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Le blog de Titem… à Paris : Europe, Environnement, Société, Culture et Voyages
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Chypre : le bon départ vers la réunification ?

Titem | 25 juillet 2008

Mes précédents articles sur Chypre :

Un nouvel espoir pour la réunification de Chypre ? [CaféBabel]
Le long chemin vers la réunification
Nicosie, capitale coupée en deux d’un pays divisé

La réunion d’aujourd’hui entre les leaders des deux communautés chypriotes a tenu ses promesses. Comme prévu, les dirigeants ont convenu ce vendredi d’une date pour le début des pourparlers officiels en vue d’une solution globale à la question de Chypre : le 3 septembre.

Le dirigeant chypriote-turc Mehmet Ali Talat, le président de la République de Chypre Dimitris Christofias, ainsi que le chef de la mission de l’ONU à Chypre, Taye-Brook Zerihoun, s’étaient retrouvés une nouvelle fois à l’aéroport désaffecté de Nicosie, située à l’intérieur de la Ligne Verte, dans la zone contrôlée par l’ONU.

Ni les polémiques sur l’avancée réelle ou supposée des discussions au sein des comités techniques et groupes de travail, supposés préparer les pourparlers officiels entre les deux leaders, ni la colère de Mehmet Ali Talat contre la signature d’un mémorandum entre la République de Chypre et le Royaume-Uni n’ont eu raison des discussions entamées au lendemain de l’élection de Demetris Christofias, le Président néocommuniste de la République de Chypre, jugé plus souple que son prédécesseur Tassos Papadopoulos. Pas plus que la venue du Premier Ministre turc Erdogan à Chypre Nord le jour anniversaire de l’invasion de Chypre par l’armée turque, lors duquel il réclamait de prendre en compte que “la solution passera par la création d’un partenariat fondé sur l’égalité entre les deux peuples et deux Etats séparés.” Un commentaire qui avait suscité les foudres de la République de Chypre qui, comme l’ensemble de la communauté internationale hormis Ankara, ne reconnaît pas la “République Turque de Chypre Nord”.

Cette réunion fut l’occasion pour les deux hommes de se mettre d’accord sur un certain nombre de points, importants pour la suite des événements (voir le communiqué officiel commun)

  • Deux référendums, séparés et simultanés, portant sur la solution d’accord global, seront organisés.
  • Les leaders ont approuvé seize nouvelles propositions d’accord des comités techniques et ont demandé à ce qu’elles soient mises en oeuvre immédiatement. Ces propositions ont trait à l’héritage culture, la maîtrise des crises, les questions judiciaires.
  • Une ligne directe (autrement dit, un “téléphone rouge”) sera installée entre les deux hommes.
  • Ils ont également demandé à leurs représentants de discuter l’ouverture de nouveaux check-point, en particulier à Limnitis, ville située à l’ouest de Nicosie.
  • Ils ont enfin salué la nomination d’un envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies, Alexander Downer, auparavant Ministre des Affaires Etrangères d’Australie.

Rue Ledra

Rue Ledra (7), [Flickr : Titem]

Pourquoi alors “le bon départ ?”

Pourquoi cette hésitation ? En 34 ans de division, ce n’est pas la première fois que des discussions ont lieu en vue d’une résolution de la question de Chypre. Certains Chypriotes se montrent assez pessimistes, alors même que sans doute, on n’a jamais été aussi prêt d’une solution.

Plusieurs défis doivent impérativement être relevés si l’on veut aboutir à une solution. Il s’agit de résoudre les très sensibles questions de l’expropriation et du sort des Turcs d’Anatolie, considérés par beaucoup comme des “colons” venus modifier la démographie de Chypre. Deux questions laissées en suspens dans le Plan Annan, rejeté pour ces raisons par les Chypriotes grecs. Il faudra également que l’accord global soit économiquement viable. Et enfin, si référendum il doit y avoir, savoir qui pourra y prendre part dans la Partie Nord, car nulle doute que les Turcs installés à Chypre ne verront pas d’un bon oeil un texte qui leur demanderait de quitter l’île d’Aphrodite.

Enfin, comme je l’indiquais dans mon article sur CaféBabel : le temps jouera contre les deux leaders. Dix mois : c’est le temps dont ils disposent, avant que ne débute la campagne électorale au Nord. Mehmet Ali Talat, critiqué dans son propre camp, risque en effet de ne pas être réélu. Que ce départ soit donc le bon, sinon la perspective d’une résolution pourrait s’éoigner encore davantage.

