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Le blog de Titem… à Paris : Europe, Environnement, Société, Culture et Voyages
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Pouvoir aux jeunes, priorité à l’environnement

Titem | 24 mars 2008

A lire aussi : Mes impressions sur ce reportage.

Près de 200 jeunes se sont pressés aux portes du YM-YWHA de Côte-des-Neiges le 26 février dernier pour assister au 1er Forum Environnement Jeunesse. L’événement était organisé par le groupe C-Vert, en présence de l’environnementaliste David Suzuki, et avait pour but la sensibilisation des adolescents sur leur capacité à faire changer les choses, notamment pour la protection de l’environnement.

Forum Environnement Social

Lors de ce forum, la maire de l’arrondissement, Mme Anie Samson, a salué l’action de C-Vert. «C’est très encourageant de voir un si grand nombre des jeunes de 14 à 16 ans vouloir s’impliquer d’avantage afin d’améliorer la qualité de leur environnement ainsi que de leur communauté. Nous aurons l’occasion de voir les retombées concrètes de ce forum lors de la mise en place des projets environnementaux de chaque groupe C-Vert au mois de juillet». David Suzuki a tenu à souligner l’exemplarité du projet, une opinion partagée par son fondateur, Stephen Bronfman. «Nos partenaires peuvent être fiers d’avoir accompagné les jeunes dans leurs actions.»

David Suzuki a prononcé un discours devant une assistance captivée. «On nous dit que l’économie doit prévaloir sur l’écologie. C’est de la folie ! Respirer un air pur, boire de l’eau non polluée, manger sainement font partie de nos besoins vitaux !», a-t-il soutenu. Il a également dénoncé l’attitude des gouvernements et exhorté les jeunes à passer à l’action. «Ils se moquent de votre avis et du monde qu’ils vous laisseront. Pourquoi ? Parce que vous ne votez pas ! Mais levez-vous, exprimez vos préoccupations, vous qui parlez au cœur des hommes et ne doutez jamais de votre influence !»

Pour appuyer ses propos, il a présenté une vidéo de sa fille Severn qui, à seulement 12 ans, avait bousculé les participants du Sommet de la Terre de Rio en fustigeant la responsabilité des gouvernements dans l’avenir de la planète. «C’était il y a 16 ans. Depuis, qu’est-ce qui a été fait ?», interroge David Suzuki. «Voir que sa fille seule a eu autant de pouvoir à son âge nous donne confiance. Nous sommes toute une gang et on peut vraiment faire changer les choses», se réjouit Daya.

«La Fondation David Suzuki va continuer à collaborer étroitement avec l’équipe C-Vert afin de maximiser les retombées et assurer que la voix des jeunes soit entendue ici et ailleurs», a annoncé David Suzuki. Michel Séguin, coordonateur du projet C-Vert dans Saint-Michel, confirme : «On espère vraiment travailler avec eux afin que les jeunes puissent bénéficier de l’expertise des adultes».

Un partenariat qui a débuté peu avant le début du forum, les jeunes de C-Vert ayant eu la chance de pouvoir rencontrer David Suzuki à huis clos. «C’est super intéressant. Il nous a donné quelques pistes pour nos futurs projets», explique la jeune Daya. Le projet C-Vert doit en effet aboutir en juillet 2008 à la mise en œuvre d’un projet environnemental défini par les jeunes. Les jeunes Michelois de C-Vert ont évoqué la plantation de vignes sous le métropolitain ce qui, outre l’aspect esthétique, permettrait de diminuer la température à proximité.

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Quand la jeunesse prend le pouvoir (C-Vert à la Commission Jeunesse de Gatineau)

Titem | 9 février 2008

Envoyé spécial ! Ok, ça peut paraître prétentieux… Mais c’est un peu vrai ! Un journaliste que l’on envoie dans un lieu spécifique où une chaîne de télévision ne dispose pas d’antenne est envoyé spécial. Me voilà donc ce samedi 9 février envoyé spécial à Gatineau, pour suivre un groupe de jeunes écologistes du quartier, C-Vert, à la rencontre de la Commission Jeunesse de la ville, un organe tout à fait particulier, dont il serait bon – je pense – de s’inspirer. Départ 8h à la TOHU, lever 5h30 ! Le trajet se fera… en car scolaire !

Bus Scolaire Canada départ TOHU - Titem

Peut-être n’avez-vous jamais entendu parler de la Ville de Gatineau. C’est pourtant une ville de près de 280.000 habitants, à 200 kms à l’ouest de Montréal, située en face d’Ottawa, à la frontière avec l’Ontario, de l’autre côté de la rivière des Outaouais. L’agglomération d’Ottawa/Gatineau est la 4ème du Canada, après Toronto, Montréal et Vancouver, et compte 1,2 millions d’habitants. Mais j’aurais l’occasion de vous en parler un peu plus, puisque j’ai pu y passer mon week-end (ici, photo du Musée des Civilisations de Gatineau, prise depuis Ottawa).

Musée des Civilisations Gatineau - Titem

C-Vert est un projet financé par la Fondation Bronfman, et qui offre aux jeunes la possibilité de mener des actions de sensibilisation aux questions environnementales. Ils sont originaires des arrondissements Villeray – Saint-Michel – Parc Extension (VSMPE) ou Côte-des-Neiges, ont entre 15 et 17 ans, de différentes cultures, mais se mobilisent pour une même cause : la protection de l’environnement. J’ai d’ailleurs assisté à l’une de ces réunions, en vue de la rencontre avec la Commission Jeunesse de Gatineau et le Forum Environnement Jeunesse du 26 février.

C-Vert à Gatineau - Titem

Commission Jeunesse de GatineauLa Commission Jeunesse de Gatineau est certainement l’une des choses les plus intéressantes et innovantes que j’ai eu l’occasion de voir au Québec, et elle est souvent citée à titre d’exemple. Elle a été créée en 2001 suite à une consultation de près de 3500 jeunes Gatinois. Elle réunit 34 jeunes de 12 à 17 ans, ainsi que 3 conseillers municipaux élus de la Ville de Gatineau. Les jeunes de la CJG prennent la parole et proposent diverses initiatives et projets pour venir en aide à d’autres jeunes de leur âge, ou pour un meilleur environnement. Reboisement, commission qui utilise mails et fichiers informatiques plutôt que le papier…

Les jeunes de la CJG sont également intégrés au processus décisionnel sur ses questions de la jeunesse. Par exemple, la Commission Jeunesse de Gatineau donne un avis consultatif sur le financement d’associations ou de projets pour les jeunes. Jamais elle n’a été désavouée. Le co-président de la CJG nous parle de son travail et celui de ses camarades. L’envie qu’ils ont de casser l’image des jeunes véhiculée par les médias. Les jeunes ne sont pas tous des délinquants qui taguent, ils sont capables d’accomplir de bonnes actions. Il s’exprime clairement, précisément… aisément. Il n’a que 15 ans. Certains jeunes de la CJG se sont d’ailleurs investis en politique ou dans des forums nationaux ou internationaux.

