Sur la corde raide
Titem | 27 novembre 2007
C’est le message qu’une centaine de représentants des centres communautaires de loisirs a tenu à faire passer à la Ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Michelle Courchesne, lors du déploiement symbolique d’une corde à linge devant le Parlement du Québec le 18 octobre. Une situation critique qui les pousse à manifester leur désarroi pour la première fois de leur histoire. Les Centres Communautaires de Loisirs Lajeunesse et Le Patro Le Prevost se mobilisent et nous parlent de leur précarité.
«Manifester ne fait pas partie de nos habitudes, mais là, on n’a vraiment plus le choix», lance Manon Ethier-Rollin, directrice du Patro Le Prevost. Il faut dire que le financement des centres communautaires par le gouvernement n’a plus été indexé depuis 2001 tandis que le coût de la vie ne cesse de croître, mettant ainsi en difficulté les centres communautaires de loisirs (CCL). Les factures de chauffage, d’électricité et de téléphone augmentent, mais les subventions ne suivent pas cette pente.
«On peut affirmer avec fierté que le Centre Lajeunesse n’est pas en difficulté car il est bien géré et l’on dispose d’une bonne équipe», affirme sa directrice Marcelle Bastien. «Néanmoins, on reste fragile : nos collaborateurs sont tentés de partir là où ils seraient mieux payés, ce qui déstabilise les équipes. Par ailleurs, nous avons dû supprimer des activités comme notre camp de jour à l’école Saint-Grégoire-Le-Grand».
Même son de cloche du côté du Patro le Prevost. «Nos finances restent précaires. Nous avons dû supprimer des heures de travail à des employés et le conseil d’administration étudie l’éventualité de suppression de programmes si le gouvernement ne nous vient pas en aide».
Encore plus de bénévolat
Le Centre Lajeunesse emploie 17 permanents et une trentaine de bénévoles, contre respectivement 200 et 600 pour Le Patro le Prevost. Une situation délicate pour les deux centres de Villeray, mais moins dramatique que pour 12 des 83 CCL que compte le Québec et qui songeraient à mettre la clef sous la porte.
Pour pallier leurs problèmes de financement, les CCL de Villeray font preuve d’inventivité. S’ils ont dû recourir à une hausse modérée des cotisations, afin de maintenir certaines activités sans décourager leur clientèle, ils mettent à profit la bonne volonté de leurs membres. «On a proposé à certains de reprendre des tâches pour lesquelles on en payait d’autres», explique Manon Ethier-Rollin. C’est le cas de l’atelier Art sur bois, dirigé par une bénévole. Au Centre Lajeunesse, une activité planche à neiges a été financée par les jeunes organisant entre autres des soupers-spaghettis.
«Nous passons beaucoup trop de temps à chercher de nouveaux financements. C’est autant d’heures gâchées à ne pas aider les personnes ou monter de nouveaux projets», regrette Manon Ethier-Rollin. Dernièrement, le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport a consenti à débloquer une enveloppe de 250 000$ pour les CCL ; une somme jugée insuffisante. Le Patro Le Prevost a ainsi pu recevoir 5 000$ supplémentaires.
Des retombées sociales importantes
«Le gouvernement reconnaît que nous accomplissons du bon travail, mais l’on voudrait dorénavant que cela se traduise financièrement», indique Manon Ethier-Rollin. «Il est certes important de financer les écoles, les hôpitaux etc.», reconnaît Marcelle Bastien. «Pourtant, il nous arrive aussi de travailler avec les écoles et nous ne recevons pas de contrepartie financière! Nous faisons de la prévention du décrochage scolaire, de la violence. Et nos membres aînés qui restent actifs demeurent en meilleure santé !»
Au Patro Le Prevost comme au Centre Lajeunesse, on rappelle cette étude de Regroupement Loisir Québec, qui considère qu’un dollar investi dans un CCL a un impact multiplié par neuf dans les retombées pour la population. Population pour laquelle un Centre Communautaire de Loisirs est aussi un milieu de vie, qui participe de leur sentiment d’appartenance à leur quartier. «Nous sommes comme des petites entreprises qui font des gens biens», affirme Manon Ethier-Rollin.
La Fédération Québécoise des Centres Communautaires de Loisirs (FQCCL) réclame un montant total de 2 300 000$ pour récupérer les années non indexées, ainsi qu’une augmentation globale et annuellement indexée du financement de base. «Cela nous permettrait de consolider nos équipes et nos programmes», explique Marcelle Bastien. «Et un salarié heureux est capable de s’investir davantage».
Une rencontre est prévue avec la Ministre Michelle Courchesne au cours des prochaines semaines. Les CCL misent beaucoup sur cette entrevue qu’ils espèrent depuis 2 ans.
Lire également mes impressions suite aux interviews réalisées dans le cadre de cet article, sur le rôle des associations au Québec.