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Un verre de vin et du jazz à l’abbaye de Bellapaïs

Titem | 28 juin 2008

Mardi ; fin d’une semaine culturellement plus riche que les autres. Après la projection de trois anciens films et la fête de la musique au Centre Culturel Français de Nicosie, une exposition d’œuvres d’art suivie d’un concert de jazz à l’abbaye de Bellapaïs, en zone nord.

Abbaye de Bellapaïs

Cloître Abbaye Bellapaïs

L’abbaye de Bellapaïs est l’un plus beaux monuments de Chypre, héritage de la présence franque dans l’île d’Aphrodite, bâti au XIIIème siècle. Les moines qui y vécurent disposaient d’une vue magnifique sur la baie de Kyrénia – les chats aussi.

Chat Abbaye de Bellapais

Par jour de beau temps, ce qui arrive plutôt régulièrement, leur regard pouvait toucher les côtes turques.

Coucher soleil Abbaye de Bellapaïs

Accompagné d’une amie chypriote turque, nous voilà dans le petit village de Bellapaïs, sur les flancs du Pentadactylon. Une rue unique, qui monte vers l’abbaye, où les petits restaurants s’alignent, lieu touristique oblige. L’un d’eux a même sa terrasse qui s’ouvre sur l’abbaye.

Paysage Abbaye de Bellapaïs

Rüya Resat est une artiste elle aussi chypriote turque. Pouvait-on rêver un endroit aussi magique que le cloître de l’abbaye de Bellapaïs pour y exposer ses toiles ? On admire le doux anachronisme entre les vieilles pierres dorées de l’édifice et les toiles suggestives et très colorées, conçues par informatique, de l’artiste. Une autre manière de considérer l’art.

Fleurs Cloitre Abbaye de Bellapais

Le concert du Trio Gilbert Sigrist a lieu dans le réfectoire de l’abbaye. J’ai déjà eu l’occasion d’écouter deux fois le pianiste : aux deux autres animations culturelles de cette semaine.

Trio Gilbert Sigrist Abbaye de Bellapaïs

Il réinterprète des grands classiques de la chanson française. Un verre de vin chypriote à la main, je me laisse bercer par la musique dans ce cadre enchanteur, et je songe à celui qui, à 6000 kilomètres de là, m’a fait découvrir le jazz et a eu l’immense bonheur de pouvoir assister au récital de Joao Gilberto au Carnegie Hall, pour ces 50 ans de carrière. Il est des moments magiques que l’on aimerait partager avec ses amis.

Abbaye de Bellapaïs de nuit

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Art, Chypre, Etats d'esprit, Jazz, Monument, Musique, RTCN, Titem, Tourisme
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Les cent jours de Demetris Christofias, président communiste de Chypre

Titem | 10 juin 2008

Lorsqu’il fut élu le 24 février 2008 avec 53,37 % des voix, il y a un peu plus de cent jours, la première chose qui m’est venue à l’esprit, par plaisanterie, c’était “Comment faire pour convaincre des entrepreneurs français d’investir dans un pays communiste ?”

En réalité, Chypre aurait grand tort de revenir sur ce qui fait son attractivité : son faible taux d’impôt sur le revenu, le plus bas de l’Union européenne (10%) et les quelques quarante traités de non double imposition. Les politistes estiment que Demetris Christofias, ancien Président de l’AKEL et du Parlement chypriote, a été élu, avec le soutien du DIKO, le parti centriste, parce qu’il s’était engagé à réouvrir les pourparlers avec les autorités chypriotes turques. Ce qu’il a fait.

Revenons sur ce personnage (ici pris en photo lors de la 17ème assemblée du Cypriot Shipping Council à laquelle j’ai assisté dans le cadre de mon stage).