Commission Jeunesse de Gatineau - Titem

La Ville de Montréal a elle aussi une commission jeunesse, mais elle s’intéresse aux 12-30 ans. Or, un jeune de 12 ans n’a pas les mêmes besoins qu’un non moins jeune de 30 ans ! La maire de l’arrondissement VSMPE, Anie Samson, félicitera les jeunes pour leur investissement. Elle aimerait pouvoir mettre la même chose en place, mais l’arrondissement n’a pas les mêmes moyens que la Ville de Gatineau. Mais pourquoi pas mettre une table de concertation entre les divers organismes qui s’intéressent à la jeunesse ?

Des journalistes de l’antenne ottavienne de Radio-Canada étaient même présents pour parler de cette entrevue, j’ai pu voir le bref reportage qui a été diffusé à ce sujet (où j’apparais dans le fond pendant quelques petites secondes ^^ Merci à Olivier pour la vidéo !)

Image de prévisualisation YouTube

Le but de cette rencontre était aussi la préparation du Forum Environnement Jeunesse, événement qui sera marquée par la présence du Docteur David Suzuki, un environnementaliste canadien de grande renommée, que les jeunes auront la chance d’interviewer. Le Dr David Suzuki prendra également la parole pour donner son point de vue sur “le pouvoir des jeunes de changer les choses”. Evénement que j’espère bien suivre !

Va-t-on dire, à propos de la Commission Jeunesse de Gatineau, qu’il s’agit d’une initiative qui se voudrait dans l’air du temps de la démocratie participative mais n’est qu’une fausse bonne idée, teintée de populisme ? Ou laissera-t-on aux personnes concernées, y compris les adolescents, la possibilité de prendre leur responsabilité et leur avenir en main, de leur ouvrir un espace public dont on les exclut au prétexte fallacieux qu’ils ne savent même pas se gérer eux-mêmes ?

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Des experts ou des bénévoles pour du social ? (CSSS Montagne)

Titem | 6 février 2008

C’est le genre de situation que j’avais envie de connaître. “Thibaut tu pars ce soir assister au conseil d’administration du CSSS de la Montagne”. On me dit ça en début d’après-midi, cette réunion doit avoir lieu à 18h30, je dois passer par chez moi charger mon appareil photo. J’ai donc quelques heures pour prendre les infos nécessaires, comprendre le contexte et les enjeux du reportage… Voilà, la dépêche qui tombe, le scoop à couvrir rapidement. Il ne manque plus que l’article à rédiger à moins d’une heure de la tombée mais je n’en étais pas encore là !

Un peu d’explication s’impose… Attention accrochez-vous, on entre dans les détails du fonctionnement du système de santé québécois et ses liens avec le milieu communautaire ! Alors bien sûr, c’est l’objet de mon stage que d’essayer de comprendre le milieu où je travaille : quartier, ville, région, pays… Mais je ne prétends pas avoir tout parfaitement compris.

Santé et Services Sociaux QuébecAlors pour info, un CSSS (prononcer “c-trois-zess”) est un Centre de Santé et de Services Sociaux, qui regroupe des services de dispensaire, de médecine générale et spécialisée, d’assistance sociale. 95 d’entre-eux ont été mis en place par le Gouvernement du Québec en juin 2004 dans l’objectif “de rapprocher les services de la population et de les rendre plus accessibles, mieux coordonnés et continus”. Ce sont donc des organismes publics, dotés d’une certaine autonomie pour l’exécution de leur mission, issus de la fusion de différents services médicaux et sociaux, comme les CLSC (Centre Local de Services Communautaires) ou les CHSLD (Centre Hospitalier de Soin de Longue Durée)… Pour en savoir plus : consulter cette page du Ministère de la Santé et des Services Sociaux.

J’avais déjà suivi la présentation des travaux pour le nouveau CLSC , qui desservira les quartiers Saint-Michel et Saint-Léonard. Ici, on s’intéresse au CSSS de la Montagne, en charge des quartiers Parc-Extention et Côte-des-Neiges, marqués par leur forte proportion de population immigrante, souvent en détresse sociale. Notez que les quartiers Saint-Léonard et Côte-des-Neiges ne sont pas couverts par le Journal Communautaire Le Monde.

CLSC Parc Extension - Titem

Que se passe-t-il donc au CSSS de la Montagne pour qu’un communiqué de presse nous prévienne quelques heures avant qu’il faut nous rendre à leur Conseil d’Administration ? Pour essayer de comprendre, je replonge dans l’article du mois dernier que mon rédacteur en chef et maître de stage a consacré à ce même sujet.

Pour faire simple, un rapport a conseillé le remplacement des postes “d’organisateurs communautaires” du CSSS qui travaillaient avec les centres communautaires par des “agents de planification”, spéacialisés dans un domaine qui devront et qui veilleront à la réalisation de programmes, en partenariat avec les centres communautaires. Ce rapport se fonde notamment sur le constat que les groupes communautaires sont dorénavant autonomes.

Non, “organisateur communautaire” et “agents de planification”, ce n’est pas exactement la même chose, comme l’explique ce site (qui prend position en faveur des organisateurs communautaires) ! Et les centres communautaires des quartiers concernés protestent vigoureusement contre cette décision, déjà effective depuis le 10 décembre. Ils regrettent le manque de concertation, la suppresiosn de ces postes appréciés dans le milieu où l’on reconnaissait leurs compétences et leur proximité. Du côté du CSSS, on justifie cette décision par la nécessité de trouver de nouvelles expertises sur des sujets précis, pour mieux servir la population. On veut croire que les contacts avec les centres communautaires seront maintenus grâce à la création d’un poste d’adjoint au partenariat.

Hier soir, les intervenants communautaires avaient donné rendez-vous à la presse. Ils comptaient bien profiter de la séance de questions du conseil d’administration pour demander au CSSS de revenir sur sa décision. Et ils étaient très remontés.

CA CSSS Montagne - Titem

Améliorer la gamme des compétences, oui, mais pas en supprimant des postes. On ne sent pas respectés dans le travail accompli depuis toutes ces années au service de la population. On a recueilli une pétition de 416 signatures en quelques jours. Les centres communautaires sont révoltés. On ne vous fait plus confiance. N’avez-vous pas honte ? Vous êtes la risée du Québec, on en parle même dans la presse interne des services sociaux. Vous avez parlez en notre nom en disant qu’on était autonome, c’est scandaleux. Votre adjoint au partenariat ? Oui on l’a vu 30 minutes, il nous a donné des chèques, on a parlé de cette décision qui ne nous fait pas plaisir. On ne vous voit plus sur le terrain. Vous gaspillez les fonds publics… Et j’en passe !

