commentaires de nos amis Canadiens ou expatriés à ce sujet sont éminemment les bienvenus !

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Des parachutes dorés pour cacher la réalité

Titem | 11 octobre 2008

Parachute doré

Au début de cette semaine, il n’était plus question que de parachute doré, au moyen duquel des patrons peu honnêtes, après avoir conduit leur boîte au bord de la faillite, étaient remerciés moyennant des millions de dollars ou d’euros. Une pratique incompréhensible et choquante : comment comprendre que l’on puisse encore donner de l’argent à ceux qui en ont fait perdre à une entreprise employant des milliers de personnes qui, eux, risquent de perdre leur emploi lors de la fermeture de leur usine ?

Cacher son impuissance et éviter de s’attaquer au fond du problème

Pour Nicolas Sarkozy, les choses sont claires. Lui qui martèle tant l’obligation de résultat et de responsabilité, estime que ceux qui ont fauté doivent rendre des comptes. Plus précisément, un dirigeant d’entreprise qui se rend coupable de mauvaise gestion ne doit pas pouvoir bénéficier de ces fameux parachutes dorés. Demandant à Laurence Parisot de réfléchir à un « code de bonne conduite », il menace de passer par la loi si rien n’est décidé.

Cela part d’une bonne intention, mais…

Si un entrepreneur ne respecte pas ce code de bonne conduite, à quelles sanctions s’expose-t-il ? Qui la lui imposera ? Certainement pas l’Etat, pas même si une loi était votée ! Comment imaginer en effet qu’un gouvernement puisse obliger une entreprise à ne pas distribuer des parachutes dorés à ces indélicats dirigeants ? C’est un peu comme Olivier Besancenot qui veut nous faire croire que du jour au lendemain, il va pouvoir interdire les licenciements !

J’allais dire qu’essayer de nous faire croire cela est malhonnête. Mais envers le citoyen lambda, c’est au contraire politiquement  très habile: on veut faire croire que le gouvernement est très préoccupé par cette affaire, et que l’on va mettre fin à cette pratique, au demeurant scandaleuse. Mais en réalité c’est bien le moyen de faire diversion pour éviter de s’attaquer au fond du problème.

Tous les patrons ne font pas du parachute !

Au même moment, Alain Souchon offrait la possibilité de télécharger gratuitement sur son site Internet sa dernière composition : Parachute doré. Une chanson douce-amère sur fond de mélodie exotique où il est question d’un homme qui se fait dorer la pilule, au milieu de jeunes nanas qui dansent le calypso. Mon impression sur cette chanson est à l’image de la manière dont Alain Wodrascka, auteur de Souchon, Voulzy, destins et mots croisés (éd. Carpentier, 2005), décrit le chanteur : « Ses chroniques capturent l’air du temps mais il ne s’implique pas. Il s’indigne avec ironie et détachement, n’est jamais accusatoire ».

Alain Souchon – Parachute Doré (2008)

Parachute doré, cela aurait pu être l’histoire d’Axel Miller, un des dirigeants Dexia qui, après avoir annoncé qu’il prendrait ses responsabilités, s’apprêtait à partir avec un golden parachute de 3,7 millions d’euros – je vous laisse compter combien cela fait de mois de SMIC (ou de RSA…). Sous la pression publique, il devait finalement y renoncer. Mais nul doute que s’il n’a pas mis ses économies là où cela s’effondre, ce monsieur s’en sortira très bien.

Mais là encore, il faut relativiser. Combien d’hommes d’affaires sont concernés par ces parachutes dorés ? Une petite poignée. Les média en parlent parce que cela choque. Mais ces affaires de millions sont bien loin d’être le quotidien de l’entrepreneur qui monte sa PME, celui qui en ce moment, à l’heure où l’Etat est prêt à débourser des milliards pour sauver les établissements financiers, galère pour obtenir un prêt à sa banque qui lui permet d’investir.