Demetris Christofias Cypriot Shipping Council
Demetris Christofias est né à Dhikomo, village du district de Kyrenia, actuellement occupé par l’armée turque. Membre actif des jeunesses communistes depuis 1964, il part à Moscou faire des études de sciences sociales de 1969 à 1974 grâce à une bourse du gouvernement soviétique. Il y rencontre sa compatriote Elsi Chiratou qu’il épouse en 1972. Il obtient en 1974 un doctorat en sciences de l’histoire de l’Académie des Sciences sociales de l’URSS et retourne à Chypre. Il devient membre de l’Organisation Panchypriote des Etudiants Unis, puis adhère au parti communiste AKEL et à la Confédération Panchypriote du Travail. En 1988, il devient secrétaire général du comité central du parti, fonction qu’il occupe toujours à ce jour après quatre réélections successives. M. Christofias obtient son premier mandat électif en 1991 en tant que député de l’AKEL pour le district de Nicosie-Kyrenia. Il est réélu à trois reprises depuis. Après le succès électoral de l’AKEL aux élections de 2001, il est élu Président du Parlement, poste qu’il occupe jusqu’à son élection à la Présidence de la République.

Les cent premiers jours d’un gouvernement sont très symboliques, notamment en France où cela réfère à une période particulière de notre histoire. A Chypre, il n’en a pas été fait mention dans les médias, mais cela ne signifie pas pour autant que pendant cette période, il ne se soit rien passé. Au contraire !

Et l’évolution la plus notable, qui a eu aussi le résultat le plus immédiat et le plus positif, c’est la reprise des négociations avec les autorités chypriotes turques. Demetris Christofias et Mehmet Ali Talat se sont ainsi accordés pour l’ouverture d’un nouveau point de passage à l’un des endroits les plus symboliques de cette partition : la rue Ledra. Cette ouverture a été décidée en à peine deux semaines, en dépit des réticences des militaires, et fixée au 3 avril 2008 (jour de mon arrivée à Nicosie), ce qui fut effectivement le cas.

Actuellement, ce sont 6 groupes de travail et 7 comités techniques avec des experts de chaque communauté qui poursuivent ces négociations qui précèdent un futur entretien des deux leaders en vue d’une résolution du problème chypriote. Malheureusement, si du côté grec on dénonce la lenteur du processus qui pourrait reporter le rendez-vous, du côté turc on fait valoir la volonté d’un virgin birth, où évocation d’un nouvel Etat absolument inacceptable pour les hellénophones.

Toujours en matière de relations internationales, l’arrivée au pouvoir de Demetris Christofias s’est également traduite par un dialogue plus chaleureux avec le Royaume-Uni. Qu’il est loin le temps où, alors Président du Parlement Chypriote, il avait qualifié l’ancienne puissance coloniale de « evil demon ». Christofias et son homolgue Gordon Brown ont signé un mémorandum de coopération politique, dans lequel le Premier Ministre affiche son soutien aux pourparlers entamés par Nicosie. Ce qui a fortement déplu à la partie turque, laquelle estime que l’on trahit la base des négociations. On se demande bien en quelle mesure, mais en matière de relations internationales, ce qui compte, c’est moins les faits que la manière dont ils sont perçus par les parties tiers ou concernées.

Le Président Christofias et son gouvernement doivent également s’atteler à d’autres problèmes qui se posent de façon de plus en plus aiguë pour l’ensemble des pays développés.

L’inflation. Elle s’est élevée à 4,94 % en mai, chiffre le plus haut depuis mai 2003, et n’est pas passée sous le seuil des 4% depuis plusieurs mois. Sont en cause les éléments extérieurs : hausse du coût des matières premières notamment, mais aussi des éléments domestiques. Sont ainsi montrés du doigt l’absence d’une autorité de protection de la concurrence et l’existence du CoLA, ou Cost of Living Allowance, mécanisme automatique de revalorisation des salaires des fonctionnaires et personnes syndiquées (80% des travailleurs) et qui alimente la boucle prix-salaires que la France avait connu sous l’ère giscardienne.

L’eau. Problème récurrent à Chypre. Comment souvent, alors que le devoir des gouvernements est de prévoir, cela n’a pas été le cas. Il n’y a quasiment pas eu de précipitations à Chypre depuis des mois. Les comportements des citoyens (arrosage des trottoirs, des monuments, des espaces verts et des champs en plein soleil…) et le manque d’infrastructures provoquent de multiples coupures d’eau qui exaspèrent les Chypriotes. Chypre a passé commande de près de 80 millions de mètres cubes d’eau à la Grèce, pour un montant de 40 millions d’euros. Deux usines de désalinisation sont en cours de construction. On a envie de dire « à la bonne heure ».