Du côté du CSSS, on a surtout cherché à calmer les esprits. A expliquer les raisons de cette décision. Que l’on est en train de recruter les agents de planification qui seront dans les semaines sur le terrain pour connaître vos besoins (“Nos besoins ? Vous les connaissez : rendez-nous nos organisateurs communautaires !” lance une dame, elle est applaudie par le public).

Avant la fin de la séance des questions, chacun campant sur ses positions, les intervenants communautaires se lèvent comme d’un seul homme, et quittent la salle.

Quand j’interroge le directeur du CSSS, il ne dit pas autre chose que ce qu’il a tenté d’expliquer à ses gens. Il précise néanmoins qu’il n’est pas surpris.

Certains y voient le combat entre les petites gens proches de la réalité du quotidien d’un côté, et les technocrates de l’autre. Je serais bien mal à même de pouvoir juger d’une situation dont je commence à peine à entrevoir les enjeux. Bien sûr je suis capable d’en informer dans les grandes lignes. Mais je ne vis pas ici, et je ne me vois pas donner un avis, et mon maître de stage m’a demandé de rester neutre le plus possible.

Pourtant je ne m’empêche pas de me demander : ces agents de planification ne seront-ils pas capables d’accomplir la tâche qui leur est demandé pour l’amélioration du quotidien des habitants du quartier ? N’aurait-il pas mieux valu nommer les agents de planification avant de supprimer les postes d’organisateurs communautaires pour éviter le vide ? Chacun aura son avis sur la question, mais pour le bien des gens de ces quartiers, il est souhaitable qu’un dialogue constructif sur les problématiques sociales reprenne rapidement entre les différentes parties.

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La réalité proche de soi : l’entreprise d’insertion Petites-Mains

Titem | 23 janvier 2008

Cette question, je me la pose depuis mon arrivée au Québec. Elle est revenue sur le terrain du débat, alors que j’étais en reportage pour présenter Petites-Mains. Ce que j’observe existe-t-il en France ?

Logo Petites-MainsPetites-Mains est à la fois un organisme de bienfaisance et une entreprise d’insertion. Son but : insérer, par le biais de divers programmes (cours de francisation, aide à la rédaction d’un CV et de préparation d’entretien, apprentissage de la couture industrielle, stage dans divers milieux…) les personnes immigrantes, en particulier des femmes venant des quatre coins du Monde : 10000 depuis le début de cette organisme, de 80 pays différents.

Bobine planisphère - Titem

Suite à la fermeture d’un comptoir alimentaire, une religieuse missionnaire, sœur Denise Arsenault, fonde un petit atelier avec 6 femmes immigrées et 4 machines à couture. Ce petit atelier prend de l’ampleur et deviendra Petites-Mains. Ne pas attendre la charité, mais prendre ses responsabilités et s’en sortir. La philosophie est claire, et elle s’affiche dans les locaux du nouveau bâtiment.

“Donne un poisson à un homme il mangera un jour, apprends-lui à pêcher il mangera tous les jours”.

Entreprise d’insertion n’est pas qu’une description. C’est une appellation certifiée, un gage de qualité de l’encadrement délivré, reconnu par le Gouvernement du Québec. Une entreprise d’insertion doit répondre à 7 critères précis :

  1. Mission d’insertion sociale ;
  2. Caractéristiques des participants en difficulté ;
  3. Entreprise véritable ;
  4. Statut de salarié aux travailleurs en formation ;
  5. Accompagnement personnalisé ;
  6. Formation globale (personnelle, sociale et technique) ;
  7. Partenariat avec les acteurs de son milieu.

Pourquoi parler de Petites-Mains ? L’organisme, autrefois situé dans Côte-des-Neiges, un autre quartier de Montréal, marqué par une forte proportion de personnes issues de l’immigration, déménage dans des locaux plus grands, dans le quartier Villeray. Et pas n’importe où : sur le Boulevard Saint-Laurent, la grande artère qui divise Montréal en une partie ouest et une partie est, facilement accessible par les transports en commun. Le logo de l’organisme s’affiche en grand. Difficile de le rater.

Façade Petites-Mains - Titem

Arrivé là-bas, on me montre les nouveaux locaux, certains encore en travaux. L’atelier de sérigraphie, les salles de cours, l’atelier de couture industrielle.

Atelier sérigraphie Petites-Mains - Titem

Impossible de prendre une photo de cet atelier : « Certaines femmes, pour des raisons personnelles ou culturelles, n’accepteront pas de se faire prendre en photo », m’explique Isabelle Boire, intervenante sociale. Mais elle me présente une de ses petites mains, Mounia, que je prends en photo. Elle ne sera pas choisie pour le tirage, afin de se différencier des autres journaux ! Mounia vient du Maroc, et vit depuis 4 ans au Canada, après un séjour en Allemagne. Petites-Mains est comme une famille pour elle.

Mounia Petites-Mains - Titem

Famille, c’est le mot qu’utilisera Isabelle Boire. Beaucoup de ces personnes ont été orientées grâce au bouche-à-oreille. Toute la famille pourra dorénavant se retrouver au café-comptoir, encore en travaux : ouvrières, intervenants communautaires, clients… Café, car on pourra s’y restaurer. Comptoir, car y seront présentés les produits fabriqués à Petites Mains. Et notamment le sac en coton équitable.

Petites-Mains n’est pas seulement une entreprise d’insertion, elle se revendique de valeurs équitables : utilisation progressive de matières premières équitables, production locale, rémunération correcte des ouvrières… Les clients sont conscientisés afin d’acheter équitable, ce qui fait que non, Petites Mains n’est pas menacée par la Chine. Ils ne jouent pas dans la même division, si l’on peut dire.

Ce genre d’excellente initiative existe-t-il en France ? Je crois qu’il peut être utile de s’inspirer de ce qui se fait ailleurs que chez nous, et que la comparaison peut aussi être un ressort intellectuel. Mais je ne voudrais pas tomber dans la béatitude, tout est beau, tout est formidable. La directrice générale de Petites-Mains m’explique qu’elle a participé à un colloque international des entreprises d’insertion, et qu’elle y a retrouvé des entreprises belges ou françaises. Et moi qui habite à 5 kilomètres de la Belgique, je ne connais pas ce genre d’entreprises ? « J’habitais dans ce quartier, et avant de travailler je ne savais pas que cela existait non plus », me confie Isabelle Boire.

