Pourquoi s’étonner encore de la nomination d’un préfet noir ?
Titem | 13 novembre 2008“Pierre N’Gahane a été nommé préfet de Alpes-de-Haute-Provence mercredi en Conseil des ministres, a indiqué à la presse la ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie”.
Voilà un extrait d’une dépêche AFP qui pourrait passer inaperçu… hormis peut-être le nom de famille. Mais dans la dépêche AFP en question, il était également écrit “d’origine camerounaise“. Et là, ça change beaucoup de choses, vous allez me dire. Une personne d’origine étrangère nommée préfet de la République, cela n’arrive pas tous les jours. Et cette décision qui intervient juste après les élections présidentielles américaines a déclenché un torrent de réactions, pour la plupart positives, pour certaines goguenardes.
Cette nomination, c’est une “promotion Obama“. Peut-être : même si la décision avait été prise un mois auparavant, on a pu également anticiper l’élection de Barack Obama. Il ne fait aucun doute que dans cette République où le pouvoir est détenu par les hommes, blancs, et qui le lâchent difficilement, cette nomination est éminemment symbolique, et va dans le bon sens, celui d’une meilleure représentation dans les enceintes de pouvoir de la diversité de notre société.
Ce n’est peut-être pas le premier préfet noir, je me doute que d’autres, originaires d’outre-mer, ont pu être nommés en leur temps. Mais tout de même, que l’on s’interroge encore aujourd’hui, en 2008, sur la couleur de peau ou l’origine étrangère d’une personne qui réussit montre bien encore le malaise qui règne dans notre pays. Que l’on s’étonne, cela signifie bien que cela ne va pas de soit, en dépit des compétences de chacun.
Car des compétences, M. N’Gahane ne manque sûrement pas. Pour ma part, je le connaissais d’abord parce qu’il fut le doyen de ma faculté, lorsque j’étais étudiant à l’Université Catholique de Lille. Et je ne doute pas que sa nomination n’est pas seulement le fait de ses origines, mais également de ses compétences et en partie de ses relations. Quand je l’ai apprise, je ne m’étais d’ailleurs pas posé la question de son origine ou de sa couleur de peau, j’ignorais même qu’il était d’origine étrangère.
Mais dans une société où le monde du travail marche beaucoup par les réseaux, une personne issue des banlieues, exclue des milieux de pouvoirs, doit redoubler d’effort pour s’imposer. Les personnes issues de la diversité, comme M. N’Gahane, sont néanmoins opposées à la discrimination positive. Mais reconnaissent qu’il faut faire quelque chose pour changer les choses : “il faut d’abord privilégier la compétence des personnes. Toutefois, la volonté politique doit être là. C’est elle qui permet de passer des paliers”, déclarait d’ailleurs le nouveau préfet dans cet article du Figaro.
Un “palier”, un plafond de verre, une bulle… c’est bien cela qu’il faut crever, pour ne plus s’étonner.






Commentaires récents