« The Day After » ou les conséquences économiques d’une résolution de la question chypriote
Titem | 6 juin 2008Je n’ai pas encore pris le temps de parler de cette conférence à laquelle j’ai assisté mercredi dernier. Mais l’étude qui y était présentée mérite vraiment que l’on s’y intéresse. Organisée par l’ambassade de Slovaquie, très impliquée dans la question chypriote, elle avait lieu au Ledra Palace, ancien hôtel de luxe de Nicosie situé dans la zone tampon et qui sert aujourd’hui de Quartier Général aux forces de l’ONU (UNFICYP).
[Crédit photo : ejbaurdo sur Flickr]
Cette étude est soutenue par le PRIO (International Peace Research Institute, Oslo) et est téléchargeable à cette adresse. Intitulée « The day after : Commercial opportunities following a solution to the Cyprus problem » et dirigée par Fiona Mullen, Özlem Oguz et Praxoula Antoniadou Kyriacou, elle est très intéressante car elle va au-delà des simples pourparlers entre les communautés chypriotes et grecques, mais s’intéresse aux conséquences économiques d’une résolution de la question chypriote. Elle ne porte pas sur telle ou telle solution, mais part du principe qu’approuvée des deux côtés de la « Ligne Verte », cette solution ne peut avoir que des bénéfices, mais à quelle hauteur ? Elle ne s’interroge donc pas sur le coût de la réunification, qui devra notamment prendre en compte la question du dédommagement des personnes expropriées.
Cela paraît évident, mais l’étude donne des estimations précises. A partir de données statistiques, les auteurs établissent un parallèle avec le développement des relations économiques et commerciales entre la Grèce et la Turquie qui firent suite au rapprochement politique initié en 1999 par George Papandreou et Ismael Jem, alors Ministres des affaires étrangères de leurs pays respectifs. Tout comme le rapprochement de la France et de l’Allemagne, de la Chine et du Japon, ont eu des conséquences bénéfiques pour lse débouchés de leurs économies respectives.
La reprise immédiate des échanges de biens et de services, aussi bien que l’ouverture des frontières aux touristes et aux étudiants, aboutiraient pour les 7 années suivant la résolution de la question chypriote à un surplus croissant au PIB de Chypre, estimé en moyenne à 1,8 milliards d’euros… soit 11,6 % de son PIB en 2007 ! Une augmentation dans les Chypriotes pourraient bénéficier mais les auteurs se refusent, et on comprend pourquoi, à faire des estimations sur « qui en profitera le plus : les chypriotes turcs ou les chypriotes grecs ? »
Le bénéfice à la Turquie surtout politique, compte tenu de la taille de son économie par rapport à celle de Chypre. Une solution à la question chypriote ouvrirait à Ankara la voie de nouvelles négociations avec l’Union européenne (que l’on soit pour ou contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, débat très sensible en France, c’est un autre sujet).
Présenté à d’autres économistes, ces derniers ont jugé les chiffres avancés par les trois auteurs du rapport comme étant… sous-estimés ! En effet, elle ne se sont concentrées que sur les principaux secteurs économiques de Chypre, là où les bénéfices seraient le plus fort. Par ailleurs, une normalisation de ses rapports avec la Turquie permettrait de débloquer certains projets déterminants pour l’avenir de l’île. Et en particulier, si le pipeline de pétrole Bakou-Ceyhan faisait un crochet par Chypre. Voire si le projet de pipeline de gaz venant de l’Égypte pour la Turquie profitait à Chypre.
Quand à l’évocation d’un tunnel entre la Turquie et Chypre, cela reste une utopie. Mais après tout, qui pouvait croire en ce début d’année que les négociations progresseraient, certes timidement, entre les deux parties de l’île ? Les auteurs concluent : qu’est-ce qu’on attend ? Les différends peuvent être profonds, il est toujours regrettable de constater à quel point l’on se prive d’avancer sur des sujets très « coûteux », alors que leurs bénéfices, économiques et sociaux, comblent amplement ce coût.