L’énergie. 95% de l’électricité de Chypre est produite à partir de produits pétroliers. Afin de respecter ses engagements européens en matière de production de CO2 et de réduire sa facture énergétique, le pays souhaiter basculer vers le gaz… mais ne s’est toujours pas décidé sur l’emplacement d’un central gazier, ni sur le pays fournisseur. Ajoutez l’évocation d’une centrale nucléaire à Chypre par le Monsieur énergie du ministère concerné, idée qui a fait hurler les écologistes et une bonne partie de la classe politique, et la menace d’une amende record si Chypre ne se lance pas dans les énergies renouvelables (4% de sa production actuellement) et vous avez tous les ingrédients d’un feuilleton de l’été.

Au final, la côte de popularité de Demetris Christofias est au plus haut : 78 % d’opinions favorables ! Lui aussi s’est entouré de ministres socialistes ou du centre pour rassurer la population et les partis le soutiennent même dans ses négociations avec la partie turque. Mais le plus diffcile, c’est de durer ! Au niveau de la vie privée, je me dispenserai de commentaires ironiques trop faciles ou de comparaisons simplistes avec la France. Il n’y a rien a priori qui puisse satisfaire la presse people.

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“The Day After” ou les conséquences économiques d’une résolution de la question chypriote

Titem | 6 juin 2008

Je n’ai pas encore pris le temps de parler de cette conférence à laquelle j’ai assisté mercredi dernier. Mais l’étude qui y était présentée mérite vraiment que l’on s’y intéresse. Organisée par l’ambassade de Slovaquie, très impliquée dans la question chypriote, elle avait lieu au Ledra Palace, ancien hôtel de luxe de Nicosie situé dans la zone tampon et qui sert aujourd’hui de Quartier Général aux forces de l’ONU (UNFICYP).

Ledra Palace Hotel Nicosie Chypre

[Crédit photo : ejbaurdo sur Flickr]

The Day After ChypreCette étude est soutenue par le PRIO (International Peace Research Institute, Oslo) et est téléchargeable à cette adresse. Intitulée “The day after : Commercial opportunities following a solution to the Cyprus problem” et dirigée par Fiona Mullen, Özlem Oguz et Praxoula Antoniadou Kyriacou, elle est très intéressante car elle va au-delà des simples pourparlers entre les communautés chypriotes et grecques, mais s’intéresse aux conséquences économiques d’une résolution de la question chypriote. Elle ne porte pas sur telle ou telle solution, mais part du principe qu’approuvée des deux côtés de la “Ligne Verte”, cette solution ne peut avoir que des bénéfices, mais à quelle hauteur ? Elle ne s’interroge donc pas sur le coût de la réunification, qui devra notamment prendre en compte la question du dédommagement des personnes expropriées.

Cela paraît évident, mais l’étude donne des estimations précises. A partir de données statistiques, les auteurs établissent un parallèle avec le développement des relations économiques et commerciales entre la Grèce et la Turquie qui firent suite au rapprochement politique initié en 1999 par George Papandreou et Ismael Jem, alors Ministres des affaires étrangères de leurs pays respectifs. Tout comme le rapprochement de la France et de l’Allemagne, de la Chine et du Japon, ont eu des conséquences bénéfiques pour lse débouchés de leurs économies respectives.

La reprise immédiate des échanges de biens et de services, aussi bien que l’ouverture des frontières aux touristes et aux étudiants, aboutiraient pour les 7 années suivant la résolution de la question chypriote à un surplus croissant au PIB de Chypre, estimé en moyenne à 1,8 milliards d’euros… soit 11,6 % de son PIB en 2007 ! Une augmentation dans les Chypriotes pourraient bénéficier mais les auteurs se refusent, et on comprend pourquoi, à faire des estimations sur “qui en profitera le plus : les chypriotes turcs ou les chypriotes grecs ?”

Le bénéfice à la Turquie surtout politique, compte tenu de la taille de son économie par rapport à celle de Chypre. Une solution à la question chypriote ouvrirait à Ankara la voie de nouvelles négociations avec l’Union européenne (que l’on soit pour ou contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, débat très sensible en France, c’est un autre sujet).

Présenté à d’autres économistes, ces derniers ont jugé les chiffres avancés par les trois auteurs du rapport comme étant… sous-estimés ! En effet, elle ne se sont concentrées que sur les principaux secteurs économiques de Chypre, là où les bénéfices seraient le plus fort. Par ailleurs, une normalisation de ses rapports avec la Turquie permettrait de débloquer certains projets déterminants pour l’avenir de l’île. Et en particulier, si le pipeline de pétrole Bakou-Ceyhan faisait un crochet par Chypre. Voire si le projet de pipeline de gaz venant de l’Égypte pour la Turquie profitait à Chypre.

