Se souvenir de la Shoah
Titem | 16 février 2008J’ai appris la nouvelle, comme souvent ici depuis que je suis au Canada, en écoutant le podcast l’essentiel de l’info Europe 1. Au dîner du CRIF (Conseil représentatif des Juifs de France), Nicolas Sarkozy a annoncé que chaque enfant du CM2 se verrait confier la mémoire d’un enfant juif mort en déportation. Une annonce très concrète, que l’on avait pas vu venir, au but précis et louable : prévenir l’antisémitisme.
Cela parait être une bonne idée : les enfants auront plus de facilité à comprendre la tragédie de tout un peuple s’ils partagent la biographie d’un enfant qui a vraiment vécu et souffert. C’est mettre un visage, un nom, sur des chiffres désincarnés “6 millions de Juifs morts dans les camps nazis”.
Puis il y eut les critiques. Un enfant n’est pas en mesure de supporter un fardeau aussi lourd. Ah bon ? Un enfant n’est donc pas capable d’évoluer, d’apprendre ? On a aussi évoqué la sacralité de la mémoire, le fait qu’il ne fallait pas faire culpabiliser les enfants. On a aussi parlé d’un coup électoraliste, mais là on sort du débat de fond pour atterrir dans la petite politique.
La vraie question est, cette proposition est-elle nécessaire pour arriver à cette noble finalité : la lutte contre l’antisémitisme ? Avec recul, j’en suis de moins en moins sûr.
Pour nous sensibiliser à la Shoah, j’ai eu à lire Le Journal d’Anne Frank, Un sac de billes, Mon ami Frédéric, Au nom de tous les miens… J’ai étudié la Shoah et le nazisme en 3ème et en Terminale. J’ai vu 2 fois Nacht und Nebel. J’ai même eu l’occasion de me rendre à Auschwitz lors d’un voyage de classe, une expérience qui m’a secoué. Sans compter les émissions de société à la télévision, ou d’autres films qu’il est possible d’étudier en classe, comme La Vie est belle, le Pianiste…
Aussi je pense que si l’on veut vraiment sensibiliser les jeunes, il faut prendre le temps de le faire, et que toutes les écoles s’en donnent la peine. Cela peut faire partie d’un cours d’éducation civique. Pour ces enfants du CM2, pourquoi ne pas étudier la chanson “Comme toi” de Jean-Jacques Goldman ? L’esprit est le même que de partager la mémoire d’un enfant juif, après tout, parmi tous ces enfants, combien y avaient-ils de Sarah ?
Une nouvelle proposition douteuse de Nicolas Sarkozy, dont on gardera encore un sentiment d’improvisation. Existe-t-il une recrudescence telle de l’antisémitisme que cette mesure se justifie ? Non, hormis certaines banlieues où l’antisémitisme achoppe avec le conflit israélo-palestinien, où la mémoire de Mohammed affronte celle de Sarah. Or, on ne peut accepter la lutte pour une supériorité mémorielle. L’antisémitisme et le racisme doivent alors être combattus frontalement, non plus sur le terrain de la mémoire, mais de la raison.
A ce sujet, avez-vous lu ce portrait de deux intervenantes en banlieue, ou cet article d’opinion de l’historien Henri Pena-Ruiz, publiés dans le Monde ?
“Tous les Arabes sont des… ?”
LE MONDE | 08.02.08 © ![]()
Le devoir d’histoire, condition du devoir de mémoire, par Henri Pena-Ruiz
LE MONDE | 19.02.08








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