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Ce qui précédait le coup de gueule de Daniel Cohn-Bendit

Titem | 11 juillet 2008

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le coup de gueule de Daniel Cohn-Bendit au Parlement européen n’est pas passé inaperçu. Alors que Nicolas Sarkozy présentait le programme de la Présidence française au conseil européen, le député européen vert s’en est violemment pris au Président de la République suite à sa décision d’être présent à la cérémonie d’inauguration des Jeux Olympiques de Pékin.

« Dany le rouge » n’a rien perdu de sa verve. Visiblement ému, évoquant son prochain repas « avec des baguettes avec le Président chinois, bon appétit » (en gros : va te faire cuire un oeuf !), le leader de mai 68 n’a pas baissé le ton pendant plus d’une minute. Une image reprise par les médias.

Et voilà encore une fois le nœud du problème : les médias. Bien sûr que ce qui a frappé les esprits et retenu l’attention des journalistes, c’est cette colère de Daniel Cohn-Bendit. Mais n’y a-t-il eu que cela ? La preuve en image, avec le discours entier du député européen :

Image de prévisualisation YouTube

Oui la contrainte de temps. Oui la nécessité de synthétiser. Oui on ne pouvait pas faire 4 minutes sur un seul homme, fût-il député européen et symbole d’une révolution culturelle et sociale dans l’histoire de la France. Mais le reste du discours, ou plutôt son début, pose quelques questions intéressantes, notamment sa critique sur l’imprévision des gouvernements dans le domaine écologique.

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Réaction à chaud : Ingrid Betancourt libérée

Titem | 2 juillet 2008

Ingrid BetancourtC’est Marco qui, le premier, m’a parlé de cette dépêche AFP rapidement confirmée : Ingrid Betancourt a été libérée. Puis ce fut Luc Mandret, l’un des premiers sur la blogosphère (en tout cas dans mon google reader !) de réagir. On m’appelait même de France pour m’annoncer la nouvelle !

On ne peut que se réjouir de cette bonne nouvelle, d’autant qu’une quinzaine d’autres personnes ont été libérées en même temps.

Je n’aurais qu’une seule remarque à faire, à chaud. Il semble qu’Ingrid Betancourt ait été libérée par l’armée colombienne. C’est donc bien une victoire du Président colombien Alvaro Uribe, qui a toujours privilégié une politique de fermeté envers les FARC, pour laquelle il a été élu.

Bien sûr que la mort du numéro 2 des FARC, Raul Reyes, avait laissé plané le doute sur les perspectives des négociations avec les FARC. Mais on semblait oublier en France, où les proches d’Ingrid Betancourt et Nicolas Sarkozy mettaient en doute la stratégie d’Alvaro Uribe, que la légitimité du président élu de la Colombie, n’est pas moins grande que celle d’un président d’un pays occidental. Finalement aujourd’hui, ils le remercient également de son implication dans la libération de l’ancienne candidate à la présidence colombienne.

Finalement, tout est bien qui finit bien, aussi, ne boudons pas notre plaisir de voir cette femme retrouver sa liberté, ce bien précieux qu’une guérilla au combat d’arrière-garde lui avait retiré !

Dans son intervention, Nicolas Sarkozy a également adressé ses pensées au soldat franco-israélien Gilat Shalit. Après les infirmières bulgares et Ingrid Betancourt, le prochain objectif-otage à libérer du Président ?

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A Athènes, Nicolas Sarkozy souhaite la chute du « mur de Nicosie »

Titem | 7 juin 2008

Discours Nicolas Sarkozy Vouli AthènesEn visite à Athènes, Nicolas Sarkozy a eu le rare honneur de pouvoir s’adresser au membre de la « Vouli », le parlement hellénique. Avant lui, seuls Charles de Gaulle, Dwight Eisenhower et George H. Bush ont pu s’exprimer devant les députés grecs. Lors de ce discours, le Président de la République a rappelé l’amitié de la France et de la Grèce, incarnée par le slogan « France, Grèce, alliance » lancé lorsque l’avion présidentiel français avait ramené d’exil Constantin Caramanlis, élu par la suite deux fois président de la Grèce.