Oui, cela existe en France, il suffit de faire l’effort d’observer. Mais les moyens de communication sont tels qu’à force de vouloir voir le plus loin possible, on en oublie presque ce qui est proche de nous. Et c’est en étant loin de chez moi que je vois ce qui peut se faire localement.

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Des sourires au repas de l’AQDR

Titem | 17 janvier 2008

Pour cette édition de février 2008, j’ai eu l’occasion de m’intéresser à une association particulière : l’AQDR (Association Québécoise de défense des droits des Personnes retraitées et préretraitées). Qu’a-t-elle de particulière me direz-vous ? Il ne s’agit pas d’une association où l’on se contenterait d’assister les personnes âgées, bien que cela soit nécessaire dans certains cas. Il est d’ailleurs étonnant qu’ils utilisent le mot « association », relativement peu courant ici. On parle plutôt de centre (communautaire).

L’AQDR, comme son nom l’indique, affirme et défend les droits des personnes âgées, les aident à devenir plus autonomes. “Contester, dénoncer, revendiquer”, m’annonce Beatriz Ferrada, la coordinatrice de l’AQDR Saint-Michel. Sur le site Internet de l’association provinciale, vous pouvez y lire par exemple des textes où l’on parle du droit de mourir dans la dignité, de la revalorisation des retraites… Mais ce n’est pas l’essentiel de leurs actions, comme j’ai pu m’en rendre compte.

Il y eut donc ce repas, le 17 janvier, dans la salle du conseil de l’arrondissement. Ce n’était pas très difficile : cette salle jouxte les locaux du journal communautaire Le Monde. Près de 80 personnes devaient être présentes. Pourquoi à ce moment-là de l’année ? Beatriz Ferrada me donne cette explication : après le temps des fêtes, le mois de janvier est celui où l’on oublie les personnes âgés puisqu’on les a vu juste avant. On me présente les quelques responsables, pendant qu’un homme d’un certain âge (quelle manie d’avoir toujours à gérer les susceptibilités des uns !) anime le repas en chantant des tounes d’un autre temps.

Je prends quelques photos, je m’imprègne de l’ambiance, je fais connaissance avec une autre photographe, qui s’avère être l’une des filles de la coordinatrice de la section de l’AQDR Saint-Michel. C’est alors que, pendant que nous discutons, une petite vieille vient nous chicaner: « Je vous préviens, que je ne voie pas une seule photo de moi dans le journal, parce que sinon ça ira mal, je vous préviens, vous entendrez parler de moi ! ». Je lui explique patiemment que j’y ferais attention, mais que dans une salle où il y a beaucoup de monde il est difficile de savoir qui on a pris, que si elle s’y trouve ce n’est pas forcément celle là qui sera publiée. Elle répète ses menaces d’un doigt accusateur. Je me défends en essayant de lui montrer ma bonne foi. « Et ne me regardez pas avec ce petit sourire-là, ne vous moquez pas de moi ! ». J’étais de bonne humeur, mais en d’autres occasions, c’est le genre de propos qui me font exploser. Pourtant, ce n’est pas la première fois que cela m’arrive. Mais je DÉTESTE que l’on me prête des intentions ou des sentiments que je n’ai pas. C’est une sorte de violence, d’intrusion que je n’admets pas. C’est fou tous ces gens qui assimilent sourire et moqueries, alors que le sourire doit servir à apaiser les mœurs, montrer que l’on est attentif à la personne. Ils préfèrent qu’on leur tire la langue ou quoi ??? En tout cas, les Québécois sont gentils, mais… il y a toutes sortes de gens.

Les aînés commencent à se servir au buffet, j’attends qu’une table se soit installée pour les interroger. Je parle ainsi à Sergio, 78 ans, qui me raconte qu’il a déjà été en France, dans le Sud-Ouest, qu’il y connaît encore quelques personnes. Ses amis me demandent si je supporte facilement l’hiver, je leur demande de me parler de ce repas. On les sent satisfaits, curieux et chaleureux, ça fait plaisir à voir.

Table Sergio repas AQDR - Titem

Pendant ce temps, la grand-mère qui m’avait interpellé sur les photos cherche à provoquer un nouvel esclandre : la nourriture était froide, pas bonne, elle ne reviendra jamais ! Personne n’y prête attention, chacun est trop occupé à faire la fête. Je suis le dernier à me servir à manger, et les plats sont encore chauds, et délicieux. «Bon débarras !» me dit une jeune fille qui aide à la fête. «Elle n’est jamais contente».

Les députés fédéraux sont présents : Vivian Barbot, bloquiste, élue dans Papineau, et Massimo Pacetti, libéral, élu dans Saint-Michel/Saint-Léonard, ainsi que la maire de l’arrondissement, Anie Samson. Tous saluent les aînés présents dans la salle, leur adressent des vœux.

Repas AQDR - Titem

Béatriz Ferrada, la coordinatrice de l’AQDR Saint-Michel, évoque les personnes âgées qui n’ont pu se rendre à ce repas, et les différents projets en cours, notamment la navette de Saint-Michel, dont je lui parlerai plus largement plus tard, en interview.

La fête se poursuit, les personnes âgées dansent, plusieurs m’invitent à partager une danse… La maire d’arrondissement virevolte avec un grand-père. Clic, c’est dans la boîte. « Pas question de mettre ça dans le journal hein ? me dit-elle en rigolant » « C’est un cliché qui vaut cher ! » lui réponds-je, avec un grand sourire. Je l’ai croisée régulièrement au cours de mes reportages, et elle a toujours une parole, un geste amical envers ses interlocuteurs, électeurs ou non. J’apprécie cette chaleur.

Une jeune fille du Bloc Québécois distribue à chaque aîné une carte que l’on nous invite à envoyer au Premier Ministre du Canada, Stephen Harper. Et je repense à ses propos de Beatriz Ferrada : “On s’intéresse beaucoup aux aînés au moment des élections, mais après, ce sont les grands oubliés”.

Je rentre au bureau et rédige d’un trait ma brève, en 20 minutes à peine. Le titre provisoire « Papy fait le plat de résistance ». Une plaisanterie pas forcément appréciée – pour une fois que j’essayais de faire preuve d’un peu d’humour – ni d’ailleurs comprise : papy n’est pas un terme usité ici, et le film de Jean-Marie Poiré n’est même pas connu. Mais… c’est fou ce que ces personnes âgées peuvent vous donner la pêche !

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Le dîner-spaghetti au profit du Magasin-Partage Villeray

Titem | 7 décembre 2007

Il est des reportages plus difficiles et des conditions plus périlleuses, vous en conviendrez… J’ai couvert plusieurs événements, dîners, soupers, ou réunions se finissant par un buffet. On pense bien sûr à faire son boulot, mais quand on a un estomac solide et une gourmandise assumée, il faut aussi penser à se nourrir ! Et cela permet souvent d’engager des bonnes conversations. En revanche prendre des notes debout avec un carnet, un stylo, un verre et une assiette dans les mains, ce n’est vraiment pas pratique ! Là, conscience professionnelle et appétit naturel pouvaient aller de pair. Vous le remarquerez, si je ne suis pas sur la photo avec mes collègues, c’est parce que je suis hors cadre en train d’interviewer !