Quand à l’évocation d’un tunnel entre la Turquie et Chypre, cela reste une utopie. Mais après tout, qui pouvait croire en ce début d’année que les négociations progresseraient, certes timidement, entre les deux parties de l’île ? Les auteurs concluent : qu’est-ce qu’on attend ? Les différends peuvent être profonds, il est toujours regrettable de constater à quel point l’on se prive d’avancer sur des sujets très “coûteux”, alors que leurs bénéfices, économiques et sociaux, comblent amplement ce coût.

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Le long chemin vers la réunification de Chypre

Titem | 12 mai 2008

J’ai évoqué il y a deux jours les perspectives de réunification de Chypre ; en particulier la position ambiguë du leader chypriote turc. En fait, il ne se passe pas un jour sans que, dans les médias chypriotes, on évoque la question. En ce moment, des réunions sont régulièrement menées par les deux parties sur des sujets généraux. Il existe 6 « groupes de travail » portant sur :

Le gouvernement et le partage du pouvoir, les questions européennes, la sécurité et les garanties, le territoire, la propriété et enfin les questions économiques.

7 comités techniques ont également été mis sur pied pour :

Les questions criminelles, les problèmes économiques et commerciaux, le patrimoine culturel, la gestion de crise, les questions humanitaires, les questions de santé et enfin, pour l’environnement.

Ils ont pour mandat la préparation d’importantes discussions entre les deux leaders, Demetris Christofias et Mehmet Ali Talat, à partir de fin mai. Ces entrevues devraient avoir pour but la résolution de la question chypriote. Une étape très importante qui a besoin de temps et de concertation : les précédentes discussions entre leurs prédécesseurs s’étaient achevées sur un échec.

Or, non seulement les intentions réelles du leader turc concernant l’aboutissement de ses discussions ne sont pas claires, mais le gouvernement chypriote a fait état des difficultés qu’il rencontrait au sein de ses groupes de travail et comité de technique. La raison en est simple, selon l’Etat chypriote : l’administration de Chypre Nord calque ses positions sur Ankara. Et comme la Turquie connaît actuellement une crise politique liée aux débats houleux sur l’interdiction ou non de l’AKP (le parti du Premier Ministre Erdogan)…

Le président Demetris Christofias a d’ores et déjà annoncé qu’il ne se sentirait pas obligé de participer aux discussions si les travaux des groupes et comités n’avançaient pas d’ici l’échéance de juin. Du côté turc, on fait savoir qu’il était prévu que ses discussions entre dirigeants doivent avoir lieu quelles que soient les avancées obtenues au préalable… Et que par ailleurs, les discussions progressent belle et bien ! D’un côté comme de l’autre de la ligne verte, on bluffe ou on joue la surenchère.

Mais du travail, il y en a. Songez par exemple que dans la presse chypriote grecque, on ne se prive pas de parler du « pseudo-Etat », de sa « pseudo-police », de sa « pseudo-administration »… préserver les susceptibilités nationales à ce point devient même parfaitement ridicule lorsqu’il y a quelques années de cela, un homme politique avait demandé à l’ancien dirigeant de Chypre Nord s’il était possible de marcher dans la « pseudo‑neige du Pentadactylos ».

Aéroport ErcanLe journaliste qui rapportait cette anecdote faisait part d’une expérience personnelle. A l’aéroport d’Ankara, alors qu’il attendait son avion pour Athènes, on annonce l’embarquement pour l’aéroport d’Ercan, situé en zone nord. Or Athènes est l’escale obligée pour tout Chypriote grec qui se fait un point d’honneur à ne pas passer par l’aéroport d’Ercan pour rentrer chez lui. D’ailleurs ce n’est pas Ercan, mais Tymvou, puisque Ercan est le nom de celui qui pilota un avion qui lâcha des bombes sur Nicosie en 1974.

Finalement, alors qu’il aurait pu rentrer chez lui en 45 minutes, le journaliste décide de passer par Athènes. Il lui faudra 7 heures pour rentrer chez lui ; ce qui lui fait dire ce commentaire : le chemin vers la résolution de la question chypriote est bien longue, lui aussi…

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Vers une réunification de Chypre ?