A moins d’un mois de la Présidence Française de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy a également défendu le traité de Lisbonne, son Union pour la Méditerranée ainsi qu’une intégration politique plus approfondie à l’échelle de l’Union européenne : l’immigration, mais aussi l’économie et la défense.

Revenant sur les enjeux géopolitiques particuliers de la région, il a notamment parlé des Balkans, de la Turquie, du Liban où il se trouve actuellement accompagné d’une délégations des dirigeants des partis politiques français… et de Chypre ! Extrait du discours :

Alors, je mesure tous les problèmes de la Méditerranée. Et, dans la Méditerranée, il y a Chypre. Il est temps que tombe, enfin, le mur de Nicosie ! C’est le vœu que je forme ici. Tout le monde s’est réjoui de la chute du mur de Berlin. On ne peut pas se réjouir du mur de Nicosie. Trente ans, cela suffit. Soyez assurés que la France mettra tout son poids, notamment au Conseil de sécurité des Nations Unies, pour faire aboutir toutes les initiatives qui iront dans ce sens. Aujourd’hui, les consultations reprennent, l’espoir renait. Je salue les engagements pris par les dirigeants chypriotes et j’appelle à ce que chacun fasse preuve de courage au service d’une Chypre durablement et équitablement réunifiée. Chypre est membre de l’Union européenne, est membre de la famille.

Barils Ligne Verte Nicosie Chypre

[Crédit photo : reinholdbehringer]

Qu’il ne s’agisse pas en réalité d’un mur, mais bien davantage de barbelés, de barils et de sacs de sable bloquant les rues et bouchant les maisons ne change rien à la réalité. Il s’agit du dernier pays, de la dernière capitale de l’Union européenne à être divisée par la Ligne Verte. Et à ce titre, il paraîtrait précipité d’avancer davantage dans les discussions sur l’intégration de la Turquie sans que la question chypriote n’ait été réglée.

Déjà, lors de sa visite à Nicosie, le Premier Ministre François Fillon avait assuré du soutien de la France le Président de Chypre, Demetris Christofias, qui a repris les discussions avec les autorités chypriotes turques, interrompues depuis 2004. Là, il s’agit du Président de la République, et les médias chypriotes (comme le Cyprus Mail) n’ont pu s’empêcher de relever cette référence qui va dans le sens de l’espoir de voir un jour leur pays réunifié. Certains médias chypriotes ont même annoncé il y a deux semaines que Nicolas Sarkozy allait se charger personnellement de ce dossier. C’est aller bien vite en besogne, même si l’on peut être certain que Nicolas Sarkozy serait ravi de voir sa présidence de l’Union européenne marquée par la réunification de Chypre.

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Nicolas Sarkozy en veut à l’euro

Titem | 25 avril 2008

Interview Nicolas Sarkozy ElyséeGrâce à TV5, j’ai pu suivre, en différé de 30 minutes, l’interview de Nicolas Sarkozy en direct de l’Elysée.

On s’est demandé si oui ou non il avait donné des réponses satisfaisantes, notamment dans le domaine qui préoccupe le plus les Français : le pouvoir d’achat. Pour ma part, peut mieux faire. Et dans ce qui a été annoncé, on verra ce qui sera effectivement réalisé.

On s’est également demandé si, de manière générale, Nicolas Sarkozy avait convaincu. Il a semblé plus à l’aise au fur et à mesure que l’émission avançait.

Mais l’on a très peu commenté cette « sortie » du Président de la République où, évoquant l’euro, il affirmait une nouvelle fois que se serait « mentir que de ne pas affirmer que l’euro était responsable de la hausse des prix ». Ah bon ? L’euro, notre monnaie adoptée il y a sept ans, est responsable de l’inflation actuelle ? L’euro fort qui ne nous aide pas à acheter notre pétrole moins cher ? C’est l’euro qui pratique des marges exorbitantes dans la grande distribution ?