JCLM Dîner-spaghetti

En tant qu’organisme du quartier, le Journal Communautaire Le Monde avait décidé de participer à un repas de charité ce 7 décembre 2007. Il s’agissait d’un dîner-spaghetti, au profit du magasin-partage Villeray, une manifestation organisée par différentes associations du quartier.

Ce n’est pas la première fois que j’entends qu’un dîner-spaghetti sera organisé afin de financer un projet ou une association. Ici, il s’agissait de permettre au comité d’acheter des denrées alimentaires afin de les redistribuer à des familles dans le besoin, moyennant 10% du montant de la facture. Un moyen aussi de les responsabiliser.

Plaisir aussi de partager un repas avec ses collègues, ses amis, mais une action solidaire à quelques jours des fêtes de fin d’année, pour conscientiser ceux qui ont la chance d’avoir trois repas par jour que la pauvreté et la faim existent bien, dans cet arrondissement, le 2ème le plus pauvre du Canada, comme me le rappelait la mairesse Anie Samson.

D’autres personnalités politiques étaient présentes : le conseiller municipal pour Villeray, Sylvain Lachance, que je rencontrais pour la première fois, et qui exprimait la fierté de son quartier pour ce geste du coeur. Quant à la député fédérale bloquiste de Papineau Vivian Barbot, elle saluait le dynamisme de tous ses organismes communautaires.

Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ? Les rabat-joie diront en effet que c’est pour se donner bonne conscience. Mais ce qui compte vraiment, ce n’est pas seulement le ticket de 10$ (7€) que chacun a dû payer, c’est le sentiment collectif d’appartenance à un quartier, et la conscience d’avoir pu apporter de l’eau au moulin de la sodarité. Ce sont encore des mots qui aujourd’hui, ont une signfication forte. “Mieux vaut une réussite solidaire qu’un exploit solitaire !”

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Rendre hommage à une disparue inconnue

Titem | 29 novembre 2007

Ce deuxième reportage allait être particulier. Ma mission de ce 28 novembre : me rendre à une petite fête donnée en hommage d’une grande dame du Quartier Parc-Extension, Augustine Matumona, récemment décédée. Elle avait notamment fondé l’association de femmes Afrique au Féminin et participait à de nombreuses tables de concertation sur les femmes.

C’était la première fois que je me rendais dans le quartier de Parc-Extension. Autrefois un quartier marqué par l’immigration grecque, Parc-Extension est le quartier le plus multiculturel de la Ville de Montréal. Un quartier où les nouveaux arrivants débarquent nombreux, mais où ils ne restent pas.

Pub Fondation Cancer Sein QuébecIl fait froid ce soir-là, mais il ne neige pas. J’arrive bien en avance. La cérémonie a lieu dans un bâtiment sans âme, à proximité d’une église orthodoxe. Je me dirige spontanément au sous-sol : c’est bien là que la soirée a lieu. Je me présente. Une grande dame, noire, aux vêtements colorés, m’épingle un ruban comme celui du Sidaction, mais rose, et me propose de contribuer à la cause de la Fondation du cancer du sein du Québec. Je sors mon porte-monnaie pour me rendre compte que je n’ai même pas un dollar en pièces.

Je m’avance vers l’espèce d’autel que l’on a dressé là, où trône entre des bougies le portrait de celle dont je dois parler et que je ne connais pas. Je ne me sens pas totalement à l’aise. Tous les gens ici se connaissent et se sont réunis en mémoire d’une personne que je ne connais pas.

Les personnes arrivent petit à petit. Beaucoup de noirs. Je le dis et ça n’a rien de méprisant de ma part, au contraire…

Je me souviens quelques jours après mon entrée à Sciences Po où j’avais voulu décrire Julien à Pauline, à l’époque où l’on se connaissait encore peu. Dialogue que ces deux amis là me ressortent régulièrement pour me charrier…

“Mais si tu sais bien ! Il est plutôt typé. Enfin… typé. Très typé même. Bon : il est noir quoi !”

En fait il n’est pas vraiment noir, il est réunionnais, et j’ai vu des noirs plus noirs que lui. Mais il se décrit comme noir. Alors depuis cette scène un peu honteuse, je trouve les racistes qui chicanent sur la couleur de peau aussi puérils que ridicule.

Au plafond de cette salle, des ballons mauves et blancs. Plus tard dans la soirée, une personne m’expliquera qu’il y en a 56, soit l’âge qu’aurait eu Augustine Matumona. L’hommage débutera avec du retard. C’est Vahine Dalton qui anime la soirée. Une superbe noire, jeune, qui assure l’intérim de l’association qu’a créée Augustine. Des personnes improvisent ou lisent un texte qu’ils ont préparé à l’avance. Quand la voix d’une femme s’étouffe en sanglot, Vahine la reprend : Augustine n’aurait pas voulu que l’on soit triste, c’est son anniversaire, il faut que cela reste un moment de joie en souvenir de cette amie.

Tous louent le dynamisme de cette femme, sa chaleur, sa pugnacité dans les combats qu’elle a mené, même lorsque la maladie a commencé à épuiser ses forces. Ils soulignent également qu’elle était très croyante, qu’elle craignait Dieu. Une de ses amies choisit d’ailleurs de chanter une prière pour elle. D’autres encore ont chanté des chansons en hommage à la femme de coeur et de courage. 

Hommage à Augustine Matumona - Titem

Originaire du Zaïre où elle fit ses études de médecine, elle arrive au Québec au début des années 1980 pour mener une enquête sur le système social de la Province. Mais ses diplômes ne seront jamais reconnus. Un souci que connaissent beaucoup d’immigrés, en France comme ici au Canada. Elle se consolera en soignant les âmes des femmes venues d’Afrique, et de toutes les femmes, et des hommes également, ai-je pu entendre au cours de cette soirée. Comme j’ai pu entendre qu’il fallait que la vie continue, que sa détermination devait servir d’exemples. Ira-t-on jusqu’à baptiser une salle en son honneur comme j’ai pu l’entendre, lui rendre hommage chaque 28 novembre ? Je quitte la salle avec un sentiment de malaise encore plus grand que lorsque je suis venu : nous sommes bien peu, mais nous pouvons faire beaucoup pour nos contemporains.

