Le sectarisme des autres
Titem | 22 juillet 2008A une voix près. La réforme des institutions a été votée par le Congrès, députés et sénateurs réunis à Versailles. Une voix. Celle de Jack Lang, ne manqueront pas de relever les mécontents. Mais assez parlé du décompte des voix qui ont monopolisé ce débat-là, quand il aurait fallu parler de la substance de cette réforme.
L’accusation de sectarisme a ces dernières années le vent en poupe. Et quand on ne le dénonce pas sous ce terme-là, on montre du doigt ces disputes idéologiques stériles, camp contre camp, où la majorité prend des décisions qui tiennent davantage du réflexe que de la réflexion quand l’opposition refuse en bloc tout changement, tandis que le consensus aurait été nécessaire.
On aurait beau jeu de critiquer les propos de Nicolas Sarkozy, saluant la démocratie triomphant sur “l’immobilisme”, ou ceux de Jean-François Copé, président du Groupe UMP à l’Assemblée Nationale, fustigeant ces parlementaires socialistes qui votèrent sur injonction du “politburo“. Pourtant, il y aurait de quoi : non content d’avoir refusé de nécessaires concessions pour améliorer le fonctionnement de nos institutions souhaitées par l’opposition (en particulier la possibilité pour le Parlement, opposition comprise, de décider de l’ordre du jour ainsi que réformer un mode de scrutin aux élections sénatoriales trop favorable à la droite), voilà que la droite cède à la tentation stigmatisatrice, discriminant les “bons” des “méchants”.
Mais à quoi assiste-on du côté du parti socialiste ? Le porte-parole du PS Julien Dray qui déclare que Jack Lang “n’a plus sa place au PS”, Jean-Marc Ayrault qui estime que Jack Lang s’est “mis lui-même en dehors” du groupe PS à l’Assemblée dont il est le président… Une partie de la blogosphère leur emboîte le pas. Ici on brandit comme un totem les statuts du parti : votez autrement que le parti et vous serez sanctionné ! Que n’ont-ils pas montré autant d’inflexibilité au moment du référendum sur la Constitution européenne, par exemple. Ici, on rédige un texte demandant l’exclusion de Jack Lang du PS. Pas moins. Comme le dit un commentateur plus bas sur cette page, c’est comme pour Louis XVI, on espère qu’une fois les têtes coupées, le sang cimentera les militants socialistes.
C’est en fait tout le débat entre le vote selon une discipline du parti d’une part et le vote en son âme et conscience d’autre part. Dans ce débat, ma position est claire : un député, une fois élu, est député de la nation et vote comme bon lui semble. Ce sont les électeurs qui jugeront au moment des élections s’il les a bien représentés ou non. Mais peut-être ce respect de ses propres convictions est-il difficile à tenir lorsque le parti met la pression. Ce fut le cas à droite – je le dis d’autant plus que je parle surtout du PS – où des députés choisirent finalement de s’abstenir ou de voter pour. Mais à gauche, si je salue la position de ces quatre députés socialistes – dont j’avais déjà l’habitude de louer leur pragmatisme – qui dénoncent “l’anti-sarkozysme pavlovien” de leurs collègues, je reste sur ma faim. Pourquoi alors ne pas avoir été jusqu’au bout de leurs convictions, et voter en faveur de ce texte dont ils saluent les avancées ?






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