C’est surtout bien mal dissimuler un aveu de faiblesse sur la question du pouvoir d’achat. Car c’est au contraire un mensonge d’affirmer que l’euro est responsable de l’inflation. Une accusation que l’on ne trouve nulle par ailleurs qu’en France et qui agace nos partenaires européens. Tenir encore ce genre de propos de mauvaise foi mâtinée de populisme à la veille de présider l’Europe était vraiment maladroit, et les dirigeants européens ne manqueront pas de nous rappeler à l’ordre.

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La censure dans l’air du temps

Titem | 27 février 2008

Censure : Limitation arbitraire et/ou doctrinale de la liberté d’expression. Elle n’est pas seulement le fait des régimes autoritaires, on peut la constater tous les jours autour de nous. Et ces derniers jours, la censure est vraiment dans l’air du temps. Il faudrait maintenant qu’un souffle de refus de cette pratique s’étende dans la population.

Mathieu AmalricIl y eut la censure à l’encontre de Mathieu Amalric. Le récipiendaire 2008 du César du Meilleur acteur pour son rôle d’un malade atteint du lock-in syndrom dans Le Scaphandre et le Papillon n’avait pas pu être présent au moment de la remise de son prix. Actuellement en tournage pour le prochain James Bond, il avait néanmoins tenu à adresser un message, lu par l’animateur de cette soirée, Antoine de Caunes. Une simple lettre de remerciements.

Ce n’est que deux jours plus tard que le site des Cahiers du cinéma publiait le contenu entier de cette lettre, où l’acteur y critiquait notamment les grands ciné-complexes qui tuent le petit cinéma de quartier, poumon culturel de la France. Censure ? Sans aucun doute. De la part de qui ? D’Antoine de Caunes lui-même ? Des organisateurs de la soirée ? Qui sait… Mais le fait est là : difficile de s’attaquer aux puissants, même quand on est un acteur connu.

Courrier International Une CensuréeAffaire du Courrier International. Cet hebdomadaire publie chaque semaine les meilleurs articles de la presse du monde entier. En couverture cette semaine, Barack Obama. En haut de la une, ce titre : « Vu de Madrid: Sarkozy, ce grand malade ». Une référence à l’une des idées-fortes d’un article d’El Pais où le journaliste espagnol juge le Président de la République malade de son égo.

La RATP refuse de faire de la publicité pour Courrier International, arguant de son obligation de neutralité pour ne pas choquer ses clients. De même, la société Relay a plié les exemplaires de cette édition de Courrier International de telle façon que le titre polémique n’apparaisse pas.

La censure est ici plus subtile, on ne censure pas l’article, mais la publicité qui pourrait en être faite, comme si l’on avait peur de relayer une opinion susceptible de déplaire. De déplaire à qui ? Aux Français ? Il y aura toujours des gens pour trouver cela choquant, mais il ne s’agit que de relayer une opinion étrangère pour susciter le débat. Déplaire aux politiques ?

Pas facile de critiquer les puissants dans ce pays. Mais si l’on compare la sévérité avec laquelle les médias internationaux jugent la politique de notre pays, et ceux qui la mènent – peut-être ressentent-ils moins de pression sur leur poste en cas de déviance d’opinion ? – la pire censure n’est-elle pas celle que l’on exerce sur soi-même ?

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Crime de manque de débat contre les valeurs françaises

Titem | 24 février 2008

Je le répète : à chaque jour sa polémique, qui aurait mérité que l’on en débatte plus longuement et moins superficiellement. Surtout ici, où le sujet est beaucoup plus grave, beaucoup plus profond. Les superlatifs sont forts, et pour une fois, ils ne sont pas galvaudés. Le pouvoir en place semble vouloir piétiner certains principes républicains, au nom d’une fin des tabous qu’il aura lui-même dressés. Certes rien n’est immuable. Mais on ne peut accepter que ces valeurs essentielles soient remises en cause de façon aussi désinvoltes.

Christian Estrosi1er acte : Mayotte. Le Ministre de l’Outre-Mer, Christian Estrosi, a envisagé qu’un enfant né de parents en situation irrégulière sur l’île de Mayotte ne puisse plus demander la nationalité française.