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Le bilan des parcours commentés sur la rue Jarry

Titem | 22 novembre 2007

Ce qu’il y a de plaisant dans le métier de journaliste, c’est la possibilité de suivre le parcours des personnes que l’on a interviewé, le développement des projets dont on a parlé. Spectateur, mais actif : on participe, on communique, on informe… D’une manière ou d’une autre, on joue un rôle auprès d’une personne ou au sein d’un projet, témoins de l’évolution du quotidien des personnes.

C’est un peu dans cet état d’esprit plutôt enjoué que j’abordais mon premier reportage pour cette édition du mois de décembre. A la fin du parcours citoyen sur la rue Jarry dans le quartier Saint-Michel, rendez-vous était donné aux particpants à la fin du mois de novembre pour la présentation du bilan. Finalement, cela aurait lieu le 21 novembre dans unesalle de la TOHU, la Cité des Arts du Cirque.

40 minutes de transport en commun depuis mon appartement pour me rendre là-bas. Mais au moins, j’arrive à l’avance et je suis au chaud : dehors, il neige de gros flocons.

Tohu neige nuit - Titem

J’y retrouve Nina Faucheux, en charge de cette enquête sur la revitalisation de la rue Jarry, l’une des plus importantes artères du quartier Saint-Michel. C’est la dernière étape de son projet : dans quelques jours, elle retournera en France. J’y retrouve aussi Renée-Claude Bergeron, du Carrefour Populaire Saint-Michel, et quelques uns des citoyens qu’elle avait mobilisé pour cette marche.

On nous dévoile une présentation Power Point et un petit montage vidéo. Je n’apprends pas grand chose de neuf. Dans le résultat de son enquête qualitative, Nina reprend les principaux éléments que j’ai déjà pu évoquer dans mon précédent article. Elle nous explique que ne parvenant pas à convenir d’une date avec les commerçants, elle leur a envoyé un questionnaire.

Améliorer la rue Jarry passe par l’enfouissement des fils électriques, l’installation de poubelles, un nouveau réglage des feux tricolores, la construction de logements sociaux et de commerces de proximité. L’enjeu : faire de la rue Jarry non plus seulement un lieu où l’on passe, mais un lieu où l’on pourrait flâner, où l’on peut vivre ! Nina Faucheux voulait tenir compte de la perception des citoyens, les convaincre du nécessaire échelonnage des actions dans le temps, mais les invite à poursuivre des actions concertés.

Bilan Parcours Citoyens - Titem

Les citoyens sont satisfaits. Et quand ils voient le montage photo de leur rue sans les fils électriques, ils poussent des « oh » de surprise, et demandent à ce que l’on laisse cette image ! Cela leur tient vraiment à cœur. Et pourtant, malgré le buffet qui leur est servi, certains n’ont pas le cœur à la fête. Tous sont satisfaits d’avoir été entendus, mais ils doutent de voir un jour leur environnement changer. “J’espère au moins que mes petits-enfants pourront en profiter…”. Vivront-ils seulement dans ce quartier ou s’installeront-ils ailleurs, pour trouver “mieux” si rien n’est fait ?

On me parle des usines qui crachaient tant de fumées que les gens, les voitures, les appuis de fenêtres étaient recouverts d’une fine pellicule de cendre qu’il fallait sans cesse epousseter. Et les fils, quand est-ce qu’on les enfouiera ? “Peut-être en 2009″.

Je demande à un acteur de Vivre Saint-Michel en Santé, “mouvement de concertation intersectorielle et multiréseaux” du quartier, de me donner son sentiment. Il promet d’utiliser cet outil qui permet aux gens d’avancer, tout en reconnaissant que toutes les propositions ne pourront être intégralement reprises. Pourtant les choses avancent : regardez le CLSC, ou la construction de logements à l’intersection de la 2ème avenue ! Mais il se satisfait que les citoyens et des organismes comme le CLSC ou le Cirque du Soleil maintiennent la pression.

A Saint-Michel comme ailleurs, c’est finalement l’éternel combat en démocratie des citoyens et des associations de relais pour se faire entendre auprès des décideurs politiques et institutionnels.

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Aux 15 ans de la Maison des Grands-Parents de Villeray

Titem | 7 novembre 2007

Dernier terrain de reportage pour l’édition de novembre 2007 : les 15 ans de la Maison des Grands-Parents de Villeray. Comme chaque fois avant de me rendre sur le terrain, je consulte le dossier de presse (simple communiqué ou brochure), les sites Internet, parfois les précédents articles publiés à ce sujet. Et autant dire que j’étais prévenu : ces grands-parents-là pourraient tous concourir à l’élection de Super Mamie / Super Papy !

Maison ds Grands Parents de Villeray - Titem

Me voilà donc sur le pas de la porte de la petite maison victorienne posée au coin des rues Drolet et Jarry. Des ballons blancs et rouges sont accrochés à la porte, un écriteau invite les résidents à entrer pour cette journée porte ouverte. J’entre. Je suis accueilli chaleureusement. On me débarrasse de mon manteau et me propose une collation. Dans le salon, des aînés regardent des reportages consacrés à leur association. Je rencontre la directrice, une trentenaire, avec laquelle je m’entretiendrai plus tard.

En attendant, l’une des membres tient absolument à me faire le tour du propriétaire et des activités… le plus vite possible ! A peine le temps d’interroger l’une des rédactrices du journal de l’association que… « Monsieur Le Monde ! C’est par ici ! ». Dans la bibliothèque, je croise son responsable. Dumbledore. J’ai du mal à dissiper cette image dans ma tête, la robe longue et violette, les cheveux longs argentés, la barbe… il n’y a que les lunettes qui ne sont pas en demi-lune. Il commence à m’expliquer les dons de livres, le rangement de la bibliothèque… « Monsieur Le Monde ! »

A l’étage, on trouve une activité transmission des arts anciens (autrement dit : atelier tricot), une cuisine communautaire, une salle d’apprentissage à l’informatique (et qu’est-ce que je ne donnerai pas pour que mes grands-mères se mettent à l’Internet pour pouvoir communiquer plus aisément et régulièrement, même à distance !). Les jeunes parents peuvent laisser leurs enfants à la garderie, le temps d’échanger quelques mots dans la cuisine avec les aînés qui leur prodiguent des conseils. Un peu comme pour le groupe Orpères. Ceux des enfants dont les parents ne peuvent s’occuper à la sortie de l’école trouvent une place dans l’une des salles d’aide aux devoirs : un aîné, un enfant, une salle. Une alternative originale que l’on retrouve parfois en France, mon institutrice au CP continue même retraitée d’apprendre à lire aux enfants. Enfin, détour par l’activité friperie, qui permet à l’association de s’autofinancer. Ce qu’on leur donne et qui ne peut les intéresser et redistribué aux associations pour les démunis.