Titem | 10 mai 2008

Drapeau européenJ’aurais souhaité en parler hier, jour de la fête de l’Europe. La réunification de Chypre n’est pas, contrairement à ce que l’on pourrait penser compte tenu de la taille de l’île, une question de moindre importance. Bien sûr, l’avenir de l’Europe est un autre sujet capital pour l’avenir du continent : est-il possible (et comment ?), d’organiser une politique commune de l’environnement, de l’industrie, des relations extra-européennes, de l’immigration ? Quelle identité pour l’Union Européenne ? Dans ce but, le traité européen de Lisbonne est très insuffisant, mais il permet au moins d’avancer.

J’ai expliqué dans une précédente note les raisons de la partition de l’île, en 1974. Le 24 avril 2004, les chypriotes grecs rejetaient à plus de 75% le Plan Annan qui proposait une première solution à la question chypriote. La principale explication expliquant ce rejet selon les politistes était le manque de clarté sur deux points particuliers auxquels les chypriotes grecs sont très attentifs : l’indemnisation des expropriés et le départ des soldats, voire des colons venus d’Anatolie.

Mais ce serait une grossière erreur de considérer que les chypriotes ne veulent pas la réunification de l’île, même si la question des rapports avec les turcs chypriotes reste indécise. Le 24 février 2008, le chef du parti néo-communiste AKEL, Demetris Christofias, était élu. Il promettait de s’atteler à la résolution de la question chypriote et entamait des discussions avec le chef des Chypriotes turcs, Mehmet Ali Talat. Demetris Christofias - Mehmet Ali Talat.jpgAprès seulement quelques semaines de discussion, les deux hommes parvenaient à un point d’accord historique : l’ouverture d’un nouveau point de passage en plein cœur de la vieille ville de Nicosie, sur la rue Ledra, rue piétonne commerçante.

Depuis, les deux hommes se rencontrent régulièrement. Talat vient manger une glace rue Ledra côté grec, les deux hommes s’accordent sur le problème urgent de l’eau, leurs épouses boivent du thé (grec ? turc ?) et lisent dans le marc que l’avenir de Chypre sera positif. Les sondages montrent que le Président Christofias est soutenu par plus de 3/4 des Chypriotes, et jusqu’à 58% des partisans du parti conservateur DISY. Des chiffres qui feraient saliver bien des dirigeants européens.

Les pourparlers sont engagés, les journaux sont enthousiastes. Et pourtant, aux journalistes français, Demetris Christofias faisait part de son pessimisme. Les récents propos de Talat, appelant à une méthode de type “virgin birth” ont beaucoup refroidi la classe politique chypriote grec. C’était comme si le dirigeant turc chypriote tombait le masque : anesthésier la vigilance en jouant la carte du dialogue pour mieux obtenir des contreparties jugées inacceptables pour les chypriotes grecs, à savoir l’existence de deux Etats sur une même île.

La réunification de l’île n’est donc pas pour les prochains mois, mais les discussions avancent. Et cela a son importance, car la réunification de l’île est un préalable à l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Mais même si la Turquie quitte Chypre, sa place est-elle dans l’Union Européenne ?

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Aller au point le plus oriental de Chypre

Titem | 27 avril 2008

La Hasan Turtle Beach n’est située qu’à quelques kilomètres de la pointe orientale de Chypre. C’est un sentiment trop humain que de voir ce qu’il y a de l’autre côté de la colline ou au bout du chemin, et c’est ce que j’ai fait. Pour aller “au bout de Chypre”, il faut aller encore plus loin que le monastère Apostolos Andreas et parcourir quelque kilomètres sur un chemin de terre chaotique. Heureusement, le 4×4 n’est pas obligatoire…

Chemin de Terre Karpas Chypre

Sur le chemin, de la bruyère, quelques baraques au bord de l’eau, des plages pas toujours propres et des criques où l’eau y est toujours plus bleue, translucide.

Crique Karpas Chypre

Et enfin, tout au bout, un énorme rocher où sont fièrement plantés deux drapeaux : celui de la Turquie et celui de la République Turque de Chypre Nord. C’est une vraie manie : faire flotter des drapeaux aux endroits les plus hauts et les plus remarquables, partout où c’est possible. Mais ce n’est pas tant le signe d’un fierté nationale particulière que l’on retrouve par exemple au Canada ou aux Etats-Unis, mais plutôt la défense d’une identité qui s’estime menacée dans un Etat qui n’est pas reconnu par la communauté internationale.