C’est donc une remise du principe du droit du sol, l’une des valeurs fondatrices de la République Française, qui en cela, s’était différenciée du droit du sang prussien. Cela n’a donc rien d’anodin, cela doit faire débat : la population de Mayotte a quintuplé en près de deux décennies, 30% ne parle pas français. Chaque jour, des femmes des autres îles des Comores viennent accoucher à Mayotte, afin que leur enfant obtienne la nationalité française. A priori, par exemple, un enfant né aux États-Unis ne devient pas américain, cela serait trop simple. Mais peut-on accepter en outre que la loi française s’applique partout, sauf dans quelques territoires ? Aujourd’hui Mayotte, demain la Guyane et les autres DOM-TOM, la Corse et enfin la Métropole ?

Prison - lepoint.fr2ème acte : le principe de rétention des personnes jugées dangereuses même après la fin de leur peine. Les principaux aspects de la loi ont été validés par le Conseil Constitutionnel, hormis son application rétroactive. Nicolas Sarkozy a demandé au premier Président de la Cour de Cassation Vincent Lamanda d’examiner dans quelle mesure cette loi pourrait s’appliquer à des condamnés déjà condamnés, donc rétroactivement.

Le débat n’est pourtant pas simple. Qui peut affirmer qu’il souhaite voir en liberté ce genre de criminels multi-récidivistes, ayant fait part de leur volonté de commettre d’autres forfaits à leur sortie de prison ? Ceci dans le contexte de la publication d’une liste de 32 condamnés pour des faits criminels graves, qui seront relâchés prochainement et susceptibles de récidiver ? Mais qui peut affirmer également qu’il accepte de voir le Président de la République, garant de nos institutions, les violer allègrement ?

Car il s’agit bien de cela : un passage en force, une violation de l’État de droit. Plutôt que remettre en cause la décision du Conseil Constitutionnel en la contournant, il aurait mieux valu exiger ce qui aurait dû être fait depuis le début à ce sujet : imposer des soins à ce genre de criminels. D’ailleurs, le Conseil Constitutionnel n’a pas censuré l’emprisonnement de ceux qui, condamnés avant le vote de la loi, refuseraient de se soigner.

Le pire vient de ceux qui osent affirmer que cela n’est pas grave. Voilà l’esprit de veille républicaine anesthésié, et c’est sans doute le plus funeste pour notre démocratie, plus encore que les mauvaises intuitions du pouvoir prêt à défaire de manière discrétionnaire nos valeurs. Et l’on n’a pas encore parlé de la laïcité…

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Journalistes/Politiques : stop à l’hypocrisie !

Titem | 22 février 2008

Christine OckrentChristine Ockrent est nommée directrice générale de la holding France Monde, qui réunira sous une même enseigne les différents visages de l’audiovisuel français en dehors de nos frontières. Une journaliste aussi au fait des médias internationaux ne pouvait être aussi bien placée pour remplir cette fonction. Et voilà que resurgit la polémique qui avait déjà point au moment de l’arrivée de Bernard Kouchner au Quai d’Orsay. Une journaliste peut-elle exercer son métier alors que son mari est une personnalité politique aux grandes responsabilités ?

Les syndicats de journalistes sont déjà parvenus à obtenir le scalp de Béatrice Schonberg, parce qu’elle est l’épouse de Jean-Louis Borloo. Les voilà qui s’en prennent à Christine Ockrent. Là encore, on loue les qualités professionnelles de la femme, ses compétences… mais l’on fait remarquer que cela pourrait poser des problèmes en termes d’indépendance. Mais si elle est compétente, c’est que justement elle doit faire preuve d’indépendance, non ?

Les réactions à cette nomination sont choquantes. On ne peut pas nier que cela soit tout de même maladroit, que cela attise les soupçons. Il n’en aurait peut-être pas été autrement si Nicolas Sarkozy avait été moins critiqué qu’actuellement, mais ce qui est certain, c’est que cette nomination est choquante pour ceux qui croient qu’un journaliste n’est pas capable de fournir un travail sérieux indépendamment de ses relations privées.