Puis comme prévu j’interroge la directrice, Clémence Racine. Elle me parle du rôle retrouvé des aînés. « Il y a 15 ans, on ne parlait des aînés que comme un fardeau pour la société. Il fallait les sortir de leur isolement. Aujourd’hui on sait qu’ils peuvent être utiles, et ils le font avec plaisir. D’ailleurs en restant actifs, ils demeurent en bonne santé plus longtemps ». S’il y a bien un enseignement que je retiendrai, c’est celui-là. Une vraie piste à explorer pour la France où l’on n’a pas assez développé ce volet associatif au bénéfice des aînés. Même si j’ai plaisir à voir ma propre grand-mère s’investir dans les associations de sa ville.

Mais ce n’est pas tout… Elle insiste, comme d’autres membres que j’ai interrogé, sur le caractère intergénérationnel de l’association. Par le biais de l’aide aux devoirs, mais pas seulement. Elle évoque avec moi le projet Motivation. “Vous devriez en parler à notre responsable, Yves Bérard”. Et quand je lui demande pourquoi, précisément elle avait envie d’organiser une journée portes ouvertes pour ce 15ème anniversaire, la réponse qu’elle me fournit me remplit d’une douce satisfaction. La question n’avait rien de stupide.

“C’est l’occasion de nous faire connaître ; ou pour ceux qui nous connaissent, de se mettre à jour car nous proposons de nouvelles activités”. Et là évidemment, la perche tendue ne demandait qu’à être saisie. “Quelles nouvelles activités ?”.

Au sous-sol, je vais voir Yves Bérard et “Dumbledore”. Ils me renseignent un peu plus sur Motivation. C’est en fait une association qui a pour but la prévention du décrochage scolaire et de l’oisiveté chez les jeunes de 16/18 ans. On leur propose de participer à différents projets. La MGPV participe à ce projet en organisant des activités pour ces jeunes. Au contact des aînés, ils trouvent une motivation supplémentaire pour reprendre leurs études. «On fait des repas, des sorties ensemble. Ils nous font confiance car nous ne représentons pas l’autorité parentale ou scolaire. Ils savent que nous sommes à l’écoute», mentionne Yves Bernard, responsable de ce pôle. 75 à 80% des jeunes réussissent finalement à décrocher leur diplôme.

Ils me parlent également de ces fameuses “nouvelles activités”. Il s’agit d’Art & Musique et de Mentorat. La première touchera les 12-16 ans du quartier, auxquels on proposera de mener une activité artistique afin de prévenir l’oisiveté et la délinquance. La deuxième s’adressera aux jeunes en manque de repères : séparés de leur famille, orphelins, abandonnés… afin de les aider à s’insérer dans la société en trouvant un emploi, un logement et leur (ré)apprendre à se nourrir, se vêtir correctement, à gérer un budget…

Et là, je suis soufflé. Dans l’article que je rédigerai, j’aurais bien du mal à retranscrire toute l’admiration que je porte à ces gens pour le travail qu’ils accomplissent auprès de ces jeunes en difficulté, avant qu’ils ne franchissent peut être le palier de la délinquance, de la marginalisation. “Bien sûr on est parfois un peu anxieux à l’idée de rencontrer ces jeunes. Mais très vite, les liens se créent”, ajoute Yves Bérard quand je lui demande s’il est facile de s’occuper de cette population.

Toujours autant d’agitation dans cette maison. Une journaliste d’une radio locale montréalaise, aux cheveux blancs comme la neige, une vraie petite boule d’énergie avec beaucoup de gouaille, interroge différents membres sur l’activité de la Maison des Grands Parents de Villeray. Nous parlons un peu de mon stage, de mes impressions sur le Canada, des médias. Elle regrette que le Journal de Montréal n’est pas pris la peine de saluer le travail de ces gens. Je la suis lorsqu’elle part interroger France Simard, la responsable du pôle d’aide aux devoirs, et les deux écoliers qui, ce jour-là, seront chouchoutés. Séance devoir après un copieux goûter. “Les enfants nous donnent autant qu’on leur donne et on est ravi de les voir progresser”, explique-t-elle.

Alors que je m’apprêtais à prendre congé, je me dis qu’il pourrait être intéressant de parler à la cofondatrice de l’association. Je lui pose quelques questions sur les débuts de l’association, sa raison d’être. Je dois parfois tendre l’oreille pour la comprendre, mais Lucille Girard, à son âge, ne manque pas d’humour : “On pourrait très bien rester assis et jouer au bingo, mais nous voulons être plus utiles”.

Notre conversation est interrompue par deux hommes en costume qui viennent d’entrer. Le premier est jeune, très grand, plutôt charmant. L’autre me fait penser à François Hollande, avec un peu plus d’assurance. Il se présente “Louis-Alexandre Lanthier, je suis le porte-parole de M. Trudeau”. Trudeau… Un nom plutôt très connu au Canada. Et tout d’un coup ça me fait tilt : c’est le nom d’un ancien Premier Ministre du Canada dans les années 70, considéré comme le plus grand des Premiers Ministres.

“Vous le savez peut-être, mais M. Trudeau est le fils de Pierre Eliott”. Je me retourne, je dois avoir les yeux grands ouverts. “Justin Trudeau, LE fils de Pierre Elliott Trudeau ?” “Oui, oui… Vous connaissez peut-être si vous me dites que vous êtes étudiant en Sciences Po ?” Un peu mon neveu !

Il n’est pas venu là par hasard, mais pour remettre ses félicitations officielles à l’association. Je ne manque pas de prendre cela en photo.

Groupe Maison Grands Parents Villeray + Justin Trudeau - Titem

Je ne suis pas resté plus longtemps pour rien. Je discute encore avec d’autres personnes, et quitte finalement la maison alors que le soleil est déjà couché. J’ai passé beaucoup plus de temps que ne l’aurait fait un journaliste professionnel, mais j’ai la satisfaction d’avoir pu prendre mon temps pour avoir de vraies conversations avec ces personnes anonymes qui font un formidable travail au quotidien.

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Aux centres communautaires de loisirs de Villeray, on fait de bonnes personnes

Titem | 6 novembre 2007

S’il y a bien une chose qui frappe ici au Québec, c’est la vitalité des associations, ceux que l’on appelle plus volontiers ici “centre communautaire”. Par exemple, le Journal Communautaire Le Monde est aussi un journal associatif, publié dans l’arrondissement de Villeray – Saint-Michel Parc-Extension, pour ses résidents. Il appartient à ses membres, centres communautaires notamment.

Je n’ai pas l’impression que je fais ce constat d’une plus grande activité associative au Québec qu’en France parce que je suis amené, dans le cadre de mon stage, à rencontrer de nombreux intervenants associatifs. Non, je pense vraiment qu’au Québec, les associations sont plus actives qu’en France, et contribue davantage à la cohésion du tissu social.