Drapeaux turcs au bout du Karpas Chypre

Derrière les rochers, un poste de contrôle où un soldat turc ronge son frein. Il n’est marqué nulle part que cet endroit est interdit, mais pas la peine de prendre des risques inutiles. Puis au loin, un îlot, et les flots qui se rejoignent. Je repense à cette fois où avec mon père et d’autres personnes, on a voulu aller aussi loin qu’il était possible à la Pointe du Raz, atteindre le bout de la terre, ce finistère qui est aussi le point le plus occidental de la France. Là où l’Océan Atlantique et la Manche se rencontrent dans de violents remous.

Il ne me reste plus qu’à aller au point le plus haut de Chypre, s’il est facilement accessible : le Mont Olympe, à 1955 mètres d’altitude.

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Le Karpas, péninsule déserte de Chypre

Titem | 26 avril 2008

” C’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? C’est une péninsule ! “

La péninsule du Karpas est cette région du nord est de Chypre qui pointe vers le Proche-Orient. Une région plutôt verte, mais désertique : on traverse un village tous les 5 kilomètres. Quand on en quitte un, on retrouve la campagne vide d’hommes, entouré des collines et de la mer, ou de la mer et des collines. Cela me fait penser à la Montagne Sainte-Victoire.

Hasan Turtle Beach

Cette partie de l’île est sous domination turque. On est frappé de voir que dans chaque localité, tout marque de chrétienté ait été ainsi méthodiquement effacée. Les petites maisons de mur blanc, populaires, font face à de magnifiques mosquées dont les toits brillent au soleil, comme un diamant posé à même la terre brute. Il y a là quelque chose d’artificiel. En fait, il ne reste que quelques irréductibles villages qui résistent encore et toujours à l’envahisseur (toute référence ici serait purement volontaire !). Quelques centaines de chrétiens orthodoxes qui se serrent les coudes et vivent encore entre eux sous l’administration des chypriotes turcs en dépit des mesures discriminatoires qu’ils subissent : restriction de la liberté de circulation, surveillance, interdiction de léguer ses biens à des héritiers n’habitant pas la zone nord, saisie des biens immobiliers en cas d’émigration dans la République de Chypre, censure des manuels scolaires…

Le monastère Apostolos Andreas (l’apôtre Saint-André) se trouve presque au bout du Karpas, après plus d’une heure de routes sinueuses. C’est une chapelle gothique du XVème siècle entouré de baraquements en dur. Il se dresse fièrement face à la mer et il a résisté à la destruction. Pas à la décrépitude. Hormis une vieille chypriote qui écoute la messe à la radio, un garde turc, des chats faméliques et quelques ânes, l’endroit est désert. Les touristes viendront plus tard acheter des souvenirs kitchs au bazar du monastère.

Monastère Apostolos Andreas

Monastère Apostolos Andreas 2

Mais la péninsule du Karpas est aussi connue pour accueillir les plus belles plages de Chypre : le sable y est fin comme celui d’Île-Tudy, mais plus doré, et s’étend sur des kilomètres. Il brûle les pieds de ceux qui s’y aventurent. L’eau est translucide. Nous passerons la nuit dans ce petit bout du monde, à une autre “Turtle Beach” dans un bungalow au confort spartiate. C’est le retour aux choses les plus simples.

Plage du Karpas

Le propriétaire, Hasan, un libanais aux yeux perçants, possède cette plage et les bungalows qu’il loue aux vacanciers en quête de simplicité. Il y vit seul, heureux, quasiment toute l’année. Il pourrait très bien investir dans des bungalows plus confortables qui, à l’abri des dunes ou des arbres, ne gâcheraient pas le paysage. Mais non. Chez Hasan comme chez ses voisins, des kilomètres plus loin, pour le meilleur ou pour le pire, cette terre restera encore longtemps vierge de la main bétonnée de l’homme.

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Un après-midi à “Alagadi Turtle Beach”

Titem | 21 avril 2008

Larnaca samedi, Kyrenia dimanche ! Ou plutôt un peu à l’est de Kyrenia, sur une plage que l’on appelle “Alagadi Turtle Beach”, mais où l’on ne trouve pas d’autre faune que des lézards qui se cachent des quelques plagistes parmi les quelques plantes qui poussent sur les dunes. Les tortues ne viennent pondre qu’au mois de juin, si l’on en croit les locaux.