Et c’est là où le bât blesse. On connaît parfaitement les liens entre les journalistes et les politiques. Cela pose-t-il tant de problèmes que cela dans l’exercice de leur métier ? Être la conjointe/l’épouse d’un homme politique est-il le signe que l’on va être moins indépendant que si l’on en était simplement l’ami ? Et que dire des journalistes hommes qui ont des épouses, des compagnes… des maîtresses dans les sphères politiques ?

Si l’on s’inquiète à ce point de l’indépendance des médias et de leur complaisance envers le pouvoir politique, il faudrait avoir d’autres soucis que l’indépendance des compagnes de ministres. Que dire du Président de la République qui impose les journalistes qui vont l’interviewer ? Qui nomme et démissionne les dirigeants de certaines médias qui lui ont déplu ? Des journalistes qui succombent aux sirènes de la peoplisation – et ceux des Français qui en raffolent ? Des journalistes qui répondent aux appels du Ministère de l’Intérieur pour aller filmer des arrestations en banlieue ? Ceux-là ont-ils besoin de coucher avec un homme politique pour se montrer aussi dépendants du milieu politique ? Sans parler de la position de la télévision publique lorsque les espaces publicitaires y seront supprimés !

S’il n’y a pas un minimum de jalousie, il y a au moins une bonne dose d’hypocrisie dans ces prises de position, un moyen facile de ne pas se remettre en question.

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L’intuition du prince

Titem | 18 février 2008

Sarkozy sur son trône - lemondededemain.wordpressL’actualité défile, les médias ont peine à suivre le rythme imposé par Nicolas Sarkozy, même lorsque celui-ci leur donne rendez-vous au pied d’une barre HLM, d’une capitale européenne, d’une usine sur le point de fermer… Avant même d’avoir eu le temps de bien comprendre les enjeux d’un débat aussi compliqué que la question de l’indépendance du Kosovo, aussi sensible que le souvenir des enfants victimes de la Shoah, un nouveau sujet vient sur le devant de la scène.

Hier, le mariage, le traité de Lisbonne, le rapport Attali… Aujourd’hui, le SMS à Cécilia, la question de la laïcité, Neuilly-sur-Seine, la Shoah, la descente policière à Villiers-le-Bel… Et parmi tous ces sujets, combien ont abouti sur des vraies réformes achevées ? Combien de débats se sont conclus sur de vraies réflexions, au lieu seulement d’agiter opinion et journalistes ?

L’éditorial du Monde de ce jour dénonçait le « fait du prince », ses décisions prises de façon discrétionnaire, ses opinions que l’on cherche à imposer à la société.

Fait du prince
LE MONDE | 18.02.08

© Le Monde.fr

Circonstance aggravante, dont la mesure nous a été donnée, une fois n’est pas coutume, par Xavier Darcos lui-même. Le Ministre de l’Education Nationale a qualifié ce matin au micro de l’émission de Jean-Michel Apathie sur RTL, la proposition de parrainer un enfant victime de la Shoah « d’intuition » du Président de la République.

Intuition. Pour Descartes, l’intuition évidente et la déduction nécessaire sont les seules voies offertes aux hommes pour arriver à une connaissance certaine de la vérité. Qui peut prétendre détenir la vérité en politique ? Non, je vois davantage cette intuition sarkozienne comme une idée qui surgirait de nulle part ailleurs que de discussions d’alcôves dont les personnes concernées, les députés, et parfois même les ministres, sont exclus. Une intuition qui sur ce sujet comme d’autres, rime avec improvisation. Sur ces sujets de grande importance, qui devraient être traités avec sérieux et sérénité, rien n’a été pensé à l’avance, ni même bien réfléchi. Non pas que cela soit effectivement le cas, mais ce sentiment, présent dans l’opinion, est sûrement plus funeste encore que s’il était avéré.

Et si encore cette intuition était la bonne ! Mais non, elle n’a rien de lucide, ou de lumineux. Ça serait plutôt un écran de fumée pour cacher d’autres problèmes qui eux, préoccupent bien davantage les Français, qui n’ont toujours pas le sentiment que cela ait été réglé.

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