Associations pour l’intégration des immigrés, pour venir aux aides aux plus fragiles et aux démunis, pour l’alphabétisation, centres sportifs et de loisirs pour les personnes de tout âge et de toute origine, associations écologistes… La liste est longue ! Seulement voilà, ces associations ont beau avoir beaucoup d’importance dans la société québécoise, elles n’en demeurent pas moins fragiles. C’est notamment le cas des centres communautaires de loisirs, pour lesquels je devais consacrer un article dans l’édition de novembre.

Depuis plusieurs mois, ces centres communautaires de loisirs (CCL) se font de plus en plus entendre, afin de faire entendre leur principale et urgente revendication : davantage de moyens pour exercer leur rôle d’intégration des personnes. Le 18 octobre, point culminant de mois de mobilisation, des représentants de ces centres organisaient une manifestation symbolique devant l’Assemblée Nationale à Québec. Parce qu’ils s’estiment “à sec”, “sur la corde raide”, ils ont déployé une corde à linge.

C’est dans ce cadre que je suis amené à interviewer les directrices des deux centres communautaires de loisirs de Villeray, quartier que je découvre pour la première fois. Professionnellement tout du moins. De façon schématique, on peut dire que le quartier Villeray se distingue par une population issue de vagues plus anciennes d’immigrations, par rapport à celle de Saint-Michel ou Parc-Extension. On y retrouve un certain nombre de… Français (bien sûr !) mais surtout des Italiens et aussi des Portugais.

J’arrive donc ce midi du 25 octobre devant le bâtiment du centre communautaire de loisirs Lajeunesse, fait de briques rouges et noires. On dirait le Nord, mais il a cet austérité, cette stature, qui me fait inévitablement penser aux écoles anglo-saxonnes. D’ailleurs mon intuition ne m’avait pas joué des tours : il s’agissait bien d’une ancienne école, comme me l’a confirmé la directrice de ce centre, Marcelle Bastien.

Centre Communautaire de Loisirs Lajeunesse - Titem

Elle m’accueille chaleureusement dans son bureau. Nous parlons un peu de mon stage, et là encore, on me dit que j’ai de la chance de travailler là-bas. Puis je pose mes questions en rapport avec mon prochain article, le financement des centres communautaires de loisirs, m’arrêtant sur le cas du quartier Villeray.

Le 6 novembre, c’est au tour du Patro le Prevost. Le bâtiment est beaucoup plus moderne, on dirait un bateau émergeant de la rue. A l’accueil où je déclare avoir rendez-vous avec la directrice, deux québécoises d’un âge avancé me demande si je suis français, d’où je viens… Et pourquoi Nicolas Sarkozy s’est énervé sur une journaliste ! Ayant eu vent de l’incident, je réponds qu’il m’a semblé qu’il ne souhaitait plus, comme avant, s’étendre sa vie privée, et qu’il avait manqué de sang-froid.

L’interview a lieu dans la salle du conseil d’administration, autour d’un café, une boisson que je ne bois qu’exceptionnellement. On m’explique au préalable que ce Patro aura bientôt 150 ans, qu’il a été créé par des religieux de l’ordre de Saint-Vincent de Paul et revendique toujours un héritage de valeurs chrétiennes. Autrement dit pas celles des prélats, mais bien celles laïcisées que l’on nous enseigne enfant et qui paraissent naturelles à tout individu socialisé.

Plus tard on me fait visiter les locaux : un large gymnase, une piscine, un auditorium, plusieurs salles pour chacun des âges de la vie, un restaurant communautaire où les bénévoles servent des plats peu onéreux… Beaucoup d’activités offertes à des gens que je croise et ne tarissent pas de sourires.

Patro le Prevost - Titem

Il serait fastidieux de vous rapporter l’intégralité de ses échanges, contrairement à mes précédents reportages où j’étais en mesure de vous parler davantage de l’atmosphère que je ressentais. Et j’ai quasiment repris tous les points importants dans mon article. Que ce soit au centre Communautaire Lajeunesse ou au Patro le Prevost, avec la directrice Manon Ethier-Rollin et sa responsable de communication Kira Zoellner, le rôle intégrateur et bénéfique des centres communautaires de loisirs.

Le rôle positif des centres communautaires de loisirs

Car il ne s’agit pas simplement de s’amuser. C’est aussi, pour reprendre des propos de Manon Ethier-Rollin, “faire de bonnes personnes”. Des jeunes actifs dans un centre communautaire ne flânent pas désoeuvrés dans les rues. Certains gagnent même de l’argent, en organisant des soupers-spaghettis, afin d’organiser des activités. Un certain nombre d’entre-eux améliorent ses résultats scolaires. Des personnes âgées qui ont une pratique sportive ou artistique régulière vivent mieux et plus longtemps. Ces gens ne demeurent pas enfermés chez eux, mais sont au contact avec d’autres, et apprenent chacun de leurs différences. Au Patro le Prevost, on me parle de cette adolescent schizophrène qui, grâce à la poterie, est parvenu à un certain degré d’autonomie.

Parce qu’ils sont utiles, les CCL réclament plus de subventions. “C’est comme si on devait se battre contre le ministère, alors que l’on demande du soutien” me dit Kira Zoellner. Et pourtant, les différents ministres qui se sont succédé n’ont eu de cesse de louer les apports des centres communautaires de loisirs. “Et n’oubliez pas, insistera-t-on, que selon une étude de Regroupement Loisir Québec, un dollar investi dans un CCL a un impact multiplié par neuf dans les retombées pour la population !”. L’école et les services de santé sont importants, mais les centres communautaires préviennent du décrochage scolaire, du médecin, et sont souvent le vecteur des campagnes gouvernementales (pour le recyclage, contre les violences ou les accidents domestiques par exemple). Les retombées sociales sont importantes, mais difficilement quantifiables. Mentionnons aussi que ces centres participent du rattachement identitaire à un quartier.

Principal grief : les subventions des centres communautaires ne sont plus indexées sur l’inflation. Ils réclament la récupération des années non-indexées, ainsi qu’une augmentation globale du financement de base. Les 250,000$ concédés par la ministre de l’Education, du Sport et des Loisirs, Michelle Courchesne, sont insuffisants : c’est environ 10% de ce qu’ils réclament. S’ils n’obtiennent pas gain de cause lors de la rencontre avec la ministre fin novembre, 12 des 83 CCL du Québec pourraient mettre la clef sous la porte. Les autres devront inévitablement couper des activités ou des heures de travail à leurs employés. Ce qui n’arrange en rien le moral des équipes qui fournissent de l’excellent travail me dit-on. Et cela en dépit de l’aide apportée par les bénévoles.

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