Lézard Plage Karpas

Pour aller à Alagadi, il m’a fallu passer par l’un des trois points de passage de Nicosie, au Ledra Palace, un ancien hôtel de luxe qui sert aujourd’hui de quartier général aux forces de l’UNFICYP. Depuis 2004, il est devenu beaucoup plus simple de traverser la frontière. Quelques minutes d’attente à peine ; il faut en revanche prendre son mal en patience si l’on veut passer à pied par la rue Ledra. En revanche, c’est plus calme par le Ledra Palace.

Check-Point Ledra Palace

Je pouvais enfin voir ce qu’il y avait “de l’autre côté”. Un peu comme les Allemands qui, à la chute du mur de Berlin, étaient curieux de découvrir l’autre côté. Sauf que s’agissant de Nicosie, je n’ai pas vraiment vu de grande différence. Des rues fleuries, des enseignes internationales qui ont pignon sur rue, des restaurants et bars branchés… Et au loin, une barrière montagneuse qui s’étend presque tout au long de l’île, qui paraît infranchissable vu de loin, et que l’on traverse par un col. Sur cette montagne, deux drapeaux géants y sont dessinés : celui de la Turquie et celui de la République Turque de Chypre Nord.

Drapeaux turcs sur la colline Chypre

Le nationalisme est ici partout, y compris aux ronds-points. Un autre jour peut-être, j’aurais le temps de m’arrêter sur la route pour prendre quelques clichés.

En attendant, et pour vous faire patienter jusqu’à l’été pendant qu’il pleut en France, quelques images de la “turtle beach” et des sommets qui l’entourent…

Après-midi plage près de Kyrénia

Au loin, le Pentadactylon, ou Montagne à cinq doigts.

Dommage que les fils électriques gâchent un peu le paysage. Mais pour trouver des coins sauvages et idylliques, il nous faudra aller un peu plus loin…

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Nicosie, capitale coupée en deux d’un pays divisé

Titem | 8 avril 2008

C’est malheureusement l’un des symboles de ce pays. Nicosie est la dernière capitale du monde à être divisée, depuis 1974. Le 15 juillet de cette année-là, un coup d’Etat de l’armée et l’extrême-droite chypriote renverse Makarios III, le père de l’indépendance de Chypre dont il est le chef d’Etat depuis 1960. Le 27 juillet la dictature grecque est à son tour renversée, tandis que la démocratie est rétablie à Chypre. Les négociations entre Londres, Athènes et Ankara s’enlisent. Sentant ses intérêts menacés, la Turquie envahit la partie Nord de l’île, pénètre jusque Nicosie dont elle prend la moitié. La partition est de fait : au Nord de la « ligne verte », la zone sous occupation s’est auto-proclamée “République Turque de Chypre Nord” le 15 novembre 1983, reconnue par la seule Turquie.

Sans prétention aucune, j’avais rendez-vous avec l’histoire des relations chyprio-turques du pays. Le jour de mon arrivée, un 3ème point de passage s’ouvrait à Nicosie, sur la rue Ledra, une rue commerçante à l’intérieur des murailles de la vieille ville. Pourtant ce jour-là, l’ouverture fut de courte durée. Des soldats turcs en civil ont pénétré dans la zone tampon. Les chypriotes ont perçu cela comme une provocation et ont aussitôt fermé le check-point jusqu’au lendemain. La télévision chypriote et les badauds étaient rassemblés pour voir ça.

Rue Ledra barrée

Il semble assez facile en réalité d’aller « de l’autre côté », bien que certaines rues soient complètement bloquées par des sacs de sable et des guérites militaires, que les tours de garde turques et chypriotes se défient à la porte de Paphos, l’une des 11 portes des fortifications. Drapeaux turcs et chypriotes-turcs d’un côté, drapeaux de Chypre et de la Grèce de l’autre.

Nous ne sommes plus au temps où l’armée turque survolait la ville. Cette situation est pourtant dramatique. Certains murs portent encore les stigmates des durs combats qui s’y sont déroulés il y a presque 35 ans. Les maisons typiques tombent en ruine. Le pays a rapidement relevé la tête et demeure l’un des plus développé de l’UE, mais sa vieille ville se meurt. Hors la rue Ledra, les rues sont désertes, les magasins fermés ou peu fréquentés.

Impacts de balle Nicosie vieille ville

Vieilles maisons Nicosie vieille ville

Rue déserte Nicosie

Les réfections successives ne suffiront pas : la ville a besoin de retrouver son intégrité, durablement.

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